"En haut, sur ce toit, tout en haut avec toi, je n'avais jamais ressenti un tel vent de liberté me fouetter le visage et me faire frissonner le corps. C'était comme si plus rien ne me retenait dans ce pays ou dans un autre, comme si toutes mes attaches, ces liens si précieux, s'étaient détachés de mon esprit et que je ne voyais plus que nous face à la vie. Comme deux forces invincibles qui auraient pu s'enfuir contre le vent, braver toutes les tempêtes mais toujours le coeur solide et l'esprit léger. Je voyais défiler devant mes yeux toutes les aventures que l'on aurait pu vivre.
Je te connaissais à peine, mais c'est bien ça mon problème, c'est que moi je m'imagine les gens et leur passé, et leur présent, et je les vois tous beaux, tous intéressants. Je les vois comme je veux qu'ils soient et comme je veux qu'ils me voient. Et toi, dès le premier regard, dès ton premier sourire adressé à ma petite personne, je t'ai dessiné dans ma tête. J'ai dessiné ta personnalité, tes rêves et tes envies. J'ai lu sur ton visage ce que tu aimais, ce que tu voulais, je t'ai créé de toutes pièces dans mon esprit.
Et ce soir là, tu m'as fait rêvé. J'ai rêvé que tu étais comme moi, tu étais près de moi. Tu étais à moi! Je nous voyais déjà passer notre temps à courir sur les toits des buildings, à cueillir des fleurs dans les jardins, à tirer à pile ou face où et quand on ferait l'amour, à se lancer des défis stupides, à se perdre et se gagner...."
Elle a retracé le chemin de leurs pas, elle a suivi la ligne imaginaire de leur relation d'un soir, elle a essayé en vain de ressentir une autre fois,une dernière fois, cette liberté si douce et à la fois d'ange heureuse qu'elle était. Elle sentait le savon à la crème d'amande, elle souriait avec cette fausse timidité qui cachait au fond d'elle cette envie folle d'être désirée. Elle courait, sautillait et s'extasiait d'un rien. Surtout ce soir là, elle l'aurait suivi dans les dédales d'un souterrain, elle aurai couru dans l'immensité d'une plaine, elle aurait dansé, rit...Elle aurait volé des étoiles, elle aurait tout bêtement décroché la lune pour son regard...
Un regard d'un soir, un sourire d'un soir, un baiser d'un soir. Trop d'espoir accumulés, elle pensait que pour un petit bout de vie ils seraient ensembles, que pour un petit bout de chemin leurs mains seraient jointes.
Et il a lâché sa main, qu'il n'avait jamais tenu. Car dans sa tête, lui, il ne la rêvait pas aussi fort, il ne cherchait pas à s'envoler dans ses chimères, il cherchait juste à vivre du présent et à faire de cet instant un moment magique parmi d'autres qu'ils vivraient plus tard, ailleurs avec quelqu'un d'autre. Il ne comprenait pas le raisonnement de cette fille, qu'il trouvait magnifique et intéressante: magnifiquement intéressante! Mais il ne suivait pas le même chemin de vie, le sérieux n'avait pas sa place chez elle, la déraison et la spontanéité étaient ses alliés. Lui, il réfléchissait sa vie, il l'appréciait seul, il ne cherchait pas à partager absolument, il vivait avec une simplicité déconcertante, aux yeux de cette fille, qui elle, vivait dans les extrêmes de la vie et toujours avec émotion.
"Il ne joindra plus sa main à la mienne. Mais cette soirée, ce moment, fut unique et j'ai partagé avec lui un de mes plus beaux moments de rêveries. Je me sentais avoir six ans et je me sentais si forte et capable de l'aimer en une nuit!
Il a fait monter et descendre mon coeur en quelques jours. Il a fait monter et descendre mes émotions en quelques jours. Il a fait monter et descendre ma joie en quelques jours.
Je ne supporterais plus les ascenceurs, dorénavant."









