Ne vous attendez pas ici à un écrit où règne rythme soutenu, suspens et rebondissements. Vous ne trouverez que la description d’une campagne où se trouvait la ferme familiale à travers les souvenirs de l’enfant que j’étais et qui a grandi dans cette ambiance.
Cette campagne se situait en Flandres françaises, le plat pays qui est aussi le mien. Eglises et beffrois étaient le seul relief, dominant le paysage. Cest l’importance historique de la région qui est à l’origine d’une culture très riche, en contraste avec la simplicité des gens dont les familles, en général, y habitent depuis des siècles.
C’est à Oost-Cappel (« Chapelle de l’Est ») que se trouvait la ferme. L’entrée se faisait par un chemin de terre et de cailloux dont le terme régional est « drève ». Outre les champs et les pâtures, on pouvait y rencontrer, à mi parcours, sur la gauche, une mare où s’élevaient haut dans le ciel de grands arbres qui, les jours venteux, tels des couples, se mettaient à danser. La ferme se composait de deux bâtiments agricoles sur la gauche et d’un bâtiment d'élevage sur la droite, entourés d’arbres. Tout au fond, comme une sentinelle, se dressait la vieille maison bâtie sous Napoléon Bonaparte. Demeure m’ayant toujours fasciné de par son histoire qui ne put être que bien remplie, chaque pièce abritant ces secrets. Mais les choses les plus mémorables et les plus marquantes sont sans aucun doute le jardin cultivé rempli d’arbres qui habillaient le lieu. Ces arbres fruitiers qui parfumaient l’air alentour. Sans oublier ces prés gigantesques où broutaient les vaches, se nourrissant de cette herbe verte et fraîche.
Arrivé le printemps, nous pouvions voir les hirondelles aux fenêtres chanter les beaux jours. Le soleil nous réchauffait de ses rayons tièdes. Les arbres se rhabillaient de leur feuillage juvénile alors que les fleurs nous offraient leur premier parfum. Mon père s’en allait au champ, comme d’autres paysans, afin de travailler la terre noire pour les prochains semis. Et toute la vie campagnarde se réorganisait après le réveil difficile du sommeil hivernal.
Lorsque l’été arrivait, le bonheur rayonnait sur les visages, alors que brocantes et ducasses se multipliaient dans les villages alentour. On entendait les enfants crier dans tout le village à l’arrivée des grandes vacances. La journée, les champs d’orges et de blés affichaient leur jaune le plus intense, celui des peintures de Van Gogh; et la nuit, sous un ciel étoilé, l’odeur des épis coupés enflait les narines, annonçant dans toute la campagne le début des moissons. Le jardin offrait des fruits juteux et sucrés, mangés par les bouches enfantines. Je me souviens encore de toutes ces odeurs qui me rendent terriblement nostalgique.
L’automne, le froid et la pluie s’installaient. Le temps humide rendait les chemins gras et boueux. Mais le ciel bas et gris laissait quelquefois place à des journées ensoleillées, comme un dernier adieu de l’été qui ne laissera qu’un soleil froid. On allumait les feux, et la fumée s’échappait de la haute cheminée, se mêlant au gris du ciel. Et, le soir, de mon lit, j’entendais les grands vents siffler, dans le feuillage mourant, des chants funèbres.









