N'y aurait-il, en défintive, que deux types humains? Deux façon de concevoir et d'habiter le monde, deux manières d'aborder l'univers sensible et les rapports humains, selon qu'on est fils d'Abel ou fils de Caïn? N'y aurait-il au final, que deux modes d'être? Les uns étant faits pour le temps, les autres pour l'espace...et chacun rêvant à la conquête de la dimension qui lui manquerait, et chacun possédant le défaut de ses qualités. L'un fuyant, inconséquent mais léger; l'autre méfiant et économe, mais profond.
Il est si courant de voir s'épanouir les êtres humains sur un espace limité que ce bonheur pourrait apparaître comme la règle. Les ambitions abouties de propriété s'accompagnent généralement de désir d'enfant comblé, de démonstration discrète d'opulence, de fierté humble et pourtant ostentatoire. Et en effet, il y a de quoi s'enorgueillir d'une maison de ses mains restaurée, d'un jardin dont on aura su tirer le meilleur parti, d'un confort et d'une table revigorants. Il y a, en effet, raisons de tendre le buste quand la survie de la lignée est assurée, ite post mortem. Ce confort, cette sécurité, cette victoire sur la terre et le temps, ce plaisir de propriétaire, dédommage quelque peu du sentiment de claustration et d'insignifiance lorsque, ouvrant les yeux, le possédant découvre l'immensité de l'espace qu'il ne conquerra jamais. Car enfin, toujours, il rentre chez lui.
Il est des natures plus rares, moins visibles par essence, qui ne se peuvent imaginer vivre le temps sans cesse renouvelé du sédentaire. L'effort patient, la construction lente d'un bonheur parmi d'autres, leur semblent ternes et mornes. Leur devise semble être: du nouveau, toujours du nouveau. Placez-les dans un climat de relations continues, les voici qui se fanent comme restés trop longtemps dans la même eau. Il leur faut le mouvement, l'écoulement. Ils ont besoin de sentir le temps passer sur eux tandis qu'ils voyagent. Leur regret à eux sera la tranquilité d'un chez-soi, les joies du foyer. Se diront-ils malheureux qu'ils se mettront en route pour chasser ces remords.
Ainsi pour l'un, l'immobilité est une vertu, une sécurité, quand elle est pour l'autre une petite mort. La mobilité est pour l'un synonyme de liberté et d'expériences, pour l'autre, elle est un exil.
Ce clivage supposé entre esprits sédentaires et nomades ferait les explorateurs ou les architectes. Les uns faisant leur la maxime pascalienne affirmant qu'il vaut mieux savoir un peu de toutes choses, que tout d'une seule, les autres cultivant tout à la fois jardin, bon sens et talents.
Les uns défendant leurs certitudes; les autres, leurs convictions.









