Sous le signe du Capricorne Géopolitique du Sud-Ouest de l’océan Indien

Envoyer Imprimer PDF
(0 - user rating)
Sous le signe du Capricorne

Géopolitique du Sud-Ouest de l’océan Indien
par Laurent Dubourg


Avertissement


S’interesser aux relations qu’entretiennent, entre-eux, les peuples et les Etats qui se partagent une zone géographique c’est, bien évidemment, prendre en compte une multiplicité de facteurs.

C’est, aussi, et inévitablement, s’interroger sur l’existence d’un bloc géographique dans lequel ces nations s’inscriraient. Ce bloc, cet ensemble est parfois évident, comme le sont les deux Amériques, l’Afrique ou l’Indochine. Il peut, aussi, être un peu moins net, comme l’Europe, dont les contours ont considérablement variés au cours des siècles. Il peut, enfin, être tellement vaste qu’un morcellement devient absolument nécessaire, afin de faire apparaître des sous-ensembles significatifs…

L’océan Indien, par son étendue, par la diversité des territoires qui le bordent ou qui en émergent, appartient sans doute à cette dernière catégorie. C’est la raison pour laquelle ce petit essai entend se limiter à une parcelle de cet immense océan : sa partie sud-ouest.

La pertinence d’une telle sectorisation peut, tout à fait légitimement, être contestée (et sans doute est-elle effectivement tout à fait contestable). La focalisation sur cette petite partie de l’océan n’obéit toutefois à aucune arrière-pensée (politique ou raciste, par exemple), mais vise simplement à limiter un champ d’étude et de réflexion déjà trop vaste pour les ambitions de ce petit essai et pour les compétences de son auteur.
Pour ces raisons, et pour celles-là seulement, on s’intéressera donc uniquement ici aux facteurs qui réunissent (ou séparent) l’île Maurice, la Réunion, Les Seychelles, Madagascar, les Comores, Mayotte, l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Bostwana, la Tanzanie et le Kenya.
Bien évidemment, d’autres acteurs, tels que l’Inde, l’Union Africaine, l’Union Européenne, la Grande-Bretagne, la France ou les Etats-Unis ont une influence majeure sur cette région et leur rôle ne sera pas négligé. De même, d’autres intervenants, moins visibles ou moins constants dans leur influence, seront évidemment mentionnés.
D’autres seront certainement omis ou malencontreusement négligés.

Ces lacunes, comme toutes celles que le lecteur pourrait déceler, auront au moins le mérite de permettre à d’autres d’enrichir cette première approche géopolitique d’une zone où de tels travaux sont particulièrement rares.

Enfin, on remarquera vite que l’île Maurice, malgré son étroitesse territoriale et sa population limitée, est placée au cœur de cet ouvrage. Cette position centrale ne révèle aucune ambition hégémonique de la part de la république mauricienne. Elle reflète, simplement, un parti-pris de l’auteur qui, vivant sur cette île, à choisi de s’y attacher plus particulièrement.
 


Qu’est-ce que la «géo-politique» ?



Le terme est tellement galvaudé, que le moindre article de presse prétendant décrire l’état des relations entre deux nations en est orné ! Pire : pour peu que, dans un de ses discours, un responsable politique cherche à justifier son programme par de vagues considérations internationales, voilà son action (ou son projet) qualifiée de «géopolitique»…

Disons, tout d’abord, qu’il ne s’agit évidemment pas d’une science, mais d’un sujet d’étude qui, comme son intitulé l’indique, est le produit de la combinaison de deux disciplines distinctes : la géographie et la politique.

Si l’on comprend bien que la politique (ou la politologie, qui en est l’étude) n’a rien de scientifique, on pourrait imaginer que la géographie constitue une base plus solide, plus objective.
En effet, le tracé du lit d’un fleuve, les proportions du relief, le climat, la nature du terrain et de sa végétation constituent bien des données objectives qui sont étudiées avec méthode et précision, en tout cas depuis le XIXème siècle. Mais, si ces éléments géographiques sont effectivement neutres, l’interprétation qui en est faite reste subjective. Pour s’en convaincre, on peut se rapporter à quelques exemples marquants de l’histoire militaire.
Napoléon remporta nombre de batailles par une lecture du terrain différente de celle de ses adversaires. A Austerlitz, la position initiale de ses troupes était particulièrement défavorable, les coalisés (Russes, Autrichiens et Prussiens) occupant les collines qui cernaient la plaine. Il sut, pourtant (avec, c’est vrai, l’aide du brouillard), transformer ce handicap en atout.
En mai-juin 1940, le général allemand Von Runsdtet fit déferler ses chars sur la France par le Nord, quand l’armée française était concentrée sur la Ligne Maginot, à l’Est.
En 1954, au Vietnam, l’etat-major français croyait avoir établi, à Dien Bien Phu, un camp retranché dont la position centrale bloquerait la progression des bataillons du général Giap. Les vietnamiens conquirent, l’une après l’autre, les collines qui couronnaient la cuvette où était stationné le gros des forces françaises, qui se trouvèrent ainsi prises au piège…

Mais la géographie ne se compose pas seulement de données physiques. La «géographie humaine» doit également être prise en compte, venant encore complexifier la grille de lecture. Quelle population ? A quel endroit ? Avec quelles caractéristiques (culturelles, religieuses, ethniques, historiques, sociologiques et même «psychologiques») ? De quelles ressources dispose-t-elle ? Comment les valorise-t-elle ? Etc..

Et la politique ne représente pas un sujet moins large. Quelles institutions ? Avec quel mode de fonctionnement réel ? Quels rapports de forces ? Quels leaders ? Avec quelle base sociale et idéologique ? Etc..

On pourrait, également, ajouter la cartographie qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, n’a rien de neutre.
Une carte où Taïwan apparaît comme un Etat indépendant n’a pas la même signification qu’une autre carte où cette île figurerait comme province chinoise. Indiquer Jerusalem comme capitale de l’Etat Palestinien est, bien sûr significatif, alors que d’autres représentations cartographiques situent la même ville en Israël.
Les mêmes types de litiges existent entre le Maroc et le Sahara Occidental, entre la Chine et le Vietnam ou, pour revenir dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, entre la France et Maurice (à propos de Tromelin), entre les Comores et la France (concernant Mayotte), entre Maurice d’une part et la Grande-Bretagne et les Etats Unis de l’autre, à propos de l’archipel des Chagos.

Si l’on ajoute, à toutes ces sources possibles d’erreurs, d’interprétations erronées ou de tentatives de manipulations, les erreurs pouvant résulter de la combinaison de toutes ces observations, et celles pouvant provenir du prisme culturel à travers lequel l’observateur examine la situation qu’il a la charge d’analyser, on comprendra aisément que la géopolitique ne peut, en aucun cas, se prévaloir d’une quelconque scientificité.
Mieux, toutes ces incertitudes, et la part importante qu’elles laissent à la subjectivité, auraient dû la disqualifier depuis longtemps. Pourtant, sa nécessité et sa pertinence ne se sont jamais démenties.
Peut-être parce que, au-delà de ses faiblesses intrinsèques, elle constitue l’ultime refuge de la rationalité, dans un domaine, celui du comportement des peuples et des nations, qui en manque cruellement.
Commentaires (0)add comment

Ecrivez un commentaire
quote
bold
italicize
underline
strike
url
image
quote
quote
smile
wink
laugh
grin
angry
sad
shocked
cool
tongue
kiss
cry
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

security image
Entrez les caractères affichés


busy
 
Auteur de cet article : L.D.

Voir les autres articles de cet auteur