coeur stupide

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Il est parti un matin, elle ne sait pas depuis quand. Elle s’est réveillé, il avait disparu, ses affaires envolées du placard, pas une lettre, pas un mot. C’est mieux ainsi, se dit-elle chaque jour, mais même elle, elle ne croit pas ce qu’elle dit, alors les autres, ceux qu’elle essaie de convaincre, pensez-vous… c’est triste une femme seule, désemparée, murmurent-ils dans son dos. Oui, mais que faire pour l’aider ? Personne n’en sait rien, alors personne ne fait rien. Logique n’est-ce pas ? Une logique froide et prévisible, comme le froid qui la glace un peu plus chaque jour, cette chape de glace qui enserre son cœur et se referme, serre à l’en faire exploser, à l’étouffer, lui et tous les sentiments qu’il a pu contenir. Mais vas-tu te taire, imbécile de cœur ! Crie-t-elle les soirs où plus rien n’est supportable, ces soirs où l’alcool a échoué à réchauffer son pauvre corps gelé, abandonné même d’elle. Dans ces moments, elle ne sait plus qui elle est, ce qu’elle fera le lendemain, ce qu’elle a fait le jour passé. Tout ce qu’elle peut faire, c’est s’assoir sur son lit, et regarder des photographies, celles de son bonheur passé. Elle les voit ces images, défiler devant ces yeux, elle revit ces instants, et elle rit, oui, elle rit pour ne pas pleurer, pour ne pas s’effondrer comme elle aimerait tant pouvoir le faire. Mais elle ne peut pas, elle l’attend, où qu’il soit, qu’importe ce qu’il lui a fait vivre, elle sait qu’un jour il reviendra, comme il l’a toujours fait. La sonnette d’entrée retentit. Elle se dirige vers la porte, le cœur battant d’un espoir qui l’a trop souvent fait souffrir, mais qui continue à s’insinuer en elle, sans que l’envie de le repousser ne l’effleure. Elle ouvre la porte et découvre un homme. Allongé par terre, son blouson de cuir troué et marbré de sang. La peur s’empare d’elle, elle tente de refermer la porte, mais un cri, un murmure l’en empêche, émanant de l’homme :

« Maman… »

L’inconnu relève la tête et lève vers elle un visage ensanglanté, un visage qu’elle connait bien. Elle s’appuie au chambranle de la porte, la main sur ce cœur trop fragile qui est le sien, et ses jambes vacillent, la forçant à s’assoir. L’homme la regarde toujours, il lui tend une main, qu’elle saisit. Elle le prend dans ses bras, ce fils perdu, ce fils repris de justice. Son fils, malgré tout ce qu’il a pu faire. Elle l’entend pleurer contre son pull, et elle pleure aussi, son cœur faible débordant de joie. Soudain, le corps qu’elle serre se crispe et s’écarte d’elle. Sur son pull, l’étreinte a laissé des trainées sanglantes, et la chemise de l’homme est couverte de sang, plus sombre aux endroits où les balles ont percé la peau. Sa respiration devient sifflante et elle se jette sur lui, le serre du plus fort qu’elle peut, pour empêcher la vie de sortir de cet être qu’elle aime tant, et si elle échoue, prendre la mort qui s’empare peu à peu de lui. Dans ses bras, il a un dernier tressaillement, puis retombe, mort. Elle le sait, mais elle ne veut pas y croire. Son cœur fragile, son cœur imbécile continue à battre de la joie de l’avoir retrouvé. Il bat de plus en plus fort, la joie se mêlant à la peine, cette peine infinie que toute personne éprouve à un moment ou un autre, cette souffrance qu’elle a déjà ressentie tant de fois, fait battre son cœur de plus en plus vite, trop vite. Arrêtes-toi idiot ! crie-t-elle tant elle n’en peut plus de tous ces sentiments cruels. Mais son cœur n’est pas si stupide qu’elle a l’air de le penser. C’est même un cœur obéissant, alors il s’arrête. Définitivement.

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Mis à jour ( Dimanche, 27 Juin 2010 20:22 )  

flora a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Mercredi, 16 Juin 2010.

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