Sous le signe du Capricorne Géopolitique du Sud-Ouest de l’océan Indien (2)

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L’héritage de la décolonisation et de la Guerre Froide




C’est, bien sûr, à Vasco de Gama que l’on doit l’entrée de notre zone d’étude dans l’histoire universelle. Cela ne signifie évidemment pas que le Sud-Ouest de l’océan Indien n’existait pas avant l’arrivée des premières caravelles européennes, mais bien que le contournement du Cap de Bonne Espérance par le navigateur portugais va précipiter cette région dans le chaudron des confrontations impérialistes des principales puissances de l’époque, provocant une formidable accélération de son histoire.

Les peuples qui vivaient là avaient, bien entendu, une histoire préalable à cet événement : la tradition orale malgache, par exemple, a longtemps permis la transmission de véritables sagas aux origines parfois très anciennes. Mais ce sont bien les appétits européens qui vont provoquer des bouleversements radicaux.
Il est ainsi évident que la colonisation, l’esclavage et la traite ont durablement marqué les pays de la zone et que leur situation actuelle est, en grande partie, le produit de cette histoire.

L’étude détaillée de cette histoire régionale –avant et après l’arrivée des européens- devrait donc constituer un préalable indispensable à toute étude géopolitique sérieuse. Cependant, l’exposé, même succinct, de cette historiographie mériterait, à lui seul, plusieurs volumes… Il existe, cependant, d’excellents ouvrages de référence qui permettront au lecteur de pallier cette absence.

Pour autant, nous ne pouvons pas, ici, occulter une période récente qui a remodelé le paysage politique de notre zone : la Guerre Froide.
Durant ces quarante années (1949-1989) de confrontation entre les deux super-puissances (URSS-USA), aucune région du globe ne put se tenir à l’écart de ce conflit idéologique et chaque pays fut obligé de «choisir son camp»…
La zone Sud-Ouest de l’océan Indien n’échappa à cette règle. Elle fut même le théâtre de quelques batailles importantes de la Guerre Froide.




Mouvements indépendantistes et influences communistes



La Seconde Guerre Mondiale met à jour une vérité jusque-là insoupçonnée : les grandes puissances coloniales (et, notamment, les deux plus importantes, la Grande-Bretagne et la France) ne sont plus de grandes puissances militaires !
La défaite éclair de la France en Juin 1940, dont l’armée était, jusque-là considérée comme la première du monde, a fait l’effet d’un véritable électrochoc dans ses colonies. On se souviendra, par exemple, que les premières grandes manifestations indépendantistes en Algérie interviendront, à Sétif, dès le 8 mai 1945 (elles seront d’ailleurs sauvagement réprimées), le jour même de la signature de l’acte de capitulation des armées allemandes à Berlin !

En Indochine (colonie française), en Birmanie, en Malaisie ou à Singapour (colonies britanniques), c’est l’invasion japonaise qui a servi de révélateur à la faiblesse des puissances coloniales. Dans ces régions (comme en Algérie ou en Egypte), des mouvements contestataires de l’ordre colonial existaient depuis les années 20. Certains réclamaient une véritable assimilation et une citoyenneté complète, d’autres prônaient une autonomie plus ou moins large, quelques-uns, déjà, militaient pour une indépendance pleine et entière.
Les leaders de ces mouvements indépendantistes avaient, le plus souvent, poursuivi de brillantes études à Londres ou Paris, où ils avaient été mis en contact avec la doctrine communiste. Parfois pris en charge par les partis communistes européens, ils assimileront parfaitement la dialectique marxiste, mais aussi les techniques de la clandestinité (héritées du Komintern) de la propagande et du quadrillage de la population en cellules autonomes (La condition humaine, le roman d’André Malraux, illustre parfaitement l’application de ces techniques en Indochine dès les années 30).

L’effondrement militaire des puissances coloniales pendant la Seconde Guerre Mondiale va inciter ces mouvements à passer à la lutte armée, à la guérilla. D’autant que l’URSS, puis la Chine de Mao Zedong, vont leur apporter un soutien politique, technique et financier non négligeable.
L’attitude des Etats Unis pendant la guerre, n’est pas non plus étrangère à ce déclenchement des hostilités. Les Américains ont, en effet, adressé un message clair aux populations colonisées : acceptez d’aller combattre l’Allemagne hitlerienne et, après la victoire, nous vous soutiendrons dans votre lutte pour la liberté. Message parfaitement reçu : les troupes coloniales se battront avec courage sur tous les fronts. Et, effectivement, les USA, s’ils ne s’impliquèrent pas directement aux côtés des combattants pour l’indépendance, les soutiendront politiquement ou, en tout cas, ne soutiendront pas les puissances coloniales. Cela sera parfaitement visible à la tribune de l’Organisation des Nations Unies, où Anglais et Français n’échapperont aux sanctions que grâce à leur droit de veto.

L’ONU, justement, servira de tribune à ces mouvements indépendantistes. Ils ne pourront évidemment pas s’y exprimer directement, mais leurs messages y seront relayés par des «pays amis», et notamment l’URSS, Cuba et la Chine Populaire.
Ces grandes manœuvres diplomatiques, des Etats-Unis, comme du bloc communiste, ont un seul objectif : faire en sorte que les Etats qui naîtront se rangent du «bon côté» (qui n’est évidemment pas le même vu de Moscou ou de Washington).

Dans certaines colonies, plusieurs mouvements indépendantistes sont en concurrence, l’un d’obédience marxiste, l’autre plus libéral. Soutenus par leurs parrains respectifs, ils s’affronteront, les armes à la main, soit pendant la lutte pour la décolonisation, soit immédiatement après l’indépendance, et parfois pendant de longues années.
Dans tout le tiers-monde (l’expression, inventée à la fin des années 40, par l’ethno-sociologue Alfred Sauvy, connaîtra un franc succès), la Guerre Froide se résume à ce jeu subtil, animé à distance par les deux super-puissances : contenir l’expansion du bloc adverse et renforcer son camp en y faisant basculer, à n’importe quel prix, de nouveaux pays.
De part et d’autre, on soutiendra donc des dictateurs sanguinaires dont le pouvoir arbitraire représente la meilleure garantie de stabilité.
Là où rien n’est décidé, ou bien là où le choix reste encore fragile, chaque bloc armera un mouvement de guérilla pour tenter d’emporter la décision…
Les années 70 marqueront, tristement, l’apogée de ces guerres cruelles où les peuples payaient, de leur sang, un enjeu qui les dépassait largement.

Dans notre zone d’étude, nous allons, bien sûr, retrouver la plupart de ces caractéristiques, et même quelques situations originales.



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Auteur de cet article : L.D.

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