Nue sur son canapé, l'ombre de la courbure de ses fesses se dessinait sur le mur, elle lisait un livre sans s'empêcher de se laisser porter par ses pensées et autres réflexions. Elle posa bientôt son menton sur ses bras, croisés sur le livre retourné.
Elle réflechissait à ce qu'elle venait de faire la veille au soir. Elle avait laissé un jeune homme l'attendre devant un café et il l'avait appelé plusieurs fois. Et elle n'avait jamais répondu.
Son truc à elle, c'était de faire de sa vie sentimentale, un miroir. Elle séduisait, si elle arrivait à ses fins, le miroir de la vie lui renvoyait une image positive d'elle, ainsi elle n'avait plus besoin de se coltiner un prétendants pendant de longs mois, ou de longs jours. Elle ne voulait pas être éprise de ...
Elle ne voulait pas être prise au piège des sentiments.
Chaque jour, elle se levait pour le regard des autres, elle se séduisait devant le miroir pour mieux songer à séduire les autres.
Longiligne, une moue de jeune fille mutine, une bouche ronde comme deux cerises rouges, de grands yeux clairs encerclés de longs cils noirs battant l'air comme des papillons, le visage rond mais fin d'une fausse adolescente; Elyne ne marchait pas, elle dansait chacun de ses pas comme si son passage était un spectacle à admirer.
Elle était tellement pesuadée de son manège, qu'il fonctionnait et que les personnes qu'elle voulait attirer venaient à elle comme des aimants. Qu'elle transformait en amant. Avant de les faire déchanter de ce statut, ni aimant, ni amant; elle les laissait seul. Elle pensait qu'elle leur laissait juste la liberté d'imaginer de qui aurait pu se passer au lieu de leur servir une réalié fade, elle leur laissait le choix d'une rêverie fantaisiste.
Elle ne comptait pas ses conquêtes, elle ne tenait pas un cahier où les répertorier. C'est juste son égo, sa fierté qui les avalait chaque fois, faisant croître sa séduction. Elle ne se rendait pas compte qu'elle était assez sûre d'elle, et assez mûre pour se sentir bien, alors elle poursuivait ce petit jeu, peut-être par plaisir, qui sait?
Elle se sentait finalement prisonnière de ce qu'elle était devenue, et maintenant elle avait peur de faire machine arrière et de se laisser aller. Ce soir, ce garçon là était parfait, comme l'avait souvent espéré...Mais elle ne pouvait s'empêcher de réagir brutalement et égoïstement. Il devait être furieux et déçu à cette heure-ci. Elyne hésita en fixant son téléphone puis elle soupira en pensant que ça aurait été déplacé de l'appeler, qu'il le prendrait sûrement mal.
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Ce soir là, un soir de plus, c'était Justin qui l'attendait devant ce petit bistrot. Ses parents ne l'avaient peut-être pas gâté avec ce prénom, mais ils avaient conçu un enfant au charme démesurément incroyable qui avait broyé le coeur d'Elyne pour en faire du sirop.
Il ne l'avait même pas remarqué, à peine regardé, le soir où elle l'avait croisé. Il riait avec ses amis, un peu trop fort au goût d'Elyne. Elle était avec une amie qu'elle avait convié autour d'un verre pour discuter de ce trouble relationnel et sentimental qui la rongeait. Son amie avait écouté sans réagir, après avoir fini son verre de vin blanc, elle lança ce défi à Elyne.
Soi disant aurait-elle remarqué l'attention qu'Elyne portait à ce jeune homme depuis le début de la soirée, alors elle s'octroya le droit de la défier d'aller offrir un verre à cet homme et de le revoir si, sous le charme, il tomberait.
Ceci dit, son amie ne doutait absolument pas du charme d'Elyne mais plutôt de sa parole envers ce jeune homme...
Elle avait réussi le début du défi, brillament. Ils devaient se revoir, ce soir, dans ce bistrot en bas de chez elle. C'était calculé comme une porte de secours, au cas où elle prendrait peur. Mais elle s'était promis de ne pas fuir, cette fois-ci. Il n'avait eu l'air ni intéressé, ni désintéressé par Elyne. Il n'avait émis aucun signe qui donnait à Elyne cette envie de partir en courant. Cela l'avait d'ailleurs frustrée, il marquait un point. Puis, il avait de l'humour et de la conversation comme les types biens. Comme les types à la tête bien remplie.Enfin, ne tergiversons pas sur son physique, loin, très loin d'être ingrat. Du moins, aux yeux d'Elyne.
Elle enfila sa robe la plus douce, qui s'arrêtait au dessus du genou et vérifia l'heure, dix minutes de retard s'était-elle fixée. Elle enfila une paire de chaussures, un gilet qui lui marquait la taille et son long manteau de type années cinquante qui appartenait à sa grand-mère.
Un dernier coup d'œil au miroir, une dernière hésitation devant la porte, elle jeta un œil à la pendule qui trônait au dessus du frigo et elle respira profondément.
Ses fines jambes claires guidées par des pas décidés amenaient Elyne jusqu'au bistrot. Ses talons claquaient dans les escaliers, elle passa la porte de l'immeuble, il ne restait qu'à traverser la rue, longer l'épicerie et elle y était. Elle replaça son chapeau qui glissait légèrement, observa si Justin était arrivé ou non mais elle ne voyait personne.
Elle se demanda même si, pour une fois, pour venger les précédents, ce n'était pas un homme qui la laisserait en plan.
Un léger vent fit danser ses mèches rousses, serrant son sac à main contre son ventre, ses grands yeux clairs s'humidifièrent de petites perles de larmes qu'elle tenta de retenir.
- Y vais-je n'y vais-je pas?
Un frisson parcourut son dos, et elle resta figée, sans répondre, sans un bruit.
- Je me suis posée la même question, Elyne. Ha, la douce et belle Elyne...La mystérieuse diva qui ne se donne pas, la beauté froide qui vous glace le sang et la tristesse qui vous envahit quand elle vous laisse seul là où elle vous a pris la main. Cette main tendre et tiède que vous ne voudriez plus lâcher, ce petit cœur blessé qu'on aimerait réparer, cette jeune femme divine que vous aimeriez aimer, ce corps gracieux que vous désireriez caresser...Elyne, un poème, un rêve, une fantaisie. Allait-elle se transformer en réalité pour moi, ce soir? Et pourquoi, pour moi?
De chaudes et petites larmes glissaient le long de ses joues roses, les yeux clos et les lèvres grelottantes, Elyne n'osa se retourner. Elle eut peur d'affronter ce regard, ce visage émanant la vérité. Il s'approcha d'elle, et murmura:
- Et maintenant, on peut traverser la rue et aller boire un verre...Sans états d'âme.
Elyne acquiesça et se laissa emporter par ce garçon, comme une brise fraîche au printemps, les pas de Justin guidaient les siens et elle le laissa choir sur une chaise comme une feuille en automne chu sur le chemin.
Ils échangèrent un regard, il sourit. Elle détourna le regard en souriant, puis commanda un verre et leur soirée à deux commença ainsi.
Doucement, timidement. S'apprivoisant l'un, l'autre. Elyne se laissa impressionner par le jeune homme qui ne faisait pas le fier devant une personnalité telle que celle d'Elyne.
Ils finirent par faire l'amour, dans l'appartement de la jeune femme. Elle n'avait pas reçu d'hommes ici depuis une longue période, elle se sentait embarrassée par la situation tandis que Justin n'en croyait pas ses yeux.
Jamais il n'avait ressenti pareil désir. Devant ce corps absolument ravissant, comme intouchable, il se sentait privilégié comme devant une œuvre d'art qu'on est autorisé à frôler du doigt et pas seulement avec les yeux.
Il prit le temps de redessiner cette œuvre du bout des doigts, traçant le parcours de son corps délicatement, chaque courbe lui glissait sous la main. Elyne frissonnait, elle réapprenait à aimer tant de douceur et de tendresse humaine.
Puis, le baiser, le moment le plus intense entre deux individus se désirant. D'un baiser tout se déclenche, d'un baiser tout commence. Et, en un baiser, on sait si la personne en face et celle avec qui l'on veut partager pour un moment, sa vie.
Et Elyne devina qu'avec Justin, tout se transformerait, qu'elle saurait s'apprécier tout en appréciant cet homme.









