Roman des temps morts

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Roman de train, roman du temps perdu, des attentes innombrables, des temps morts subits; ces quelques lignes qui vont suivre formeront le roman d'une pensée parcellaire, qui ne peut se déployer faute d'espace. Quarts d'heures arrachés à la contingence, à l'exigence professionnelle, aux obligations et aux plaisirs familiaux, minutes arrachées au réel dans lequel il est si doux de s'illusionner. Moments perdus employés à une recherche, ou plutôt à l'expression de quelque chose, ou de quelqu'un en soi, qui soit autrement plus intègre que les personnes qu'on habite au temps humain communautaire. Un autre temps, le temps de soi, qui se révelera peut-être et sans nul doute d'une teneur absolument différente de tous les temps qu'on nous fait.

On ne les évoquera que de loin, ces temps étrangers, et comme une rumeur sourde et lointaine. Ils marqueront la frontière de cet espace intérieur mi-liquide, mi-aérien, frontière mouvante, ondulante et fine comme la membrane d'une cellule, et tout aussi close.

En ce lieu règne en premier lieu un silence subaquatique, ou sidéral, et le plaisir y est constant. Sérénité, béatitude pourraient être son nom. Le calme, la tranquillité annulent sans effort les tentatives d'invasion des agressions extérieures. C'est un espace protégé où il se pourrait que le temps n'existe pas. Il est au coeur de soi, quelque part, toujours présent, comme un refuge qu'il est aisé de retrouver, et qu'on rejoint d'autant plus facilement pendant les entre-temps. Arrive toujours un moment où nous ressentons le besoin de le retrouver, et il nous rejoint. Les pensées qui nous reliaient aux autres perdent rapidement de leur importance, s'estompent et s'éloignent pour former une rumeur lointaine. Notre temps nous a rejoint, comme une bulle intérieure qui aurait enflé jusqu'à nous contenir, qui nous protège et nous aménage une pause, nous permet de reprendre notre souffle propre, de nous reconstituer à partir de sa totalité.

Lieu de plénitude où l'on n'a plus aucun besoin de l'autre. Et où l'on peut être mieux soi du fait de leur disparition. C'est le présent par excellence, non pas un temps figé mais un temps particulier; hors du temps, au-delà de toute temporalité; un temps autre, d'une qualité différentielle. Peut-être est-ce tout autant sa véritable nature, que son absence. Ainsi nous aurions en nous l'éternité.

On pourrait écrire le roman de ces moments d'éternité qu'on retrouve et qui nous rejoignent à l'improviste. Le roman de ces moments d'absence, non pas d'absence de reflexion, mais d'absence de présence au monde, comme un retour à une réalité intime plus compatible avec notre véritable, non pas essence, mais préoccupation. Comme un avant-goût, ou un souvenir, de la non-vie.

 

 

 

 

 

 

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Mis à jour ( Dimanche, 03 Avril 2011 07:57 )  
Auteur de cet article : xtoph

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