Le jardin d’Épicure
Il existait une école philosophique à Athènes, au IVème siècle avant l’ère chrétienne, qui était ouverte aux hommes, aux femmes et aux esclaves : ce qui veut dire, pour l’époque, à tous. Cette école se trouvait dans un jardin où l’enseignement obéissait, avant l’heure, au principe ‘l’élitisme pour tous ». Il s’agissait de l’école d’Epicure où la philosophie et les préoccupations existentielles ne faisaient qu’un. Epicure enseignait non seulement qu’il n’y a pas d’âge pour philosopher ; qu’on soit jeune ou vieux, on y trouve son intérêt, car le but c’est de trouver la paix et éloigner la souffrance le plus loin possible de sa propre existence.
D’ailleurs, on se sent bien et apaisé lorsqu’on se promène dans un jardin. Et celui-ci n’est pas seulement la métaphore d’une vie heureuse ; il est le lieu réel dans lequel on philosophe ensemble, quelque soit la condition sociale et la culture d’appartenance. On y expérimente aussi une certaine joie de vivre ensemble. Epicure mettait au centre de sa philosophie le plaisir, et ce dont il était l’absence, la souffrance. Car plaisir et souffrance sont deux réalités qui touchent (comme la mort) tous les individus.
Le philosophe du Jardin envisageait la philosophie comme la médecine de l’âme. On va chez le médecin lorsqu’on souffre, et, comme la médecine, la philosophie est une connaissance qui se pratique pour soigner et pour guérir. Envisager la pratique philosophique dans un jardin est une rupture avec la transmission classique du savoir. Proposer l’accès à tous à la connaissance et à la philosophie a valu à Épicure, déjà en son temps, d’être détesté, dénigré, ridiculisé, humilié, sali.
Amener la réflexion, l’esprit critique et le partage du savoir hors les murs ; trouver des moyens par notre propre rationalité de partager du plaisir et d’éviter la souffrance ; partir de l’idée que le savoir et la réflexion ne sont la propriété de personne ; voilà une manière de continuer le jardin d’Épicure en le déplaçant à l’Université populaire. Cette université pourrait avoir aussi comme devise la phrase de Nietzsche qui sous-titrait son livre Ainsi parlait Zarathoustra, « Un livre pour tous et personne », devise qui serait modifier ainsi : « l’Université populaire : un lieu pour tous et pour personne !
Joseph Cardella
Initiateur et responsable de l’Université populaire









