Après Artaud

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difficile-impossible de lire après Artaud. M'a conduit dans l'abîme que je cherche impossible à circonscrire. Ce trou noir sans fond ni bord où tout disparaît, ou tout s'abîme. Il parle essaie de parler de là, enfin...de transmettre sa pensée totale néant filtrée comme tamisée jusqu'au cri.

Les romans me font désormais mal aux yeux, ils me tirent douloureusement dès qu'exposés à la lumière artificielle du roman. Ils veulent à tout le moins le mouvement de la pensée, et tolèrent, non sans complaisance, la magie du continu, ses sortilèges. Mais ce qu'ils cherchent, instruits de l'expérience du grand profond Artaud - qui récuserait violemment cette spatialisation - ce n'est plus tant à circonscrire ce néant intérieur que ce boson supposé vibrant, hautement vibratoire et énergétique, ce noyau infinitésimalement dense qui semble être parfois touché, provoquant une onde souterraine, cosmique ou chaotique. Oui, plutôt une onde chaotique, qui remontant jusqu'aux plis de la conscience, donne la sensation plaisante, ou plutôt la joie vitale, d'être, et de ressentir la vibrante vérité, réalité de son être. Comme on dit "être touché".

J'ai commencé de chercher maintenant dans cette deuxième langue, cette langue seconde, parallèle, belle étrangère, la poésie. Le poème. Quelles singularités! Quelles langues et quels silences! Mais Artaud.

Ce n'est pas qu'Artaud ait rendu vain tout effort de donner corps à l'inédit, à l'inoui, à l'insu, aux correspondances, aux éternités, etc., c'est surtout  que son incapacité, et son travail désespéré - et je prends en compte la lourdeur du mot travail - pour essayer quand même de donner corps à ce qu'il sait être son être, le principe de vie en lui, immuable et éternel, éternel peut-être, cet effort acharné, fait un écho terrible avec ma propre incapacité à écrire, mais aussi à la difficile-impossible compréhension que j'ai, disons, de moi-même. De là que je veuille atteindre - je raisonne pour ma part en dimensions - ce noyau de l'être, infiniment stable, que je sens être réel, le seul réel, le seul peut-être digne de foi.

Après Artaud me voila de nouveau perdu, à ne pas me comprendre - ai-je besoin de souligner? - Je ne parviens pas à circonscrire mon néant, comme Joubert sa sphère. Je suis submergé de tristesse par une houle profonde de mélancolie lorsque je me mêle au monde. Les trottoirs sont laids et pathétiques par tant de... oui, de morts-vivants ou, plus sobrement, d'envoûtés, de possédés. Possédés par leur illusion, si pleinement possédés qu'il leur est impossible de regarder lucidement leur néant, même si ça doit en chatouiller certains, mais qui s'effondrent, qui finissent en général par s'effondrer sur, et en eux-mêmes.

Si je mourais demain, on pourra dire de moi que j'étais perdu, égaré dans mon néant, en cherchant la logique, la mécanique. Je cherche un dit qui rendrait compte du voyage vers ce noyau de mon être, et en le cherchant je le dis, au risque de me perdre, car il n'est plus lors question de choix, ou bien comme on déciderait d'une tumeur! Et en disant que je le trouve, le trouverai-je?

Un trou noir, en son mouvement spiraloïde nous broie, nous compacte, nous fait imploser, nous pulvérise en matière pulvérulente, nous infra-atomise et nuages, nous nous déposons contre la paroi lisse de ce noyau dur.

Il est temps, maintenant que la voie est ouverte - j'ai failli écrire la voix - de cesser de sonder, et de partir soi-même en reconnaissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mis à jour ( Dimanche, 03 Avril 2011 07:53 )  
Auteur de cet article : xtoph

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