La pluie devenait de plus en plus pesante, plus prenante, rendant le sol forestier boueux, difficilement praticable pour le chercheur, courant à perdre haleine à travers un amas tortueux de feuillages exotiques, de lianes tordues et de fleurs improbables aux senteurs enivrantes, odeurs qui ne changeaient en rien l’expression terrifiée qui s’était incrustée sur son visage depuis plus d’une heure déjà. Au loin, bien que trop proche, un hurlement retentit, un cri d’humain, un cri d’effroi, le cri d’un de ses collègues devant la mort, face à l’un de ces monstres qui attaquèrent quelques heures auparavant le laboratoire de recherche.
Kavanne, il s’appelait Kavanne, chercheur depuis un mois, il avait enfin réussi à se faire intégrer dans l’équipe du laboratoire de la montagne, une chance en or, aussi bien sur le point de « l’argent » que de « la gloire », aujourd’hui pourtant il le regrettait amèrement, sa vie valait elle une carrière « en or »? Non! Bien sur que non. Il aurait souhaité rester simple employé finalement, travail de base mais sécurité garantie. Tout ça pour quoi? Pour découvrir que le danger était tout autour. Non! Il avait fait une erreur, désormais il lui fallait non pas la rectifier mais la fuir car vaincre ces monstres seuls était tout simplement impossible, il n’était même pas Hunter. Un nouveau cri, de bête cette fois-çi, beaucoup trop proche, il accéléra le pas déjà très rapide et ce malgré de vives douleurs aux jambes. Tous ses efforts semblaient vain mais il se raccrochait toujours à l’espoir de voir apparaître une présence bienveillante, espoir qui s’envola aussi vite que l’apparition d’un de ces monstres.
Se dressant sur ses pattes arrières, griffes et crocs sortis, les yeux étincelants de rage, la créature de plus de deux mètres ressemblait à un ours furieux, le pelage d’un mauve sombre avec quelques rayures blanches parsemées aléatoirement sur son corps, un museau allongée, une mâchoire impressionnante, fixant d’un regard empli de haine le chercheur en proie à la panique. Aucun des deux ne bougeait, le monstre semblait se délecter de la peur de sa cible, se léchant machinalement, les babines relevées découvrant une rangée de dent acérées, immaculées de sang. Sans crier gare il décocha un coup de patte qui frappa le chercheur en pleine poitrine, le projetant violement contre un arbre, du sang s’écoulant abondement de sa blessure. La créature s’approcha, tendit la patte vers le ciel, frappa de toutes ses forces.
Une prière, juste le temps d’une prière, c’est tout ce qu’il demanda sur l’instant, un instant incroyablement long, beaucoup trop long… Un hurlement? Kavanne rouvrit les yeux, un spectacle absolument déconcertant, bien que salvateur, se déroula. La patte de son agresseur posée près de sa jambe, le reste du corps à plus de deux mètres d’elle, un homme avec une épée luminescente entre les deux. Signe de Dieu? La providence? Simple coïncidence? Qu’importe pour le chercheur, cet homme représentait juste l’espoir à ses yeux. Dans une gerbe d’étincelles le guerrier fit tournoyer son arme dans le vent, s’élança de tout son poids vers son ennemi. D’un coup sec, rapide comme l’éclair, il le déposséda de son second bras qui tomba inerte sur le sol. La bête sembla furieuse et confuse, ne comprenant visiblement pas ce qu’il lui arrivait. Sans se perdre en émotions ou raisonnements superflu, l’homme continua son geste d’un mouvement fluide et précis, décapitant son adversaire avec brio.
La créature s’étala de tout son long dans un bruit sourd sur l’herbe humide forestière et boueuse, laissant échapper un bref « beuh » de dégoût de la part du guerrier. Après s’être assuré de sa victoire, ce dernier rengaina son armes aux courbes gracieuses et tranchantes, la lueur dorée une fois disparue. Il se tourna alors vers le chercheur qui prit un coup de vieux en voyant le jeune visage de son sauveur, au moins deux fois moins âgés qu’il ne l’était. Kavanne se mit à l’examiner des pieds à la tête avec une curiosité à peine dissimulée, tentant de le reconnaître, en vain, un parfait inconnu. Il prit finalement la main qu’on lui tendit, s’apercevant soudain du geste de l’inconnu, et tenta de se relever. Sa poitrine lui rappela qu’il était sévèrement touché mais il supporta la douleur en silence, ou presque, tant qu’il pouvait rejoindre les siens cette blessure n’était rien. Il s’appuya contre un arbre pour ne pas perdre son équilibre.
-Nous sommes venus vous chercher, pas d’inquiétude à avoir. Y’a-t-il d’autres survivants de Veynne?
Kavanne lui fit un signe de tête négatif, il avait du mal à parler, à respirer également, il se rendait compte que son corps était plus touché qu’il n’y paraissait.
-Vous en êtes sûr? Je veux dire, y’a-t-il d’autres chercheurs qui se sont échappés?
Il hésita quelques instants, après tout, rien n’était sûr quand au sorts des autres fuyards. Il répondit avec peine.
-Quatre autres…J’ai entendu… Des cris… Je n’en sais rien…
-Bien! S’ils sont en vie les autres les retrouveront. Pour l’instant je vais vous conduire jusqu’à Prime. Vous pouvez marcher?
Il acquiesça avant de s’appuyer contre l’épaule de son sauveur mystérieux. Il l’écouta faire son rapport au vaisseau en orbite pour les informer de la situation au sol. Puis il appela Prime, la cité de la planète, afin de demander des équipes de soins d’urgence. Vayks, c’était le nom de ce jeune homme. Afin de réconforter son protégé ce dernier lui parla de ses quelques missions qu’il avait accomplies avec brio. Kavanne comprit bien vite qu’il ne disait pas toute la vérité sur ses histoires, quelques anomalies lui faisait penser qu’il avait dut se retrouver en très mauvaise posture de façon assez critiquable, ce n’était pas un gamin qui allait lui faire croire à de tels choses mais cela le fit sourire, faisant ressurgir des souvenirs de son enfance et de son fils qui tentait tant bien que mal de le persuader qu’il n’avait rien à voir avec les bêtises que lui reprochait son père. « Il ne fera pas un bon conteur », pensait il silencieusement en écoutant son camarade de fortune. Son moral remonta, il se mit même à rire lorsque Vayks lui raconta sa capture par des indigènes d’une planète voisine et ce malgré sa douleur lancinante à la poitrine. Il n’était plus seul désormais, cette réalité lui faisait tout oublier.
Si seulement tout pouvait toujours s’arranger avec de l’espoir…
-Écoutez moi bien! S’exclama Vayks avec un sérieux qui ne lui allait vraiment pas du tout. Dès que je vous le dirais vous allez courir droit devant vous, Prime est à plus de deux heures de marche mais les secours devraient arriver à votre rencontre assez vite.
-Pou… Pourquoi? Demanda Kavanne avec effroi.
-Nous sommes encerclés…
Tout autour d’eux apparurent des créatures arachnides avec des queues tranchantes et des visages quelques peu ressemblants à l’homme, haute de plus d’un mètre trente. L’espoir sembla se volatiliser complètement.
-Vous avez compris?
La voix de son, sauveur le ramena au moment présent. Il lui fit un signe de tête approbateur. Les créatures commençaient à s’approcher, c’était maintenant que tout allait se jouer. Vayks dégaina son sabre, l’illumina de sa lumière dorée puis s’avança prudemment dans la mêlée. Alors qu’il s’apprêtait à partir, le chercheur se tourna une dernière fois et se risqua à lui demander pourquoi allait il risquer voir sacrifier sa vie pour un inconnu? La réponse fut évidente:
-Parce que je suis un Hunter!
Sur le vaisseau en orbite, Terrence, un simple soldat promus récemment au grade « d’agent de communication » au sein de la station, courait à travers les couloirs vides et froids menant aux bureaux du conseil. Une demi journée venait de passer depuis l’envoi des Hunters au secours des chercheurs et les nouvelles ne semblaient pas très réjouissantes. Une invasion de monstre, un laboratoire de recherche désormais à l’abandon et entre les griffes de l’ennemi en vigueur, la mission d’exploration commençait à prendre une tournure dramatique. « Engagez vous! » qu’ils disaient, lui aussi regrettait d’être venu, ça ne devait être qu’une banale mission d’exploration comme tant d’autres, sa malchance venait à nouveau de lui jouer un mauvais tour.
Il s’arrêta quelques instants afin de reprendre son souffle. Son regard se perdit un temps sur la cité colossale qui s’étendait sur des kilomètres, une beauté urbaine illuminée n’ayant pas à rougir des grandes villes de la Terre. Il se mit à penser au danger qui la guettait au-delà de ses murs de verre, ses habitants vaquant joyeusement à leurs habitudes sans se douter que la colonisation comportaient quelques risques que bon nombre n’aurait même pas imaginé. Afin qu’ils gardent ces sourires insouciants aux lèvres le danger devait être écarté au plus vite et pour ce faire il devait commencer par porter son message à destination. Deux claques sur les joues et ce fut reparti à travers les couloirs de verres, d’acier et de marbres sobrement décorés, annonçant les quartiers des plus hauts gradés, du conseil ainsi que les appartements des invités de marques, bien que rare. « A quoi bon? » se disait il, personne ne vient jamais, ce genre d’expédition devenu si courante n’intéressait plus personne.
Il finit par arriver finalement devant deux grandes portes, immenses, de 4 ou 5 mètres selon Terrence, fait de marbre et d’or, décorées de divers symboles cuivrés et argentés. A première vue il était impossible d’ouvrir ces portes à mains nues, pas pour un homme normal tout du moins. Il se souvint alors d’une rumeur qui disait que seuls les plus forts des généraux pouvaient se présenter devant le conseil, que seuls ceux qui peuvent les ouvrirent sont dignes d’être présentés. Bien sur, tout cela n’était que divagations par des soldats qui devaient s’ennuyer, très probable. La double porte s’ouvrait automatiquement, elle n’était la que pour impressionner, une sorte d’œuvre visant à valoriser ceux qui se « cachaient » derrière. Le jeune messager pesait ce mot, à ses yeux tout du moins, cette bande de vieillards n’était guère plus aguerris qu’un enfant de 10 ans face à un monstre de foire, se sentant supérieur de par leur statut mais n’étant finalement que de simples pleutres devant un danger constamment inconnu. Il détestait ce genre d’hommes donnant des ordres sans jamais se mouiller mais bon, après tout, son choix fut fait depuis bien longtemps, malgré sa rancœur il leur a juré servitude et un homme ne renie jamais sa parole, même si c’est dur.
-Messager Hamm Terrence au rapport!
La porte s’ouvrit lentement dans un grincement de métal strident laissant apparaître un grand bureau marbré aux courbes gracieuses, majestueusement décoré, tel une œuvre d’un peintre célèbre, une vision superbe malheureusement gâchée par les visages froids et ridés des trois représentants du conseil bien qu’habillés dans les plus beaux habits qui soit. Un garde lui fit alors signe de s’avancer, il s’exécuta sans perdre un instant et s’arrêta à douze pas du conseil, ni plus ni moins, comme devant un haut monarque il fallait respecter une certaine tenue. Il les salua comme tout soldat puis attendit qu’on lui permette de parler. L’homme du milieu lui fit signe, il se mit alors à faire son rapport.
-Le laboratoire Veynne est perdu, selon les dernières données des caméras il est totalement infesté de différentes créatures encore inconnues. Aucuns chercheurs n’a, pour le moment, été retrouvé, nous n’avons aucunes nouvelles des Hunters envoyés les secourir. Sur les équipes de notre armée envoyée en renfort seul 23% sont revenus dont 11% de blessés. Le centre océanique Saroon est également aux proies de créatures marines et aériennes depuis plus sept heures, nous dénombrons 7% de pertes dont 2% étaient Hunters. Des renforts sont en routes. Prime semble être épargnée pour le moment, aucun danger aux alentours, seul l’armée la protège. Tous les Hunters restants sont envoyés en renfort de Saroon…
Il souffla silencieusement, sans se faire remarquer, il attendait impatiemment les ordres du conseil, des ordres qui iraient dans son sens, bien qu’il n’en gardait que peu d’espoir. Ce qu’il désirait, qu’une nouvelle équipe soit envoyée à la recherche des savants de Veynne, d’un savant en particulier, son père qu’il n’avait plus vu depuis son arrivée sur la planète. Il gardait au fond de lui le mince espoir que la folie l’emporterait sur la raison de ne pas renvoyer une équipe de recherches au vu des dangers.
-Transmettez aux généraux: Veynne est perdue, la priorité se trouve à Saroon et prime, que quelques Hunters se postes en retrait à Prime. Si la situation devient critique pour Saroon, ordre de l’abandonner et de protéger Prime, cette cité ne doit en aucun cas tombé. Toutes les données du centre doivent être enregistrées et envoyées dans les plus brefs délais au centre de recherche de Prime.
-Bien!
-Une dernière chose, s’exclama soudain l’homme de gauche, appelez la Star Breaker, qu’ils nous envoient leurs meilleurs Hunters, une vingtaine si possible, qu’importe le prix. Le général Kafgen s’en occupera.
-Bien messieurs!
Sur ce, il se retira, le visage impassible digne d’un soldat. La porte se ferma après son passage, le silence retomba, Terrence se retrouva seul avec lui-même, pas de caméra, pas de gardes, rien ni personnes aux alentours. Il se laissa tomber contre le mur, enfoui sa tête dans ses mains et se mit à verser quelques larmes. Indigne d’un soldat, c’est vrai, mais avant tout il était un homme, sa seule motivation était de montrer à son père ce qu’il valait, il voulait simplement qu’il soit fier de son fils. Il aurait souhaité le revoir, rien qu’une fois, lui dire combien il l’aimais, qu’il comptait énormément pour lui, qu’il l’aimait tout simplement, rien qu’une seconde, juste lui dire au revoir. La guerre est si cruelle parfois, encore plus lorsqu’il ne s’agit pas d’une véritable guerre, une simple attaque de créatures. Il s’en voulait de l’avoir entraîné dans cette histoire, il l’avait tellement sollicité pour qu’il vienne en tant que chercheur, voila le résultat.
Ses larmes séchées, son calme retrouvé et sa tristesse dissimulée, il se remit debout et couru vers les quartiers des généraux faire son rapport.
Quelque part dans l’espace, bien loin des problèmes, un vaisseau cabossé dérivait tranquillement. A son bord, un jeune homme de 17 ans dormait paisiblement, au rythme de la musique de ses écouteurs. Il n’entendait pas le bip de son communicateur lui informant de l’arrivée d’un nouveau message important. En fait non, il l’entendait, il n’avait simplement pas envie de répondre, il préférait écouter sa musique tranquillement mais son manque de patience l’emporta. Il se leva tranquillement, ses yeux à demi fermés par la fatigue, ses cheveux argentés ressemblant d’avantage à une brosse en fin de vie, du haut de ses 1m77 s’avança d’un pas hasardeux vers son communicateur. Il afficha à l’écran le message en question, venant de la Star Breaker, il soupira en lisant le nom de l’émetteur qui n’était autre que son patron. « Encore du boulot ennuyant » s’exclama-t-il. Le mail demandait de rappeler mais le simple fait de parler avec son boss lui donnait la migraine. Il le fit quand même, après tout c’était son patron. Après avoir composé le numéro avec dégoût il patienta quelques instants qui lui parurent trop court lorsque le visage de son boss apparu sur l’écran.
-C’est pas trop tôt! Beugla-t-il. Une heure que j’essaye de te joindre, fainéant! J’ai peine à croire que tu es un Universe Hunter. Ils embauchent vraiment n’importe qui ces derniers temps.
-Vous aviez quelque chose à me dire non? Répliqua-t-il avec nonchalance.
-Toujours aussi incorrect… Sur la planète Griin, la mission d’exploration Veyran 7 est aux prises à de très gros problèmes, des créatures inconnues sont soudainement apparue, attaquant les bâtiments terrestres et ses habitants. Leurs Hunters ne font pas le poids apparemment.
-Des Hunters incompétents. Combien ils étaient? Et ces créatures?
-Sur les 100 Hunters 24 sont morts, 16 sont portés disparus et 43 sont gravement blessés. Les créatures sont assez fortes pour battre un régiment blindé entier, Hunters compris.
Son sang ne fit qu’un tour en entendant ces mots, son envie de se battre contre quelque chose de monstrueusement fort venait de s’exciter dans son esprit, un sourire vint s’immiscer sur son visage.
-Je n’ai pas besoin de te demander si tu acceptes cette mission on dirait… Ça fait longtemps que je ne t’avait pas vu aussi souriant.
-On est combien à être appelé?
-La Star Breaker envoie vingt Hunters sur la place, mission de rang A.
Son sourire s’élargi à l’excès, ses yeux grands ouverts, laissant découvrir un bleu profond à droite et un vert émeraude à gauche. Le voir aussi joyeux était rare, lui qui était sans doute le plus fainéant des Hunters. Le voir accepter une mission n’était pas commun, comme tout Hunter demandé il était très capricieux et profitait largement de sa réputation.
-Bien, je t’envoi les coordonnées, soit sur place dès demain, ton agent y sera déjà. À 28H un officier te briefera sur la situation, tache d’être à l’heure. C’est tout, bonne chance Hunter Salve.
La communication se coupa net tandis que le sourire du jeune Hunter semblait s’être figé sur son visage euphorique. Il se mit à hurler comme un fou, sautant partout comme un enfant ayant reçu un nouveau jouet. Il se précipita vers le cockpit de son astronef, se cognant plusieurs fois au passages sans même sans rendre compte. Il entra les coordonnées sur le tableau de bord, s’assis et parti à travers l’immensité de l’espace.
-Attention, Klain Salve arrive!









