Diagnostic
Je monte les quelques marches qui mènent à cette imposante porte en chêne, et bute légèrement sur la dernière. Une trace grise vient jurer avec mes souliers parfaitement cirés. Je m'en occuperais à l'intérieur.
Sous le bouton de la sonnette, une étiquette défraîchie indique « Dr H. Gorvac ». J'enfonce prestement le bouton et, deux légères notes me parviennent, étouffées par l'épaisseur des murs. Comme en réponse, un grésillement désagréable, accompagné d'un claquement, m'indique l'ouverture de la porte. Un instant d'hésitation me ceint tout à coup l'esprit lorsque je pénètre dans le hall d'entrée.
Un courant d'air me traverse, et la porte claque brusquement. Je sursaute comme un enfant apeuré.
Plusieurs lampes murales illuminent la pièce, projetant sur le vieux parquet mon ombre, qui disparaît aussitôt parmi celles des hautes plantes placées ici et là. Un long couloir se présente face à moi, mais une pancarte indique une petite pièce que je n'avais pas remarquée : « Salle d'attente ». Je saisis la poignée chromée et pousse la porte. Le parquet ne grince même pas.
- Messieurs-dames, bonjour ! dis-je machinalement en entrant.
Seul le silence me répond, la salle est déserte. Mon regard glisse rapidement sur le décor typique : une table basse où s'entassent des vieux magazines, un fond de musique insipide, des fauteuils de toutes tailles cernant la pièce. Je choisis celui face à la fenêtre, et m'y enfonce sans ôter mon blouson.
Dehors, le temps est gris. Les rayons du soleil ne réussissent pas à percer la multitude de nuages. Un soupçon de vent agite parfois les feuilles du marronnier sur la place.
Les grincements du parquet me tirent brusquement de ma rêverie. J'entends la voix grave du docteur qui raccompagne son précédent patient. La porte s'ouvre, se referme après quelques secondes. Le parquet grince encore et la porte de la salle d'attente s'ouvre. C'est à moi.
Le docteur m'examine sous toutes les coutures. Nous discutons pendant son auscultation, et même encore après m'être rhabillé et assis en face de lui. Contrairement au médecin, je n'ai pas l'impression que notre discussion ait un but précis...
- « Alors, docteur ? Nous conversons depuis un certain temps, mais je ne connais toujours pas votre diagnostic ! lui dis-je abruptement. »
Ses yeux plongent en moi comme pour lire une confirmation, ou trouver une réponse ; je ne sais pas vraiment.
- « Je vais vous recommander auprès d'un confrère, dit-il simplement en commençant à écrire. Lui pourra surement vous aider, alors que je ne peux rien pour vous.
- Mais qu'est-ce que j'ai alors ? répétai-je plus fort, en proie à une légère panique.
Les secondes de silence s'égrènent, puis il relève la tête et me dit doucement :
- Vous souffrez parce que vous êtes seul, monsieur...









