Géorgie: L’Europe désarmée

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Géorgie: L’Europe désarmée

Malgré l’intervention, très médiatisée, de son président en exercice, M. Nicolas Sarkozy, l’Union Européenne doit bien admettre qu’elle ne dispose que de bien peu de moyens de pression pour faire reculer les troupes russes présentes sur le territoire géorgien. Cette cuisante leçon de pragmatisme trouve son illustration parfaite dans les «condamnations» formelles, mais accompagnées d’aucune sanction, votées lors du Conseil de l’Europe consacré au conflit russo-géorgien. Mais au-delà de cet aveu d’impuissance, d’ailleurs bien prévisible, la situation dans le Caucase fournit l’occasion d’une rapide analyse de la politique étrangère de l’Union.

Le démantèlement du bloc soviétique, entre 1989 et 1991, constituait une période particulièrement dangereuse, et les Européens en avaient pleinement conscience. Le risque était, en effet, de voir toutes les communautés nationales, jusque-là brimées par des régimes centralisateurs, revendiquer leur indépendance, et de parvenir ainsi à un éclatement en micro-états instables et difficilement viables. Bruxelles avait alors fait passer un mot d’ordre aux membres de l’Union : ne reconnaître aucune autorité séparatiste, afin de sauvegarder l’unité des Etats qui abandonnaient le communisme, notamment en Yougoslavie ! Las, obéissant à un calendrier particulier, lié à sa propre réunification, l’Allemagne s’empressait de reconnaître la Croatie…contribuant ainsi à hâter le déclenchement de la première guerre entre les différentes entités ethniques des Balkans.
La reconnaissance officielle, par l’Union Européenne, de l’indépendance du Kosovo, il y a quelques mois, ne constituait que la dernière –mais peut-être pas l’ultime- conséquence de cette décision initiale.
L’accompagnement, par l’Europe, d’à peu près tous les séparatismes ethniques qui ont pu s’exprimer, en Europe centrale, au cours des presque vingt dernières années fournit, aujourd’hui, un argument de poids au Kremlin ! Selon quels principes, refuser aux Ossètes et aux Abkhazes ce qui a été accordé aux Croates, Bosniaques, Monténégrins et Kosovars… ? Comment condamner une intervention militaire russe qui est présentée comme une réaction à une tentative de «nettoyage ethnique» menée par Tbilissi, et qui vise à protéger une minorité clairement opprimée par le pouvoir géorgien, et dont la plupart des membres ont, en outre, un passeport russe ? Et pourquoi refuser que les chars russes restent sur place pour maintenir un «corridor» essentiel entre ces enclaves du nord de la Géorgie et la mer, selon l’excellente doctrine des «corridors humanitaires» définie par Bernard Kouchner, l’actuel ministre français des Affaires étrangères ? Comment condamner tout cela sans, du même coup, remettre en cause les différentes interventions de l’OTAN dans les Balkans ?
La bonne foi de Moscou n’est certes pas évidente : en distribuant généreusement des passeports russes aux habitants de ces régions, lors du détachement de la Géorgie, le Kremlin se préparait, évidemment, un coup d’avance et un excellent mobile d’intervention future… Mais il n’en demeure pas moins vrai que le contexte de l’intervention russe récente est paré de la plupart des caractéristiques ayant servi à légitimer les actions militaires occidentales !
C’est, sans doute, pour cela, que l’analogie avec la période de la Guerre Froide connaît un tel succès : comme à l’époque, chacun condamne, chez l’autre, ce qu’il s’autorise… Mais on peut trouver une autre raison à cette comparaison historique. Comme autrefois, chacun pousse ses pions sur l’échiquier international… Et quand M. Poutine ou M. Medvedev dénoncent une tentative d’encerclement de la Russie par l’OTAN, l’honnêteté oblige à reconnaître que l’étude des cartes leur donne raison ! De la Pologne au Kazakhstan, les bases américaines –ou «atlantiques» fleurissent. Et le tracé d’acheminement du gaz et du pétrole de la Caspienne épouse presque exactement l’arc de cercle sur lequel ces bases sont installées ! Il ne reste à l’OTAN qu’à s’implanter en Iran, pour verrouiller totalement la région…
Ecartée de l’exploitation des hydrocarbures sur lesquels elle avait jadis le contrôle, cernée de camps militaires américains –ou alliés des Américains- et humiliée par la reconnaissance du Kosovo : est-il si étonnant que la Russie réagisse vigoureusement –et même trop vigoureusement- aux provocations de M. Saakachvili ?

L’Europe qui, au cours des vingt dernières années, a refusé d’entendre les arguments russes, se trouve désormais poussée à prendre les positions les plus dures à l’égard de Moscou, par la pression de ses nouveaux membres, jadis victimes de l’impérialisme soviétique. Cette dérive conduit l’Union européenne à faire, aujourd’hui, ce qu’elle avait soigneusement évité durant toute la Guerre Froide : s’aligner sur Washington ! Cela ne correspond ni à sa culture, ni à sa vocation, et il n’est même pas certain qu’elle en retire le plus petit bénéfice…

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Auteur de cet article : L.D.

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