Louise

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L'autre jour, j'ai dit à maman que je n'existais pas, elle m'a regardé de son drôle d'air, un peu sévère ; " Arrête de dire des bétises et viens plutôt m'aider à mettre la table."

J'ai pris les assiettes qu'elle me tendait et les ai posées, une à une en tournant autour de la table de la cuisine, pourtant, c'est vrai je n'existe pas, mais quand je le dis, personne ne me croit. Mes parents me grondent en disant qu'ils ne veulent pas entendre ce genre de bétises. Mon frère s'en fout ou se moque de moi. " Ho, elle existe pas, elle existe pas, c'est un fantôme, traverse donc le mur si t'es cape !" Il me pince le bras " T'as pas mal si t'existe pas !", et il s'en va en riant.

Pourtant, je le sais bien moi que je n'existe pas. Je suis juste là, comme ça, mais ça veut rien dire.

Je suis une petite fille, gentille, calme et bien élévée. Je couche mes poupées dans leur berceau pour la nuit...oui, je joue à la poupée, mais c'est normal, j'ai 8 ans, et puis, je ne vous l'ai pas encore dit, mais je m'appelle Louise, comme ma grand-mère, l'ombre, l'ombre noire, celle qui ne fait aucun bruit, qu'on entend jamais. Elle est toute menue, toute noire, sa robe, son tablier, ses bas et même ses chaussures, il y a juste ses cheveux qui ne sont pas noirs, ils sont blancs, tout serrés derrière sa tête dans un chignon tout maigrichon lui aussi. Elle est très gentille, c'est maman qui me l'a dit  " Je l'aime beaucoup, c'est pour ça que je t'ai appélé comme ta grand-mère, je voulais que ma petite fille lui ressemble " ajoute-t-elle en me faisant un bisou sur la joue.

Pour ma mère, en fait, c'est sa belle mère, mais elle l'appelle quand même grand-mère, moi, je ne l'appelle pas, j'en ai pas besoin, je n'ai rien à lui dire.

D'ailleurs, je ne parle pas beaucoup, je n'ai pas grand chose à raconter, et puis, quand je veux leur dire quelque chose, les grands me répondent " Pas maintenant mon coeur, j'ai des choses importantes à faire " ou " Je suis fatigué, tu me diras plus tard "

J'ai un cousin, un grand cousin, il a au moins 25 ans, lui non plus ne parle pas beaucoup. Il est grand, tout maigre, on voit ses os et sa pomme d'Adam qui monte et qui descend le long de son cou. Les autres, les grands, les parents, ils disent qu'il faut faire attention, il pourrait faire du mal aux petites filles, mais que c'est pas sa faute, il est un peu débile, truc à la naissance, j'ai pas bien compris, mais ils disent que dans sa tête, il est comme un enfant. en tout cas, à moi il ne me fait pas de mal. Parfois, il m'entraine au fond du jardin ou dans la grange, il me demande " Tu veux ? ", comme je ne comprends pas bien je dis  " Oui ", alors, il glisse une main dans ma culotte et me frotte, et là, cest tout bizzarre, ça fait un peu peur, mais c'est bien en même temps. L'autre jour, je lui ai dit que je n'existais pas, il ne s'est pas moqué de moi, il ne m'a pas grondé, il a juste dit  " Ah bon, tu veux quand même ? " J'ai dit oui, alors il a mis sa main et j'ai commencé à avoir chaud entre les cuisses, chaud et comme si c'était tout serré et que ça picote un peu, de plus en plus chaud et serré, je voulais pas qu'il arrête je voyais de la salive perlée sur ses lèvres et sa pomme d'Adam monter et descendre. Il faut faire attention pour pas qu'on nous voit, sinon, il se ferrait disputer et moi, les grands me regarderaient avec un air en colère et déçu à la fois.

Je crois que mon cousin il sait que je n'existe pas, des fois, au fond du jardin, il fait comme si c'était pas moi qui était là, comme si c'était personne et il respire un peu fort.

Bien sûr, je vais à l'école, il y a ma copine Josette, ma copine Odile, et puis il y a le maître qui est très sévère. Il tire les cheveux, les petits, ceux qui poussent un peu devant et au-dessus des oreilles, il donne des fessées en remontant bien haut les jupes des filles et en baissant la culotte. Le maître aussi il sait que je n'existe pas, je n'ai pas besoin de le lui dire, je crois même qu'il est content, je sais pas pourquoi, mais ça lui fait plaisir, peut-être que comme ça, il peut jouer avec moi, comme moi avec mes poupées.

Ce soir, il m'a punie parce que j'ai fait des fautes à ma dictée, tous les autres sont rentrés goûter, mais moi, je dois rester avec le maître. Il me fait peur, il est grand, tout maigre, je vois sa pomme d'Adam qui monte et qui descend le long de son cou et je l'entends qui respire un peu fort.

Commentaires (1)add comment

mau a écrit:

Votre texte est écrit avec justesse, il n'est pas vulgaire et touche un sujet sensible qui, à travers cette petite fille, prend une forme poignante et naïve. C'est très beau, en tout cas ça m'a touché.
 
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février 20, 2011
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Mis à jour ( Mardi, 01 Juin 2010 20:55 )  
Auteur de cet article : Marie