Sa attend que j'éteigne

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Marie,
S'il te plait, je t'en supplie Marie, lis les mots qui vont suivre. Je n'ai pas arrêté
d'essayer de t'appeler cette après-midi : tu ne m'as même pas laissé le temps de
m'expliquer ! Comme tu as dû débrancher ton téléphone (vu que tu ne réponds
plus du tout), j'ai décidé de t'envoyer cette lettre. Je t'écris depuis la chambre de
l'hôpital psychiatrique où l'on m'a interné aujourd'hui. Ca ne va pas du tout pour
moi, il faut que tu m'écoutes, s'il te plait ne jette pas cette lettre avant d'avoir fini
de la lire.
Si cette lettre est écrite au crayon-feutre c'est parce que les médecins ne
veulent pas me donner de crayon à bille ou à plume : ils ont peur que je me
fasse du mal avec. Ils n'arrêtent pas de dire que je me suis automutilé cette nuit
chez moi, mais ça n'est pas vrai ! ils ne croient pas ce que je leur dis ! Il y a un
quart d'heure ils m'ont coupé les ongles tellement courts que ça a saigné un
peu : Ils disent que comme ça je ne pourrais pas m'infliger de griffures et
d'écorchures supplémentaires. Le psychiatre à l'air de dire que je vis mal notre
séparation, mais qu'est ce qu'il en sait !
Je ne veux pas rester ici. D'accord je ne vais pas vraiment bien, mais je suis
sûr que je ne suis pas fou ! et qui à part toi pourrait m'aider à me faire sortir de
là ? Tu es ma famille la plus proche depuis que mes parents sont décédés. Ça
peut paraître un peu sordide ce que je vais te dire, mais tant qu'on a pas divorcé,
s'il y a bien quelqu'un qui pourrait faire des démarches pour me sortir de là, c'est
bien toi. Ecoutes, si tu ne le fais pas par souvenir de nous deux, alors fais moi
sortir d'ici et je signe tout de suite les papiers du divorce. Ca va presque faire un
mois maintenant que tu attends ça, hein ? Si tu me fais sortir de là, je les signe
sur le champ.
Je ne veux pas continuer à dégringoler comme ça : Si ça continue, si je ne
retourne pas travailler, je vais en plus perdre mon boulot ! Déjà que ce mois-ci je
n'y suis presque pas allé à cause de tout ça et du reste : En effet ces derniers
temps il n'y a pas eu que notre séparation qui a été difficile, j'ai eu d'autres
problèmes. Ca n'est pas évident à expliquer, et je ne sais pas comment te dire
tout ce qui m'est arrivé, déjà que ces cons de toubibs ne veulent pas me croire,

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je me demande vraiment si tu me prendras aussi pour un fou, mais de toute
façon au point où j'en suis...
Bon, depuis le début du mois, après le week-end de la toussaint, enfin disons
plutôt suite à notre ultime dispute, j'ai fini par dégotter un petit appartement après
deux nuits d'hôtels : il était assez pourri, mais je pouvais le louer tout de suite.
Puis j'ai donc pris mon jeudi pour venir chercher mes affaires : Excuse moi, mais
à ce moment-là tu étais obligé d'être aussi désagréable avec moi ? Tu savais
que je passais, alors tu as vraiment fais exprès d'avoir déjà quelqu'un d'autre à
la maison ? Tu étais vraiment si pressée d'enterrer nos dix-huit ans de mariage ?
Je ne te demandes pas non plus d'être éplorée et habillée en noir, mais là quand
même... Tu ne peux pas savoir à quel point j'ai souffert toute la nuit qui suivit,
j'étais anéanti. Le lendemain, je suis allé travailler, mais j'ai été voir Fred pour lui
demander deux semaines de vacances : Je me sentais beaucoup trop mal pour
pouvoir travailler, avec tout ça j'avais besoin de me mettre au vert et de m'aérer
l'esprit. Bah ! tu connais un peu Frédéric, je t'en ai déjà parlé, il est souvent
assez chiant pour accorder les congés, mais j'ai fini par le faire céder. Donc
arrivé le vendredi soir je me retrouvais avec deux semaines de repos, j'avais
trouvé une maison de vacances à louer dans un petit village près d'Albertville, en
Savoie. Le lendemain midi je suis parti là-bas.
Les tout premiers jours se passèrent bien, l'air de la campagne, le calme, loin
de la ville : tout cela m'aidait à faire le point, et à mieux supporter la situation. Je
passais mes journées à me promener dans la montagne, le soir j'allais dans le
bistrot du bourg du village, et je me saoulais un petit peu avant de rentrer me
coucher : je n'arrêtais pas malgré tout de ressasser le passé, de penser à nous.
Durant la nuit du lundi au mardi je me suis réveillé en sursaut, j'ai poussé un
cri tellement j'ai eu peur. Pendant mon sommeil j'ai eu l'impression qu'on me
grattait sur le dessus de là tête, j'étais sûr qu'on m'avait gratté dans les cheveux.
La sensation qui m'avait tiré du sommeil paraissait réelle, mais quand j'ai allumé
la lumière, je n'ai rien vu, il n'y avait personne. Je suis resté un bon quart
d'heure, lumière allumée, allongé dans mon lit à regarder au plafond avant de
me décider à me rendormir. Sur le moment je me suis juste dis que ma
dépression me faisait des tours... je le croyais, mais plus maintenant.
Deux nuits plus tard je me suis réveillé en hurlant en plein milieu de la nuit
pour la même raison : Je sentais qu'on me grattait sur le dessus du crâne. Je
suis resté assis sur mon lit quelques minutes, je n'arrêtais pas de me dire que je
perdais la boule. J'ai fini par allumer la télé et je me suis endormi devant. Au
matin, les dessins animés pour enfant m'ont tiré du sommeil. A mon réveil, je me
suis dit qu'il valait mieux que je ne consomme plus du tout d'alcools, fort de cette
décision, je passai une bonne journée.
Tu n'as sûrement pas peur dans le noir, non ? Je dois dire que moi aussi, cela
faisait partie des peurs d'enfants qui m'avaient quittées avec le temps. Mais à
cause de la nuit précédente, le soir arrivé, je n'avais pas trop envie d'aller me
coucher. Il est vrai que j'avais envie de boire un peu, c'est vrai, mais j'avais
surtout un peu peur. Une fois allongé, lumière éteinte, je me suis blotti dans les
couvertures, je gardais les yeux bien clos, on aurait sûrement dit un enfant de
cinq ans ! Je finis par m'endormir, mais d'un sommeil léger, sûrement à cause de

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la peur, et elle m'a été salvatrice : C'est sûrement à cause de cette crainte que je
dormis d'un sommeil agité, et que je me suis réveillé plusieurs fois au milieu de
la nuit. Ce devait être la troisième fois de la nuit que j'ouvrais l'oeil : tout était
plongé dans l'obscurité, on ne discernait qu'un léger trait de lumière à la jonction
des volets qui laissaient filtrer un peu de la clarté de la lune du dehors. Au début,
à moitié endormi, j'ai pensé que je devais être un peu pris à la gorge et que le
son que j'entendais devait être le râle de ma respiration. Mais je respirais très
bien, et plus qu'un râle j'entendais à présent clairement le son, non pas d'un râle,
mais d'un grognement, comme celui d'un chien prêt à attaquer. Il provenait d'à
côté de la porte de la chambre. Je me blottis encore plus fort dans mes
couvertures : j'avais peur de bouger. Le grognement s'intensifia. Pris alors de
panique, dans un mouvement incontrôlé je projetai ma main sur l'interrupteur de
ma lumière de chevet, et allumais : Le grognement s'arrêta aussitôt, il n'y avait
rien dans la chambre. J'ai gardé les lumières allumées toute la nuit.
Il me fallut attendre jusqu'au petit matin avant de trouver le sommeil. J'ai dormi
jusqu'en début d'après-midi, puis je suis allé au bistrot du coin : On était le
samedi et il y avait un match de foot qui passait à la télé, du coup il y avait du
monde et ça me rassurait d'entendre le brouhaha tout autour de moi : je me
sentais en sécurité. Je me suis mis à boire, jusqu'au milieu de la nuit. Arrivé à la
maison, même saoul, je ne me sentais pas très rassuré, je laissais les lumières
de la chambre allumées avant de m'écrouler sur le lit. Le lendemain j'ai passé
une bonne partie du dimanche à récupérer de ma gueule de bois, mais je me
sentais, malgré cela, un peu plus serin : Il n'y avait rien eu de bizarre pendant la
nuit.
Le soir venu je me suis endormi avec la lumière allumée, j'étais rassuré par la
lumière : J'avais l'impression de retourner en enfance, mais entre laisser les
lumières allumées et ne pas dormir, mon choix avait été vite fait.
Je me suis réveillé dans mon lit en hurlant, une douleur atroce au torse. J'étais
plaqué sur le dos, on m'écrasait le ventre. La pièce était plongée dans le noir : La
lumière, je ne savais comment, était éteinte. J'ai hurlé... oh ! ce que j'ai hurlé ! de
douleur surtout, mais aussi d'effroi. Ce qui était sur moi hurlait aussi, enfin, plutôt
émettait une espèce de « gggGGGoooOOOO » guttural, grave et puissant, rien
que d'y penser, j'en ai des frissons. Je ne voyais rien, juste une ombre aux
contours indéfinis au-dessus de moi. J'ai tendu le bras et essayé plusieurs fois
d'allumer la lampe de chevet, mais sans résultat. Ensuite je ne sais pas
comment j'ai fait pour me dégager, sûrement que la poussée d'adrénaline n'y a
pas été pour rien, mais j'ai réussi à m'échapper de l'étreinte. J'ai couru hors de la
chambre, ce qui était maintenant derrière moi s'est mis à hurler encore plus fort.
Ce truc m'a poursuivi, je l'entendais juste derrière moi. Au moment où j'ai allumé
la lumière, ça hurla, le cri fut déchirant, comme le hurlement d'une femme qui se
fait agresser. Le temps que je fasse volte-face, le cri avait cessé et il n'y avait
plus rien derrière moi.
Comment te décrire l'état dans lequel je me trouvais après cela : Tu t'es déjà
réveillé en sueur, parfois en hurlant après un cauchemar terrifiant, puis d'un coup
tu réalises que tu es au chaud, en sécurité dans ton lit ? Eh bien là c'était
l'inverse, je me croyais au calme, en sécurité, et je me suis fait agresser : j'étais

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complètement terrifié, il n'y avait plus de lumière et je ne voyais donc rien quand
c'était arrivé, et ce... cette chose me labourait le torse. Quand c'est parti je suis
resté dans le couloir, la main sur l'interrupteur. Je suis resté comme ça jusqu'au
petit matin, je ne voulais plus bouger, je ne pouvais plus dormir : j'avais trop
peur.
Je suis retourné dans la chambre à la lumière du jour : j'ai compris pourquoi la
lumière était éteinte quand c'était arrivé : La maison datait pas mal, et les fils
électriques ne passaient pas par les murs, mais le long de la plinthe : Ils avaient
été déchiquetés juste avant l'entrée dans la chambre.
On était le lundi, j'avais encore devant moi un peu moins d'une semaine de
location de la petite maison de vacances, mais je ne voulais plus rester là.
Franchement je ne savais pas ce qu'il y avait de bizarre dans ce village, mais je
n'aurais pas voulu aller mener l'enquête auprès des habitants : Ils m'auraient
sûrement cru fou, et je ne serais de toute façon pas resté une nuit de plus dans
ce patelin.
J'ai repris le bus puis le train le jour même : Plus je m'éloignais, mieux je me
sentais : Toutes ces choses avaient eu lieu là-bas, et en partant je les laissaient
derrière moi. Franchement je ne cherchais plus trop à savoir si j'étais fou ou si
c'était vrai : j'avais peur, et je voulais retrouver ma sécurité et ma sérénité. Au
moins l'avantage était que notre rupture me tracassait du coup beaucoup moins :
Un souci en chasse un autre finalement !
Mais deux nuits plus tard ça à repris : Je commençais tout juste à penser à
autre chose, que ça reprenait. Je m'étais réveillé de nouveau à cause du
grognement près de moi dans mon lit : Là encore complètement paniqué j'ai
allumé la lumière, et tout c'est arrêté. J'avais peur, mais ce qui me rendait
malade était que je n'avais pas pensé que ça m'aurait poursuivi.
On était le mercredi et j'étais donc toujours en vacances, ça valait mieux car je
ne devais pas être beau à voir : Je n'avais pas dormi de tout le reste de la nuit,
j'avais bu tout ce qui me restait de whisky, je restais juste assis sur le bord de
mon matelas à me demander désespérément ce que je pouvais faire, et à qui je
pourrais demander de l'aide. Plus j'y pensais et plus je pouvais constater que
j'étais vraiment seul, je ne voyais personne en qui j'avais assez confiance pour
lui déballer tous ces trucs de dingues. A part toi et les enfants j'ai vraiment
l'impression que je n'ai plus grand monde que je connaisse bien et sur qui je
puisse compter.
Pour la nuit suivante j'ai rallumé les lumières dans ma chambre, j'avais bien
vérifié que le fil passait dans le mur, mais c'est le cas pour toutes les
constructions d'aujourd'hui. J'avais vraiment peur de la nuit qui allait venir, je ne
savais plus trop quoi faire, au final pour me rassurer un peu plus, j'ai scotché les
interrupteurs dans ma chambre à grosses doses de chatterton.
Durant la nuit je dormis par intermittence, à penser et à ressasser sans fin ce
qui m'arrivait. Vers les trois heures du matin, j'eus envie d'uriner : Je me levais,
ouvris la porte de ma chambre, entrai dans le couloir. Mon sang se glaça quand
j'entendis le rugissement sourd sur ma droite, j'eus à peine le temps de bouger
qu'une douleur fulgurante me fit hurler. Je bondis sur l'interrupteur, la lumière
s'alluma, le même cri aigu de la dernière nuit dans la maison de campagne

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résonna, puis plus rien. Je suis resté assis sur le sol, adossé au mur, ma cuisse
saignant lentement par la longue plaie que ça m'avait infligée. J'avais vraiment
mal, et je me sentais complètement abasourdi par cette agression foudroyante
que je venais de subir. Je me suis dit que les gens qui se font agresser dans la
rue devaient ressentir un sentiment de dénuement avoisinant. Au bout de dix
minutes je me suis décidé à aller dans la salle de bain pour soigner ma blessure.
Disons que si les jours précédents je doutais encore que ça craignait la
lumière, j'en étais complètement sûr après cette nuit-là : La lumière n'était
allumée que dans ma chambre quand c'était arrivé. J'en ai déduit que ça m'avait
attendu juste en dehors, je ne l'avais vraiment pas vu venir quand ça m'avait
sauté dessus : Au moins j'étais quasi persuadé qu'à la lumière j'étais en sécurité.
Après m'être désinfecté et bandé ma cuisse, j'ai bien pensé à appeler la police,
mais pour leur dire quoi ? Qu'un monstre me saute dessus quand je dors la
nuit ? J'ai failli aussi t'appeler à ce moment-là, j'aurais peut-être dû, mais je ne
voulais pas empirer davantage la situation entre nous. Il faut croire que j'avais
encore un espoir qu'on puisse se remettre ensembles : Et je te rassure, si
aujourd'hui je t'écris, c'est pour demander ton aide, juste ça, pas plus, juré.
Après réflexion, vu qu'à la lumière j'étais en sécurité, je suis allé acheter de
gros rouleaux de chatterton, j'ai allumé toutes les lumières de l'appartement et
j'ai abondement scotché les interrupteurs, je n'y étais pas allé de main morte :
Ca avait marché pour ma chambre, donc je me disais que ça marcherait aussi
pour le reste de l'appartement, et j'avais raison.
De nouveau je dormis paisiblement. La première nuit, j'eus des craintes, mais
il ne se passa rien, cela me rassura et je m'endormis assez sereinement les nuits
suivantes. Mes congés touchaient doucement à leur fin, je commençais à
repenser au boulot, à notre séparation, à me dire que j'avais peut-être un peu
perdu la tête avec les agressions que je subissais la nuit : Je ne leur trouvais pas
d'explication, je finis par admettre un peu l'idée que tout ça puisse se passer
dans ma tête. J'ai failli t'appeler le week-end pour passer te voir afin qu'on
décide des dates pour aller en finir avec notre mariage : vu que tout ça me faisait
perdre la boule, je voulais que ça s'arrête au plus vite. Mais je n'ai rien fait, je
suis resté tranquillement chez moi tout le week-end, à attendre le lundi pour
reprendre le travail. Je ne m'endormis pas trop tard le dimanche soir afin
d'arriver en forme au boulot le lendemain.
Bon dieu ! Je me suis réveillé en plein milieu de la nuit dans les ténèbres, tout
était noir ! Je dis que je me suis réveillé, disons plutôt que je fus réveillé par ce
qui était en train de me secouer comme un prunier, je hurlais de douleur : Ca
m'agrippait, comme pris dans un étaux, je sentais ses griffes rentrer dans mes
épaules. Ca me secouait avec une telle violence que quand ma tête heurta le
montant du lit, je crus bien m'évanouir. Le son que ça émettait, le
« ggggGGGoooOOO » grave et guttural, fit place à des grognements dès que j'ai
commencé à me débattre. J'ai essayé de donner des coups de pieds, mais ça
me tenait par les épaules et je ne pouvais rien faire. Alors prenant appui sur mes
jambes, j'ai tenté de me dégager en pivotant sur moi-même : j'ai eu très mal, les
griffes m'ont littéralement déchiré les épaules quand je me suis arraché de sa
prise. Je reculai vers le pied de lit, je sentis une douleur atroce me parcourir le

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dos, j'entendais maintenant derrière moi comme le hurlement d'un cochon qu'on
égorge, j'étais complètement terrorisé. Je courus hors de la chambre, il n'y avait
pas de lumière dans le couloir. Je me jetai sur l'interrupteur, mais rien ne
s'alluma ! Pris de panique, entendant ce qui était derrière moi approcher, je me
précipitai dans le couloir de l'immeuble, j'allumai la lumière, qui marchait :
J'entendis alors comme des petits cris de chien battu venant de mon
appartement. J'étais nu, dans le couloir de l'étage de mon immeuble, les épaules
et le dos gravement et profondément écorchés, avec ce truc dans mon
appartement qui allait me sauter dessus dès que je me retrouverais dans le noir.
Comment voulais-tu que j'aille voir un voisin pour lui dire ça et demander de
l'aide ? Heureusement que la moquette du couloir était sombre, car je pense que
sinon les voisins auraient vu au petit matin les taches de sang que j'avais
laissées. Quant à moi j'avais décidé d'attendre que le jour arrive, je m'étais
caché dans la cage d'escalier de l'immeuble : Je me suis dit que les gens
prennent tous l'ascenseur et que je ne serais pas surpris si je restais là. Il faisait
très froid, je n'en pouvais plus. Mon sang, qui avait fini par arrêter de s'écouler
au bout d'un moment, avait tacheté le sol en béton. Je gardais le doigt pressé
sur l'interrupteur, craignant plus que jamais de me retrouver dans l'obscurité.
Pendant tout le temps où je suis resté là à attendre, je n'arrêtais pas de me
demander comment ça avait pu tout éteindre dans l'appartement, pourquoi les
lumières ne s'étaient pas allumées quand j'avais essayé.
Quand j'entendis les premières personnes sortir de chez eux, cela faisait bien
trois heures que j'étais dans la cage d'escalier, derrière la porte, nu, en chien de
fusil, le bras tendu vers l'interrupteur pour tenir la lumière allumée.
Principalement j'étais frigorifié, je tremblais de partout, et je crois bien que
j'aurais fini par être en hypothermie si j'avais dû rester plus longtemps là.
J'entrouvris donc la porte, jetai un oeil dans le couloir, il n'y avait personne, la
porte de mon appartement était toujours ouverte, je voyais de la lumière : Je
n'avais pas fermé les volets, et la lumière du jour éclairait maintenant mon
appartement. Je courus jusqu'à l'entrée, ça n'avait plus l'air d'être là : je vérifiais
qu'il n'y avait plus rien dans chaque pièce, attrapais ma couette au passage dans
la chambre, retournais à l'entrée, fermais la porte et m'effondrais, le dos contre le
mur de l'entrée. Je pleurais, j'étais épuisé, je me suis enroulé dans ma couette.
Quelques minutes plus tard je m'endormais, derrière ma porte d'entrée, à même
le sol, sanglotant encore.
Je me suis réveillé un peu avant midi. J'avais le dos et les épaules en feu, je
n'étais évidemment pas allé travailler, n'ayant pas encore le téléphone dans cet
appartement de fortune, ils n'avaient aucun moyen de me contacter du travail.
Mais ce n'était pas mon travail qui me tourmentait le plus, je voulais savoir
pourquoi les lumières étaient toutes éteintes cette nuit quand je fus agressé. Je
devais être vraiment complètement désorienté pour ne pas avoir compris plus
tôt : Le compteur d'électricité était à l'intérieur de l'appartement, mais tout près
de l'entrée... et il était coupé. Je ne sais pas comment ça a fait à cause de la
lumière, mais ça c'était débrouillé. Une heure plus tard, je sortais dehors pour
aller acheter des bougies, j'en profitais pour appeler au boulot et demander un

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jour de congé car je me sentais mal, mon patron n'était pas content. Après mes
achats, je revins chez moi, avec un sac rempli de bougies.
Avant que le soleil ne se couche, j'avais disposé les bougies un peu partout
dans ma chambre. Leurs lumières, ajoutées à celles du plafond, emplissaient la
chambre. Cela me rassurait, et même si le courant était coupé je n'aurais pas été
pris au dépourvu. Malgré tout je n'arrivais pas trop à dormir.
Il était deux heures du matin, je ne dormais toujours pas. J'entendis le « clac »
du disjoncteur à m'entrée, les lumières s'éteignirent : C'était là, c'était encore
venu. Je ne bougeais pas de mon lit, j'avais peur et je tremblais, mais avec les
bougies ce n'était que la seule pièce éclairée, je n'allais donc pas sortir de là !
Sans surprise j'entendis son grognement rauque approcher de la porte, puis ça
se mit à pousser de longs rugissements caverneux, ils s'accompagnaient de
sifflements comme ceux de la respiration d'un asthmatique, j'étais terrifié : Je
restais emmitouflé dans ma couette, n'osant plus bouger d'un pouce. Ca n'entra
pas : Progressivement les cris redevinrent grognements, à cause de la lumière
des bougies ça ne pouvait pas entrer. Même si j'avais toujours peur, je me
sentais mieux, plus en sécurité.
Au bout d'une demi-heure j'avais sombré dans un demi-sommeil, je poussais
un petit cri de surprise quand je vis la porte de ma chambre s'entrebâiller
doucement. Je vis alors passer le dossier d'une des chaises de la cuisine qui
balaya les bougies près de la porte, puis le dossier battit en vain dans le vide
pendant une bonne minute. Les grognements firent de nouveaux place aux longs
cris graves et sifflants, j'étais encore blotti dans ma couette, d'où ne dépassaient
que mes yeux, j'attendis comme cela jusqu'à six heures du matin. Ca avait
encore essayé plusieurs fois de renverser d'autres bougies avec la chaise, mais
toujours en vain. A six heures je m'endormais malgré sa présence derrière la
porte de ma chambre : je l'entendais toujours grogner.
Je me réveillais encore une fois vers midi, je mis bien une heure pour me
préparer à sortir : Même si j'avais trouvé la parade, je m'alarmais déjà à l'idée de
devoir dormir bougies allumées pour toutes les nuits à venir. Je fis quelques
courses, j'achetais cette fois-ci un plus grand nombre de bougies, car elles
avaient toutes fini de se consumer. Puis je suis allé à reculons dans une cabine
téléphonique pour appeler à mon travail : J'eus droit à de sérieuses
remontrances, je me confondis en excuses pour ce deuxième jour d'absence,
mais je n'avais pas le choix, il fallait que je retourne au travail le lendemain. Je
rentrais chez moi, une bougie allumée à la main, la peur au ventre, tourmenté
par mes absences au travail, par notre rupture, complètement apeuré et fatigué.
Tu sais Marie, je crois que c'est quand ça ne va pas comme ça que la solitude
est la plus pesante.
Même si ce ne fut pas de sommeil profond, je passais une nuit de repos
presque complète. Au réveil, les bougies étaient toujours allumées, je n'avais
pas entendu de grognements. Je suis allé manger un morceau de brioche et me
fis un café, puis je suis allé prendre une douche : Je ne voulais pas être en retard
pour reprendre mon travail, surtout que j'allais devoir subir les reproches de mes
absences, rien que d'y penser cela me tracassait, mais de toute façon je ne
pouvais pas y couper.

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Je suis allé prendre une chemise dans le placard mural de la chambre après
ma douche. A peine j'avais entrebâillé la porte de la penderie qu'une main
osseuse, grise et griffue surgit de l'entrebâillement et me saisis au poignet. Je
n'ai pas eu le temps de comprendre ce qui m'arrivait, elle me tira avec une telle
force et une telle violence vers le placard que je fus comme projeté contre la
porte. Le choc m'étourdit, je n'avais plus la force ni la volonté de m'échapper, et
de toute façon ça ne m'a pas laissé le temps de reprendre mes esprits. La main
me tira pour me projeter une seconde fois sur la porte du placard et ma tête
cogna cette fois-ci sur le coin de la porte. Je ressentis une décharge de douleur
au crâne, tout devint sombre, j'entendis un bourdonnement dans mes oreilles,
puis ce fut les ténèbres.
Je ne pense pas être resté sans connaissance bien longtemps, tout au plus
quelques secondes. Je suppose que je me suis réveillé à cause de la douleur :
Je sentais ses coups de griffes me déchirer du haut du visage jusqu'au nombril,
elle me labourait les chairs, la douleur était atroce, il faisait complètement noir
autour de moi. Je voulus m'enfuir, je sentis la porte bouger, mais elle devait être
fermée à clef car malgré mon insistance elle ne s'ouvrait pas. Sa patte fit un
nouveau un passage complet de mon épaule gauche jusqu'au bas des mes
côtes : je hurlais de douleur. Poussé par l'effroi je me projetais contre la porte,
elle s'ouvrit en me laissant tomber sur le sol, je relevais la tête, les bougies
étaient toujours là, allumées. J'avais du mal à garder les yeux ouverts car j'avais
de la transpiration qui me coulait dans les yeux, je me passais alors la main sur
le visage, puis l'examinai, elle était recouverte de mon sang. La douleur était
atroce, je n'arrivais pas à dire où j'avais mal : tout le haut de mon corps n'était
plus que douleur. Péniblement je me relevais, puis décidé à demander à l'aide je
me dirigeais au dehors de mon appartement, j'avais du mal à marcher, je jetais
un coup d'oeil à mon ventre, il était couvert de sang, je réalisais que j'étais nu,
mais je n'avais plus de forces, il fallait que je sorte. J'ouvris la porte d'entrée, je
sortis en m'appuyant sur la poignée, je fis encore quelques pas en titubant dans
le couloir avant de m'écrouler sur le sol. J'entendis une voix de femme dire « Oh,
mon dieu », puis plus rien.
Je me suis réveillé il y a quelques heures dans cette chambre, au début je ne
sentais rien à cause des anti-douleurs, mais je pense que je vais maintenant en
demander en plus pour passer la nuit car je commence à avoir mal. Je me suis
regardé tout à l'heure dans une glace, ils m'ont bandé une bonne partie du
visage : j'ai soulevé un peu les bandes pour regarder au-dessous, et ça n'était
pas beau à voir : la peau est labourée. J'ai fini par pleurer tout en éclatant de rire
en me disant que mon visage devait plus tenir du steackaché que de celui d'un
homme ! Mon bras gauche, mon torse, et mon ventre sont bandés, je n'ai même
pas regardé, de toute façon je sais dans quel état ils sont.
Voilà donc où j'en suis depuis qu'on s'est quittés. j'ai besoin que tu viennes
me tirer d'ici. Je ne vais pas...
« Monsieur Le Bail ? »
... passer ma vie ici à bouffer leurs médic...

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« Monsieur Le Bail ?
- Hmmm, heu, oui... heu... excusez-moi.
- Monsieur le Bail, il est vingt et une heure, c'est l'heure de dormir.
- Déjà ? Mais je n'ai pas fi...
- Il faut aller dormir, c'est comme ça ici, c'est pareil pour tout le monde.
- Mais ma lettre ?
- Vous la finirez demain matin, vous pouvez la laisser sur la table, il ne lui
arrivera rien vous savez !
- Mais...
- Allez Monsieur Le Bail ! Et vous devez prendre vos médicaments avant.
- Mes médicaments ? j'ai juste mal...
- Ca vous calmera aussi vos douleurs, et vous dormirez mieux »
Il allait répondre, puis se ravisa, ça ne servait trop à rien de discuter avec
l'infirmière, de toute évidence elle se bornait au règlement. Il se glissa dans le lit,
habillé d'une de leur « robe de chambre » : un tablier en tissus, fermé à l'arrière
par un noeud sur un petit cordon. Il se demanda si ça les excitait de voir ainsi les
fesses des patients à nu toute la journée.
« Voilà, maintenant prenez vos médicaments »
L'infirmière tendit un gobelet au fond rempli de gélules, puis un autre repli
d'eau. Il regarda l'infirmière pour lui demander s'il devait tout prendre. En voyant
son regard fixé droit sur lui, il se ravisa et goba toutes les gélules puis les avala
d'une rasade d'eau. Le visage de l'infirmière passa de l'agacement au sourire.
« Eh bien voilà, quand vous voulez, vous y arrivez ! »
Sans répondre, il tendit les deux gobelet vides à l'infirmière. Celle-ci les
rangea sur son chariot puis le poussa jusqu'à la sortie de la chambre.
« Non ! s'il vous plait ! J'ai besoin de la lumière. »
L' infirmière gardait son doigt sur l'interrupteur.
« Vous avez la veilleuse dans le couloir.
- Oui, mais elle ne fera pas assez de lumière dans la chambre.
- Bon, Monsieur Le Bail, vous allez dormir. Pour la lumière ce soir c'est non,
vous demanderez demain matin au médecin.
- Mais...
- Allez dormez, demain vous en parlerez avec le docteur, en attendant j'éteins.
- Mais...
Elle éteignit la lumière puis sortit de la chambre sans même le regarder.
La veilleuse du couloir produisait un peu de lumière, mais une bonne partie de
la chambre restait plongée dans le noir. Il s'enfouit sous les couvertures, apeuré,
à l'écoute de chaque son.
Le sommeil commençait à le gagner, il luttait pour garder les yeux ouverts, il
avait chaud sous les couvertures, il se sentait bien, détendu, comme dans du
coton, il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il avait chaud... il se sentait
bien... il avait du mal à garder... comme dans du coton... il avait chaud... les
yeux ouverts.
« Hein ! »

10
Il entendait distinctement le grognement juste à côté de lui. Complètement pris
de panique il sauta du lit du côté opposé et se rua vers la porte, il déboula dans
le couloir en hurlant :
« AU SEECCCOOOUUUURRRS ! AAAUUUU SECCCCOOOUURRRS ! IL Y
A QUELQUE CHOSE DANS MA CHAMBRE ! A L'AAAAIIIDDE ! »
L'infirmière qui était passé lui donner les gélules ressortit d'une des chambres
d'à côté. Une autre infirmière arriva aussi, elles accoururent vers lui.
« On se calme monsieur !
- AAA LLL'AAAAIIIIIDDE.
- MONSIEUR CALMEZ VOUS !
- JE NE VEUX PAS Y RETOURNEEEEEERRRRRR »
Les deux infirmières se regardèrent d'un air interrogateur.
« Bon, ben tu lui dis de venir ?
- D'accord.
- Je reste ici pour le surveiller en attendant. »
Il s'adossa contre un mur, épuisé.
« Ne me laissez pas dans le noir... je ne veux pas retourner dans la chambre.
- Oui oui monsieur Le Bail, calmez vous, ça va aller.
- Qui va venir ?
- Un médecin.
- Le psy de garde ? hein, c'est ça ?
- Oui, mais... heu, non... il va juste vous aider à rester cal...
- JE NE VEUX PAS RETOURNNNEEERRR DANS LA CHAAAAMMMBRRE »
Le médecin déboula par la porte battante au bout du couloir.
« ALORS ON N'ARRIVE PAS A DORMIR ?
- C'EST DANS MA CHAMBRE ! IL Y A QUELQUECHOSE ! C'EST PARCE
QUE J'ETAIS DANS LE NOIR. PARCE QU...
- Monsieur calmez-vous, s'il vous pl...
- PUISQUE JE VOUS DIT QUE C'EST DANS LE NOIR, DES QU'IL Y A UN
COIN SOMBRE C'EST LAAA.
- Bon allez ! on l'attache et une piqûre, il va comprendre comme ça. »
Un homme costaud qui était arrivé entre temps lui pris les bras par derrière et
le maintint.
« CA VOUS ATTEND DERRIERE LA PORTE DE VOTRE CHABRE, LA OU
VOUS N'AVEZ PAS DE LUMIERE ALLUMEE ! CA SE JETTERA SUR VOUS
PAR SURPRISE ! VOUS VERREZ ! ... JE NE VEUX PAS RETOURNER LA
DEDAAAAAANNNS !
- ALLEZ ATTACHEZ LE MOI ! »
Le psychiatre de garde, visiblement fatigué et énervé prêta main forte au gros
bras qui le tenait toujours fermement. A eux deux, ils le traînèrent jusqu'à sa
chambre. Ils le plaquèrent sur le lit pendant que les infirmières scellaient les
attaches métalliques aux poignets et aux chevilles.
« Allez ! maintenant on dort !
- NOOOOONNNNN, NE ME LAISSEZ PAS LAAAAAAA ! »
l'infirmière sans prêter attention à ses cris et sans un regard lui fit l'injection
dans son bras.

11
« Avec cette dose au moins il va dormir, c'est sûr. »
Ils éteignirent la lumière puis sortirent sans un regard dans sa direction.
« A L'AAAAAAIIIIIIIIIIIDDDDDEEEEE ! LAISSEZ-MOI SORTIR D'ICIIIIIIIIII !
AAAAUUUU SSSSSEEEEEECCCCCCooooooooOOUuuUrrrs, Aaiiiddeeez mm
mm mmoi à sort... à sort... à sortiiir d'iciii... A l'aiddde... au... au secours... sss...
sss... sss'il vous.... ppp... pplaaaiiitt... j... Je... vous... en... en... sup... p... ppp...
llll... plll... ... pl... ... ... pl... ... ... ... »
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Mis à jour ( Mardi, 02 Juin 2009 05:45 )  

selim ramdani a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Lundi, 01 Juin 2009.