J’ignore vraiment pourquoi, mais ce soir je me souviens bien d’elle.
Je la revois telle qu’elle était, telle qu’elle ne s’est même jamais vue.
Je revois son visage, sa fossette au menton, et surtout ses yeux verts.
C’étaient les yeux du bonheur, parsemés de petits éclats de différentes couleurs.
Cet ovale parfait, ce front haut, lisse, l’arc de ses sourcils et ce cou gracieux.
Je revois sa bouche quand elle souriait, dévoilant des dents blanches, festonnées, légèrement écartées, les dents du bonheur
Je me souviens aussi de son corps qu’elle trouvait si laid.
Il était pourtant beau , mais elle le voulait plus mince. Pourtant qu’elle était belle, quelle allure.
Elle ne s’est jamais aimée et maintenant elle a disparu à jamais.
Souvent je la cherche tout en sachant que jamais je ne la reverrai.
Je l’attends au détour d’un miroir, je me penche mais je ne la vois pas.
Sa belle et longue chevelure brune a laissé la place à une tignasse fatiguée des couleurs.
Je ne vois qu’un visage émacié, des traits alourdis, un nez trop épaté. Pour avoir trop souvent subi les froncements de sourcils, le front ressemble à un champ labouré et la bouche est ridée pour avoir trop fumé.
Dernier espoir je cherche ses yeux, mais ils sont cachés derrière les lunettes.
Très délicatement, je pose chacun de mes majeurs au bas de mes tempes et j’étire légèrement vers le haut . La magie opère, l’ovale se redessine, les bajoues disparaissent, le nez s’affine, la bouche se lisse et se remplit. Je suis prête à la retrouver mais il me manque toujours les yeux.
Alors toujours délicatement de peur de la perdre, j’enlève les lunettes. Le flou s’installe, envahissant le miroir et mon cœur.
Jamais je ne la reverrai.









