Je connus une tortue qui un jour me nargua :
Elle m’insultait puis se retirait dans sa carapace, ricanant.
Je connus un bloc de granit qui un jour me défia :
Il me pria de le fendre et me toisait, l’air triomphant
Je connus également une forteresse imprenable qui me dit :
Tente un assaut, teste mon aplomb et ma force
Je connus enfin un diamant éclatant qui me fit :
Érafle-moi si tu peux, essaie de rayer mon invincible écorce
De tout cela il n’y eut pas besoin :
Un vilain jour de tempête
La tortue, ensablée, suffoqua dans son antre
Le granit, ayant tombé de haut, se fendit comme plâtre
La forteresse, désertée, s’écroula car personne n’y revint
Le diamant fut rayé méchamment par un autre diamant
Chacun, et j’en fus triste, eut son compte réglé
Et rien ne lui fut plus inutile que sa solidité
Car tout ce qui est dur a des limites finies dans l'espace
Ceux qui dans la tempête
Étaient nus comme des vers
Et légers et immatériels et souples et ondulants et libres
Ceux-là n’ont fait que danser, tournoyer et doucement se poser sur le sol
Laissant passer les vents au lieu de vouloir les arrêter
Se laissant tremper par les averses au lieu de vouloir être imperméables
Séchant vite
Là est le secret de ceux qui n’ont ni bornes, ni peurs, ni besoin de filet :
La seule vraie force
Le grand Oui à tout









