LE SENS CIVIQUE
Vous avez voté pour qui aux dernières élections* ? Adolf ou Bécassine ?
Ah, vous n'avez pas voté ? Vous n'avez pas honte ? Non !?
Rassurez vous, c'est pas grave. C'était prévu : Tant de pourcent pour le nain, tant de pourcent pour la handicapée mentale, et tant de pourcent à la pêche. Les élections, c'est quantique. Le sens civique est la qualité des gens qui sont légitimement fiers d'être une particule élémentaire...Je reconnais, dit comme ça, ça donnerait plutôt envie d'aller à la pêche. Sauf que je déteste aussi la pêche. Non que j'aime les animaux, je vous rassure tout de suite. Mais avouez que rester trois heures d'affilée au bord de l'eau à regarder un bouchon rouge ballotté par les flots, c'est limite pathologie mentale incurable. Tout le monde se moque du Dalai Lama, à juste titre, mais on n'est guère plus malins. Bon, d'accord, le Dalai Lama n'attrape rien, pas même un gardon ou un poisson rouge. Mais supposez - juste un instant - qu'on lui offre une canne à pêche et qu'on le pose au bord de la Marne, va faire la différence avec le mauvais citoyen le jour de élections ? ...Ah oui ! La robe orange !
Là, je reconnais : C'est pas courant. Je me demande où il a bien pu acheter un truc pareil. J'en n'ai pas vu au Leclerc. Pourtant, ça n'est pas l'import chinois qui y fait défaut, au rayon textile, mais bon...Faut bien qu'ils gardent des trucs pour eux, les chinois...Les trucs invendables...Les robes orange, par exemple. Faut reconnaître que ça craint plus plus. Ceci dit, un curé, ou agoniste, tu lui enlèves son costume ridicule, il en reste quoi ?
Un nudiste ?
...Eh ! C'était une métaphore !...Je ne suis pas sûr que vous ayez vraiment saisi le fond de ma pensée. Je n'ai jamais, cela va sans dire, formulé l'intention de dérober la robe orange de sa sainteté le Dalai Lama. J'avoue que je ne saurais d'ailleurs qu'en faire. D'autant que je ne pêche pas. Et, quand bien même, je possède déjà un ciré jaune en toile enduite acheté à Saint Malo. Je voulais aller faire un tour sur la plage ce soir là, mais, finalement, ça ne s'est pas fait, vu que Paulo est arrivé au bistrot juste au moment où j'allais sortir. Du coup, on a repris une tournée, puis deux...Le Dalai Lama, il n'est arrivé qu'à minuit, mais on n'a pas pu parler, à cause des gens qui chantaient à tue tête. D'ailleurs, je ne suis même pas tout à fait sûr que c'était lui, car il n'avait pas de canne à pêche. Et j'ignore s'il avait voté. Sans doute pas, car les élections étaient prévues pour l'année suivante. C'est donc non significatif. Eh oui ! Je suis capable de demeurer objectif, même lorsque les faits paraissent infirmer une démonstration par ailleurs performante. Ca ne m'a pas empêché de lui payer une tournée. Je ne suis pas rancunier. J'ai quand même pris bonne note du fait qu'il avait vomi sur mon ciré jaune. C'est d'ailleurs à cette occasion que j'ai enfin compris la véritable destination de cet accessoire vestimentaire local au demeurant parfaitement bien conçu, et d'une impressionnante étanchéité.
Tout ça pour vous expliquer que, si vous aviez voté aux dernières élections, ça n'aurait pas changé grand-chose : Le Dalai Lama se serait fait sucrer son permis tout pareil en sortant du Penalty avec 4 grammes, tant il est vérifié chaque jour que nous vivons dans un monde cruel qui a définitivement zappé les vraies valeurs.
Mais, comme dit souvent ma concierge madame Fernandez: "Hic demum vir erit, qui, neque prosperae res flatu, neque adversae, suo efferent".
Ou un truc du genre.
* Celles de 2007. Si tu n'étais pas né(e), au temps pour moi.









