ATTENTE.

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C’était un chaos spongieux, lourd. Des pavés. Et des écuries.

Les pluies d’automne avaient élu domicile jusqu’en mes poumons.

La lumière était noire, poisseuse. L’intérieur de mon crâne en était obscurci. Ma calotte crânienne en était épaissie, rendue plus obtuse.

Je n’y comprenais rien ; novembre hoquetait, mélasse, purée de pois.

Novembre accentuait ma désorientation couleur de sable.

Je m’en remettais à l’innocence des couleurs, parfois restituée.

Vers dix-sept heures, se faufilait un étrange rayon de soleil fluide qui, je ne savais comment, s’ouvrait une brèche entre les pluies.

J’étais perplexe : il ruisselait, étalé sur les écuries qu’il ocrait, sur les pavés roux aux tons chauds, doux, méconnaissables. Il s’attardait, fragile, pentu, nimbé de mélancolie liquide. On le sentait, potentiellement, porteur d’une sorte d’irisation. Il s’accrochait même aux feuillages revêches, gorgés, saturés de flotte.

L’émoi, en ces moments. L’émoi.

Le feu qui montait aux oreilles.

Je ne savais pas vraiment pourquoi.

Mon regard revenait aux murs.

Mon regard revenait aux quatre murs de la petite chambre carrée…et constatait derechef que les papiers peints pâlissaient à peine.

Je guettais les bruits du couloir : mais ce dernier restait silencieux.

Aucun pas. Encore aucun pas.

J’étais déjà dans les griffes de l’attente.

Oui. Voilà. L’attente me tenait.

Me tendait. Me vrillait. Parvenait à me courbaturer le corps, l’âme.

Une quinte de toux de plus : la pluie logée dans mes poumons.

Cette humidité de partout.

Qui imprégnait et qui poissait.

Cette pluie de novembre, sans fin.

Qui me rendait, moi-même, spongieuse.

Ah, vite, j’en trépignais presque !

La Tension montait. Nerfs à vif.

Ah, vite, que vienne, que sonne ce pas ! Je le reconnaissais, entre tous.

Pas sec, rapide. Bottes à bouts de fer. Pas qui se hâtait. Vers ma personne.

L’attente me rétrécissait.

Je savais qu’il allait venir.

Le son retentissait, martelant le silence. Jaillissant de la belle, rutilante cour dorée.

Le sourire subit du soleil…l’irruption subite du pas.

Cela coïncidait toujours. A tous les coups. Regain de vie.

Toute la journée, j’avais toussé. Tout le jour, j’avais attendu.

J’aimais tant être dans cette chambre ! M’y cacher, à l’insu du Monde !

Car je n’avais pas à être là. Je n’avais pas à me trouver en ce lieu.

Je me faisais un peu l’effet d’être une passagère clandestine au fond des soutes d’un navire ; je retenais ma respiration.

Mon amant était un valet d’hôtel particulier logé…il n’était guère sensé vivre en couple ; il craignait qu’on nous surprenne. C’est que, dame, ça lui aurait, sûrement, rapporté des ennuis. Un moins que rien comme lui, en France, avait-il droit à de tels luxes ?

Pour ce qui me concernait, j’étais une moins que rien, moi aussi. A tout prendre, encore plus moins que rien que le moins que rien qu’il était. Chômeuse. Seule. A la dérive. En flottaison dans la ville noire, la ville-vertige, qui me drossait. Famélique. Avide d’affection.

Et, par dessus le marché, malade !

Crachant ses poumons de temps à autre. Vrai remake de la Dame aux Camélias.

La bronchite me creusait la caisse.

Fièvre.

Fatigue.

Monceaux de mouchoirs.

Epuisement des quintes de toux.

Mais, toujours, la même rage de vivre.

La même fébrilité de quête.

Qui allait de l’avant. Comme une brute.

Continuant de survoler. De rire.

Mon amant allait revenir. Et nos chairs se retrouveraient.

Chaleurs mêlées. Miracle.

Solitude cassée, pulvérisée.

Ardeur, frénésie de mordre la vie.

Folie obtuse de la jeunesse !

Ce délire de sensualité, qui balaierait tout, tout le reste.

Qui précipiterait angoisse, frustrations, épuisement, pluie, humidités pénétrantes jusqu’à l’os dans son maelström.

24/12/2005 (nuit).

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Mis à jour ( Mardi, 25 Mai 2010 14:10 )  

PATRICIA LARANCO a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Samedi, 17 Janvier 2009.

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