La Bourse ou la vie

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Au début de ce mois (novembre 2003), le SEMDEX, l’indice boursier mauricien, a atteint un nouveau record historique. Cet excellent résultat, qui devrait démontrer la vitalité de l’économie nationale, s’inscrit pourtant dans une période où tous les autres indicateurs économiques virent à l’orange, ou même au rouge. Ce phénomène n’est pas propre à Maurice et il est à la base de la contestation altermondialiste. Depuis des décennies, les indices boursiers, tels que le Dow Jones (USA), le Nikei (Japon), le Cac 40 (France) ou le Dax (Allemagne), servent effectivement de baromètres économiques. Les capitaux, énormes, échangés sur les places financières, devant servir à la réalisation des investissements productifs des grandes firmes industrielles, l’analyse des performances enregistrées par ces indices boursiers est un élément pertinent et important de l’évaluation de la situation économique du pays. De plus, les fluctuations constatées à la Bourse renseignent aussi sur les états d’âme (optimisme, prudence ou pessimisme…) des principaux acteurs économiques. Or, depuis maintenant plus de dix ans, une déconnection semble s’être partout opérée entre la situation boursière et la situation réelle de l’économie. Nous ne parlons pas, ici, des classiques phénomènes de « surchauffe » ou d’ « emballement », régulièrement observés en fin de phase de croissance soutenue et qu’un « réajustement », parfois brutal, vient annuler (comme ce fut le cas en 1929, mais aussi lors de l’éclatement, en 2000, de la « bulle » financière qui s’était créée autour des « valeurs technologiques »), mais d’une réelle prise d’autonomie des marchés boursiers par rapport au reste de l’activité économique… Cette véritable révolution tient au fait que la nature des capitaux échangés sur les places boursières a changé ! L’objectif de tout placement en Bourse reste, bien sûr, le même : réaliser le profit le plus substantiel possible. Mais, la source de ce profit n’est plus la même et l’origine des capitaux a, également, changé… En effet, autrefois, la valorisation du capital converti en actions boursières se réalisait grâce aux performances de l’entreprise. Des performances que l’investissement, financé par la Bourse, venait renforcer, soit en augmentant les gains de productivité, soit en confortant la pénétration du produit de l’entreprise sur le marché… Aujourd’hui, en tout cas dans les grands pays industrialisés, les gains de productivité ne peuvent être que marginaux : l’intégration technologique est maximale et la rationnalisation de la production achevée. Quant à l’amélioration de la pénétration dans le marché, elle est, elle aussi –du moins pour les grands secteurs industriels et commerciaux- parvenue à un état d’équilibre entre les concurrents difficilement modifiable. Dans ce contexte, les fonds purement destinés à l’investissement ont été supplantés par d’autres acteurs boursiers, tels que les célèbres « fonds de pension » et autres « capitaux flottants », qui cherchent une rentabilité spéculative rapide et très rémunératrice. C’est cette intrusion, aujourd’hui massive, qui a conduit à dissocier les performances boursières de la réalité économique. En effet, afin de séduire (ou de conserver) les fonds de pension, les industriels, doivent maintenir un très haut niveau de rentabilité au capital investi sur leurs titres (au moins 15 à 18%), alors même qu’ils ont épuisé les sources de gain de productivité et les opportunités de croissance commerciale. Ils n’ont, alors, que trois solutions : - licencier, pour réduire la masse salariale, réalisant, ainsi, un gain de productivité fictif, - fusionner avec un concurrent ou un fournisseur, ce qui permettra la mise en commun de certains services et conduira à une restructuration (et donc à des licenciements), - délocaliser leur production vers des pays où la faiblesse des salaires, la modicité des taxes et l’absence de contraintes sociales et environnementales permettra d’engranger de substantielles économies… Ces processus sont aujourd’hui quotidiennement exposés dans l’actualité économique européenne ou américaine et provoquent, chaque jour, des milliers de suppressions d’emplois, dans des entreprises qui, sitôt leur « restructuration » annoncée, voient leurs valeurs boursières s’envoler. C’est en partant de ce constat d’un changement radical de nature des opérations boursières, aujourd’hui essentiellement spéculatives, que les altermondialistes contestent les politiques économiques basées uniquement sur le renforcement des performances boursières, puisque celles-ci sont, désormais, tueuses d’emplois, et non plus génératrices d’emplois. En d’autres termes, ils somment les dirigeants politiques d’appliquer une politique qui tienne compte de la vie réelle du pays, et non plus seulement de l’état de la Bourse. Chronique publiée par L’Express
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Mis à jour ( Mardi, 11 Novembre 2008 10:10 )  

Laurent Dubourg a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Vendredi, 17 Octobre 2008.

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