Il faut bien l’avouer,
Nous étions tous un peu jaloux,
Quand le prêtre caressait,
D’une main affectueuse,
Les cheveux crépus
De Simon,
Après qu’il eut récité,
Sans une hésitation,
Son Pater Noster.
Il faut bien le reconnaître,
Nous étions tous un peu fier
Que le Maître dise partout
Que Simon était
Comme son fils.
Et nous avons tous applaudi
Quand il fut admis
A suivre les leçons
Du vieux curé.
Il faut bien le dire,
Nous étions tous éblouis
Quand, en nous rendant
Quelquefois visite,
Au camp de son enfance,
Simon, récitait,
Sans accent,
Les belles paroles
Enfermées dans les livres.
Il faut bien s’en souvenir,
Nous avons tous dansé
Autour du feu,
Quand Simon
Fut affranchi
Et qu’il épousa
Une mulatresse
Qui n’avait connu
Ni les chaînes,
Ni le fouet.
Il faut bien préciser
Que nous avons tous obéit
Quand, avec des mots de miel,
Simon Nous a demandé
De ranger les couteaux.
«Ce n’est pas par la violence»,
Disait-il,
«Que vous vous libèrerez
De vos chaînes».
Il faut bien admettre
Que nous l’avons tous cru
Quand, dans son beau costume,
Simon est venu nous dire
Que, grâce à lui,
Nous étions devenus
Des hommes libres,
«Aussi libres
Que vos maîtres».
Il faut bien comprendre
Que nous ne supportons plus
De croiser, dans sa belle calèche,
Simon, Qui va au bal
Du Gouverneur,
Quand nous retournons,
Comme avant,
Couper la canne,
Sous l’œil arrogant
De l’Intendant !
Il faut bien savoir
Que nous ne suivrons plus
Les belles paroles
Et les ordres
De Simon.
Nous avons ressorti
Les couteaux et les fourches.
Et si nous n’avons jamais
Vraiment connu la liberté,
Nous mourrons dignement…
Dîtes-le au Gouverneur,
Et dîtes-le à Simon !
D. Laventure









