La vie, c'est s'éloigner...
s'éloigner, de plus en plus.
D'abord, il y a la chaleur du ventre maternel.
Puis l'on est expulsé...on devient seul. C'est définitif.
On n'a plus le choix.
Il faut faire avec. Se débattre.
S'agiter...en quête de sources de chaleur. Et l'on passe son temps, ou, du moins, les trois quarts de son temps à cela.
Les chaleurs sont disséminées. momentanées. Elles ponctuent.
Chaque chaleur trouvée devient ombre, succédané de la Grande Chaleur.
L'inoubliable Chaleur Première.
Abris. Maisons. Mais, par dessus tout, corps. Contact avec les corps.
Aura d'amour, que sécrètent les corps, et qui vous enveloppe.
Et voilà qu'à nouveau, du moins, lorsqu'on est femme, ça revient.
On abrite le corps d'un autre être. On lui donne sa chaleur. Union. Maximale proximité.Qui l'englobe, et, aussi, le construit...
jusqu'à ce qu'à son tour, il s'expulse.
Ainsi vont le monde et la vie.
L'union procrée la désunion.
La proximité, quant à elle, a la séparation pour fille.
Et la séparation dérive, comme les continents, les icebergs. Elle s'acquitte de son travail. Nécessaire et désespérant.
Finalement, le corps se refroidit.
Le corps-seul retrouve la solitude. Il lui est rendu et cette dernière reprend rapidement ses droits.
En vain a-t-on voulu la semer, slalomer de petit, dérisoire, illusoire foyer de chaleur en petit, dérisoire, illusoire foyer de chaleur éparse.
La solitude a la toute-puissance des steppes, des mascarets. Elle est une immensité glaciale qui occuppe, en fait, toute la scène.
"Avec le temps", vous vous apercevez enfin de ça : votre myopie se dissipe.
Il ne vous reste plus qu'à faire face. Comme les nomades sur l'étendue. Ils acceptent l'immense vent qui charge, la froidure qui se referme, l'ouverture, la vacuité qui sifflent à leur oreille sans trêve.
Ils ont des corps de chauve-souris, de chauve-souris qui ont en guise d'ailes repliées et encoconnantes l'espace entier, mauve, sombre, humide...vaste tout autant que glacé.
Et vous vous éloignez, toujours...toujours plus, de la chaleur première, et des autres souces de chaleur-un peu comme une sonde spatiale qui s'enfoncerait dans le système solaire et foncerait vers ses confins, que l'astre ne peut plus baigner, qu'obscurité, manque de chaleur glacent, dévitalisent : Neptune, Pluton, le nuage d'Oort-que sais-je encore ?
Voilà, nous y sommes : la vie se résume à cela : s'éloigner.
Creuser la distance, jusqu'à perdre de vue toute source de chaleur, si insignifiante soit-elle ou plutôt soit-elle devenue. Et alors, là, c'est le basculement.
C'est le froid absolu, suprême. Le froid qui vous dépouille de tout. On l'appelle d'un autre nom : Camarde.
Mais elle n'est pas autre chose qu'un naturel retour aux sources, qu'un aboutissement allant totalement de soi de tout ce qui précède.









