C'était tout un tas de petites choses

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Tout un tas de petites choses, c'était ça, tu étais tout un tas de petites choses que j'aimais bien.

Tu étais ce poulet au curry, tu étais ce gel douche, tu étais ce crayon en forme de main, tu étais cette tasse Mickey Mouse.

Tu étais dans ma chambre, dans ma cuisine et ma salle de bain. Dans ma voiture et autour de mon cou. Je dessinais ton visage sur n'importe quelle surface, sur une vitre embuée, sur un ticket de caisse, sur une feuille format raisin.

Quand tu disais que je ne t'oublierais jamais, tu avais raison finalement. Je croyais si fort à ce pouvoir de persuasion que j'avais en moi. Tu ne tomberas jamais amoureuse d'un garçon bien,  tu ne tomberas jamais amoureuse de celui qui voudra t'emprisonner, tu ne te laisseras jamais aller dans les bras d'un garçon tendre. Et puis, en fait...

Il est vrai qu'au début, j'étais une peste. Une vraie teigne. Je te piquais à vif dès qu'on se voyait, je te terrorisais presque. J'étais d'une méchanceté sans nom à ton égard car je refusais que tu ne t'approches de moi avec ton sourire d'ange et tes belles paroles. Pour moi, elles n'étaient qu'un flot de conneries, une mascarade. Au fond, les salauds et vous; les garçons biens, vous n'avez qu'un seul but: nous mettre dans votre lit.

Voilà le fond de ma pensée, révoltée, les garçons gentils jouent la comédie et cette mascarade ne fait que cacher le sens réel de leur but. A coup de compliments et de petites attentions, à coups de sourire et de joues rougies, à coups de petit à petit...Vous avancez votre pion sur notre territoire. Tandis que les salauds cassent la gueule à tous nos pions, qu'ils se ruent vers la reine et finissent par la baiser; vous, vous avancez fièrement et timidement. Eux, ils ne mentent pas, ils clament haut et fort leur désir. But qu'ils réaliseront par tous les moyens. Vous, vous nous détournez le regard de ce jeu, voux essayez de brouiller les pistes, vous nous égarez et nous ratrappez dans vos bras, un soir et vous nous embrassez doucement.

Et au final, vous vous impatientez d'une chose, cette chose, la chose. Nous baiser.

Alors gentils ou salauds, je ne faisais pas la différence. Avec quand même une affection particulière pour les salauds qui, me brisaient peut-être le coeur, mais, au moins, me fichaient la paix. C'est ce que je voulais, qu'on me foute la paix, faire l'amour, coucher, baiser, fuck pour les anglais, je m'en contrefichais royalement mais alors vous aimez, certainement pas. Quoi? Me donner, entièrement? Vous donnez ma confiance aveuglément, mes sentiments, la chair de ma chair, mes recoins les plus intimes, mes pensées les plus sensibles? Mais ça aurait été carrément de la démence...

Et tu es arrivé, beau cavalier, tu as évincé tous les autres sans même que je m'en rende compte. Tu as d'abord pris mon amitié, tu m'as eu avec de l'humour (noir) et des rêves démesurés, tu m'as eu avec ton ambition et ton courage. Ta force de caractère et ton côté volage.

Me voilà affalé dans mon canapé avec le cadre photo de nous, brisé, par terre. Un tas de cendre s'y est amassé. Je fume, j'enfume. Tu m'as laissé, ici, seule. J'aurais préféré que tu me voles ma télévision, mon parfum, ma collection de dés, ma guitare électrique ou mes chefs d'oeuvres colorés. Mais tu as voulu me faire mal, me briser de l'intérieur, m'électrocuter le coeur, tu voulais t'acharner patiemment sur mes sentiments et ma confiance et tu as réussi ton tour de magie. Un feu d'artifices de douleur m'envahit. Tu es parti, enfoiré, tu es parti avec tout ce que j'avais à donner et maintenant, je suis vautrée sur un canapé et tu m'as bien baisé.

Je préfère encore les salauds...Je l'ai toujours dit...J'avais raison...

Je t'aimais, putain, je t'aimais tellement que j'aurais donné mes jambes, mes bras, mes cheveux, mes doigts, pour toi. J'aurais appris à voler, j'aurais sauter en parachute, j'aurais fait des concours de hambugers, j'aurais joué pendant des heures au poker, j'aurais tout, tout, tout fait pour tes beaux yeux (d'enfoiré!). Tu m'avais ligoté, j'étais éprise, et tu avais tout compris. "Ca y est, elle est captive; je vais pouvoir en faire ce que je veux" et pendant des mois ce fut le bonheur. Tout brillait de mille feux, les jours n'étaient que des rêves éveillés avec toi. Et les derniers mois, ces deux derniers mois, tu m'as mutilé le coeur. Tu as simplement utilisé mes faiblesses, tu as du prendre note de tout ce que je ne supporterais pas comme trahison, tu as du lire et relire ce que je ne supportais pas chez les gens. Tu as tout appris par coeur pour me faire du mal et au final, tu as tellement bien réussi que j'en ai perdu l'homme que j'aime le plus au monde et ma meilleure amie. Cette salope. Tu as réussi à te la taper, moi qui berçait notre amitié de doux éloges, moi qui l'aurait soutenu, même, à bout de bras, à bout de force. J'étais présente pour elle et la trahison ne faisait pas partie de mes plans amicaux. Si j'avais deviné qu'elle vivait l'amitié autrement et qu'elle se ficherait pas mal de mes sentiments.

Elle a couché avec toi, la nuit où ma grand-mère venait de devenir veuve. La nuit où la famille entière s'était réunie pour soutenir Mamie, la nuit où ma famille s'était un peu reformée et où les bons souvenirs volaient d'une bouche à l'autre. La nuit où j'annonçai que je vivais la plus belle des histoires d'amour, à ma petite cousine d'à peine seize ans, la nuit où je lui ai fait croire en l'amour, le vrai, la nuit où je lui expliquai à quel point j'avais pu me tromper. Cette nuit, je lui avais redonné espoir et elle avait envie de croire encore au prince charmant ("mais pas trop quand même parce qu'un mec parfait c'est nul" avait rajouté ma cousine en un léger rire).

Cette nuit là, chez toi, un peu chez nous, elle, cette pétasse de meilleure "amiennemie", s'était glissée dans le couloir, elle avait continué jusque dans le salon; vous aviez ri et bu. Bu et ri. Vous aviez écouté ma musique et dansé dessus, vous aviez consumé un baiser plein d'ivresse. Je vous imagine, collés, serrés, vos corps se rapprochant et se désirant. Et pas une pensée pour moi, une once de regrets futurs. Rien. Tu l'as attrapé par la taille, l'a soulevé du sol et l'a amené sur le lit. Sur la housse de couette neuve que je venais de t'acheter, comme ça, par envie, par plaisir. Et toi par envie, par plaisir, tu l'as sauté dessus. Je vomis en vous imaginant, suant, vous embrassez et vous léchez comme des animaux. Je n'imagine pas votre étreinte avec une once de douceur et d'amour, j'imagine ça sauvage et bestial. Comme deux êtres de chair en manque de sexe. Je préfère imaginer ça et garder la tendresse pour nos ébats à nous, rien qu'à nous.

Est-ce ça qui te manquait? Ce côté sauvage et insaisissable du début? Mon côté rebelle et farouche? Tu aurais aimé que je reste la fille du début, jamais vraiment captive et souvent incomprise. La fille qu'on a jamais vraiment dans ses filets, la fille qu'on aime mais dont on ne sait pas réellement si c'est réciproque. Cette fille là, des fois, tu sais, elle a aussi le droit de tomber amoureuse et d'éprouver des sentiments violents. Surtout quand on s'y prend aussi sournoisement que tu ne l'as fait. Et tu as donné le coup fatal comme pour venger les précédents gentils-garçons que j'avais fait valsé sans aucune pitié.

Tu as réussi, j'ai les poumons remplis de fumée, l'estomac plein à craquer de tout ce que j'ai pu trouver dans le frigo. Et des larmes chaudes qui ne s'arrêtent plus de couler.

Je t'aime comme tu voulais que je t'aime. Et, ça, tu ne l'as pas aimé.

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Mis à jour ( Lundi, 18 Avril 2011 11:06 )  

Maureen a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Vendredi, 04 Décembre 2009.

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