Ce n'est pas mon cœur qui le dit
Mais les frissons qui me parcourent
En murmurant au creux du lit
De mes incestueux amours
La vérité est un attentat à la pudeur
Je suis comme l'amant coincé
Sous une tempête d'injures
Lorsque vous dites “ Vérité ”
Mon épiderme crie : “ Parjure ! ”
Dès lors j'ai convoqué le diable
Au parloir de mes cauchemars
Il a daigné dire à ma table :
Tous les menteurs mourront ce soir
Et je l'ai cru, diable qu'il est
Car il ne m'a jamais menti
Sachant qu'en fait de vérité
Le malin sait bien ce qu'il dit :
La vérité est un attentat à la pudeur
Une cohorte de démons
Danse et gesticule à mes trousses
Stérile comme le bouffon
Qui voudrait me foutre la frousse
Et ce cortège ridicule
N'ayant pas appris à danser
Cet impuissant conventicule
Prétend nous donner à penser
Pénibles, lamentables pions
Que vous fatiguez-vous en vain ?
Ne perturbez pas la chanson
Dont je répète le refrain
La vérité est un attentat à la pudeur
Ne blasphémez pas contre tout
En affirmant : “ Le monde est mien ”
Car dans cette forêt surtout
Vous ignorez les bons chemins
Vous y perdrez vos pieuses voix
Votre nord et votre latin
Si dès demain on vous envoie
Dans le maquis du rêve humain
La variété vous est insulte
Comme un concert assourdissant
En dispersant les bruits du culte
Et vos canons abrutissants
La vérité est un attentat à la pudeur
Accueillez ma progéniture
Les flèches que je vous décoche
C'est de la haine, sublime et pure
Enfant de ces mots qui ricochent
Voilà toute la descendance
Engendrée par les avanies
Sorties de l'utérus malsain
De vos vierges décaties
Pères et mères sans oreille
Vous reniez la leçon Un
La seule, unique et sans pareille
Petite musique de chacun :
La vérité est un attentat à la pudeur









