Nous le savons bien
Le passé n’est plus à refaire
Le présent n’a pas plus de vérité que la flamme bleue n’est éternelle
L’avenir en fin de compte c’est la tourbe et non le miel
Nous irons engraisser la terre
Nous le savons bien
Nous le savons bien
Que des martyrs aucun n’est revenu
Que de leurs eaux n’ont pu germer que de nouvelles déconvenues
Que les puissants gagnent la mer sur les navires de fortune
Et que nous autres solitaires nous échouerons au pied des dunes
Nous savons tout cela
Nous savons aussi
Les douleurs et chavirages connus de tous
Les ermites perdus au sein de villes tentaculaires
Les démons qui de nuit salivent à nos trousses
Les sauvages malvenus qui empiètent sur la mer
Bien sûr, nous le savons
Nous en avons eu vent
De ces féroces indigènes qui protègent leur pré clos
De ces sans-gêne dans leur champ qui écrasent les idéaux
De ces pantins qui s’excitent sur nos espoirs agonisants
De ces ampoules d’oxygène que l’on refuse aux implorants
Moi aussi
Ils me font penser
A cet animal reclus et dépendant, laminé
Se traînant lamentablement jusqu’au fossé pour y mourir
Mais
Surtout
Il faut
Ne pas suivre l’exemple
Ne pas jouer à saute-mouton avec les cadavres de nos rêves
Ne pas reporter nos envies jusqu’au moment où l’on en crève
Ne pas compter sur les délais, et ne pas croire au lendemain
Tout exiger dès à présent, et le bonheur et son butin
Jeter des tomates ne rend pas la pièce meilleure
Si l’on souhaite l’améliorer il faut devenir un acteur.









