Par les estives promenait
Sa moue morose de ministre :
Il essuyait des temps sinistres
“ Printemps, triste sire de l'année
Pourquoi ne me pas épargner ?
Tes oisillons, tes champs bien gras
Me remémorent mon pauvre cas ”
[Tout cela il le chuchotait
Car il était à demi blet]
“ Vieillesse ingrate, sombre fripouille
Regarde mon châssis qui rouille
Mon corps usé jusqu'à la corde
Tu n'as point de miséricorde
Je sais qu'elle est dans la nature
Mais pour moi la mort est trop dure
Si tu reconnais la piété
Tu accepteras ce marché :
Envoie sur terre un suppléant
Un émissaire remplaçant
Tel un saint-bernard de ma vie
Qui effacerait mes ennuis,
Accepterait la dive mort
Comme le plus heureux des sorts
Comme un cadeau des plus précieux
Une bénédiction des cieux ”
Alors le pâtre à demi blet
Pria très fort sous son gilet
Le nez enfoui dans le mouton
Qui molletonnait son blouson.
Dans les brumes du pâturage
Soudain apparut un mirage :
Crapahutant parmi l'herbage
Se démenait un coprophage.
Ce spécimen de scarabée
Que l'on appelle aussi bousier
Ne jurait que par la chiure
Pour loger sa progéniture
Cahin-caha du bout des pieds
Le scarabée poussait couvée
Transpirant comme un tâcheron
Pour assurer sa succession.
Tournons-nous vers le spectateur
Qui jouissait d'un grand bonheur :
Chérissant le céleste ersatz
Qui pourra crever à sa place,
Remerciant la Providence
De lui avoir donné confiance,
Le pâtre ému se dirigea
Vers le laborieux cancrelat :
“ J'ai de la peine, bon scarabée
A te voir ainsi accablé !
Pour ta misère tu t'es fait
D'un lourd fardeau le portefaix
Est-ce la vie, brave bousier
Que de sans cesse s'éreinter
Tu vis une saison fugace
Déjà l'asticot te menace
Le jour est bref jusqu'au trépas
Jette l'éponge, pauvre forçat !
Tu as vécu comme un larbin
Pourquoi continuer ton turbin ?
Crois-moi, ô vénérable insecte
Abrège une existence abjecte
Sisyphe m'eût baisé les pieds
Implorant la mortalité
Je te propose un firmament
Un jardin d'Eden dans les champs
Un champ de bouse dans les nuages
Un Nirvana pour coprophages
Une fois mort, tu le verras
Tu ne le regretteras pas
Là-bas t'attend, je te le jure
Un vrai paradis de chiure. ”
Le scarabée, clignant des yeux
Trouva le dilemme ennuyeux
Une vie de coléoptère
Offrait un bien maigre salaire
Assez peu de consolations
Pas une chance de promotion
Etre lucane ou charançon
Cela restait hors de question
Faut-il agréer le supplice
De traînasser des immondices
Ou préférer la clé des cieux
Promise gratis par les dieux ?
Mais la saison de réflexion
N'avait produit de solution,
Si bien que le coléoptère
Apparut dur comme la pierre.
Le vieux devant cette ankylose
Crut le bousier en diapause ;
S'impatientant il fit rouler
L'impertinent du bout du pied.
Débaroulant comme un tonneau
Emergeant d'un semi K-O,
Le brave insecte abasourdi
Culbuta dans les pissenlits
Non que vautré sur ses élytres
Il songeait à faire le pitre,
Mais similaire à la tortue
Il tanguait comme s'il avait bu.
Tourneboulé dans son sommeil
Il eût fallu qu'il se réveille
Après ce coup de Trafalgar
Malheur ! l'esprit lui vint trop tard.
Les mirettes écarquillées
Il vit la semelle approcher
Car le bon pâtre, en thérapie
Opta pour une euthanasie :
D'un geste pieux il délivra
Le scarabée de ses tracas.
Moralité
En voulant jouer les curetons
On peut mystifier des moutons
Sortez pourtant les chrysanthèmes :
Le pâtre dut crever quand même
Tant les paroles des fripouilles
Que les laborieux sans couilles
Iront en découdre aux enfers
Les asticots ont fort à faire…









