Mon corps va pourrissant. Dans le ventre, ça gargouille. Il se gonfle soudain et se libère d'une chaude bulle de gaz pestilentiel, une odeur de charogne.
Mes ongles d'orteils sont blanchis par une mycose qui a commencé de me ronger l'os du deuxième orteil du pied droit.
Ma peau desséchée me démange tout du long du tibia et par plaques un peu partout, en des pointes aiguës de démangeaison.
Mes ongles sont rongés jusqu'à moitié. Au dessus de mon crâne, le cheveu se clairsème et je ne parle pas des dents, qui ne sont depuis longtemps qu'un chantier en ruine.
Je pensais jusqu'à encore très peu que le corps ne se décomposait qu'une fois cadavre, mais ce spectacle quotidien de ma chair en déréliction m'assène le contraire. La cadavérisation, si j'extrapole, mais tout en restant logique, commence à la fin du développement physique. Passé l'acmé de la jeunesse et une fois soudée la clavicule, commence la lente et inéluctable décomposition sur pied.
Un jour viendra où mes moignons d'ongles déchireront ma peau en saignées grasses et purulentes, d'où ne coulera aucun sang mais d'où s'exprimera, pour peu qu'on appuiera sur la plaie, une pâte brune aux relents abominables. Un jour enfin je n'aurai pour vis à vis dans le miroir que la face décharnée d'un crâne blême où des yeux ronds sans paupières auront perdu jusqu'à l'éclat de la peur. Ce jour-là j'irai me coucher dans un lit de marbre, et sous des draps de pierre, je me délecterai des frémissantes caresses des vers à viande.
Mais cela ne voudra pas dire que je serai enfin libéré de la vie.









