Miroir inversé

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Elle les regardait sachant, sans le moindre doute possible, qu’elle était en train de perdre, la perte ultime après une vie de pertes, de concessions, d’espoirs déçus, de frustrations. Elle aurait dû faire un geste, dire quelque chose, lancer un regard, partir peut-être avec eux. A ses côtés, son mari, droit comme un I, inflexible, visage fermé, bras croisés, toisait.

- J’ai peur !

Marc regarde Esther.

- Moi pas ! Je suis simplement terrorisé.

Esther regarde Marc.

- Décidez-vous ? Entrez ou sortez mais ne restez pas sur le palier.

Leurs mains se trouvent, joignent, reconnaissent ce qu’elles pourraient prendre pour un cocon salvateur. Un premier pas, un second entraine un troisième. La roue est lancée. Dehors, le timide soleil d'un mois de mars frileux, les invite, trompeur naïf, à se joindre à son bain de luminosité. Les pas s'accélèrent, sans rancune envers la brusque averse qui déborde le présomptueux astre. Par réaction, défense ?, provocation ?, un arc en ciel voute la placette qui leur fait face. Annonciatrice ? Présage ? Quoi ? De ? Pour ?

- En toute conscience, je ne peux approuver le choix de ma fille. Oserais-je dire jamais ? J'userais de tous les moyens pour tenter d’empêcher cette union. La seule chose que vous êtes en mesure de lui porter, apporter, à mes yeux, sont des regrets éternels qui jalonneront en autant de repères mortuaires une vie étroite faite de petitesse. Que savez-vous de ses besoins réels ? Vous en êtes-vous soucié seulement ? Sentez-vous la fracture que vous allez provoquer dans sa vie et, par dessous tout, son éducation ? Vous pensez être à la hauteur de la mener vers le bonheur ! Cette hauteur est à l’image de votre envergure et votre faculté d’appréhender l’avenir. Dès le départ vous omettez un infime détail, l’insertion dans l’inconscience du loup dans la bergerie, autrement dit le reniement de son vécu ! Je pourrais, non, je vous plains, par avance, de votre défaite en ce vain combat. Ne sentez-vous pas le vent de la honte vous effleurez ? Vous avez, aurez, beau vous en défendre, son argent, futur ou immédiat, ne peut pas ne pas être présent dans une case de votre esprit. Que serions-nous, nous parents, pour l'abandonner complètement ? Tout ce que nous avons construit ne peut pas servir afin de produire des effets contraires à nos valeurs. Partez sans vous retourner, tant qu'il en est encore temps, détournez-vous bien vite et sans regrets d'un mur qui est votre seul destin, la finalité du bout de cette route mauvaise. De toute façon, dans trois mois, elle vous abandonnera tout simplement au constat brutal d'une déchéance inévitable. Cette courte période récente, même celle à venir, si vous vous entêtez, aura des conséquences incalculables. Pour tous les deux cela va sans dire ! Plus pour vous, sans la moindre contestation envisageable, Marc ! Ma fille, forte des valeurs inculquées, ancrées par des générations auparavant tournera bien vite la page et, au bout du temps nécessaire à ce qui sera une rédemption, elle en viendra à se demander : qu’ai-je voulu faire en perdant ainsi mon temps ? Vous, Marc, combien vous faudra-t-il de jours, mois ou années pour remonter à la surface ? Là où vous croyez, à tort, ressentir mon hostilité, il n'y a que compassion pour vous même. Je vous abjure solennellement de renoncer.

Quoi répondre ? Opposer ? Certitudes bornées, néanmoins lancées avec une force peu commune, étai solide soutenant un abus de bienséance bourgeoise. Elles étaient aux antipodes de ses propres vecteurs de vie ou même de simples pensées. Il lui aurait fallu tenter de percer ce qui restait un mystère insondable à ses yeux. Tout simplement de quoi parlait-il ? Leurs certitudes à eux, Esther, Marc ?

- Si j’appréhende correctement votre oraison funèbre, limitons là au simple plan social, alors, peut-être, le vent de la raison soufflerait-il dans votre sens ? Peut-être ! Si les apparences sont pour vous, socialement parlant, pragmatique, je ne fais pas le poids financier face et contre votre existence matérielle. Je ne possède rien, ni maison, ni affaire, ni idées géniales, ni argent, ni ambition matérialiste, ni de désir d’un désir réussite sociétale. Pour autant que savez-vous de mes acquis, de mon moi, de moi ? Je n'ai que quelques certitudes qui n’ont même pas de valeur sur une plan définitif, sens durable : j'aime votre fille, votre fille m'aime. Je n’oublie pas que cette vérité instantanée n'est pas celle des prochains instants. La voilà, mon ambition ! Le prolonger, ce moment, instant après instant, implications comprises. Vous ne semblez pas à l’aube de la toucher du doigt cette vérité qui vous semble mesquine ; à moins qu'elle ne fasse pas partie du civisme civilisation aire inhérent à votre éducation ?

- Fariboles, fadaises de celui qui ne regarde pas la vie en face, la vraie ! Elle gagnera mieux sa vie que vous. C'est un euphémisme. Ce potentiel acquis lui procure de multiples moyens. Sans compter l'héritage, les héritages! Ne ressentirez-vous pas la gêne de l'être entretenu. Au moins, ne sentez-vous pas l'obligation impérieuse poindre de faire aussi bien voire mieux? Qu'elle puisse en ressentir une juste fierté ! L'orgueil ne vous est pas étranger, je le sais. Ou cette situation vous siérait-elle ? Derrière ces yeux verts, ne se cache-t-il pas la tentation du pactole à venir en un terme plus ou moins long? A moins qu’elle ne se dissimule derrière l’inconscient ? A cette fin, le rapport contrainte/aisance, dans la durée, qu’induirait une union n’est surement pas un poids bien lourd sur une conscience.

- Esther ?

- ???

- Y pensez-vous ? La pensez-vous ? Lui parlez-vous ? La consultez-vous ?

- La belle phraséologie que voilà ! Concrètement, pour la rendre heureuse, vous vous y prenez comment ? Quelles propositions ? En vivotant avec un salaire de misère ? Dans un studio à peine assez grand pour y mettre trois chaises ? Au fin fond d'une sombre banlieue grisâtre ? Faire des enfants ? Compter les fins de mois, tous les mois, dès le début du précédent ? Faire des crédits ? Pour l'auto, les vacances ? Que sais-je encore ?

- Son bonheur ? Le veux-je ? Est-ce bien votre question ? Ma réponse est clairement non ! Je voudrais simplement de nous, j’insiste sur le nous, donner les moyens d’y parvenir ensemble sans que l’un se retrouve en rade sur le bord de la route ! Dans un couple, s’imaginer pouvoir atteindre cet état seul dénote un handicap sentimental confusionnel.

Le silence pris possession de la pièce quelques secondes d’éternité, vite brisé par celui qui ne concevait de vide qu’une assiette après un repas.

- Vous êtes entrés dans cette maison par la volonté de ma fille. Cette passade ou amourette, même ce coup de foudre voire cet amour, pourquoi pas après tout, je ne l’ai jamais pris au sérieux. Tout ceci est à ranger au rang d’une crise d’adolescence tardive, un ersatz de rébellion tardive et nécessaire contre les valeurs établies. Pour mieux se rendre compte de leur sureté et justification profonde ! Qui, qu’êtes-vous dans la société pour oser penser, croire que je pourrais approuver cette union ? Soyons honnête, je vous trouve un capital sympathie non négligeable et d’une intelligence que je pourrais qualifier de certaine. Mais, sans surprise, vous êtes aussi pourvu d’un défaut rédhibitoire : vous manquez cruellement de saines ambitions ! Votre éducation est nulle, vos valeurs inexistantes, non avenues et non conformes. Serait-elle sous-tendue par un but vrai, votre rigidité pourrait être un début de qualité ? Vous voulez la rendre heureuse ? Est-ce but ou finalité ? Vous saisissez la nuance ? Croire le contraire est une hérésie. C’est à l’image du bonheur que vous escomptez lui apporter, bonheur dont tout un chacun a droit. En connaissez-vous seulement les tenants et les aboutissants ? Saurez-vous remplacer ses repères habituels ? Car les garder semblent tout simplement impossible. Regardez autour de vous. Voyez ! Je ne fais pas du corporatisme de bas étage. Mes origines ne sont pas plus glorieuses que les vôtres. L’idée que ma fille puisse vivre avec un ouvrier ne me choque pas. Encore y faut-il une ambition vraie. Vous, en votre âme et conscience, passés les euphories des premiers moments, ce bonheur qu’elle va quitter, pensez-vous parvenir à lui recréer ? Ce fameux bonheur ?

Le silence pris possession de la pièce quelques secondes d’éternité, vite brisé par celui qui ne concevait de vide qu’une assiette après un repas.

- La belle phraséologie que voilà ! Concrètement, pour la rendre heureuse, vous vous y prenez comment ? Quelles propositions ? En vivotant avec un salaire de misère ? Dans un studio à peine assez grand pour y mettre trois chaises ? Au fin fond d'une sombre banlieue grisâtre ? Faire des enfants ? Compter les fins de mois, tous les mois, dès le début du précédent ? Faire des crédits ? Pour l'auto, les vacances ? Que sais-je encore ?

- Son bonheur ? Le veux-je ? Est-ce bien votre question ? Ma réponse est clairement non ! Je voudrais simplement que nous, j’insiste sur le nous, donner les moyens d’y parvenir ensemble sans que l’un se retrouve en rade sur le bord de la route ! Dans un couple, s’imaginer pouvoir atteindre cet état seul dénote un handicap sentimental confusionnel ! Esther ?

- ???

- Y pensez-vous ? La pensez-vous ? Lui parlez-vous ? La consultez-vous ?

- Fariboles, fadaises de celui qui ne regarde pas la vie en face, la vraie ! Elle gagnera mieux sa vie que vous. C'est un euphémisme. Ce potentiel acquis lui procure de multiples moyens. Sans compter l'héritage, les héritages! Ne ressentirez-vous pas la gêne de l'être entretenu. Au moins, ne sentez-vous pas l'obligation impérieuse poindre de faire aussi bien voire mieux? Qu'elle puisse en ressentir une juste fierté ! L'orgueil ne vous est pas étranger, je le sais. Ou cette situation vous siérait-elle ? Derrière ces yeux verts, ne se cache-t-il pas la tentation du pactole à venir en un terme plus ou moins long? A moins qu’elle ne se dissimule derrière l’inconscient ? A cette fin, le rapport contrainte/aisance, dans la durée, qu’induirait une union n’est surement pas un poids bien lourd sur une conscience.

- Si j’appréhende votre oraison funèbre sur un simple plan social, alors, peut-être, pourriez-vous avoir raison ? Peut-être ! Si les apparences sont pour vous, socialement parlant, pragmatique, je ne fais pas le poids financier face et contre votre existence matérielle. Je ne possède rien, ni maison, ni affaire, ni idées géniales, ni argent, ni ambition matérialiste, ni de désir de réussite sociétale. Pour autant que savez-vous de mes acquis, de mon moi, de moi ? Je n'ai qu'une certitude incertaine : j'aime votre fille, votre fille m'aime. Je n’oublie, le savez-vous seulement, que cette vérité instantanée n'est pas celle des prochains instants. La voilà, mon ambition ! Le prolonger, ce moment, instant après instants, implications comprises, vous ne semblez à l’aube de la toucher du doigt ; à moins qu'elle ne fasse pas partie du civisme civilisation aire inhérent à votre éducation?

- En toute conscience, je ne peux approuver le choix de ma fille. Oserais-je dire jamais ? J'userais de tous les moyens pour tenter d’empêcher cette union. La seule chose que vous êtes en mesure de lui porter, apporter, à mes yeux, sont des regrets éternels qui jalonneront en autant de repères mortuaires une vie étroite faite de petitesse. Que savez-vous de ses besoins réels ? Vous en êtes-vous soucié seulement ? Sentez-vous la fracture que vous allez provoquer dans sa vie et, par dessous tout, son éducation ? Vous pensez être à la hauteur de la mener vers le bonheur ! Cette hauteur est à l’image de votre envergure et votre faculté d’appréhender l’avenir. Dès le départ vous omettez un infime détail, l’insertion dans l’inconscience du loup dans la bergerie, autrement dit le reniement de son vécu ! Je pourrais, non, je vous plains, par avance, de votre défaite en ce vain combat. Ne sentez-vous pas le vent de la honte vous effleurez ? Vous avez, aurez, beau vous en défendre, son argent, futur ou immédiat, ne peut pas ne pas être présent dans une case de votre esprit. Que serions-nous, nous parents, pour l'abandonner complètement ? Tout ce que nous avons construit ne peut pas servir afin de produire des effets contraires à nos valeurs. Partez sans vous retourner, tant qu'il en est encore temps, détournez-vous bien vite et sans regrets d'un mur qui est votre seul destin, la finalité du bout de cette route mauvaise. De toute façon, dans trois mois, elle vous abandonnera tout simplement au constat brutal d'une déchéance inévitable. Cette courte période récente, même celle à venir, si vous vous entêtez, aura des conséquences incalculables. Pour tous les deux cela va sans dire ! Plus pour vous, sans la moindre contestation envisageable, Marc ! Ma fille, forte des valeurs inculquées, ancrées par des générations auparavant tournera bien vite la page et, au bout du temps nécessaire à ce qui sera une rédemption, elle en viendra à se demander : qu’ai-je voulu faire en perdant ainsi mon temps ? Vous, Marc, combien vous faudra-t-il de jours, mois ou années pour remonter à la surface ? Là où vous croyez, à tort, ressentir mon hostilité, il n'y a que compassion pour vous même. Je vous abjure solennellement de renoncer.

Quoi répondre ? Opposer ? Certitudes bornées, néanmoins lancées avec une force peu commune, étai solide soutenant un abus de bienséance bourgeoise. Elles étaient aux antipodes de ses propres vecteurs de vie ou même de simples pensées. Il lui aurait fallu tenter de percer ce qui restait un mystère insondable à ses yeux. Tout simplement de quoi parlait-il ? Leurs certitudes à eux, Esther, Marc ?

Elle les regardait sachant, sans le moindre doute possible, qu’elle était en train de perdre, la perte ultime après une vie de pertes, de concessions, d’espoirs déçus, de frustrations. Elle aurait dû faire un geste, dire quelque chose, lancer un regard, partir peut-être avec eux. A ses côtés, son mari, droit comme un I, inflexible, visage fermé, bras croisés, toisait.

Leurs mains se trouvent, joignent, reconnaissent ce qu’elles pourraient prendre pour un cocon salvateur. Un premier pas, un second entraine un troisième. La roue est lancée. Dehors, le timide soleil d'un mois de mars frileux, les invite, trompeur naïf, à se joindre à son bain de luminosité. Les pas s'accélèrent, sans rancune envers la brusque averse qui déborde le présomptueux astre. Par réaction, défense ?, provocation ?, un arc en ciel voute la placette qui leur fait face. Annonciatrice ? Présage ? Quoi ? De ? Pour ?

- Décidez-vous ? Entrez ou sortez mais ne restez pas sur le palier.

Esther regarde Marc

- J’ai peur !

Marc regarde Esther.

- Moi pas ! Je suis simplement terrorisée

 

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Mis à jour ( Lundi, 18 Juillet 2011 06:18 )  
Auteur de cet article : JPierre

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