#Ils me trainaient.
J'aurais pu marcher dans feu et éclats de verre, cela aurait été pareil que cet affreux sol rude. A chaque pas que je faisais je décrochais un bout de mon âme, j'étais ce Petit Poucet des temps nouveaux. Cette femme que la population détestera. Ce visage de la honte. Ils me trainaient et derrière moi les gens ne resserraient pas tout de suite leur étreinte comme si l'odeur de mon humiliation allait se coller à leur peau et les ensorceler. Non. Ils hurlaient, levaient les poings pendant qu'on me poussaient en avant, vers ce destin que je ne voulais pas connaitre. Qu'aurait il à m'apporter alors même que ma patrie me reniait? Je surpris le visage d'un ancien petit garçon que j'avais eu, quand j'étais encore institutrice. Il souriait fier, viril, plus homme à la vue de mon état fébrile et maladif. Je n'étais que cadavre quand il était vainqueur et mes yeux se posèrent sur lui un instant de trop car sa mère l'arrachait de mon champ de vision.
Je baissais la tête. Tous souriaient et je sentais les trois hommes qui me tenaient, rire. Un me passa le doigt sous le menton comme si j'étais cette nouvelle attraction singulière dans un parc animalier. Ils ne regardaient ni mes seins, ni mes fesses. Le seul attribut de ma féminité qui attirait leur regard était ma chevelure blonde qui retombait sur mes épaules. C'était elle aussi qu'il avait aimée. Il aimait me voir me coiffer les cheveux devant mon miroir. Bien qu'il ne sache pas me le dire son visage exprimait toute l'excitation que le simple geste de cette brosse dans ma chevelure provoquait. Un frisson me parcourut. Tant et si bien que je sentis la poigne de mon bourreau se resserrer autour de mon bras fin et amaigri. L'illusion de sa silhouette qui se découpait dans l'ombre de ma porte s'évapora lorsqu'on tira sur mes cheveux. Je retins un hurlement me mordant la lèvre et me sentis défigurée, arracher de toute part.
Quand j'osais enfin poser les yeux face à moi, je trouvais l'endroit qui m'attendait. Devant cette mairie où je passais chaque matin on avait dressé une estrade sur laquelle, nue et solitaire, se trouvait une chaise. Une maigre chaise en bois que mon corps allait masquer. Elle était la première partie d'un massacre sans nom. Je sus à l'instant où je la vis que ce serait le trône de ma honte et de ma décapitation sociale, que j'allais ma vie durant la traquer, frémir en m'asseyant sur une de ses consœurs. Et plus on me poussait jusqu'elle plus mes jambes se dérobaient sous moi. Une, deux, trois, quatre. J'étais désormais le spectacle du village. On me poussa avec force sur la chaise, on m'y maintins alors même que je ne souhaitais pas bouger. Je bouillonnais de désespoir de voir tous ces visages familiers m'admiraient comme la Madone de leur vengeance. J'étais l'instrument de leur libération après les horreurs que nous avions vécu. Ils allaient déverser sur moi, amie, sœur, fille, voisine, institutrice de leurs enfants, la peine, l'horreur, la haine qu'ils accumulaient depuis six longues années. Et qu'étais je alors? N'avais je pas souffert moi aussi? Pourquoi étais-je le résultat de cette épuration? Mon histoire était bien plus douloureuse que la leur.
Je le sentais qui s'extasiait derrière moi. Il dansait, faisait des claquettes, et je fermais les yeux. Finalement, il installa la nudité au centre même de mes cheveux. Une ligne blanche délimita en deux mon cuir chevelu. Un premier coup de ciseau, une larme. Je revoyais alors la lettre écrite sur une simple feuille dans un français approximatif passer sous la porte de mon appartement. Une fleur ensuite, puis deux, et finalement ce jeune soldat installer dans le logement face à moi me saluer en bredouillant. Il était beau dans son costume, je ne remarquais pas cette croix sur le côté de son uniforme, je ne vis que ses yeux bleus, le creux de ses joues et la profondeur intense de son sourire. Si on m'avait dit que je serais renier par ma patrie pour avoir trop aimé... Stein avait mon âge et ne correspondait pas à ce Léon redondant et pédant qu'on m'avait désignée comme époux à la sortie de mes dix sept ans.
Un autre coup de ciseaux. Et à chaque mèche qui tombait je voyais un bout de mon histoire, un bout de ma vie. Chaque centimètre de cette chevelure appartenait à un souvenir, à un moment de mon existence. J'avais trouvé la paix dans le sein de la haine. Et mon amour pour cet homme merveilleux me réduisait à ne plus vivre. J'entendais la foule hurler, rire. Je ne reconnus pas d'abord celui qui martyrisait ma joue, mais il n'était autre que mon boulanger. A chaque claque le peuple riait plus fort, et je mimais une fausse douleur. Mon corps ne brulerait plus sous la torture. Seul mon cœur, désormais enfermé sous force murailles et forteresses serait capable de me mettre à terre. La tonte prit sans doute vingt minutes. Plus ma honte s'éternisait plus leur haine avait le temps de hurler et de s'épanouir. Plus je pleurais , plus leur rire était fort. Quand, enfin, ma tête fut à découvert, j'eus le temps d'enfouir mon cœur au plus profond de mon corps. Je sentis alors un contact froid sur cette peau nouvellement nue. A deux reprises. Alors les gens éclatèrent de rire, puis me huèrent pendant que je repartis. Sur ma tête désormais gisait la trace de l'ennemi. La croix gammée peinte sur mon crâne. Était-ce ce à quoi se réduisait Stein? N'était il que ça? N'était il pas cette tendresse? N'était il pas cette douceur? Cette générosité et cette bonté d'âme? N'était il pas mort pour avoir trahi son pays? Ne venais je pas de mourir à mon tour pour avoir aimer?
Je croisais une autre fille quand je descendis de l'estrade. Si ses yeux étaient le miroir des miens, alors j'incarnais le Désespoir même.
J'aurais pu marcher dans feu et éclats de verre, cela aurait été pareil que cet affreux sol rude. A chaque pas que je faisais je décrochais un bout de mon âme, j'étais ce Petit Poucet des temps nouveaux. Cette femme que la population détestera. Ce visage de la honte. Ils me trainaient et derrière moi les gens ne resserraient pas tout de suite leur étreinte comme si l'odeur de mon humiliation allait se coller à leur peau et les ensorceler. Non. Ils hurlaient, levaient les poings pendant qu'on me poussaient en avant, vers ce destin que je ne voulais pas connaitre. Qu'aurait il à m'apporter alors même que ma patrie me reniait? Je surpris le visage d'un ancien petit garçon que j'avais eu, quand j'étais encore institutrice. Il souriait fier, viril, plus homme à la vue de mon état fébrile et maladif. Je n'étais que cadavre quand il était vainqueur et mes yeux se posèrent sur lui un instant de trop car sa mère l'arrachait de mon champ de vision.
Je baissais la tête. Tous souriaient et je sentais les trois hommes qui me tenaient, rire. Un me passa le doigt sous le menton comme si j'étais cette nouvelle attraction singulière dans un parc animalier. Ils ne regardaient ni mes seins, ni mes fesses. Le seul attribut de ma féminité qui attirait leur regard était ma chevelure blonde qui retombait sur mes épaules. C'était elle aussi qu'il avait aimée. Il aimait me voir me coiffer les cheveux devant mon miroir. Bien qu'il ne sache pas me le dire son visage exprimait toute l'excitation que le simple geste de cette brosse dans ma chevelure provoquait. Un frisson me parcourut. Tant et si bien que je sentis la poigne de mon bourreau se resserrer autour de mon bras fin et amaigri. L'illusion de sa silhouette qui se découpait dans l'ombre de ma porte s'évapora lorsqu'on tira sur mes cheveux. Je retins un hurlement me mordant la lèvre et me sentis défigurée, arracher de toute part.
Quand j'osais enfin poser les yeux face à moi, je trouvais l'endroit qui m'attendait. Devant cette mairie où je passais chaque matin on avait dressé une estrade sur laquelle, nue et solitaire, se trouvait une chaise. Une maigre chaise en bois que mon corps allait masquer. Elle était la première partie d'un massacre sans nom. Je sus à l'instant où je la vis que ce serait le trône de ma honte et de ma décapitation sociale, que j'allais ma vie durant la traquer, frémir en m'asseyant sur une de ses consœurs. Et plus on me poussait jusqu'elle plus mes jambes se dérobaient sous moi. Une, deux, trois, quatre. J'étais désormais le spectacle du village. On me poussa avec force sur la chaise, on m'y maintins alors même que je ne souhaitais pas bouger. Je bouillonnais de désespoir de voir tous ces visages familiers m'admiraient comme la Madone de leur vengeance. J'étais l'instrument de leur libération après les horreurs que nous avions vécu. Ils allaient déverser sur moi, amie, sœur, fille, voisine, institutrice de leurs enfants, la peine, l'horreur, la haine qu'ils accumulaient depuis six longues années. Et qu'étais je alors? N'avais je pas souffert moi aussi? Pourquoi étais-je le résultat de cette épuration? Mon histoire était bien plus douloureuse que la leur.
Je le sentais qui s'extasiait derrière moi. Il dansait, faisait des claquettes, et je fermais les yeux. Finalement, il installa la nudité au centre même de mes cheveux. Une ligne blanche délimita en deux mon cuir chevelu. Un premier coup de ciseau, une larme. Je revoyais alors la lettre écrite sur une simple feuille dans un français approximatif passer sous la porte de mon appartement. Une fleur ensuite, puis deux, et finalement ce jeune soldat installer dans le logement face à moi me saluer en bredouillant. Il était beau dans son costume, je ne remarquais pas cette croix sur le côté de son uniforme, je ne vis que ses yeux bleus, le creux de ses joues et la profondeur intense de son sourire. Si on m'avait dit que je serais renier par ma patrie pour avoir trop aimé... Stein avait mon âge et ne correspondait pas à ce Léon redondant et pédant qu'on m'avait désignée comme époux à la sortie de mes dix sept ans.
Un autre coup de ciseaux. Et à chaque mèche qui tombait je voyais un bout de mon histoire, un bout de ma vie. Chaque centimètre de cette chevelure appartenait à un souvenir, à un moment de mon existence. J'avais trouvé la paix dans le sein de la haine. Et mon amour pour cet homme merveilleux me réduisait à ne plus vivre. J'entendais la foule hurler, rire. Je ne reconnus pas d'abord celui qui martyrisait ma joue, mais il n'était autre que mon boulanger. A chaque claque le peuple riait plus fort, et je mimais une fausse douleur. Mon corps ne brulerait plus sous la torture. Seul mon cœur, désormais enfermé sous force murailles et forteresses serait capable de me mettre à terre. La tonte prit sans doute vingt minutes. Plus ma honte s'éternisait plus leur haine avait le temps de hurler et de s'épanouir. Plus je pleurais , plus leur rire était fort. Quand, enfin, ma tête fut à découvert, j'eus le temps d'enfouir mon cœur au plus profond de mon corps. Je sentis alors un contact froid sur cette peau nouvellement nue. A deux reprises. Alors les gens éclatèrent de rire, puis me huèrent pendant que je repartis. Sur ma tête désormais gisait la trace de l'ennemi. La croix gammée peinte sur mon crâne. Était-ce ce à quoi se réduisait Stein? N'était il que ça? N'était il pas cette tendresse? N'était il pas cette douceur? Cette générosité et cette bonté d'âme? N'était il pas mort pour avoir trahi son pays? Ne venais je pas de mourir à mon tour pour avoir aimer?
Je croisais une autre fille quand je descendis de l'estrade. Si ses yeux étaient le miroir des miens, alors j'incarnais le Désespoir même.
Mon avenir fut à jamais déterminé ce jour là.
Je laissais mon âme sur la route, mon cœur sur la chaise et la croix gammée sur mon crâne. Et, alors même qu'on m'arrachait tous mes vêtements pour me laisser courir nue dans la rue sous les insultes diverses, j'entendis la voix de ma mère hurler:
"- Elle a couché avec un Boch! Pute! Tu déshonores ta France! "
Je laissais mon âme sur la route, mon cœur sur la chaise et la croix gammée sur mon crâne. Et, alors même qu'on m'arrachait tous mes vêtements pour me laisser courir nue dans la rue sous les insultes diverses, j'entendis la voix de ma mère hurler:
"- Elle a couché avec un Boch! Pute! Tu déshonores ta France! "
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Commentaires (2)

L.D.
a écrit:
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le thème méritait sans doute mieux qu'une écriture aussi... artificielle... Les sentiments ne sont pas ressentis et sont donc exprimés avec trop d'effets et pas assez de justesse... dommage. Bien éviemment, tu n'aurais pas mis, sur ton profil, que tu étais "khâgneuse", sans doute aurais-je été plus indulgent... mais puisque tu revendiques ce titre, il faut être à la hauteur... Mais peut-être ai-je une trop haute opinion de cette prestigieuse filière.... |
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