L’élitisme pour tous
On doit cet oxymore au metteur en scène et homme de théâtre français Antoine Vitez. Cette formule peut déstabiliser. Lorsqu’on parle d’« élitisme », cela nous amène d’emblée dans un cercle restreint, un petit groupe d’ »élus », les plus dignes d’être choisi. Qui dit « pour tous » envisage exactement le contraire : aucune discrimination, aucune ségrégation, aucune sélection, personne n’est mis à l’écart. Mettre en pratique cette idée est déjà une démarche critique et un acte politique (au sens citoyen) en soi. Le savoir est devenu une marchandise qui se monnaie et se paie parfois très cher. Il est un enjeu économique, social et politique, et donc toujours réservé à une partie de la population (généralement à celle qui a les moyens).
Employer ce slogan et en faire un principe de transmission du savoir et un moteur pour la réflexion, ce n’est pas faire preuve d’un idéalisme outrancier et angélique, loin des réalités sociales de Maurice. Proposer l’élitisme pour tous ne veut pas dire non plus que tout le monde peut effectivement accéder au savoir et à la réflexion critique. Il semble évident que l’accession au savoir par beaucoup de personnes n’ayant jamais été scolarisés est une affaire bien difficile. Celles et ceux qui ont été éloignés du savoir et de la culture très tôt dans leur vie (ou qui ne s’y sont jamais frottés) ne sont pas d’emblée attirés le savoir universitaire ou classique.
Proposer l’élitisme pour tous, c’est ouvrir un espace pour les personnes qui désirent réfléchir à partir de contenus de savoir structurés ; c’est aussi s’efforcer d’allumer la flamme de ce même désir de connaissance et de réflexion, flamme qui sera entretenue par la rencontre dans des espaces prévus à l’échange social et culturel, ainsi qu’ à la connaissance et à la réflexion.
Joseph Cardella









