La vie a ceci de fâcheux qu’elle tient à pas grand chose
Elle a ceci de désastreux que la douleur intérieure remplace les ecchymoses
Rien ne se voit mais tout s’opère, pourtant
Oeuvrant à pas de loup pour briser la fragile alchimie de nos éléments
Il y a peu dont elle ne se souvienne, peu de grandes peurs qu’elle nous épargne
Et sous son aile parfois funeste gisent rancœur, colère et hargne
L’on devient suspicieux à l’égard du monde et méchant avec la vie
Méfiant envers les autres et tributaire des errements volatils de l’ennui
L’on vire bleu, noirâtre et rouge sous l’impulsion de la paranoïa
Quand vient nous assaillir l’armée barbare sans reproche et sans joie
Avide de gloutonner le ridicule spaghetti de nos espérances
Malhabiles, enfantines et gauches, telles sont les illusions que l’on pensait avoir laissées en souffrance
Dans un tréfonds, soigneusement caché au vent des nues, au fond des mers
Mais avait-on bien pris le temps de les comprendre avant que de les mettre en bière ?
Tous seuls, les démons savent si bien se traduire en paroles
Elles te tirent par la manche, cher ami, tes sinistres idoles
Sache pour te consoler que, à ce que j’ai ouï dire, ça ne leur fait même pas plaisir
Mais c’est en quelque sorte dans la nature des humains que de se nuire
A l’instar du fugu, il y a en chacun d’entre nous – c’est notre sève
Une petite poche de poison qui n’est mortelle que si quelqu’un la crève
Pas de mystère : dans les trois quarts des cas – et dans tous, peut-être même
La vilaine bestiole qui perce la poche, eh bien c’est nous…
Pour un petit sourire une tonne de vitamines en échange
Pour un petit sanglot la sympathie d’un ange
Et quand fleurissent les iris noirs, dans les rocailles inhospitalières
Combien de mésanges sont-elles prêtes à s’envoyer en l’air ?
L’espace à combler est d’un minuscule cheveu, un instant
Entre la volonté de vivre et la chute, cela ne tient qu’à un gazouillement.









