Sugar Girl

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Premier roman achevé à 15 ans

 

Tout le monde aime le sucre, tout le monde en raffole. C'est doux et cela donne un goût agréable dans la bouche. Quand on en obtient on essaie toujours d'en garder un maximum. C'est toujours comme cela, le sucre est une gourmandise convoitée et à la portée de tous... Un or des fous mais qui cache bien ces défauts. Alors une fille peut-elle être faite de sucre ? Bien sur que non du point de vue de la gourmandise en elle-même. Mais en y réfléchissant bien il peut y avoir quelques similitudes. Une jeune fille trop douce, toujours agréable, on essaie toujours d'en prendre un maximum. Vous savez une fille qui cache bien ces défauts, qui les montre quelque fois mais néanmoins n'est pas parfaite, loin de là ! Un trop grand soupçon de naïveté ainsi qu'un caractère de fillette, un sourire de confiance. Et quand on la voit nous vient cette envie soudaine de tout profiter, de tout lui prendre ou alors de tout lui donner. Lui raconter nos misères et l'entendre raconter les siennes. Obtenir toute sa confiance et plus tard en être écœuré, comme le sucre...

« Morgane je vous dit ça parce que je vous aime bien et que j'ai été comme vous. Morgane, vous êtes faites tout en sucre. Faites attention, les gens sont intelligents ils n'hésiteront pas à profiter de vous... » C'est sur ces mots que je sus qui j'étais. En seulement quelques minutes, la mère d'une amie m'avait résumé... « Tout en sucre », je suis tout en sucre. Cela peut paraître bizarre, je dois avouer que la première fois j'ai été surprise. Mais le découlement de mon adolescence m'a affirmé cela, m'a démontré maintes fois que j'avais eu tort de ne pas y croire. Ce qui va suivre est sans doute quelques étapes de ma vie, elles ont néanmoins beaucoup touché mon esprit. Je vis avec aujourd'hui. Vus comme ça, on a l'impression que c'est dramatique et pourtant ce n'est pas si méchant. Cependant tout se passe dans la tête et croyez-moi si vous le voulez mais cela compte beaucoup.

Dans ma quête du bonheur, mon plus grand rêve serait d'être aimé comme j'aime. Seulement il y a un tarif lourd à payer. Ce prix je l'ai reçu à plusieurs reprises sous forme de confiance.

Non que les autres me l'ont donné, bien au contraire. Un de mes plus grands défauts est sans doute la naïveté. Cette faculté à croire que personne n'est mauvais au début et d'offrir sa plus grande confiance comme on offre un bonbon à un petit enfant. J'ai été bien trop de fois dupée et pourtant cette naïveté revient toujours, plus belle et plus forte à chaque fois. Chez moi elle prolifère telle une plante grimpante et elle s'agrippe à mes jambes autant qu'elle le peut. Je vous prie de croire que par mes larmes j'en ai souffert, j'aurais voulu avoir cette force de caractère qui me permette de rebondir et de ne pas tomber. Pourtant, je retombe le sourire aux lèvres comme si finalement ce n'était pas grande chose et comme si mon bonheur était bien là...

 

Le début

Tous les soirs, machinalement je reprends mon portable et j'attends ce message. Ce message que tous les matins je vois de mes yeux. Pas possible, je ne peux y croire, je ne peux pas croire à tant de tendresse. Hélas au fond de moi se forme ce gouffre qui, parois contre parois, répète cet inlassable échos « c'est beau n'est-ce pas ? Il t'aime j'en suis sur ». Mensonge ! Arrêtez de me torturer l'esprit, je ne peux pas y croire ! Je regarde encore une fois le message : « Passe un bon weekend end petite fée ! Je pense à toi, tu sais ? » Tu pense à moi ? Non, tu n'es qu'un menteur ... C'est la première fois qu'on me le dit et j'ai beaucoup de mal à le croire. Dis-moi que tu n'es qu'un ami, rassure-moi je t'en pris ! Comment en suis-je arriver là, comment puis-je être aussi dépendante de cela ?

Trois semaines auparavant, je venais de sortir d'une peine de cœur enfin presque. Obstinée jusqu'au bout j'essayais toujours de me faire aimer mais la froideur de la personne en question me dépassait. Je laissais donc tomber pour me fixer seulement et uniquement sur mes études. Malheureusement il est rare que je tienne mes engagements personnels.

Je m'engouffrais donc dans le travail, dans un sérieux qui m'était très étranger. Peu importe, j'étais si appliquée, si pleine d'envie de réussir que le monde qui m'entourait ne m'importait guère. Cela ne dura pas. A un moment j'eu envie de renoué avec mes amis et aussi en faire de nouveaux, ou même reprendre connaissance avec des gens que je côtoyais auparavant.

C'est ce que je fis. J'allais de part et d'autre pour reparler à tout le monde, pour revoir ceux que j'avais « laisser tomber ». C'est comme cela que je refis la connaissance de sa sœur. Jeune fille adorable, toujours souriante, je lui avais parlé durant ma troisième et puis on s'était perdues de vue. Et là j'eus cette envie de lui parler, alors on discuta, pas pendant beaucoup de temps mais juste assez pour s'apprécier.

Il s'en suivi que pour mieux la connaître je lui demandais son adresse Internet pour que l'on puisse encore parler. Dès que je fus rentrée chez moi j'en ai profité pour l'ajouter à mes amis. Au lieu de cela il y eut un gros bug et mon ordinateur ajouta son frère ... Si j'avais su, si j'avais pu voir ce qui m'attendait, je crois que je n'aurais pas gardé son adresse et pourtant je l'ai fait.

 

« Je venais de sortir d'une histoire douloureuse, je n'ai aucune envie d'en revivre une autre. Je voulais être simplement tranquille dans ma douleur, pourquoi a-t-il fallu que tu viennes ? Pourquoi a-t-il fallu que tu veuilles me rendre si heureuse pour finalement redevenir plus triste ? »

 

Notre première discussion avait été des plus banales, comme à mon habitude j'avais été très distante et n'avait aucune confiance en lui. Je me méfiais, malgré toutes ces gentillesses je me méfiais de lui.

Puis vint le moment de lâcher du leste.

Il commença à parler de poésie. Il faut savoir que j'aime beaucoup la poésie, j'en suis amoureuse. Je donnerais tout pour pouvoir entendre ces mots qui chantent, les uns après les autres qui se succèdent pour former le vers puis la rime et enfin établir cet ensemble qui charme mon âme. Il était poète et pas n'importe lequel, il avait une façon d'associer les mots qui enchantait mon cœur d'amoureuse perdue. Il avait cette qualité qui utilisait des expressions pleines de tendresse pour faire couler sur ma joue de nombreuses larmes. Il me fit lire quelques unes de ses prouesses. J'ai été ébloui par tout ce qu'il avait entreprit et je ne me sentais pas de taille face à lui. Pourtant il me disait à sa façon que j'étais une « maîtresse des émotions ». On était lié par notre amour des mots, simplement pour quelques vers nous nous sommes plu...

Quelques jours se succédèrent et chaque soir je retrouvais mon poète. Notre petite coutume à tout les deux consistait seulement à ne parler qu'en vers. Ainsi nous pouvions parler de notre vie, de ce qui nous arrivait dans la journée et entre temps nous nous entraînions à la rime et à notre grand amour de la poésie. On aimait rechercher, chacun à notre façon, la rime la plus rare et je dois avouer c'est que c'était lui le plus fort. Je me souviens encore de ces deux vers qui m'enchantèrent :

« Dans tout mon corps bous sangs et lymphe,

Alors que devant moi se trouve une nymphe. »

J'ai été aveuglé par tant de mots. Puis c'est là que j'ai sus, là tout juste, que finalement il mentait. Peut-être pas tant que ça, mais il aimait pour se faire aimer, moi je ne voyais rien ...

 

Le Prince des Excuses

C'était un jour d'été, il faisait chaud pourtant la météo avait prévu de la pluie. Pas un seul mot n'avait été prononcé entre nous, jamais, seulement mes regards hésitants. Ou alors des regards qui ne disaient rien, probablement. Aucune parole n'avait été dite depuis cet après-midi de « mardi ». Puis, sans vraiment le vouloir, pendant une heure nous nous sommes retrouvés seuls, sans les autres, sans leurs remarques, juste nous. Et comme si cela paraissait naturel, nous nous sommes mis à parler sans nous arrêter avec mon impression que je devais tous lui dire avant la fin, avant qu'ils ne reviennent. Une heure, juste lui et moi, à parler de nos vies, comme un « avant » qui n'existe pas. Ce fut la dernière fois ...

En ces jours, c'était des kilomètres, des murs, des fils puis des écrans qui nous offraient la possibilité de parler ou plutôt de nous écrire. Demain, le silence sera notre lien.

Dehors, au lycée, nous sommes des étrangers. Chez nous, devant nos ordinateurs, nous étions des amis. Aujourd'hui j'ai changé cela ...

Le destin fait les choses. Mon esprit en dessine les conséquences. Néanmoins j'avouerai simplement qu'il restera le prince, le cher prince des excuses. Etrange surnom me direz-vous, je ne sais plus comment je l'ai trouvé, je crois que c'était parce qu'il cherchait toujours des excuses pour tout, c'était toujours les autres jamais lui. Cela me fit bien rire, depuis ça m'a marquée et j'ai précieusement gardée ce petit nom pour moi, comme une chose que les autres n'ont pas de lui et que moi seule détiens.

Dans le petit square que je longe chaque jour, trône majestueux en son centre un grand arbre. L'hiver étant là, on voyait que tombait entre ses branches, sa multitude de feuilles jaunies par le froid. En le voyant ainsi, je me vue, seule. Victime du froid, le froid d'une saison qui dure depuis un an ...

 

Je reviens dans mon présent, qui est devenu le passé d'aujourd'hui. Je reprends l'objet qui m'offre souffrance et espoir à la fois. Je regarde son écran, j'attends encore ces messages pleins de tendresses. « Je voudrais, je souhaite qu'on m'aime aussi ... » Rien n'arrive, cela fait longtemps que plus rien n'est arrivé. Mon poète ne me parle plus comme avant, il devient un garçon comme tous les autres, indifférent. Cela tient en un seul après-midi où l'on s'est vu...

On essayait depuis deux voir trois semaines, de se voir. Mais toujours le destin fit en sorte qu'on se rate, jusqu'à que l'on se voit vraiment ... J'ai été déçu, j'en ai souffert. Il ne m'a parlé que de l'être qui lui était cher. Pour lui je n'étais qu'une petite sœur, sa petite fée, celle qui doit tout apprendre de lui parce que ce n'est encore qu'une petite enfant. J'y croyais tant bien que mal. Je suis une fille en sucre, croire est une des grandes lignes de ma vie ne l'oublions pas. Depuis ce jour, les discutions n'ont plus eu de sens, il n'y a même plus de poème. Pour lui, il a juste beaucoup de travail ; moi, j'essaie encore de le croire mais finalement c'est la tristesse qui l'emporte sur la raison. C'est en ces jours de silence et de mots qui ne tiennent plus la route que je lui dirais bien :

« Suis-je petite fée à tes yeux ?

Es-tu toujours Grand Elf aux miens

Maintenant nos écrits sont creux

Et je n'en n'éprouve rien de bien ... »

Je l'ai perdu en quelques heures, mais je ne l'avais jamais gagné. Encore une puérile illusion, le jeu du mensonge a rebondi sur moi comme un reflet sur le miroir.

Puis lentement il s'efface et moi je survis.

 

Si simple de mentir...

Perdre un être qui vous était cher, c'est une épreuve que personne ne devrait connaître. J'avais, plus jeune, un hamster. Peut-être que pour la plupart des gens ce n'est qu'une petite bestiole sans grande importance. Pour moi, cette « petite bestiole » était mon « grand réconfort ». Puis, il n'y a pas si longtemps, elle s'endormit du sommeil éternel. Ce n'était peut-être que ma boule de poil, mais sans lui je me retrouve seule dans mes chagrins, « plus de réconfort Morgane ». C'est dans cette période-là que les amis comptent vraiment. J'avais besoin de soutien car l'un des êtres qui comptait le plus dans ma vie venait de mourir.

Il était parti, il n'était plus là, la chambre redevint vide de vie, elle redevint silencieuse. Je me retrouvais seule dans mon nid douillet. Moi, mes draps chauds mais pas ma petite boule de poil...

J'avais besoin de parler, il fallait qu'on me rassure, que l'on me dise que je n'étais pas seule. J'étais seule quand j'ai parlé au prince. J'étais seule quand j'eus envie de le voir le lendemain juste pour parler. J'étais seule encore quand il me dit que ce n'étais pas possible parce qu'un de ses amis venait déjà et que mon envie ne lui plaisait pas trop ... Je fus seule le lendemain quand je le vis à son tour arriver au lycée non accompagnée par son soi-disant copain. Et je remarquais seule, dans mon esprit, que le prince venait de me mentir pour m'éviter.

C'est quand le mensonge arrive, c'est quand la détresse vous appelle que vous savez ce que valent les gens. C'était la personne qui comptait le plus pour moi, j'aurais tout fait pour le rendre le plus heureux du monde. Et le prince m'a menti ...

Mes amies m'avaient prévenus, il ne fallait pas que je sois gentille, il ne fallait pas que je lui parle, il ne fallait pas encore que je l'aime. Malgré cela je n'écoute pas. Bien que cette fois-là fut différente. Je pris cette situation entre mes deux mains et je fis en sorte de ne plus lui adresser la parole, et pour que cela marche je mettais en jeu ma fierté ! J'ai promis que je tiendrais, au moins pendant trois mois, la situation ne pouvait plus durer, j'en avais assez !

Mais le doute reste en moi, on ne peut pas oublier quelqu'un comme cela, surtout quand on lui offrait tout depuis près d'un an. Je dois l'avouer pour moi il m'est cher et sa vie ainsi que son existence sont plus importance que ma propre vie à mes yeux. Si je devais mourir demain et bien je partirai heureuse parce que, lui, sera toujours vivant et en bonne santé.

« Un jour peut-être, toujours jamais »

 

Les jours passèrent, et peu à peu je continuais dans le silence. Je ne lui disais plus rien, je ne faisais plus rien, j'attendais. Non à vrai dire je n'attendais pas, je restais là juste à me demander... Me demander quoi ? Je ne sais pas trop, en fait je ne faisais que rien. Je faisais comme toujours sauf que là je ne faisais rien. Vous suivez ? Enfin tous cela pour dire que j'avais beau ne rien faire, je pensais toujours à lui. A quoi pensait-il ? Que fait-il ? L'a-t-il remarqué que je ne suis plus là ? Plein de questions pour passer le temps...

Seulement il fallait agir et ne pas rester là, il fallait que je me bouge car pour l'instant je restais un légume à se lamenter.

Alors je vivais la vie comme elle venait, j'essayais tant bien que mal de voir qu'il n'était plus là, pour moi du moins.

 

La volonté vous fait faire des choses si incroyables que plus rien n'est impossible. Je lui en avais tellement voulu que par tout les moyens j'aie voulu tenir, tirer un trait sur lui, l'oublier, en finir une bonne fois pour toutes ! J'aurais aimé vous dire que la réussite fut là mais je mentirais. Néanmoins j'eus un peu de chance...

Pendant deux semaines ma cervelle était en bouilli, je n'arrivais pas à me le sortir de l'esprit. Puis comme si le ciel l'avait voulu, une amie me parla d'un autre garçon que j'avais connu. Un gentil que peu de gens aimaient beaucoup, d'ailleurs elle m'en parla car soi-disant il l'énervait beaucoup. Et comme pour rendre service à mon amie, je me suis mise à lui parler.

On avait une tonne de points communs, on s'aimait énormément, on s'attirait un peu aussi. A vrai dire il me disait souvent que j'étais belle mais je disais également que c'était un menteur !

Je n'ai pas honte de dire que je me sentais bien avec lui et que j'oubliais peu à peu le prince des excuses.

Que c'est bon de ressentir pour une nouvelle fois le goût du bonheur.

Et les choses s'enchaînèrent à toute vitesse, avant même que je puisse m'en rendre compte je lui demandais si nous pouvions sortir ensemble. C'était la première fois que j'étais aussi convaincu de quelque chose et je voulais à tout prix oublier ce passé qui me collais à la peau. Et lui, c'était la clé que je recherchais pour enfin en terminer avec tout ça.

Au début ce fut dur, car il ne savait pas lui-même. Il me disait non, puis il se reprenait, en fait il ne savait pas du tout ce qu'il voulait.

 

Il avait beau me dire : « Vraiment tu m'attire mais je ne sais pas si c'est une bonne idée... » J'étais convaincu, rien ne pouvais me faire changer d'avis. Puis un jour, sans crier gare, il m'annonça avec une curieuse façon que j'étais sa copine. Il me le dit avec une bague, une bague que je portais d'habitude à la main droite. Une bague qu'une bonne amie m'avait offerte, une claddagh. Cette bague à la particularité d'avoir à elle seule une légende et une signification et selon son emplacement on sait notre situation sentimentale. J'avais expliqué vaguement à mon cher et tendre ce qu'elle signifiait. Je lui avais raconté que si on la plaçait à la main droite, la pointe du cœur vers le notre cela signifiait que la personne qu'on aimait ne partageait pas le sentiment ; mais par contre si elle était mise à la main gauche cela voulait dire que c'était réciproque.

Puis ce jour-là, il me dit simplement : « ta bague est mal placé ! ». J'avais compris qu'il avait dit oui... Ce fut la fin.

Ne vous inquiétez vous avez bien lu, je vivais le bonheur mais entre-temps se profilait à l'horizon la seule chose que je n'aurais jamais pu imaginer. Après tout ne dit-on pas qu'il ne faut jamais dire jamais ? En cette même journée, enfin l'après-midi, avant que me vienne cette merveilleuse nouvelle, je suis allée à une sortie avec des amis. A cette sortie était invité le prince, mais il n'avait pu venir soi-disant. Je peux affirmer que c'était un mensonge. Ce jour-là, les autres l'ont vu, moi je ne voulais pas le voir. Du moins le problème devait venir de moi, je ne comprenais pas trop, je voulais juste être tranquille, du moins qu'il me laisse l'oublier tranquillement. Et ce fut la première fois que le prince s'inquiéta, d'une façon peu commune, de ma personne.

Le retour et une fin

« Enfin maintenant qu'il y a des embrouilles c'est bizarre mais j'existe ! Et tu sais ce que je comprends encore moins c'est que tu t'intéresse de ce que je pense de toi?! »

A peine avais-je eu la bonne nouvelle que l'ouragan ouvrait les portes de l'enfer. Par une obligation que j'avais promise à mes amies je ne devais en aucun cas adresser la parole au prince. Mais je fus si en colère de voir qu'il leurs avait menti, elles qui avaient été si gentilles de l'inviter. Cette colère bouillonnait en moi et ne demandait qu'une chose : sortir ! La seule façon pour moi de me lâcher c'était de le montrer dans mes pseudonymes, mais en ne nommant personne toutefois la colère y était et c'était le principal. Ce n'était pas la première fois que je faisais cela, il m'est souvent arrivé de me laisser aller de cette façon néanmoins jamais il ne l'avait remarqué jusqu'à ce jour. Etrangement déjà l'après-midi il avait demandé, à celles qu'il avait vu, si j'étais là et si je pouvais venir mais je n'avais pas bougé de ma place. Le soir me donna une autre surprise. Il est venu. La chose qui n'arrive jamais, il est venu de lui-même me parler mais je ne lui ai pas répondu...

Il vint à la charge cette question sur les lèvres : «c'est moi dans ton pseudo ? » et plus tard « pourquoi tu ne réponds pas ? ». Il avait beau le demander autour de lui, à deux, trois de mes amies, il n'avait pas eu sa réponse et cela, du moins on me la dit, l'énervait.

Je pris de vous dire que cela m'étonna, lui aussi calme qu'il soit et bien qu'il le répète sans cesse qu'il est un modèle de zen attitude. Je ne comprenais absolument rien bien que je riais devant mon écran.

La situation se dégrada le lendemain, il passa à l'attaque. Il vint une nouvelle fois me demander pourquoi je ne répondais pas, comme je l'avais promis je ne di rien. Il me bloqua.

Je ne pouvais admettre qu'il l'avait fait ! Je commençais vraiment à être sur les nerfs, à coté de cela, deux de mes amies me disait qu'il ne faisait que parler de cette affaire et qu'il cherchait encore en vain la cause de mon silence. Alors je pris la décision de briser la glace dans un ultime message électronique, où je n'allais pas par quatre chemins, à vrai dire je n'ai jamais été aussi franche ...

De mémoire je ne me souviens pas qu'il ait répondu aussi rapidement. Cinq minutes avaient suffi pour qu'il réagisse, cinq de plus pour qu'il me débloque et encore deux minutes pour qu'il revienne m'en parler... La soirée fut longue, pleine de questions, de réponses, de remarques et d'excuses. La confiance que je lui avais vouée depuis un an s'était éteinte, malgré lui il m'avait perdu.

 

Deux jours suivirent sans le moindre bruit, enfin dérangement. Les vacances finissaient doucement et tout devenaient plus monotone. Et sans que je m'en rende vraiment compte, une autre mauvaise chose arrivait à grand pas. Mon copain, enfin celui qui m'a fait gentiment changer ma bague de doigt, a décidé qu'il valait mieux en finir. J'étais seule encore une fois... et cette bonne vieille bague reprit sa place, à la main droite.

 

« La robe du malheur me va à ravir, n'est-ce pas ? »

Les semaines passaient, elles ne changeaient pas, elles redevenaient celle qu'elles étaient. Mon ancien petit ami, de passage furtif, devenait d'un coup adorable et de l'autre glacial. Je n'étais là que quand il en avait le besoin. Quant au prince que j'espère toujours, il y eut ses moments de gentillesse après le coup de gueule. Puis tout redevint comme avant, le froid revint avec le temps, finalement je n'avais pas réussi à en avoir l'habitude. Je me sentais aigri, perdue, je n'arrivais pas à me les ôter de la vue. Je les perdais, comme je perdais mes amis, j'étais devenu étrangère de moi-même et quand j'écris ces quelques mots je ne sais même plus la personne que je suis. Je n'arrive plus à retrouver mon goût de vivre, je ne reconnais pas ces gens que j'avais tant apprécié, je ne vois plus la joie, je ne vois plus l'amour, je ne fais que pleurer. Quand je dois attendre, je pars comme un courant d'air. Quand je dois rire je ne me souviens plus de ce qu'est un sourire. Quand je dois soutenir, c'est moi qui aie besoin qu'on la prenne dans ses bras. Egoïste ? Probablement...

Voit-on le cœur qui pleure ? Voit-on le visage de la tristesse sous le masque de la joie ? Non, les gens sont aveugles, ils ne voient rien de tous cela. Et ceux qui portent ce masque le voient encore moins. A force de cacher les choses, on finit par les oublier. Et un jour, au mépris de la surprise, on se rend compte que tout ne va pas aussi bien qu'on le croyait. Ce jour, pour moi, venait d'arriver. Tout était si rose mais il a fallu d'une petite seconde pour que je me souvienne. Il y a des questions toujours sans réponses. Il y a des réponses qui valent la peine d'être cru. Et il y eut des espoirs, tant d'espoirs, tous envolés ... dans cette petite seconde.

 

« J'ai peur d'elles ... »

Personne ne peut vivre sans amis, pas même moi. J'ai beaucoup d'amies, par contre je compte sur les doigts de ma main mes amis ... voyez-vous la différence ? Je ne sais par quels critères je me suis toujours mieux entendue avec des filles, peut-être que la confiance passait-elle davantage. Du moins mes amies me faisaient peur, et encore d'ailleurs. J'ai peur de perdre une personne car j'aurais trop parlé. Voyez-vous, si je n'avais pas eu ce déclic, aujourd'hui je ne suis pas aussi sur qu'il aurait eu cette même petite réputation dans le cercle de filles que je connais. Et si je ne l'avais pas remarqué, lui parleraient-elles aujourd'hui ? Aurait-il été le même ? Oui, c'est remarquable, il a changé depuis. Peut-être que je n'aurais pas du ... Peut-être, toujours peut-être ! Et des « si » qui n'en finissent pas, avec toujours cette lueur au fond de mes yeux qui lisent : « et s'il se comportait avec moi comme il se comporte avec elles ? » Avec elles, c'est toujours plus drôle, c'est toujours plus bavard, c'est toujours plus tout. Avec moi, ça reste connaissance à peine visible. En fait un fantôme, je ne suis là seulement quand j'ose me montrer sinon je n'existe pas. Indifférence, rien que cela, présente comme un voile qui s'accroche à mes pas...

 

J'ai vu le « Temps d'un Automne ». Ce film m'a fait beaucoup réfléchir, m'a fait comprendre que je n'étais qu'une petite pleurnicheuse égoïste et qui par la plus grande idiotie ne voyais pas sa chance. Oui, j'ai beaucoup de chance et la première que j'ai c'est d'être en vie. La seconde c'est d'être apprécié de mon entourage. La troisième c'est tout ce qui tourne autour. Alors oui je ne pleure pour pas grand-chose. Bien que cela me tienne à cœur, bien que cela me fasse souffrir, je suis toujours ici en bonne santé et très bien entourée. Certainement seule, certainement sans la personne que j'aime, mais toujours en vie.

Et puis remarquons l'espoir, je suis certes vivante et je pourrais vivre encore demain. Mais seulement me reste-t-il encore l'espoir qu'un jour peut-être il ait autant d'estime que j'en ai pour lui ? Oui, tout le monde a le droit encore d'espérer. Mes amies et surtout « ma » chère amie, qui m'a dit un jour que j'étais dans le doute « change Morgane, va voir ailleurs, il n'est pas pour toi ». Je n'en ai éprouvé que jalousie d'entendre cela, de la rancœur et de la tristesse. Mais rien n'est perdu, je peux encore rêver, je peux encore parler et je peux encore l'aimer et cela même si de l'autre coté il n'y a que de l'amitié. Pourquoi changer ? Pourquoi voudrais-tu tant « ma » chère amie, que je change ? Pour moi, pour me revoir sourire comme on ne m'a jamais vu, pour me calmer ? Non, jamais je ne changerai, jamais je ne deviendrais comme tu l'aurais voulu, jamais je ne t'écouterai au mépris de mon cœur. Et tu pourras toujours me dire qu'il ne faut jamais dire jamais, je pourrais toujours te répondre : « mais là où il y aura de la vie, il y aura toujours de l'espoir ! ».

Et « ma » chère amie, toi qui pleurais pour un autre. Toi qui chaque jour que Dieu fait, tu t'encerclais de cet amour synthétique offert par tous ces princes de passage. Toi, qui encore chaque nuit, te lamente pour un grand désespoir du « mon copain ne m'a pas appelé ce soir, je n'en peux plus ». Toi à qui il t'envoie des messages, où figure toujours une vingtaine de fois cette même petite expression lassante qui répète un « je t'aime ». Toi qui es heureuse quand tu t'aperçois que ton pauvre compagnon est jaloux, on n'aimera jamais que ta beauté « ma » chère amie. Tous ces jours où tu me parlent, où tu oses encore me dire que mon prince vient te voir chaque jour, rigoles de tes plaisanteries et des siennes. Et moi, jalouse que je suis, chaque soir après t'avoir vue, je pleure de n'être pas plus que toi...

Aujourd'hui je ris, car « ma » pauvre amie tu ne vivras donc jamais que dans ce cocon d'amour pas véritable, pour peu de ton image et rien dans ta tête. Pour vivre dans cette tendresse dont je ne connais pas la douceur. Tu pourras toujours pleuré, tu pourras toujours venir me voir quand ça ne se passe pas comme tu l'avais calculé. Répète inlassablement que le prince est « un amour » avec toi, que tu ne vis que pour les beaux yeux de ton cher et tendre bien que tu passe ton existence dans les bras du reste de tes prétendants. Et oui, « ma » chère et tendre amie, je suis jalouse, mais c'est tellement drôle de l'être de toi. Accapares-toi du seul que je n'ai jamais aimé, détruis mon amour propre et moi je rirai. Je rirai à gorge déployée parce que vois-tu « ma » douce amie, je sais qu'un jour ou l'autre ils te laisseront tous tomber. La beauté n'est pas éternel, le charme non plus mais l'espoir persiste, il est immortel. Alors « mon » amie, dis-moi encore qu'il faut que je tourne la page, montre-toi aussi douce avec le prince des excuses que tu peux l'être avec les autres, mais après que toutes illusions seront vaincus je serais encore debout lumineuse de tout mon espoir...

 

Un jour...

Qui aurait pu croire qu'en une seule amie je vois une farouche adversaire. La peur me tiraille les entrailles et toujours ces doutes infatigables qui me noient dans d'horribles cauchemars. Si seulement ce n'était que cela ! Et ce jour si différent et pourtant si semblable aux autres me permet maintenant d'écrire ce que j'ai du mal à faire ressortir. J'ai beau être une bavarde dans mes moments perdus je ne peux, à mon grand malheur, dénoncer le fond de mes pensées.

L'ancien part pour l'amie, les nouveaux anciens reviennent on ne sait plus trop pourquoi. En ce même jour, trois chemins voir quatre se croisent. Mon poète fait son retour. Mon copain de passage revient aussi. Et le seul que j'envie me tourmente de jalousie, ce n'est pas tellement lui en fait, c'est seulement celles qui l'entourent. Je ne devrais pas être comme cela, après tout mes espoirs sont vains mais ils persistent. Je ne sais plus trop en quoi je devrais. Il y a dans mes rêves une lueur qui insiste, qui me dit de continuer. Et il y a le destin qui me contredit sans cesse. Mais pourquoi s'acharner ? Je sais, je le sais qu'il n'éprouve rien, je le vois chaque jour, je l'entends !

Il existe certaines larmes qui ne tarissent jamais, on me l'avait dit. J'ai cru pouvoir panser des blessures du passé et puis elles sont remontées pour une toute petite raison. Dans mon passé j'aurais voulu oublier des gens, des actes, et effacer ceux qui m'avaient auparavant délaissés. Aujourd'hui je me rends compte que ces personnes restent les mêmes. Et celles qui surgissent d'un futur proche, leurs ressemblent étrangement. La vie n'est donc qu'un insatiable retour en arrière, on a beau essayé de tirer un trait sur ce qui est arrivé mais un jour ou l'autre tout recommence... Je ne suis faite que de sucre.

 

« On joue au silence ? ... »

Jour gris, jour de pluie. Pourtant je ne déteste pas la pluie, ce jour-là il n'a pas plu. Le ciel était d'un bleu limpide, le soleil tapait. Le froid aussi. « C'est normal, c'est l'hiver » me disait-on. J'avais froid, pourtant je portais un pull et un gros manteau. Mais j'avais froid, froid à l'intérieur. Ce jour-là je parlais en murmure de peur que le froid gèle ma voix, ce jour-là je regardais mes pieds je ne regardais que mes pieds. Rien n'existais autour de moi, pas même mes amis qui me répétait cette inlassable question : « ça va ? ». Et je répondais toujours : « mais oui, je vais très bien, j'ai seulement un peu froid ». J'ai tort de leur répondre cela, c'est vrai que ça ne va pas. C'est vrai que d'habitude je suis joyeuse, que d'habitude je fais des câlins à qui le veut bien, je suis souriante, je ris même parfois trop. Et ce jour-là le silence, et toujours je regarde mes pied avec mes mains dans mes poches, les bras contre mon corps pour n'appartenir qu'à moi-même. Une prison de glace m'encerclait peu à peu, malgré moi ou peut-être que je le souhaitais inconsciemment. Et comme si elle ne suffisait pas je redevins plus seule encore, me forçant moi-même à fuir mon entourage alors que je l'avais tant cherché par le passé. Je redeviens celle que j'étais, interminable retour je ne veux pas revoir cette petite fille naïve sans une seule nuance d'intelligence !

Pourquoi parler d'hiver quand je pourrais tant décrire les beautés du printemps, la douceur de l'été et les couleurs de l'automne. L'automne, ma saison, celle où je suis née et celle où j'aimerai m'éteindre. Pourtant je ne fais que parler d'hiver, cette saison de froid tranchant comme une lame de rasoir. Mais saison d'innocence dans la blancheur de sa neige, où mes pieds que je regarde tant, laisse passer doucement leurs traces pour un « quelqu'un » qui chercherai ma direction.  Que serait l'hiver sans la neige ? Sans le vent qui vous fait frissonner à son passage ? Et que serais-je sans lui ?

Le vent on le sent glacial, entrant dans chaque recoin, chaque interstice et chaque pensée. Même avec un manteau digne de ce nom on le sent pénétrer dans notre âme. Vent, toi qui sais ce qui se cache sous ses couches de vêtements, sous cette surface de chair. Toi qui entends et qui murmures le silence, tu oses encore comprendre pourquoi cette petite fille ne dit rien. Quand tu souffles dans ses cheveux bruns détachés et que tu caresses délicatement sa nuque dénudée, tu lui chuchotes encore à son oreille : « courage ». Quand elle est triste, tu souffles assez fort pour faire disparaître ses larmes. Maintenant que c'est l'hiver tu souffles seulement parce que c'est ton rôle. Aujourd'hui quand je t'ai senti me frôler les épaules, mon cœur a frissonné, le froid l'a anéanti et ton souffle n'est plus d'aucun secours ...

 

Et encore ce regard ...

Dans une parole on peut dissimuler des vérités, dans un regard on ne peut cacher des mensonges.

Cela doit faire six mois que je mens sur ce que je ressens, à la seule personne qui devrait le savoir. Je ne suis pas d'un naturel menteur, mais pour le protéger je préfère tout dissimuler. Il n'y a que mes yeux qui ne savent pas mentir. Il faut que je cache mes yeux sinon je me dévoile. Seulement je ne peux résister à le regarder, à le scruter.

Par contre le regard du prince est particulier. Il ne montre ni ne révèle, néanmoins je sentais une certaine profondeur, un gouffre, un océan dans lequel on aurait envie de plonger. Même en le disant comme ça je n'arrive toujours pas à l'expliquer. Ce regard me fait peur quand je le rencontre mais il me donne plus envie d'y goûter. Il est insaisissable et pourtant je le cherche. A chaque couloir qui s'offre à moi, chaque coin de rue, j'espère ce regard que j'ai peu de fois croisé depuis ces temps derniers. Il fut un temps où je tournais la tête et il s'offrait à moi, c'est alors qu'un sentiment de plénitude me dévorait toute entière et je me sentais faillir. Aujourd'hui je frissonne à l'idée de le revoir cependant je la guette ...

Et ce jour, où je m'y attendais le moins, en ne faisant que la queue de la cantine avec ma petite bande d'amis. A peine eussè-je fait de tourner la tête que je croisai ces deux yeux bleus qui n'en finissaient pas, cet océan que moi seul pouvait voir, en une seule petite seconde. C'est alors que j'eus peur, je tournai vivement la tête. Mais le regret s'engouffra en moi, je les aimais ces yeux, pourquoi en avais-je peur ? Je regrettais de ne pas avoir eu le temps d'en profiter, finalement ce regard me fait du bien. Il me manquait ...

 

Comme cela ne suffisait-il pas de revoir des regards perdus, il fut aussi question de famille. J'ai passé une semaine digne d'une dépression cérébrale, avec beaucoup d'exagération je l'avoue. Tous se chamboulaient, mes notes faisaient une chute libre vertigineuse, la famille devenait complètement dingue et mon cœur n'en pouvait plus de ces hauts et de ces bas. Pour une enfant, entendre de la bouche de sa mère qu'on est un monstre de méchanceté, d'hypocrisie et d'égoïsme. Et de plus lui répéter à longueur de journée que c'est son frère qui serait le seul être humain digne de ce nom est la pire des hontes. Ma mère a fait cette chose et sur ce moment plein de confusion j'ai compris qu'elle ne me connaissait plus. Elle m'avait peut-être recueilli en elle pendant neuf mois, elle m'avait sans doute élevé pendant près de seize années. Il n'empêche qu'aujourd'hui elle me lance ces mots dans ma figure d'adolescente. Je ne m'attendais pas à cela, en tout cas pas ce jour-là. J'avais beau lui dire que j'avais passé une mauvaise journée, elle ne m'écoutait pas et continuait à m'envoyer ses réflexions qui ne sont pas fondés. Mon père ne disait rien, mon frère n'était pas là. Je me sentis seule dans ma propre maison et rejeter par ma propre famille.

Seule est un mot encore trop fort. Je n'étais pas seule, il y avait tous mes amis autour. Et dieu seul sait que s'ils n'avaient pas été là je ne sais pas ce que je serais devenu. Ils sont aujourd'hui ma grande famille. Les uns des grands frères, les autres des grandes sœurs. Et quand sur les joues de la petite sœur coulent des larmes de crocodiles, ils accourent pour faire sécher ses petits malheurs. Mais là, la petite sœur demande à rester loin, près de son cœur et loin des gens. Pour réfléchir sans doute ...  Qui aurait pu se douter que le prince me portait un quelconque intérêt ? Je ne le sus que bien trop tard. Un soir que je revenais de la patinoire avec quelques amis. Et comme tous les soirs je me retrouvais sur Internet à discuter avec un petit peu tout le monde, dont lui. Discuter est un mot bien trop sage je pense. Ce soir-là des choses on été dites, des choses que peut-être je n'aurais jamais du savoir. Des choses pas terribles en somme mais qui bouleversent le petit nuage sur lequel je m'étais installée.

Je suis plutôt curieuse et quand quelque chose me tricote l'esprit je ferais tous pour savoir. J'ai toujours voulu comprendre pourquoi il avait dit, à plusieurs de mes amies, qu'il faisait des effort pour être gentil avec moi et surtout pourquoi avait-il précisé « pour limiter ma peine ». Ces questions, ce soir-là, je pus enfin les poser et je ne fus pas déçu de la réponse. Il m'a tout simplement dit que parfois je l'avais énervé, c'est tout. Comme toute personne qui se respecte j'aurais du être en colère, et bien non, j'étais contente. Parce que pour une fois il avait dit ce qu'il pensait, pour une fois il avait eu assez de confiance en lui pour me faire affronter la vérité. Et puis par la même occasion j'eus mes réponses, néanmoins cela a eu pour effet de refroidir encore un peu plus l'atmosphère. C'est peut-être de là que vient mon mal-être, en fait j'aurais voulu qu'il ne soit pas froid à ce moment, j'aurais tous fait pour me faire pardonner. J'aimerai qu'il me voie comme je suis, naturellement, seulement je me sens obligée de changer en sa présence. Ce soir-là j'aurais aimé que le prince soit près de moi pour tout lui dire ... Et dire que je suis désolée.

Je me sentis mal toute la soirée, il faisait tout pour m'éviter le pire, la seule qui osait encore se plaindre c'était moi. Je l'avoue parfois je souffre énormément qu'il ne dise rien, mais il fait déjà de son mieux. Et il a beaucoup changé depuis l'histoire qui aurait du définitivement me l'effacer. Je ne sais pas ce qu'il veut, moi non plus je ne sais pas ce que je veux. En fait c'est bien comme cela, on parle, on s'amuse, parfois on se prend des coups de bec. Mais on finit toujours par se reparler sans jamais vraiment le vouloir...

 

« J'existe donc vraiment ? »

Toujours dans cette même soirée, les yeux plongés dans mon écran j'essayais en vain d'oublier ma petite querelle, ou du moins le froid qui avait parcouru mon esprit. Je parlais de tous les cotés, à celle-là, à lui aussi pourquoi pas, de tout et encore de rien. Juste pour parler, pour se dire que ce n'est que ce soir et demain ça sera passé. Puis une amie, que j'avais vu dans l'après-midi, me parla, normal comme tout les autres me diriez-vous. On a discuté de nos petites histoires, de nos petites anecdotes et je pus me décontracter c'était même plutôt drôle. Mais une phrase me laissa silencieuse, une petite phrase fit toute la différence. Cette phrase disait simplement : « Mardi dernier tu n'allais pas bien, d'ailleurs il m'a demandé pourquoi tu faisais cette tête ». Sur le coup je ne l'ai pas cru, car cela ne se voyait pas tellement que j'étais de mauvaise humeur ce jour-là et puis pourquoi le prince s'intéressait-il soudainement à ce qui me tracassait. Je ne pus rien dire. Il y a quelques minutes il me disait que parfois je l'énervais et là j'apprends qu'il s'était demandé pourquoi je paraissais boudeuse. Tout change en lui je ne saurais dire pourquoi. Devrais-je en être réjouie ou en avoir peur ? J'ai toujours voulu exister à ses yeux, là je ne sais pas si c'est de l'existence ou seulement veut-il avoir la conscience tranquille. De la pitié ou de l'envie ? Je restais muette et naïve, à la fois heureuse et étonnée.

C'était les vacances, j'étais contente car j'envisageais déjà de dormir paisiblement dans mon lit sans entendre le tintamarre incessant de mon réveil me rappelant à la réalité. Je pouvais rêver jusqu'à plus soif et me réveiller avec les rayons d'un soleil de midi. M'étirer tel un chat dans mes draps mielleux en me disant que finalement la vie n'était pas si moche. Et le soir me coucher sans heure fixe, à traîner sur Internet en discutant avec qui le voulait bien. Tout cela pour dire que je me laissais aller pendant deux semaines, une petite pause ne peut faire de mal à personne. Pause ? En fait je n'en suis pas véritablement sûre. Peut-être que je ne travaillerai plus mais mon esprit continuerai de faire des siennes. Bien que les vacances soient parfaitement installées et les bienvenus, les évènements vont tous faire pour éloigner la tranquillité de ma petite tête, trop réfléchir me va si bien ! Pendant ces petits jours de repos une soirée me marqua, je dirais même deux soirées. Un soir je fus prise de solitude, j'avais eu ma petite habitude d'appeler mon ancien petit copain, même si nous n'étions plus ensemble nous étions devenus de grands amis. Le soir quand je me sentais mal je l'appelais et on se racontait nos vies. Ce soir-là fût différent. Premièrement cela faisait deux semaines que l'on ne se parlait plus, je ne sais plus trop pourquoi, il s'était énervé sur moi pour une raison que j'ignore encore. Le stress sans doute ou une affaire qui le tracassait. Bref, cela faisait deux semaines et je dois avouer qu'à ce moment-là j'avais besoin de lui parler. Je l'appelais. On s'échangea quelques mots sur nos vacances gentiment. Et voila que d'un coup il me demande pourquoi je l'appelle, je lui explique tout simplement qu'il me manquait et que j'avais besoin de lui parler. Puis sans crier gare il me dit : « J'ai en rien à faire de toi, cherche-toi un autre mec ! » Blessée dans mon amour propre, il était devenu si important pour moi et en une seule phrase toute ma confiance, mon estime s'est étouffée. Il y eut quelques mots, des adieux, des « bonne nuit » de passage et j'ai raccroché. Peinée, frustrée, triste. C'était un nounours, un adorable nounours et là d'un coup il était devenu agressif. Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui ? Encore ces questions ... et encore cette réponse qui me frappe de plein fouet : « Il s'est servi de toi, tu le sais Morgane. Tu es en sucre, tu n'y pourras jamais rien ! ». Je m'emportais toute la soirée. D'abord sur l'écriture, ensuite sur les amis qui sont toujours les bons soutiens. Puis je finis par m'endormir pour m'éveiller dans un beau cauchemar où le prince redevint crapaud et moi je redevins sorcière. Le lendemain je m'éveillai, grelottante de peur. La journée s'annonçait bonne pourtant. Elle le fût. Elle passa sans encombre, de délires en délires avec mes amies et en essayant d'oublier ce fâcheux coup de fil. Le soir je revins sur mon ordinateur, comme à mon habitude, avec un pseudonyme très significatif montrant ma tristesse d'avoir été une fois de plus aveugle. Je discutais tranquillement avec deux, trois personnes. Il se connecta. Non ce n'est pas mon ancien copain, ni mon poète, c'était seulement le prince. Seulement lui, oui le prince se connecte souvent je dois dire. Mais ce soir-là, bien que je l'aie dit précédemment, je ne remarquais pas qu'il fût là. Lui, le remarqua. Cette soirée le prince des excuses vint me voir. C'est alors que je fus fort surprise d'une drôle attention. Il ne m'a pas dit « salut », ni même « ça va ? ». Il a juste répété le prénom de mon ancien petit copain, qui se trouvait dans mon pseudo, suivi de quelques points d'interrogation. Sur le coup je n'avais pas très bien compris où il voulait en venir. Alors je lui sorti un « quoi ? » très franc, et il me demanda juste « c'est qui ? ». Tout simplement je lui ai répondu que c'était mon « ex », il a répondu par un « ha », puis plus rien. Deux minutes plus tard il me dit qu'il était juste de passage et qu'il s'en allait. Je ne l'ai plus revu de la soirée. Comme ce fut étrange de sa part. D'habitude il ne vient jamais, seulement en cas d'extrême urgence. Et là, quand j'ai vu surgir sa fenêtre de mon écran mon cœur a fait un bond, de peur je pense. Il y a des choses que j'attendais, des choses comme celle-ci. Qui arrivent dans des circonstances peu communes. Je ne serais expliquer en quoi il y eut ces petits mots d'échangés. Je fus d'abord pleine d'espoir, les yeux illuminés. Puis je fus vite désavouée. Mes amies me prouvèrent qu'en rien il ne s'intéressait à moi quand il disait cela. Il le faisait pour lui car il aurait peur que je ne m'y intéresse plus. Je remarquais avec déception qu'elles avaient peut-être raison et à quel point j'avais une fois de plus cru trop vite. Qu'il est malheureux d'écraser les rêves dans quelques paroles... ou alors de les ressusciter. Après tout personne ne sait encore lire dans les pensées.

 

Les choses reprennent leurs cours ...

Que je suis une petite fille de croire qu'il est encore possible. J'ai plusieurs fois aimé, j'ai plusieurs fois cru et là je suis perdu. Je sais que l'impossible existe, je sais également qu'il est impossible de le comprendre. Mai si différent, bien qu'il change il reste le même. Une fois un agneau, une autre fois glaçon. Que faire ? Les jours se succèdent et ceux où je crois que tout est perdu il recommence à me surprendre. Et quand je suppose que finalement tout est possible, le prince redevient celui qui est prévisible et glacial. Mais que veut-il ? Cela me brûle les lèvres rien que d'y penser. J'aimerai lui demander mais l'idée de l'énerver me tue. Mais qu'est-il vraiment ? Un rêve inaccessible, une lueur d'espoir plus forte que les autres, une conviction perdue qui refait nettement surface ? Et ce regard qui n'en finit pas de hanter mes rêves les plus merveilleux. Que veut-il dire ? Je le sens glisser tout le long de mon corps comme un frisson, néanmoins très agréable. Et ces quelques mots qui émanent de sa bouche, me soutirant quelques sourires ... Ces réactions un peu trop retardés mais toutefois présentes. Et demain le prince part. Une semaine. Ce n'est qu'une petite semaine n'est-ce pas ? Une simple toute petite semaine. Faut-il y croire ? Non cela sera une éternité de l'attendre, il sera si loin, il ne sera plus là le soir. Il n'y aura plus de messages, il n'y aura plus de surprises. Il ne me surprendra plus pendant une semaine. Que vais-je faire sans ses incessants changements, sans ses réponses qui n'ont ni queue ni têtes. Et ses questions que je commençais à aimer. Il reviendra, oui cela est sûr, mais il redeviendra celui qu'il était. J'avais eu beaucoup d'espoir, trop peut-être. Ce soir une amie m'a fait bien réfléchir. Et si je n'étais qu'un outil pour son ego ? Ma conscience derrière me susurrait toujours cette incessante hymne : « Il se sert de toi et toi tu ne vois rien. Que tu es bien naïve, pauvre sotte ! ». Elle avait raison, on m'utilise et je ne remarque rien. J'aimais tellement cet intérêt qu'il me portait soudain. Mais ce n'est pas pour un quelconque sentiment, c'est pour lui-même, c'est évident. C'est si évident ... n'est-ce pas ?

C'est alors que je me souviens d'une soirée, d'une plutôt bonne soirée. Bien qu'en ce moment, quand j'écris, je sais que le lendemain le prince ne sera plus chez lui, je me souviens donc de ce soir d'il y a à peine deux jours. De cette nuit de vendredi à samedi, de ce minuit à une heure du matin. Ce soir-là, où il est venu me voir et qu'il a enchaîné deux, trois questions sur mon ancien petit copain. J'ai senti en moi cette onde de sécurité. Je ne sais pas pourquoi, juste le fait de savoir qu'il s'y intéressait me faisait du bien. Comment était-il de l'autre coté de son écran ? Je n'en sais rien mais ce soir-là je revis faire surface ma confiance que j'avais abandonné. Je voulais encore le sentir près de moi, le voir me demander tout et n'importe quoi sur ma vie.  J'aurais voulu que cette nuit ne se finisse jamais, j'aurais aimé que le temps s'arrête pour que je profite encore de ses mots. Je voulais encore sourire par ses plaisanteries et aussi de ses répliques « excusables ». Néanmoins je sais que ce soir-là il s'est trahi. De nouveau dans une toute petite phrase. Il y a quelques jours encore il me demandait qui était cette personne que je nommais dans mon pseudo. Et ce soir-là, seulement en ayant dit « il n'était pas sensé être super gentil », j'ai remarqué tout de suite que le prince savait très bien qui était mon ancien copain. Voici donc sa face cachée, un garçon discret mais tout de même un tantinet jaloux, enfin cela personne ne le sait, simple supposition fantaisiste de ma part. Et moi, brillante d'un sourire nouveau je me ressassais encore ces mots tapés sur l'ordinateur et cette sensation. Oui ce soir je dormirais tranquillement dans mon lit.

« Je te le dit. Je n'aime pas les menteurs, les indifférents et les jaloux. Mais j'en aime un qui est les trois à la fois. »

« Dans ce que j'écris il se retrouve ... »

Quand on revient un peu plus loin en arrière on remarque qu'il y a des choses que je n'ai pas encore avouées. De petites choses à la base, mais qui maintenant méritent d'être racontées. Comme j'écris beaucoup j'aime savoir ce que les gens autour de moi en pensent. Il doit y avoir deux ou trois mois j'ai donné à l'une de mes grandes amies, qui écrit également, l'un de mes textes. Elle me présenta aussi le sien, on avoua chacune à l'autre ce qui était bien et ce qui ne l'était pas. Mais elle fît une chose que je ne m'attendais pas. Elle le fît lire à l'un de ses amis. Quelle fût ma stupeur quand elle me raconta l'émotion qui avait parcouru son ami en le lisant... J'étais heureuse de voir que mon texte plaisait à d'autres personnes mais je n'étais pas encore convaincu de ce que j'écrivais. Alors elle me dit gentiment qu'elle essayait en vain de le convaincre pour que nous parlions ensemble, mais que c'était tâche difficile car d'après elle c'était un grand timide. Tout de même, elle réussi à lui faire envoyer un petit courrier électronique. Et quand je lus ce qu'il avait écrit à l'intérieur je ne pus contenir mes larmes. C'était bien plus beau que tous les mots que j'avais enchaînés dans mes textes. Je n'avais jamais encore reçu de message aussi touchant. Ses mots étaient si bien utilisés, on sentait la sincérité. C'était comme si je venais de rencontrer un reflet, mon reflet. C'était un écrivain, un lecteur et un avant tout une personne d'une gentillesse peu égalable. Je n'ai pas honte de dire qu'en ayant lu son message je me retrouvais, avec ce sentiment d'hésitation mais en même temps d'admiration. J'avais envie de l'admirer comme il m'avouait qu'il m'admirait. Et une phrase me toucha plus que les autres : « comme si ce que tu racontes, ce que tu ressens, je l'avais ressenti, comme si quelques uns de tes sentiments que tu déverses sur le papier étaient aussi en moi... ». Moi aussi j'avais envie de dire que mes émotions étaient les siennes. Ce message, je me voyais le taper, je me voyais le ressentir, le rechercher. C'est étrange comme dans ses mots je pouvais le voir. Et lui, dans les miens, se retrouver... devant mes yeux se profilait un si beau reflet.

Quelques jours passèrent toujours sous l'effet de ce message plein de compliments. Alors vint le moment où nous devions nous parler, moi et mon reflet. Je dois dire que, bien que nous soyons à des kilomètres l'un de l'autre, je me sentais mal à l'aise. J'avais les joues empourprées et je ne savais pas trop quoi lui dire appart que son message m'avait énormément touché. J'aurais voulu dire tant d'autres choses mais je me sentais me tasser sur ma chaise. Il était pourtant si gentil que je ne savais pas trop quoi lui raconter. C'était après tout l'une des personnes qui avait lu mon texte et j'avais beau dire qu'il ne me connaissait pas j'avais tort car ce texte était toute ma vie. Notre discussion ne dura pas longtemps mais assez pour qu'elle ait de l'effet. Cette nuit-là j'avoue avec une petite honte que je dormis paisiblement, oui, comme une petite fille, car on aimait ce que j'écrivais.

Il y aurait tant à dire sur ce reflet. Le nommer reflet est un peu vexant je dois admettre, c'est un être humain comme tout le monde mais je ne le considère pas comme tout le monde. C'est quelqu'un de profondément sensible néanmoins avec une petite touche de folie qui fait son charme. C'est quand il parle que je me vois en lui. C'est difficile à retrouver maintenant car en le prince des excuses j'avais vu tout mon contraire. Avec mon poète nous étions liés par notre passion des mots. Mon ancien petit copain, quant à lui, avait été celui qui me faisait oublier le prince. Dans ces gens-là aucun ne me ressemblais vraiment, seulement lui, ce reflet, quand je lui parle je me revois dans un miroir. Je ne lui ai jamais avoué, j'ai peur qu'il me prenne pour une folle. Mais je n'ai plus peur de dire ici que je me vois dans ces paroles. Bien que séparés par la distance je me sens proche de lui par ces mots. Cela ressemble fort à mon poète ? Non, ce n'est pas la même chose... Là c'est comme ressentir les sens seulement par ce qu'il dit. J'ai toujours cet effet que quand il tape quelques phrases sur le clavier c'est moi qui les frappe. On discute rarement mais dès que nous en avons la possibilité, j'ai l'impression que je pourrais tout lui dire car il est peut-être celui qui le comprend le mieux. Lorsque je lui parle de ce que j'écris je le ressens de l'autre coté de l'écran percevoir les mêmes émotions. Mais si je me trompais une fois encore ? Après tout mon ancien petit copain était lui aussi très gentil au début. Et si une fois de plus le sucre remontait à la surface ?

 

« Je me suis trompée, ça en devient une habitude... »

C'est tellement beau de croire, au début. Puis après, comme un simple château de cartes tout s'écroule dans un souffle, là tout s'est écroulé dans quelques mots. Des mots, il y en a des tas : des gentils, des véritables, des beaux mais aussi des tristes, des regrettables et des silencieux. Des silencieux, j'en connais beaucoup des silencieux. Surtout par le prince, c'est son langage. On les aperçoit arriver dans une conversation après un quart d'heure, voir une demi-heure de silence, ces petits mots ne voulant rien dire mais qui néanmoins laisse passer un seul et même message : « je ne t'écoute pas, je vois même pas pourquoi tu parles ». Cela faisait tellement longtemps que ça n'étais pas arrivé, tellement longtemps que je m'étais mise en tête qu'il avait changé. Mais on a beau oublié, cela revient toujours dans la figure comme une bonne claque. Ce soir-là j'ai senti cette claque une nouvelle fois, je ne peux qu'en pleurer maintenant. Ces grosses larmes de crocodiles que vous sentez peut-être ici c'est seulement celles d'une petite fille qui aimerait qu'on arrête de jouer avec ses sentiments. Et toujours ce prince des excuses, partant dans un coup de vent, ne s'apercevra peut-être jamais de cette petite fille, pleurant dans la nuit d'être si insignifiante. Ce soir il m'avait oublié, bien que l'on se parle, il avait oublié de répondre, bien qu'il dise qu'il se couche tard et que je lui répondais bonne nuit. Le prince est parti, sans un mot, sans un bruit. Et moi devant mon écran, j'arrive encore à voir cette petite fenêtre m'annonçant son départ. Comme si c'était sa mort, j'ai pleuré ! Pleuré comme s'il avait disparu de la surface de la Terre. Ce n'est pas lui qui a disparu, c'était un rêve, c'était un espoir maintenant poussière, il retourna poussière ... Toujours bloqué sur cette écran, la bouche ouverte comme un poisson et la larme sur ma joue. Ce jour-là je m'étais faite belle, je m'étais mise en jupe, promesse d'une amie, je m'étais joliment maquillée les yeux. Et tous ces regards se sont posés sur moi, les siens également, plus d'une fois. Et ce soir, il est juste parti, il est juste lui... En fait je n'avais pas envie de croire qu'il puisse changer, il n'a jamais changé. C'était, comme on me l'avait dit, de la fierté. Rien de plus. Je ne suis que fierté pour ses beaux yeux, une poupée qui répète inlassablement « pour moi tu existe ». La poupée avait presque réussi à changer, elle, mais quel bel acteur il joue, quelle bonne poire je suis. J'avais presque honte d'avoir porté cette jupe, si belle qu'elle soit, je me sentais sale d'avoir sentie son regard me frôler de la tête au pied. Pour une jupe. Je me sentais sale, si sale...

 

La chute ...

« Je voulais t'informer que mes yeux ne sont pas remplis d'étincelles quand on prononce ton prénom ni même quand tu es là (bien au contraire bref...).Tu vois je pense toujours que tu n'es qu'un menteur, je ne te fais mais alors plus du tout confiance depuis la patinoire ! C'est marrant maintenant je me sens beaucoup mieux ! »

Un soir, on se parla le Prince des Excuses et moi. Ce soir-là ça se passait bien. Soudain le silence, plus aucune réponse n'était échangé pendant un long moment. De l'autre coté, « ma » chère amie en grande discussion avec lui. Je ressentis cette colère, cette jalousie que j'avais mise de coté, je ne pus me contenir, j'ai parlé trop vite. Je me suis lâchée sur la mauvaise personne. Je ne voulais pas dire toute la vérité sanglante que je lui ai lancé cette soirée. Au début j'étais fière de moi d'avoir eu assez de courage de lui répéter tout le fond de ma pensée. Mais j'ai vite déchanté, je n'étais pas si contente que cela, après tout il n'avait rien fait. Seulement je me suis rendue compte de mon erreur trop tard.

Vendredi, le lendemain, j'étais tout sourire mais la journée ne m'a pas suivi. Une amie que j'avais pour grande estime m'a énormément déçu, pour elle je n'étais qu'une pauvre gamine comme toutes les autres qui ne cesse de répéter du mal derrière le dos des gens. Je n'eus pas l'envie de la croire mais je sentais peser sur moi comme un goût de déjà-vu. Je l'avais déjà entendue quelque part cette réflexion, c'était donc vrai ? Et la journée se poursuivit, jusqu'au soir qui me parut une éternité. Déjà je sentais les regards de mes amis sur moi, juste pour cette réflexion de l'une d'entre eux. Néanmoins là c'est la famille qui me parut le plus blessant. Alors que je mangeais tranquillement ma mère, anxieuse que mon père ne soit toujours pas arriver, se mit soudainement à s'énerver. J'avais l'habitude. Puis elle me regarda et me dit « Et toi ? Qu'est-ce que tu as encore ? Pourquoi es-tu boudeuse ? ». Je lui expliquai vaguement ma journée. Elle ne fut pas convaincue qu'elle soit mauvaise, elle m'exposa la sienne avec un ton dramatique. Là encore j'avais l'habitude. Mon père arriva, ma mère retrouva son sourire et moi je repartis dans ma chambre. C'est alors que je vus sur mon ordinateur que le cher prince était là, mon cœur se remplie soudainement d'une joie. Dans une fraction de seconde je retrouvai le sourire, persuadée qu'il avait oublié mon excès de colère de la veille. Non, il n'a pas la mémoire aussi courte que je le croyais. A peine avais-je dit bonjour qu'il ne répondait rien, je lui demandais s'il était là j'eus une réponse. « Oui, mais je ne veux pas te parler. » Le prince qui disait cela, je ne pouvais y croire. Et mon sourire plongea dans les abîmes de mon cœur comme s'il n'avait jamais eu lieu. Sans m'en rendre compte, une petite larme roula sur ma joue encore rougie par sa présence. Je restais bloquée devant l'écran de mon ordinateur, sans rien dire, les yeux grands ouverts. Peut-être que je croyais que ce n'était pas possible, j'avais tort. Je me laissai tomber sur ma chaise, puis je me mis à pleurer, sans doute un réflexe. Quelques minutes plus tard ma mère m'appela pour discuter des vacances, le sujet qui fâche. Elle me dit avec mon père que finalement on ne reviendrait de grandes vacances que le deux ou trois Septembre, sachant très bien que la rentrée des terminales était le premier je ne pouvais que m'y opposer. Je leurs dit que ce n'était pas possible, que je ne pouvais pas rater le premier jour, qu'on me donnait tous ce jour-là. Mon père se mit à rire, lança l'une de ses plaisanteries sanglantes et pouffa de rire, une fois encore, en compagnie de ma mère. Je me sentais abandonnée, mais là encore ce n'était rien, j'avais l'habitude. Je retournais dans ma chambre, les yeux rougis, la gorge sèche et le ventre noué. Je ne me sentais pas de taille à affronter une fois de plus mon ordinateur et le silence pesant du prince, alors, pour la première fois sans doute, je l'éteignis et je me posai sur mon lit pour réfléchir. Ma mère entra, me lança le livre que j'avais demandé pour l'école et elle me demanda « qu'est-ce que t'as ? ». Je lui répondis qu'il n'y avait rien et que de toute manière je ne voulais pas lui en parler pour la bonne et simple raison que ce n'était pas aussi « dramatique » que ses journées de travail. Elle me dévisagea et repartit en fermant la porte. Quelques temps plus tard j'entendis mon père rire dans le couloir, je savais qu'il allait une fois de plus me faire l'une de ses moqueries qui ne font rire que lui et ma mère. Je bloquai ma porte pour l'empêcher de l'ouvrir et je l'entendis dire en riant : « Oh non alors ! Elle m'a entendu ! ». Mais sa force était plus grande que la mienne et il réussi tout de même à ouvrir la porte. Je le vis un sourire large, juste derrière lui se tenait ma mère. Il me dit simplement : « alors les liaisons dangereuses avec ton amoureux ?! » Et là ce fut de trop ! Cela peut paraître bête mais je ne pus contenir mes larmes en entendant rire mon père et ma mère. Ma mère, la première, savait très bien que je ne supportais plus les longs et interminables silences du prince. Et tout ce que je lui racontais elle n'avait de cesse de le répéter à mon père pour qu'ils soient deux à en rire. Ce soir j'ai pleuré devant eux, rieurs qu'ils soient, et sans crier gare, d'un coup tout est sorti, je me suis mise à crier de toute mes forces pour qu'ils arrêtent. J'ai crié si fort que j'en suis tombée, toujours en pleurs, mais rien de tous cela n'avait servi. Ils continuaient à rire de plus belle avec des exclamations : « mais que lui arrive-t-il ! » suivie d'un sourire narquois sur le visage. Pourquoi n'y a-t-il pas de serrure à la porte de ma chambre et de mon cœur ? Je m'agenouillais à mon lit, ma tête enfouie dans mes bras, ne demandant qu'une seule chose, que tout cela se termine. Ma mère revint à la charge : « si c'est pour un gars que tu pleurs, tu es bien idiote ! Mais je suis ta mère j'ai tout de même le droit de savoir exactement. » C'est alors que j'ai sentie un élan me poursuivre, les phrases s'enchaînèrent à toute vitesse : « oui mais j'en doute maintenant ! ». Elle se rapprocha de moi en me répétant plusieurs fois un « quoi ? » nerveux. Je lui rétorquais qu'à force de répéter sans cesse que j'étais un monstre maintenant je doutais de son statut de mère. Soudainement elle me prit par les cheveux me traînant d'avant en arrière, me lâcha deux secondes pour me mettre une bonne gifle puis recommença quatre ou cinq fois en répétant sans cesse « Je suis toujours ta mère et arrête de pleurnicher ! ». Quand elle lança ma tête en avant pour me lâcher, elle me cracha à la figure : « Je suis toujours ta mère pour pouvoir t'acheter toutes ces conneries ! » Elle parti mais revint sur ces pas en me disant : « tu as des nouvelles pour le cinéma de demain ? C'est à quelle heure ? ». En pleurant je lui répondis que je ne savais pas, que mon ami ne m'avait encore rien dit. Elle s'approcha de moi une nouvelle fois et dans l'oreille me dit : « Tu vois, personne n'en a rien à faire de toi, pas même tes amies. Elles ont bien raison de dire que tu es méchante, tu l'es ! » Et elle repartit. A genoux, je refermai ma porte et resta le dos collé à celle-ci, noyé par mes larmes je ne pouvais rien dire. C'est là que j'entendis mes parents rirent une fois encore, et ma mère ajoutée : « je comprends pas, je n'étais pas du tout comme ça à son âge, je pleurais pas pour ce genre de choses. Il existe quand même des choses beaucoup plus grave qui mérite qu'on pleurs. ». Je me pris les oreilles pour mieux paraître sourde. Mais c'était plus fort que moi, je l'avais entendu. La soirée n'était pas encore finie. Le téléphone sonna, je le pris les larmes aux yeux n'arrivant quasiment pas à prononcer un seul mot, c'était mon amie qui était au téléphone, elle m'appelait pour le cinéma du lendemain. Pendant près d'un quart d'heure elle m'écouta, me réconforta et me conseilla en me disant qu'il valait mieux que j'aille dormir après son coups de fil. Je le fis mais un peu plus tard dans la nuit mes parents entrèrent dans ma chambre comme des furies et crièrent un « tu dors ?! » puis claquèrent la porte derrière eux en riant. Je n'ai pas beaucoup dormi. Le lendemain matin je me réveillai malade comme un chien...

 

... Quand on touche le fond.

« « Ma » chère amie, je m'excuse d'avoir été jalouse de toi. Après tout ce n'est pas de ta faute, tu es comme tu es. Mais ce jour-là tu te surpassas, tu es vraiment devenue une amie digne de ce nom. Tu fis ce que toute amie doit faire en cas de grosse crise : être présente. Je te remercie pour tous ce que tu as fais en cette journée noire, mais également pour tous ce que tu m'as révélé. Qui aurait cru que tu allais parler de notre petit différent avec le prince. Aujourd'hui je sais quelque chose que je n'aurais jamais pu savoir sans toi. Tu m'as dit la cause du mutisme du prince, que tout simplement il n'en pouvait plus que je l'utilise pour cible quand je ne vais pas bien. Cela l'énervait d'en prendre plein la figure à chaque fois et que dorénavant il évitera de me parler. Certes je n'en fus que plus déçue de le savoir, mais je te remercie tout de même d'avoir été franche avec moi, c'est la moindre des choses ... »

La semaine commença, je n'arrivais pas à retrouver le sourire. La suite ne me prouva pas le contraire. Mes notes chutaient encore, tout s'écroulait sous mes pas sans que je ne puisse rien n'y faire. Je sentais cette envie de pleurnicher une fois encore, sans m'arrêter, je n'avais jamais eu autant envie de pleurer. Et comme tout s'effondrait je sentais le poids de mon corps s'alourdir pour finir par tomber au sol. Certes il existe d'autres souffrances beaucoup plus atroces. Je n'ai jamais été handicapé, ni même malade. Jamais je n'ai été menacé de mort et je n'ai pas même vécu dans la crainte. Seulement ma tête n'en pouvait plus de voir tous ses efforts tombés un par un. Il ne me restait qu'une seule chose, mes amis. Ils ont toujours été là, même dans les cas extrême ils sont restés près de moi. Toujours à sécher mes larmes et à me rassurer. J'espère que jamais ils ne partiront, sans eux je ne serai plus rien. Ils furent là toute cette semaine, cela même quand le prince restait dans un silence morne. Je ne le comprenais plus, il ne disait rien, il ne voulait pas me parler mais il me laissait la possibilité de le faire. Je n'en étais que plus malheureuse. C'était comme s'il voulait encore me voir lui adresser la parole sans que lui ne dise rien. Je me sentais trahi, je ne pouvais plus profiter de ces nombreuses réponses qu'il avait auparavant, je me sentais seule, il y avait quelque chose en moins depuis qu'il ne parlait plus. Plus de sourires, plus de délires, plus même d'anecdotes à lui raconter. Je voulais tant savoir s'il allait bien, si de l'autre coté de son écran cela lui faisait quelque choses que ça soit si froid entre nous d'un coup. C'est moi qui l'ai cherché, c'est lui qui l'a choisi. C'était un vide, il n'était plus là, au moment où j'en avais le plus besoin. Quand mon ancien petit copain était devenu agressif, c'est lui qui m'avait fait rire. Quand mes notes commençaient à chuter et que les devoirs sur table s'avéraient être plus difficiles que prévu, c'était son « bonne chance » qui me donnait encore assez de force. Aujourd'hui j'aurais voulu avoir cette force, ce petit coup de pouce que lui seul sait si bien faire qu'il n'en sait rien. Mais je voudrais également savoir si lui va aussi bien, dernièrement ses notes baissaient aussi, je m'inquiète pour le prince des excuses. Il me manque beaucoup.

Puis un soir le silence pesait de trop, toujours connectés mais aucun mot échangé. Alors j'ai mis ma musique et je suis repartie dans mon univers. J'ai regardé par la fenêtre et j'eus la surprise de remarquer qu'il neigeait. C'était donc l'hiver qui s'installait dans cette blanche neige ; comme un élan, dont je ne connais pas l'origine, je me suis mise à écrire un poème, un poème de quelques rêves et de quelques flocons, peut-être le plus beau que j'ai jamais écrit ...

Le lendemain soir, le silence revenait à la charge, je n'en pouvais plus de tous cela alors je me décidais à aller le voir. Juste lui dire bonjour et lui demander comment ça allait. La réponse, que j'attends encore aujourd'hui, je ne l'ai pas aperçu. Je me demande quelle fut sa réaction quand il vit clignoter sa fenêtre. Peut-être n'en fit-il rien. Du moins cela ne me suffisait pas, j'attendis une petite demi-heure avant de dire encore quelque chose. Puis l'attente passée je me dévoilais à lui. D'abord je m'excusais pour ce que j'avais fait, je n'étais plus si fière de moi. Ensuite je lui expliquais vaguement que c'était ma façon à moi de lui montrer que je tenais à lui plus que quiconque, que je m'en voulais énormément. Je me suis arrêté là de peur de l'ennuyer. Mais il n'y eut aucune réponse, une autre demi-heure passa puis il partit. J'aurais voulu encore lui dire qu'il me manquait. Néanmoins la pensée que je l'ennuie me tracassait l'esprit. Il y aurait encore tellement de choses que je n'ai pas dite, de bonne chose, mais par peur je préfère ne rien lui dire. Il n'a eu droit qu'à la mauvaise vérité, celle qui fâche. Il n'a pas pu entendre l'autre réalité, la plus tendre, la plus véritable parce que cette fois-là c'est moi qui ne pouvais plus...

Pourquoi les plus belles choses doivent être les plus difficiles à avouer ?

 

Une main tendue ...

Cette nuit-là je fus tourmentée par des doutes et des craintes. Le prince c'était mué dans un silence que je ne connaissais pas ou que j'avais du oublier. Pourquoi maintenant quand j'ai besoin de lui ? Ces temps derniers les larmes coulent avec une grande facilité, à en croire que j'en ai l'habitude. Qu'elles cessent est mon vœu. Et ce soir-là, le seul qui fut présent était mon reflet. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas parlé comme en cette soirée. J'avais besoin d'une épaule et il s'en chargea. De soutien également et il me le proposa. Il fut si gentil, presque incroyable. Je n'arrivais plus à dormir et lui en quelques mots pouvait encore me soutirer un petit reste d'espoir. Une bonne nuit, beaucoup de tendresse et également la chance de mieux réussir le lendemain, voila ce qu'il ma promis ce soir-là. Merci...

Il avait été si adorable que je passai une merveilleuse nuit remplie de rêves plus beaux les uns que les autres. La journée qui suivit fut douce et pleine de surprise. Il est vrai le proverbe qui dit : après la pluie vient le beau temps. Bien que je fusse toujours aigrie par le silence pesant du prince je souriais à qui le voulait. J'en avais conclu que c'était bel et bien fini, que malgré mes efforts d'excuses je l'avais perdu. Je l'avais perdu lui que j'aime encore, que j'ai cherché à oublier. Oui, mais une fois de plus, le destin n'était pas d'accord avec moi...

En fin d'après-midi, alors que je rentrais de mon cours de sport en passant par le lycée pour rattraper quelques amis, j'ai croisé le prince. Au début je fis celle qui ne l'avait pas vu. Néanmoins plus j'avançais plus je culpabilisais. Alors je me suis arrêtée, je l'ai regardé partir pendant une bonne minute puis j'ai crié son prénom. Il s'est retourné mollement, je crois qu'il m'avait vu aussi mais qu'il ne voulait pas non plus me parler. Je lui ai demandé s'il allait bien, il me dit que oui et me retourna la question. C'est là que j'ai dit : « tiens tu me parles maintenant ? », il éclata de rire. Puis j'enchaînai sur le fait qu'il aurait pu me l'avouer qu'un certain soir je l'avais énervé et qu'il n'en pouvait plus que je lui tombe dessus pour des bêtises, au lieu que je le sache par « ma » chère amie. Comme à son habitude il me lança l'une de ses excuses : « je ne m'en rappelle pas ». Moi, je me souvenais très bien, même plus que très bien car j'en ai eu peur. Soudain il me lança : « Que veux-tu que je te dises ? Que je n'ai pas assez confiance en moi ! [...] ». A ce moment-là je crois l'avoir mal entendu, et d'ailleurs je n'ai pas pu comprendre la fin de sa réplique, car il n'articule pas beaucoup et puis il ne parlait pas très fort. Je lui demandais de m'expliquer, il m'a répondu je ne sais plus trop quoi toutefois j'avais cru comprendre que c'était de mes sentiments qu'il parlait. Je n'en fis rien de plus, à vrai dire je ne croyais pas que cela puisse être de lui ; je doutais pourtant j'étais sûre de l'avoir seulement mal entendu ... Il se mit à tousser et brusquement je me suis inquiétée pour lui. J'avais peur qu'il ait attrapé quelque chose, cela peut paraître stupide mais je m'inquiétais. Je me suis mise à lui faire la morale, qu'il devait fermer son manteau car il faisait très froid à cette saison. Il n'en fit rien, il m'a juste dit que c'était normal car il venait de passer deux heures à courir dehors. Je lui ai simplement répondu que moi je ne voulais pas qu'il attrape froid. Pendant deux petites minutes il y eut un silence, je ne sais pas à quoi il pensait et moi je ne pensais à rien en particulier, j'étais seulement bien d'être là avec lui, comme en sécurité. Et j'ai dit « bon j'y vais », il a répondu par un « d'accord ». Puis j'ai hésité une petite minute, je me suis rapprochée, il a fait un pas vers moi. Il a incliné sa tête pour que je puisse l'atteindre et sur sa joue je laissai une bise. Croyant que ce n'était qu'une simple bise, je me suis retournée pour m'en aller alors qu'il tendait l'autre joue. En glissant ma main, posée sur son bras, j'ai soufflé un « bon week-end » et je suis partie...

Cette nuit, en m'endormant, j'arrivais encore à sentir sur mes lèvres sa joue chaude et rougie par le froid. Je me souvenais de ses yeux, de sa voix me disant ces quelques paroles. Mais plus je me laissais bercé dans le monde des rêves, plus j'essayais de recréer dans ma mémoire ce petit bisou. Il se devait de n'avoir aucune signification pourtant.

En une petite discussion des centaines de questions se bousculèrent en moi. Je ne sais toujours pas si nous allons nous reparler. Si maintenant on s'entendra mieux qu'avant. Si le fait de s'être perdue pendant quelques jours arrangera les choses. Je ne sais rien de ce que seras fait l'avenir ni même de ce qu'est fait le présent. Je ne sais pas non plus ce qu'il a bien voulu me dire, ni même ce qu'il me cache que ce soit bien ou mal. Je ne comprends toujours pas ce qu'il veut ni ce que je veux moi-même. Je n'ai pas compris non plus notre discussion à vrai dire. Mais ce que je sais c'est que pendant ces jours, j'ai eu très peur. Pendant ces jours je me répétais sans cesse que c'était perdu et qu'en moi ne résidait plus rien. Néanmoins, comme toujours, tout recommence ... Enfin, presque.

 

... Et la main me lâcha.

On ne le répétera jamais assez souvent, le bonheur n'existe pas par contre tous ce qui est contraire à cette idée ne cessent de se dévoiler à la vie. Un petit jour d'allégresse, ça se paie avec une semaine ; une semaine de tourments, d'incertitudes, de peurs, d'oublis parfois même. Oui je crois que la joie, l'amour s'achète. Je crois en ce petit magasin qui réside dans chacun de nos esprits. Chaque mois peut-être nous allons voir sa seule caissière en lui disant : « ma chère madame, ce mois-ci ça sera trois jours de joie. Mais l'amour je n'en demanderai pas, bien que cela me manque. C'est que cela coûte cher et là, voyez-vous, je suis à sec. ». Et de sa voix fluette elle vous répondra : « cela vous fera donc deux à trois semaines de stupeur, de sanglots et voir même de doutes. Vous êtes sûre de ne vouloir rien d'autre ? Pourtant vous avez l'air d'avoir l'esprit solide... ». Comme tout commerçant qui se respecte elle essaiera de vendre ces produits. Il existe des gens qui ne se laissent pas faire, qui connaissent parfaitement leurs limites. Je ne fais pas partie de cette catégorie, je serais plutôt classée dans ceux qui ont les yeux plus gros que leur ventre. Ceux qui en veulent toujours trop, qui paient néanmoins mais avec faiblesse. J'ai dû payer également ce flot de bien-être, d'ailleurs j'ai pris un crédit cette fois, il me faudra le rembourser lourdement. Je vois défiler les chiffres de la somme que je rembourse dans toutes ces petites minutes m'apportant leurs lots de larmes. Je voulais seulement ressentir encore une fois ce minuscule sentiment me permettant d'être ici. Seulement il est dur à payer. Et en ce petit jour de lundi, début de semaine, j'ai payé la plus grosse somme. Par l'ignorance des yeux, par l'oubli de formules et de leçons, par le temps manqué et par les mots encore étranglés dans la gorge ne voulant pas se faire dévoiler. Ce petit jour où un matin, je me croyais plus forte que les autres fois, j'étais prête à aller lui dire bonjour, lui faire la bise au prince, pareil à vendredi. Mais quelle déception quand il passa près de moi comme s'il était passé à coté d'un poteau, sans rien voir aux alentours. Je restai figée au milieu de la pièce et dans ma tête rien n'était plus en désordre que cela. Que je suis naïve d'y avoir encore cru... L'après-midi s'annonçait gris, trois heures d'examens m'attendaient patiemment, alors que je remarquais avec un peu d'effroi que ma place était à coté de celle du prince. Passé trois heures près de lui, sans dire un mot, perdre tous ces moyens devant un exercice à la seule vue de sa personne. Comment ? Je voyais déjà la scène devant mes yeux. Et là encore je remarquais que mes dons de médium ne me faisaient pas défaut. L'après-midi se passa comme je l'avais prévu : regards en coin, trouble sur les exercices, impossible de se concentrer et même plus encore, je n'avais pas réussi à finir mes examens. Je m'étais tellement précipitée dessus que je n'avais pu les finir. Et à la fin des trois heures, quand il restait peu de temps et que je m'acharnais à finir un exercice de maths que je connaissais sur le bout des doigts, je me suis sentie observée. D'abord je pensais que c'était mon esprit qui me faisait une mauvaise farce, la paranoïa je m'y connais. Mais non, je constatais avec stupeur que le prince, ayant fini son examen d'anglais, était effectivement occupé à m'observer. J'aurais préféré sentir un autre regard se glisser sur moi que le sien aussi agréable soit-il. Néanmoins j'étais plongée dans mon travail, enfin j'essayais, en évitant soigneusement de penser qu'il pouvait regarder ce que je faisais. Et puis peut-être que je me trompais, je l'espérais fortement. Une infime partie de moi toutefois espérait que cela puisse être vrai. Je dois avouer, tout de même, que ce n'est pas cela qui me ramèneras tous mes examens, tous perdus quoi que je fasse.

Puis la journée continue, en rentrant l'ennuie me submergea. Je ne voulais ni faire mes devoirs ni même m'occuper à une toute autre tâche. Alors j'attendais sur mon ordinateur à ne rien faire. Puis le prince se connecta, on se parla un petit peu, d'ailleurs il fut très gentil dans sa façon de partir. Dans un simple « je dois y aller » habituel, mais qui cette fois-ci était accompagner d'un « je reviens » donnant l'espoir d'un « je te signale ma présence plus tard, peut-être que nous pourrons continuer notre discussion ». Et en effet il se reconnecta plus tard dans la soirée, la gentillesse toujours présente dans un « vas-tu bien ? » inhabituel. Par la même occasion dans cette discussion je pus constater que je ne passais pas forcément pour un fantôme. Le prince m'avoua avec beaucoup de facilité que quand j'avais fait ce pari stupide avec mon amie, pour mon silence prolongée avec lui, il avait trouvé cela suspect que je sois aussi muette. Il faut croire que je suis une grande bavarde ou alors que je l'eue manqué un peu. Mais la suite fit revenir à grand coup de pied l'habituel du prince : le silence. Ces réponses devenaient rares, c'était à peine si je parlais à un mur. Et puis sa phrase, celle qui achève comme une lame un blessé de guerre : « je dois y aller ». Pas même de « au revoir », ni « à bientôt » ou encore de « bonne nuit », juste le fait de partir comme si en fait la discussion n'avait jamais eu aucun sens. Mais que suis-je en fait pour lui ? Je l'ignore, peut-être amie, certainement pas amante ni même petite copine, de forte chance pour que je sois une simple connaissance rien de plus. Des questions encore, il faut croire qui n'existe que cela. Les réponses se font rares maintenant. Ou alors elles paraissent être des réponses mais ne répondent pas moins aux questions.

 

La théorie ...

J'ai fort bien réfléchi à tout cela en analysant minutieusement toutes les réactions, toutes les répliques, tous les sous-entendus et tous ce qui peut paraître à mes yeux. J'en ai conclu une hypothèse, je l'appelle donc hypothèse parce que je n'en ai pas encore la certitude et qu'elle reste d'ailleurs à l'état de paranoïa ou alors de réflexion. L'hypothèse est tout d'abord fondée sur un individu : Prince des Excuses. Plusieurs événements me prennent à penser qu'il n'apprécie pas que son entourage sache que nous nous parlons. Par peur ou bien par réputation, cela je n'en ai aucune idée. Chercherai-t-il à se protéger ? Et de quoi ? Là encore impossible de répondre. Pourtant d'autres petits indices me prennent à y croire. Des réactions, comme celle de prendre le téléphone quand l'un des ses amis cherche à m'avoir pour l'embêter un peu. Ou encore je remarque avec stupéfaction que je suis la seule que l'on n'est pas joué de ces sentiments. Alors que je voyais une amie se faire traiter de tous les noms car elle était amoureuse du meilleur ami du prince. Avec moi cela fût totalement différent. Aucun préjugé, aucune mauvaise blague. Parfois j'entendais quelques petites réflexions assez drôles sur lui et moi, mais non ; sinon aucune farce de sa part, aucune reproche, que de gentillesse, de patience et de long silence. Il n'y a qu'une chose que j'ai à me plaindre de lui, ce sont ces mensonges. Cependant ici encore je peux constater qu'ils ne sont pas fondés comme s'il cherchait encore à se protéger, croyant qu'en me mentant il empêcherait le regard des autres de changé de direction, en restant fixé sur autre chose que sur lui. Là une fois de plus c'est une simple supposition, rien ne peut me dire que c'est la stricte vérité.

Toutefois, dans un autre cadre, je peux remarquer avec peur comme je m'étais trompée en faisant un pari de mutisme avec l'une de mes amies, en ayant cru trop fort qu'il ne se douterait de rien et pourtant il trouvait cela suspect de ne plus m'entendre. Je reviendrais volontiers sur l'histoire de mon ancien petit copain, où un soir le prince, qui avait lu mon pseudonyme, était venu me poser un tas de question sur cet « ex » qui me faisait du mal. Peut-être une façon à lui de me rassurer. Même si parfois je pleurs à cause de lui juste pour quelques silences, je devrais être flattée de toutes ces petites attentions à mon égard. Il est vrai que la plupart du temps je ne suis pas témoin de ces attentions car on me les répète. Cela me rappelle la fois où je n'arrivais plus à retrouver le sourire et qu'il avait demandée à l'une de mes amies pourquoi je faisais cette tête. Ou alors quand j'étais restée silencieuse, il demandait à tous bout de champs pourquoi je ne lui répondais pas. Mais surtout ses regards, je ne les oublierais pas, je ne sais pas si les gens voient ce que je peux trouver dans ses regards. Un espoir, une lumière, une caresse, une autre façon de se dire qu'il faut être patient. Je peux l'attendre, cela ne me gêne pas. Je l'ai déjà attendu plus d'un an. Un encore ? Pourquoi pas. J'ai tous mon temps, la vie est courte certes mais pendant cette grande année de « nous » furtif, je ne me suis toujours pas lassée de lui. À force de tenter de le connaître, d'entrevoir ses sourires, de préméditer ses répliques et ses réactions. De le surprendre également par des réponses cinglantes, des paris toujours aussi bêtes mais quand on y repense ils font bien rire. Aussi des blagues, des délires, des fous rires. Il reste encore les disputes, les larmes, les éloignements qui, finalement, nous rapprochent un tout petit peu. Malgré lui ? Malgré moi ? A quoi bon, la vie est faite ainsi, il me le dirait si j'étais vraiment énervante, n'est-ce pas ? Il m'a déjà dit que parfois je l'énervais, il m'a enfin avoué que j'avais tendance à lui faire perdre son sang froid quand j'étais trop franche. Etre en colère, lui ? Cela m'étonne toujours car je me souviens encore du jour où il m'avait dit qu'il ne s'énervait qu'à de rares occasions, je suis l'une de ces rares occasions.

Il y aurait beaucoup de choses à rajouter, des éléments que j'ai du oublier. Oh ! Oui, j'allais en oublier un qui est important à mon cœur. La bise. Bon d'accord, je dois l'avouer que là c'est purement et simplement parce que j'ai l'envie d'en parler. Ce n'était qu'une simple bise mais quand on regarde bien dans quel climat elle a été conçue ... Cette fois-là quand nous nous sommes parlé, une température glaciale était passée sur l'instant et pourtant pendant un court laps de temps c'est remonté à plus de zéro. Comme je l'ai dit précédemment je m'en souviendrais toujours quand le soir je dormirais, car c'est l'espoir d'un jour meilleur. L'espoir qu'un jour il assume sa parole, assez pour me la transmettre et ne point me faire peur. L'espoir qu'un jour je puisse savoir le pourquoi du comment. Et que « pour une fois », il me dise ce qu'il pense vraiment ...

 

J'appelle le Printemps, il ne me répond pas ...

Les jours passent, les questions se lassent et se répètent. J'aimerai dire que tout va pour le mieux. J'aimerai toujours d'ailleurs. Ma théorie se fonde et s'encre peu à peu dans mon esprit. Je n'aime pas beaucoup avoir raison. Mon caractère me pousse à être défaitiste, néanmoins j'aurais préféré cette fois-là être un peu plus optimiste et croire que les rêves se réalisent. Mais comme je le dis je n'aime pas avoir raison, donc le rêve ne s'est pas réalisé.

C'est vite dit qu'il ne se réalise pas. Toutefois on ne peut que remarquer que je baisse les bras. Il en est assez de tous cela. Il en est assez de faire des efforts pour quelques beaux regards que ce soit. Cela doit bien faire la énième fois que je le dis, je ne le répéterai jamais assez. Il existera de la volonté pour réussir je ne sais quoi, seulement je n'en peux plus d'en faire moi-même. C'est bien égoïste de ma part de dire cette chose. Qui sait le nombre d'effort de l'autre coté ? Personne, pas même moi. Alors j'ai bien le droit d'y penser, non ? Mes amis auront beau me dire de continuer moi je ne peux plus. Que pourrais-je faire d'autre ? La simple idée que je puisse être énervante une fois de plus, en ressassant ce vieux sentiment qui m'anime, me glace le sang. Je voudrai disparaître tout doucement même en ayant pas véritablement existé dans ses yeux. Peut-être ne s'en rendra-t-il pas compte, avec un peu de chance. J'ai le cœur d'oser croire à ma défaite. Tant d'espoirs ont plié devant le poids des questions. D'autres certitudes cinglantes ont triomphé de mes rêves. Nombreuses furent les occasions de l'oublier mais je n'en utilisai aucunes. Il y eut beaucoup de choix à faire, je ne sais pas si ceux que j'avais choisis étaient les bons et si celui-ci le sera également. Je ne fais qu'être le compagnon de mon cœur sur cette route sinueuse. Je l'écoute se lamenter et je prends les décisions. C'est les larmes aux yeux que j'écris ces mots. J'aurais voulu lui plaire à ce prince autant qu'il m'a plu. J'aurais aimé être magicienne, avoir le pourvoir de me fondre dans son esprit pour répondre à mes questions. Tous ce que je trouve à redire c'est que je suis juste moi. On ne peut pas toujours suivre ses rêves.

Existe-t-il plus grande souffrance que celle de devoir détester celui qu'on aime ? Se forcer à ne plus rien éprouver de lui alors que notre cœur ne bat qu'au rythme de ses pas ? Pourquoi faut-il que je m'oblige à cet ouvrage ? C'est ainsi, c'est un choix qui s'offre comme une contrainte à mes yeux.

 

Supprimer ...

Et le Prince s'efface, enfin j'efface toute trace de lui sur mon ordinateur, sur mon portable, dans ma chambre. Sur ces nombreuses photos, ces nombreux messages. J'efface tous. Mais ma mémoire à elle seule comble le vide. En revoyant toutes ces choses mon parcours me revient soudainement avec les efforts que nous avions entrepris pour en arriver là. Puis je repense encore à ces jours, à ces mots, ces petites disputes sans grands sens. Involontairement les larmes parviennent à mes yeux, c'est presque trop facile. Je dois l'avouer, j'ai mal de devoir tout gommer d'un coup, comme si finalement ce n'était rien. Il le fallait bien. Bonne ou mauvaise idée ? J'avais la réponse devant moi, toutefois à force de croire que c'était lui qui se voilait la face je n'admettais pas que moi-même je le faisais. Plus je réfléchis, plus je me rends compte. Il n'est pas mauvais, il est juste trop gentil. Je ne suis pas mauvaise non plus, je suis juste trop naïve. Dans son élan de gentillesse il voulait éviter de me faire souffrir, de m'avouer la dure réalité. Et moi alors ? Aveugle, jusqu'au bout je l'ai été. Mais aujourd'hui, je remercie tous mes amis de m'avoir à semi-ouvert les paupières. Certes la vérité à tellement brûler mes yeux que j'ai voulu tout de suite les refermés. J'insiste alors sur mon pardon à tous ces proches qui m'ont forcée à rouvrir mes yeux. Il est dur de s'habituer à la lumière du soleil quand nous passons plus d'un an dans l'obscurité. Parfois nous essayons de revenir à la surface mais le contact est dur. Un jour il faut l'affronter. C'est cela la vie. Essayer un jour, laisser tomber quelque temps, malgré cela se rendre compte finalement que nous nous devons de l'affronter tôt ou tard, que nous le voulions ou non. J'ai eu peur d'affronter la réalité, le sucre fond au soleil, j'ai eu peur de disparaître. Néanmoins ce n'est pas moi qui allais disparaître mais ce que je fus...

Ne dit-on pas : « chassez le naturel, il revient au galop » ? Je l'ai entendu de nombreuses fois cette citation, néanmoins je n'ai jamais eu l'occasion d'en voir les véritables aboutissants. Je me suis toujours arrangée pour me transformer, en moi je me disais sans arrêt : « il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas ». Pour moi, donc, prendre différente facette semblait être un bon jeu. Jusqu'à ce qu'un jour je fasse la connaissance de ce très cher Prince des Excuses. Au début se métamorphoser tantôt en fleur bleu tantôt en fille très classe était ce qui était des plus naturelles. Puis plus tard je me suis rendue compte que cela ne servait pas à grande chose. A la réflexion je m'amusais beaucoup en me pouponnant de la sorte, mais je ne trouvais pas le naturel qu'il cherchait. Je revois encore son expression quand les lundis j'arrivais avec une toute nouvelle couleur de cheveux, remarquez que je suis passée par toutes les couleurs de l'arc en ciel. Mes nouveaux styles de vêtements aussi, je vous avais déjà mentionné l'histoire de la jupe, plus tard il y eut les regards visant mon sensuel corsage.

En y revenant aux changements, ces temps derniers ce que je voulais changer c'était ma façon de le voir. Je m'étais appliquée à le supprimer, par la suite je me suis appliquée à essayer de le haïr au point de lui inventer des défauts. Je ne vous mentirais pas en vous disant que ce fut mes amies qui lui trouvait le plus de défauts, plus que moi je n'en pus. Je m'étais alors appliquer à me créer une nouvelle image de quelqu'un que j'admirais, j'adorais ou alors que simplement j'aimais. Comme un jeu je me soignais à en rédiger les règles. Aujourd'hui je ne demande qu'à les enfreindre. Après tous n'est-ce pas pour cela que nous établissons des limites ? N'est-ce pas pour les franchir ? Ces barrières deviennent peu à peu plus fragiles, avec le temps qui s'écoule, je les entends murmurer : « détruis-nous ! Cède à la passion, cède-lui ton cœur, ton âme et ta vie. », Mais je ne peux pas abandonner ce que j'ai commencé. A quel prix ? Le prix d'efforts pour tirer un trait sur une tristesse solitaire. Seulement ce trait n'est-il pas grossier, raturé et fait à toute vitesse sans avoir pris la peine de réfléchir ? Cela vaut-il l'effort de tirer un trait mal fait sur des souvenirs. Je me souviens, oui je me souviens de ces tous petits moments qui avaient leurs charmes où nous étions lui et moi comme deux imbéciles. S'en souvient-il ? Je n'en sais rien, il y a peu de choses qu'il laisse paraître. Si seulement j'avais en ma possession une réponse qui pourrait m'aider à un choix moins rude. Je désire plus que tout le revoir, le sentir près de moi, lui adresser quelques mots justes assez pour me sentir apaiser.

Nous sommes mardi tard dans la nuit, tout juste ce soir il a eu son cours de sport. Je me souviens de ce qu'il m'en disait : il en revenait toujours fatigué, il lui arrivait d'avoir mal aux bras et de ressentir des courbatures. Puis ce petit adieux d'il y a à peine quelques semaines : « bon j'y vais, en espérant retrouver l'usage de mes bras demain, bonne soirée. ». Ma réaction devant mon ordinateur était de m'en inquiéter. Celle que je laissais paraître dans mes messages était un « mon pauvre ! » rien de plus. J'aurais aimé être auprès de lui, m'en occuper comme une vraie petite maman. J'aimais le chouchouter comme j'ai aimé lui faire la leçon pour qu'il ferme son manteau de peur qu'il attrape froid. Mais cela est loin, ce mardi soir je ne l'ai pas vu, les autres soirs je ne le verrais plus. Je ne pourrais plus lui demander comment s'est passé son cours. Je n'aurais plus l'occasion de m'inquiéter en sa présence, je ne pourrais que le cacher au fond de moi. Récemment une amie m'a dit qu'il avait attrapé un rhume, je l'avais prévenu de fermer son manteau... maintenant que je ne suis plus derrière lui le fera-t-il ?

Le sait-il ? Le sent-il que je ne suis plus là ? Le comprend-t-il pourquoi je ne peux plus ? Quand je croise ses regards dans les couloirs, les larmes me viennent aux yeux. Dans ma tête je cherche une porte de secours. Vite ! Où sont mes amis ? J'ai besoin de rire, j'ai besoin de m'occuper ! Seulement je n'arrive plus à penser, j'ai l'esprit trop encombré...

 

Ce qui devait se dire et jalousie chronique.

« Prince ... Très cher Prince des Excuses, qu'ais-je fais ? Pardonne-moi, je ne sais ce qui m'est passé par la tête. Je ne pouvais plus continuer ainsi. Il le fallait. Comprends-tu ? Je fais cela parce qu'ils me l'ont répété pendant tous ce temps, ils m'ont prouvé que tu ne m'aimais pas, que tu t'en fiches de moi. Mais toi qu'en dis-tu ? Que veux-tu ? J'en entends de partout, tous veulent me donner à d'autre. Tous me disent que tu ne me mérites pas, tous veulent m'offrir à des garçons que je n'aime pas. Tous te dédaignent car tu ne deviens que plus gentil et silencieux. Parles, Parles ! Je t'en supplie, montrent leurs que tu n'es pas un monstre. Prouve à tous que tu mérites que l'on t'aime ! Prince, dis-moi que tu ne m'as pas oublié, que je suis toujours cette gentille petite fille. Dis-moi ce que tu veux dire par ces regards furtifs mais néanmoins présents. Je ne peux me laisser aller une fois encore aux silences. Trop dur, trop long. Maintenant je n'essaie que d'oublier que cette vérité trop grossière. J'essaie d'oublier pour ne pas t'étouffer. Mon seul doute c'est ta personne... S'il existe une réponse, laisse-moi la connaître avant de commettre une autre erreur. Prince des Excuses, tu es et sera toujours le seul. »

Je n'ai jamais connu temps aussi long, ma hâte à l'oublier était si pressée que je ne pensais que à cela. Les secondes passaient comme des jours, les minutes semblables à des mois et les heures s'apparentaient à l'éternité. Comme le temps se lasse et diminue sa course lorsque l'être aimé doit se contraindre à devenir fantôme face à vous. Il ne l'a pas choisi, il n'en sait rien non plus, la cause lui reste encore inconnue. Sait-il seulement, a-t-il toutefois remarqué qu'il devient absent ? L'a-t-il vu que je m'effaçais ? Cela n'est pas la première fois que je me pose ces questions n'est-ce pas ? J'aurais beau me les demander, la réponse se fera plus éloigné encore. Et comme un rêve elle s'échappera entre mes doigts sans que je ne puisse rien y faire. Croyez-vous que je puisse encore faire quelque chose ? Croyez-vous que je puisse encore réagir devant les gentillesses du Prince, pas envers moi, non seulement envers ces autres filles. Voila que je redeviens jalouse, encore une fois. Ce sentiment ne me sert pas à grande chose. J'ai seulement le cœur serré, car en me forçant à l'oublier je remarque tous ses faits et gestes. La moindre délicatesse, l'infime parole qu'il prononce je la vois et je l'entends. Et tous n'en devient que blessure. Je ne peux que m'en prendre à moi-même d'être à la merci de ce personnage. Je pourrais choisir d'être libre, de penser ce que je veux et comme je le veux. Je saurais encore rire avec mes amis en étant sûre que je m'amuse au fond de moi. J'aurais la force de me lever le matin en pensant à autre chose qu'à lui. Oui, mais je ne suis pas cette fille. Ne soyons pas si pessimiste. Je suis ce que je suis. Avec mes défauts comme avec mes qualités. Je suis jalouse, je suis amoureuse, je suis têtue, je me fais des films et tard le soir j'adore écrire ce que j'imagine. Et puis en écrivant j'aime écouter de la musique. J'adore également revenir sur des lieux importants dans ma mémoire. Comme ce chemin, un carrefour si je me souviens, où une fin d'après-midi de Vendredi une bise à été échangée. Ou même encore ce banc de pierre dans un square, une jeune fille s'y était assise en envoyant un message à celui qu'elle aimait, pour s'excuser de sa conduite et lui offrir un cadeau caché dans sa boite aux lettres. Les souvenirs m'empêchent de continuer ma route, les regrets s'amoncellent et si finalement je me trompais ? Comme une amie me l'a dit, nous perdons notre temps à se poser des questions, nous devons agir car la vie est courte. Faisons des choix et ne nous attardons pas à se demander le pourquoi du comment. Elle a raison, je n'ai pu que lui répondre cela : « mais ne pas perdre son temps c'est savoir prendre les bons choix ». Encore faut-il savoir ce qu'est un bon choix. Celui que le cœur vous dicte ou alors celui de la raison ? Celui de votre ami ou le votre ? Et le temps file encore en se demandant lequel sera le bon à prendre. Arrêtons-nous là avant qu'il ne soit trop tard, s'il ne l'est pas déjà.

 

Les regrets

Ce fut cette journée de Mars, où finalement les barrières se sont faites plus minces que les quatorze derniers jours. Je me baladais alors avec une tendre amie, je m'en souviens très bien de cette après-midi de grève. Les cours avaient été annulés, le temps n'était pas de la compagnie il faisait gris ce jour-là. Pourtant nos pas nous entraînaient lourdement vers la maison du Prince des Excuses. Nous avions une passion avec cette tendre amie, nous aimions nous attarder sur les roses du jardin du Prince. Bien que ce n'était que le début du printemps et qu'elles ne furent pas écloses, nous étions curieuses et amusées à l'idée de regarder du coté de chez lui. Certes mon amie l'était, moi je doutais. Mon plaisir, mon bonheur aurait été de le voir certainement même sûrement. Toutefois, tourmentés par la peur de lui déplaire ou bien de passer pour une mauvaise fille, je ne pus que passer devant sans y prêter attention. Plus loin sur le chemin je pris conscience de mon erreur. Ne devrions-nous pas vivre pour ce que nous aimons ? J'aurais, oui, j'aurais aimé suivre les propos de ma douce amie me disant : « Viens Morgane, sonnons à sa porte, venons juste lui dire bonjour après nous le laisserons. Rien de plus. ». Mais ce fût plus fort que moi, j'avais peur. J'aimais cet être comme ma vie, certes, néanmoins je ne peux me résoudre à refaire surface. Je m'étais promis plus de mots, plus de sourires, plus de bonjour ni de bonne chance. Il restait encore tout juste ses quelques regards et les miens devenant de plus en plus nombreux, comme pour combler un vide noyé de silence. Quelle triste fin, me direz-vous, pour un cœur qui n'a cessé d'espérer. Tout n'est pas encore achevé, le dessin est loin d'être terminé. C'est ce que les yeux désirent voir et croire mais il existe certaine chose qui ne se regardent pas, du moins pas avec les yeux.

Quatorze jours, je les ai comptés. Ce ne sont que des jours mais qui n'en deviennent qu'éternité. À force de les compter de les remarquer sur un calendrier, le temps en devient lenteur, toujours en espérant un petit coup de pouce. La tentation se fait plus forte à chaque heure qui se succède, grignotant le cœur de remords et de soupirs, répétant inlassablement : « qu'attends-tu pour recommencer ? ». Et chaque matin de ces jours je me demande de quoi sera faite la journée. Je prie, même si je ne crois pas vraiment en dieu, je pris pour que ses yeux ne s'attardent pas sur moi. Pas de regards, pas de sourires, ni de tristesse. Indifférence, indifférence seulement. Sur son visage j'aurais voulu ne remarquer que cela. Mais la journée commence et les couloirs où nous nous croisons se rétrécissent. Le Prince finit par s'attarder sur ma petite personne. Je baisse la tête. Je sens la honte pénétrer dans les abîmes de mon corps. Ma tête me tourne, mes jambes se fléchissent et le cœur bat plus fort que jamais. Pourtant je réussis à rejeter ces peurs. Ne pas paraître triste, surtout pas, seulement rester naturelle, le plus possible. Je le vois en face de moi. Pourquoi l'est-il plus aujourd'hui que les autres jours ? Je le regarde un peu, juste assez pour ne pas se faire remarquer. Je détourne mon regard, je baisse ma tête et repart. Mes pieds entraînés dans ma folie ne savent plus où aller. Je cours, je cours. Je ne sais où j'atterrirais. Je me terrerais dans un coin et je me souviendrais. Plus tard je regretterais. Où se trouve la force assez grande pour que je puisse lui dire tous ce que j'ai sur le cœur sans aucune peur ? Où se trouve celle qui me permettrait de réaliser mes désirs les plus grands sans lui manquer de respect ?

Retour à cette journée de Mars en la compagnie de ma tendre et douce amie. Nous continuâmes à marcher et dans ma tête je me lamentais d'avoir eu si peur. Je lui en fis part, elle me dit simplement que ça sera pour une autre fois peut-être et que maintenant il fallait rentrer chez soi. Nous prîmes le chemin du retour chacune de notre coté. Dans le bus qui me ramenait à l'appartement de mes parents je me mis à écrire un message sur mon vieil ami, mon portable. Aussi curieux que cela puisse être ce message était destiné au Prince. Je n'en attendais aucune réponse, je voulais simplement lui parler un petit peu. Peut-être que cela a détruit en partie la promesse que je mettais faite. Toutefois alors que la pluie tombait sur les vitres du bus, je me mis à réfléchir. Je ne peux pas éternellement continuer comme cela. Je peux arrêter de lui parler ou toute autre chose mais je ne peux pas le faire sans lui. La chose que je n'aurais pas du faire c'est de ne pas lui en avoir parlé, de l'avoir écarter de cela alors qu'il est l'un des plus concernés. Je remarque des personnes autours de moi qui n'ont rien à voir dans cette histoire et qui en savent plus que lui. Voila ma faute. Voila ici le reproche qu'il peut me faire. Je respecte ma personnalité de jeune fille en sucre : j'aime en faisant de nombreuses erreurs, je les apprends mais je finis toujours par les refaire. Tomber et encore tomber, se remettre debout mais plus le temps avance et il devient dur de se relever.

 

La violation de promesse

Je suis arrivée un peu tard ce jour. Je me suis installée devant un film et je me suis mise à manger. J'étais vide. Je ne sais plus pourquoi, sans raison aucune. Je mangeais, je regardais ce film et je ne pensais à rien. Le fait de ne penser à rien me détruisait encore un peu plus. Je me suis posée des questions, finalement je pensais à quelque chose. Les questions n'étaient pas très logiques, pour ainsi dire je ne m'en souviens même pas. Puis j'ai pris mon portable, j'ai n'ai vu aucun message et j'ai continué à manger en regardant ce film. Plus tard je me suis décidée à me lever, à retourner dans ma chambre faire un semblant de devoir. Non, finalement je n'étais pas assez motivée pour cela. J'ai donc un peu lu et ma soirée se passa comme cela. Jusqu'à une certaine heure. Alors que je bouquinais enfin que j'essayais de ne pas m'ennuyer, je sentis mon téléphone portable vibré dans ma poche de jeans. Qui pouvait bien m'envoyer un message à neuf heures du soir ? Je regarde son écran et sur le choc du prénom qui s'était affiché je lâchai mon téléphone qui tomba au sol. Heureusement que j'ai de la moquette ... Je le repris et plissa les yeux de peur d'avoir mal lu. Ces temps-ci j'avais les yeux très fatigués, peut-être me jouait-il un mauvais tour. Mais non je ne rêvais pas, le message que je venais de recevoir était une « réponse » du Prince des Excuses. Il s'en suivi de quelques réponses, juste assez pour rire un peu. Je dois l'avouer il me manquait et cela me faisait du bien d'avoir de ces nouvelles. Je lui envoyai un mail, que je trouvai moi-même très drôle, je n'en attendais aucune réponse je voulais juste qu'il le lise. Il n'y en eu aucune mais j'étais contente.

Je ne me rendais pas encore vraiment compte de ce que j'avais fait. J'avais promis une fois encore que plus jamais je ne tomberai dans le panneau. Il faut croire que nous tombons souvent. Peut-être aimons-nous cela ? Et l'on me répète encore ce lassant proverbe : tu ne dois jamais dire jamais. Je ne peux qu'en rire, en répondant : « ne viens-tu pas de démontrer le contraire ? ». Oui, je venais de me démontrer à moi-même que je ne pouvais pas me l'extraire de l'esprit aussi simplement qu'une parole, une promesse à vrai dire. Mais je n'ai qu'une seule parole et elle est d'or. Comment d'un trait puis-je mentir sur ce que je suis ? Je leurs avais promis à tous, je leurs avais dit : « vous verrez je réussirais ! Cette fois-ci je ne laisserais pas tomber, je ne le laisserais pas gagner ! ». Il est si simple de parler, le reste est encore trop dur à appliquer. Je voulais tant qu'ils soient tous fière de moi. Je ne voulais plus être cette petite fille influençable, je voulais faire tous cela moi-même, je suis assez grande pour cela ! Je ne voulais plus être en sucre, je voulais devenir « moi » en une autre personne. Juste celle que je vois dans ma chambre, celle qui ne se laisse pas marcher sur les pieds et qui sait ce qu'elle veut et qui l'obtient malgré tous. Je n'y suis pas arrivée. Je leurs avais promis... et le vent souffla les promesses, il sait qui je suis.

 

Les saisons se répètent.

Ce petit événement engendra un raz de marée comme jamais je n'en fus témoin. Je m'écartais de mes limites pour atteindre le dangereux. Néanmoins cette fois-ci j'aurais pu l'éviter si je n'avais pas eu à m'occuper des affaires de l'une de mes amies. Comme je l'ai dit précédemment, pour ma part elles sont sacrées et je ne peux admettre que les autres puissent faire du mal à mes amies. Si c'est le cas, ils le paieront cher de ma vengeance. On peut m'humilier, me jeter au sol que je n'en n'aurais rien à faire. Mais s'ils s'avisent de toucher à un seul de leurs cheveux, je peux changer très vite ! Je trouve cela naturelle, cette réaction, car elles m'ont tous offert, elles m'ont fait don de tous ce qu'il y a de plus beau surtout leur amitié, c'est normal de vouloir leur bien comme elles ont fait le mien.

Une mauvaise blague, une simple très mauvaise blague me mit dans une de ces colères inimaginables. Cette blague ne m'était pas destinée, toutefois la personne pour laquelle fut faite cette ânerie j'y tiens énormément. Je ne pouvais contenir ma rage, surtout quand je sus quel en était l'auteur, le meilleur ami de ce cher prince. Et bien pourquoi pas... Je m'emportais plus encore, alors tous simplement j'ai envoyé un texto. Je demandais juste pourquoi son très cher ami avait fait cette stupide blague. Toute la soirée ne fut que procès entre nous. L'un cherchant les arguments pour son accusé de copain, l'autre défendant sa victime de copine. Je ne me sentais que plus concerné dans tous cela. Après tous mon amie avait simplement écrit un texte sur une peine de cœur comme moi je l'aurai fait. Et ce meilleur ami, qui était aussi l'un de ceux de mon amie de plus, a abattu tous les sentiments pouvant ressortir de ces écrits. Le prince avait beau me dire que ce n'est qu'une petite blague, rien de plus de méchant et que le texte était visible par tous, j'étais peinée de sa réaction. S'il avait su combien de ma petite tête, de mes doigts et de mon sommeil j'ai offert pour écrire tous ce que j'avais sur le cœur, et qu'il dise : « Je ne comprends pas car pour moi écrire afin d'apaiser sa peine est difficilement concevable. ». Pour vous peut-être que cela ne veut rien dire mais en moi ce fut comme un coup de poignard. Dans cette petite phrase il a quasiment englouti mon passe-temps, ma passion, pour ne pas dire toute ma vie depuis qu'il est arrivé. Et bien pourquoi pas ! Demain je peux arrêter d'écrire juste parce que je ne saurai plus pourquoi je devais apaiser ma peine. Mais non il pourra rester glacial et ne jamais rien comprendre, je continuerais à écrire malgré que l'hiver retombe, je n'ai plus peur car j'écris afin que revienne le printemps !

Ce fut comme une chute libre. Déjà nous ne nous entendions pas bien, à toujours être en désaccord. Quand je pensais à quelque chose il pensait au contraire et vice-versa. La situation empira. La raison me revint d'un coup, il fallait que je lui en parle cette fois. Je ne voulais en aucun cas rendre la situation plus désagréable, je souhaitais simplement tous régler. Je pris mon courage à deux mains et le mercredi qui suivit je lui demandais de m'attendre à la sortie pour que nous parlions. Je savais au fond de moi qu'il ne serait pas là et qu'il aurait trouvé n'importe quelle excuse même valable pour éviter de me voir, comme il l'a tant de fois fait.

Je sortais vers quinze heures, le cœur battant la chamade mais la certitude brillait plus que tous. Je passais le portail de mon lycée et je ne vis personne. Il y avait deux amies mais pas de trace du Prince. J'allais vers l'une d'elles et je lui demandais si elle ne l'avait pas vu. Elle me répondit qu'elle l'avait aperçu rentrer chez lui puis me demanda pourquoi je le cherchais. Je lui expliquais vaguement que j'aurais aimé lui parler. Elle me proposa d'aller chez lui et que toute manière il comprendrait car il était « gentil ». Je suivis son conseil mais auparavant, sur le chemin qui menait à sa maison, je l'appelais pour le prévenir. Personne ne répondait alors je laissais tomber. Je me rendis compte, quelques secondes plus tard que j'avais reçu un texto venant de lui. Croyant que c'était en réponse de mon appel je le lus. Je ne sais pas si ce qu'il contenait était censé être sympathique ou totalement incontrôlé mais je sentis les larmes me monter aux yeux. Je posais ma main sur ma bouche par crainte de dévoiler un cri. Je désirais simplement m'expliquer, enfin lui expliquer et lui dire à quel point j'étais désolée. Il avait naturellement répondu : « je suis sorti plus tôt, je suis occupé et pour ma part je trouve la réaction exagérée. Je ne vois pas ce que je pourrais te dire. » Il n'avait rien compris une fois encore. Et comme si une habitude était revenue, je sentis un courant d'air froid se glisser dans mes manches et dans mon col me sifflant : « tu l'as cherché ! ». Le froid et les excuses, retourner à la case départ, faire des efforts mais pour ne rien gagner. Malgré cela je me disais que tout était de ma faute. Il n'était pour rien là-dedans, je suis la seule fautive. Jamais je n'aurais du, mais je l'ai fait parce que je voulais trouver une solution, je croyais faire bien. J'avais tort...

 

Une sœur retrouvée...

J'étais sur le chemin, je ne savais plus trop où aller. Je me dirigeais vers chez lui, pour faire quoi ? Je ne voulais pas le voir, je ne désirais plus lui parler. Déception, déception... Ce mot bourdonnait dans ma tête comme une abeille. Je marchais avec lenteur, je me créais un chemin vers nulle part, ne voulant ni rentrer chez moi ni même dans un autre endroit. Puis j'entendis derrière moi quelqu'un prononcer mon prénom. Je ne me retournais pas pensant que c'était mon esprit. Je l'entendis une deuxième et une troisième fois suivies par des pas précipités. Je tournai et j'aperçu ma sœur courant vers moi. Sur un élan je courus aussi pour me tenir dans ses bras. Je me suis mise soudainement à pleurer sans pouvoir lâcher un seul mot. Je ne pouvais pas, je pleurais seulement et elle comprenait.

Je n'ai jamais eu vraiment de sœur, juste un grand frère. Quand je suis arrivée en troisième dans mon nouveau collège j'ai rencontré une personne. Au début nous nous entendions bien puis nous somme devenues comme les deux doigts de la main. En quelques temps elle s'était transformée en l'être me connaissant le mieux, je la considérais comme ma propre sœur. A vrai dire c'était ma sœur. Elle savait quand je n'allais pas bien et moi de même. Puis en première nous nous sommes retrouvées dans la même classe, nos relations se sont dégradées. Depuis qu'elle avait un copain elle ne me voyait plus, elle ne savait plus rien et ne voyait pas plus que le bout de son nez. Etrangement, bien que nous ne nous voyions plus, elle se trouvait toujours là quand il se passait quelque chose. Sans qu'elle le veuille vraiment elle se trouvait là. Encore ce destin qui nous pistonne.

Ce jour-là j'avais eu besoin d'une présence. J'étais sur ce chemin et un souhait profond résonnant dans la rue disait : « où es-tu ? ». Elle lui a répondu, elle m'a parlé comme personne ne l'aurait fait. Elle me prit dans ses bras me demandait pourquoi je pleurais, je ne pus rien dire et juste lui montrer mon téléphone portable. Elle comprit simplement en ayant aperçu l'auteur du message. Elle me parla tout le long du chemin, me prit les mains et me tenait en essayant de me calmer de sa petite voix fluette. Elle me disait des paroles censées mais je sentais que tout était de ma faute tout de même. Je ne pouvais admette que le Prince était pour quelque chose dans mon chagrin, ma sœur pensait le contraire. Elle me proposa de passer l'après-midi chez elle. Je vous pris de croire qu'au début ce fut tendus mais plus tard dans la journée nous ne faisions que rire de plus belle. J'ai passé un bon après-midi malgré les quelques événements qui s'y sont passés. Merci à ma sœur. J'ai peut-être perdue des espoirs mais j'ai retrouvée une sœur que j'avais cru égaré.

Je rentrais chez moi tranquillement, du baume au cœur, je me suis mise à travailler. Puis j'ai regardé un film, j'ai mangé et je suis retourné dans ma chambre. Je regarde mon portable... Un appel en absence vers dix-sept heures. Je fais défiler la liste d'appel, le numéro est noté privé. Qui aurait voulu m'appeler ? Je me suis dit que c'était peut-être elle. Je me suis installée sur mon ordinateur pour lui demander mais elle me dit que non. J'en concluais alors que ça devait être une erreur ou bien si ce n'est pas le cas la personne finira par rappeler. Ma sœur n'était pas de mon avis, pour elle ça devait sans aucun doute être le Prince. Cela se tenait. Alors j'ai regardé l'heure du message qu'il m'avait envoyé, une demi-heure avant que je sorte de cours. Puis j'ai regardé l'heure à laquelle je l'ai appelé, à peu près à quinze heures et trente minutes. Mais je n'avais pas vu le message avant que je ne l'appelle. Peut-être avait-il cru que je voulais lui parler, toutefois je ne pensais pas que c'était lui, ça ne lui ressemble pas de rappeler. Bien que je ne l'ai jamais appelé ça ne lui ressemblais pas. Je laissais cette affaire sur le doute, ma sœur également.

Bien que la situation ne fût pas favorable, bien que j'aie aimé m'expliquer avec ce Prince des Excuses, je dois avouer que tous cela arrangèrent mes rapports avec cette sœur. Un bien pour mal disons-nous parfois, n'est-ce pas ?

 

Le Cercle vicieux...

Je m'abstiendrais par des silences, maintenant devenues ma seule arme devant tant de paroles cachés. Il y en eut beaucoup durant quelque temps. En passant de la copine qui vous avoue que vous avez tendance à énerver le seul qui ne s'emporte jamais, votre Prince. Mais aussi un dernier texto sur lequel figure l'oubli d'une dispute et l'excuse pour ce prince, le souvenir douloureux et la perte pour celle qui l'espère.

C'était durant ces vacances de Pacques, elles furent interminables. Passées dans une maison de campagne, coupée de tout, surtout de la population citadine. Un bon moyen pour moi de réfléchir à tous, mais également à rien. L'ennui se meurtrissait aux portes de mon cœur, tellement qu'il m'était quasiment impossible de trouver la juste réponse aux vagues questions me hantant. Je fis l'effort de m'occuper par quelques promenades, des devoirs également - n'ayant pas vraiment le choix, sinon je ne devrais m'en prendre qu'à moi-même de rendre des feuilles vierges à mes professeurs - De retour chez moi je remplis mes poumons de cette visqueuse pollution dans l'air, caractérisant bien ma banlieue. Rien de très agréable, seulement le fait de retrouver ma chambre, mon trou à rat, mon nid à bordel, simplement et j'étais remplie de joie. Allumage, pour ne pas dire décollage de ma fusée, qui n'est autre que mon très cher ordinateur. Le premier ronronnement de ma machine m'arracha un sourire sur lequel une phrase se laissait pressentir : « qu'il est bon de retrouver son chez soi ». Je passe en revue les gens présent sur Internet. Tient mon ex est là, quelle bonne surprise ! Encore une autre surprise il vient me parler. Que me vaut l'honneur de sa présence ? Il parle un peu de lui, me demande si je vais bien, je lui réponds que oui et je le laisse parler. Pas de motivations. Tient donc, il s'excuse. Mais de quoi ? Ah oui cette histoire du fait qu'on était plus ensemble. Il est affreusement désolé car pendant ces quelques semaines - j'aurais plutôt cru à deux longs mois, quelle notion du temps disproportionné il a ici - il était en colère, contre quoi ? Je n'en ai encore aucune idée, il n'a pas osé me le dévoiler. Apparemment je dois accepter ses excuses. Regardons le bon coté des choses, il est venu s'excuser. Je peux lui donner une deuxième chance en tant qu'ami, nous verrons par la suite.

Est-ce moi ou tout recommence ? A peine l'ex refait surface avec son semblant de « désolé » que le poète revient avec ses compliments toujours aussi évocateurs. Il paraîtrait que je serais « toujours aussi sensuel sur tes photos », là sont ses propres mots. C'est vraiment gentil de sa part, j'ai du baume au cœur mais une boule dans la gorge. Pas plus tard dans la semaine, c'est mon reflet qui me redonne de ses nouvelles, une amie l'ayant vu me raconta avec quelle animosité il parlait de moi et aussi de comment il rougissait quand quelqu'un d'autre que lui s'avisait de parler de ma personne. Je suis flattée, mais n'est-ce pas un peu exagéré ? Je dois avouer qu'il est très gentil avec moi, que en tout point nous nous ressemblons, nous nous retrouvons, complétons. Toutefois je n'arrive pas à le voir plus qu'un très bon ami ou comme un frère.

Avec tous ces retours de flammes, j'en oublis presque le Prince des Excuses. Ceci est un mensonge, les jours passent mais n'en demeure pas moins son souvenir. Il est le seul et restera le seul. On peut m'obliger à me taire, me museler, me bâillonner jusqu'au sang ; toujours devant mes yeux restera son doux sourire, sur mes lèvres sa joue, dans ma main son bras et dans mon cœur son regard.

C'est un cercle vicieux cette période de ma vie, tout le monde revient sauf ceux qu'on espère. Perdu dans le méandre des couloirs peut-être. J'ai besoin de lui, comme j'ai besoin de lui donner toute ma tendresse, pourquoi sur lui à déferler toute ma colère ? Il m'a tellement transformé, métamorphoser que je ne me reconnais pas moi-même. Pourquoi je me tais aujourd'hui ? Pourquoi depuis un mois nous ne nous parlons plus ? Pourquoi on s'était disputés déjà ? J'en oublis même les causes ... Ce n'est pas moi, je n'ai pas voulu ou du moins je ne veux pas le laisser maintenant, je ne veux pas le lâcher, j'ai encore trop besoin de sa présence, de son absence, de ses mots. Pourtant il n'a rien de spécial ce Prince. Il n'est ni trop beau, ni trop moche. Ni trop intelligent, ni pas assez. Ni gentil, ni même méchant. Il est véridique autant qu'il est menteur. Timide autant que bavard. Il trouve des excuses à tous mais ne se désole pas moins. Il est lui et c'est cela qui me suffit. J'ai réussi à trouver ce que chez aucun autre j'ai pu rencontrer. Il y a une petite chose faisant la différence. Je ne sais pas, je ne la vois pas, je sais qu'elle est là, je la sens tout près de moi quand il n'est pas loin. Je la savoure quand nos yeux se rencontrent. Je l'écoute quand j'entends sa voix. C'est cela la différence, cette main invisible qui me pousse vers lui, parfois me rejette. Je ne comprends pas très bien, nous nous querellons mais les jours de lycée nous n'existons pas et cette chose, cette chose invisible arrange tous.

Alors pourquoi je me tais ? Je recommence encore et encore à me dérober, comme si c'était la solution ultime à ce dilemme. L'ais-je au moins choisi ? On m'a quelque peu forcé la main, autour de moi on a de cesse de me répéter qu'il n'en a rien à faire, qu'il ne me vaut pas, que je devrais tourner la page. Je n'ai pas le courage de leurs répondre. Je me plie avec un minimum de volonté, je m'oblige en me répétant qu'ils ont raisons et que tout ira mieux. Tout ne va pas mieux depuis que le silence s'encre dans ma chair je ne deviens que plus anxieuse. Il me manque quelque chose, seulement plus j'essaie de le retrouver plus je me fais disputer comme une enfant. Ses amis réitèrent les mêmes excuses pour me culpabiliser et me forcer à admettre que je dois rester aussi muette qu'une feuille de papier. Alors je continue à me taire, il n'y a que mes yeux encore qui apprécient son visage. Puis ils s'attristent quand la silhouette se dérobe dans le couloir. Et retiennent leurs larmes quand d'autres yeux, les siens, s'arrêtent sur eux quelques instants. Que peuvent-ils bien vouloir se dire tous ces regards ? Quand la parole est interdite, les lourdes tendresses se diffusent sur lui grâce à mes yeux. Mais je souffre de ne pouvoir parler, tellement que mes yeux ne peuvent plus remarquer les siens, à en souhaiter de devenir aveugle pour ne plus sentir le poids de mon mutisme.

 

Le mensonge d'indépendance

Aussi bavarde que je puisse l'être, je ne le restai pas longtemps. La peur du temps me rongeait l'esprit, il ne me resterait plus d'instants si aujourd'hui j'attendais de parler. Elle coule cette rivière, sans m'attendre, elle court encore. Sans m'attendre je la vois partir au loin avec les souvenirs, les bons comme les mauvais, accompagnés par les occasions manquées. Les reflets de l'eau renvoient tout ces espoirs mais disparaissent dans le flot, ils appartiennent au passé. Et ses illusions toute fraîches me dévoilant ce semblant de liberté. Me délaissant donc de cette eau, je me vois divaguer, chercher encore des raisons quand il n'y en a aucune. Cela faisait un mois tout juste que je n'adressais plus la parole au Prince. Et l'envie furieuse de recommencer nos conversations me démangeait plus que les autres fois. A cela s'ajoutait la culpabilité, la peur d'être rejetée, oui j'avais peur car il l'avait bien dit. Il l'avait dit que j'avais tendance à l'énerver. Comme je me rappelle de ces quelques mots tapés sur l'ordinateur que le cœur se cogne encore contre ma poitrine. Inconsciemment une larme coule, une de plus. Tout devient si répétitif, je ne change pas. Je suis toujours cette fille en sucre. Je suis encore cette demoiselle qui pensait pouvoir changer et pourtant le tout recommence comme avant. Je parle puis je me tais. Je discute mais je passe sous silence pendant quelques temps. Encore et encore. L'illusion de la liberté devant les yeux, le Prince peut donc faire de moi tous ce qu'il veut, je suis une poupée dans ses mains expertes rien de plus. Pendant ce mois, je souhaitais oublier, recommencer, vivre, rire et être une adolescence qui ne se prend pas vraiment la tête pour ce genre de bêtises. Quelle déception de remarquer par mes propres gestes que je retombe dans ces doigts habiles.

Il a fallu d'un jour pour que je reprenne contact. Quand ce jour arriva, le Prince fut si gentil, il parla comme jamais, si adorable, que les illusions ont refait surface. Voila mon indépendance disparut. Néanmoins par cela je pus voir que l'indépendance n'a jamais été là. Bien que j'essaye de paraître libre je ne l'étais pas. Et quand je lui adressai ce « bonjour » après un mois de silence les chaînes, qui étaient à mes poignets, se refermèrent encore un peu plus. La clé était pendue à son cou et je ne pouvais donc pas l'atteindre. Tout n'était que perdu, même si je suis pessimiste je ne trouve pas la solution. C'est une prison dorée où je ne veux ni sortir, ni rester. Puis un souvenir très proche, que je n'ai pas encore mentionné, me revient à l'esprit. Je crois que c'était un jeudi midi, ou peut-être un vendredi, je ne sais plus très bien. Ce jour-là, alors que je mangeais tranquillement avec quelques amies tout en discutant, je sentis qu'on m'observait. Cette sensation d'un regard posé sur vous presque indéfinissable. Vous ne pouvez dire comment vous vous sentez observez, vous le savez seulement. Cette sensation me poussa à lever la tête et à chercher les yeux de mon observateur. D'abord je ne vis rien, puis mon amie en face de moi me parla et là je fus frappé de plein fouet par ce regard qui m'était très familier. Deux yeux bleus fixés sur moi au fond de la salle. Sur l'instant je me sentis mal à l'aise, je baissai la tête je cherchais à m'évader, mais où ? Alors j'essayai de me changer les idées en discutant avec mes amies. Elles le voyaient que quelque chose n'allaient pas. Je levais la tête une nouvelle fois, il me fixait toujours, les mains croisées sur son menton comme s'il réfléchissait. Mais pourquoi me fixe-t-il à ce point ? Peut-être mon esprit me jouait des tours, c'est sûrement cela. Je devais rêver, c'est probablement cela comme il y a longtemps que nous ne nous étions pas parlé sans doute qu'il me manquait tellement que je divaguais. Oui, certainement... Puis le souvenir repartit au fin fond de ma mémoire bien qu'il fût d'un passé récent. Ce passage me rappela que j'avais beau faire la jeune fille libre je ne l'étais pas. En fait, je suis autant menteuse que lui. Mais je m'inventais de gros mensonge juste pour moi.

 

Lassitude ?

Je me suis toujours demandé si tout ce que faisait le Prince des Excuses avait un sens. Jusqu'à maintenant je n'ai pas eu de réponse. Si aujourd'hui pour lui, partir sans dire au revoir a un sens, pour moi il reflète son ennui. Jusqu'à maintenant je ne me lassais jamais de tous ce qui pouvait arriver. Certes, le fait que tout recommence m'énerve au plus haut point, toutefois je ne m'en lasse pas. Non pas que ceci me fasse plaisir, je n'arrive seulement pas à m'en détacher. Il y a de cela pas très longtemps je disais à une amie que j'étais perdue par ma passion. Je n'arrivais pas à m'ennuyer de lui, la simple idée que je puisse m'en défaire ne m'apparaissait pas. Et je lui répétais à cette amie : « tu sais, quand ils nous arrivaient de nous quereller et que nous nous reparlions tout de même ensuite, c'était comme une renaissance. Comme si je revivais le premier jour. Toujours cette impression de l'aimer d'un amour neuf à chaque fois. Je n'obtiens pas cette déception permanente, je change trop pour revenir et retomber entre ces bras qui ne seront jamais miens. ». Trop souvent cette impression revient. Comme une petite fille je l'aime d'un amour nouveau à chaque instant. Comme un sucre, le Prince doit savourer chaque moment où je l'espère plus que quiconque au monde. Oui, une petite fille en sucre, je fonds d'une passion renaissante à chaque nouveau différend entre nous.

Une soirée, une discussion encore trop silencieuse de son coté et un départ si muet que je n'en ai pas entendu le tintement. Encore parti sans un signe, pareil à si j'avais été un fantôme. Je n'existe pas, ou du moins je n'existe plus. C'est à ce moment là précisément que le retour en arrière se fait le plus sentir qu'auparavant. Faut-il que je fasse silence une fois encore pour ressentir sur moi cette attention qu'il avait dénié me donner quelque mois avant. C'est trop simple.

Pourquoi ne suis-je pas lassée ? Pourquoi faut-il que je sois traînée de bout en bout comme un boulet pour les beaux yeux de monsieur ? S'il existe un dieu, peut-il m'offrir cette fatigue que je demande tant, juste assez pour me détacher de ce Prince des excuses. Pourtant j'ai beaucoup de faciliter à m'agacer de mon ancien petit copain. Revenu récemment, mais ne parle que de ses jeux vidéo qu'il en devient ennuyeux et nos conversations téléphoniques sont devenues si creuses qu'elles disparaissent elles aussi. Mon poète reprend son fil avec moi qu'il en devient écrivain. Les poèmes, cela ne lui réussit plus qu'il s'est mis aux nouvelles. Elles sont intéressantes, je dirais même que je ressens une certaine impatience à savoir leurs suites. Toutefois l'engouement du début a disparue, je ne rigole plus autant qu'avant avec lui, c'est cela l'ennui. Mon reflet a disparu, je n'ai plus aucune nouvelle. D'après l'amie qui nous avait rapproché, ils se sentent en confiance maintenant tous les deux mais elle m'avoue qu'il avait eu un petit penchant pour moi. J'aurais aimé en penser de même, néanmoins je n'ai qu'un seul cœur et bien qu'il appartienne à un « connard » comme mon amie ose le nommer ainsi, je ne peux le partager en deux même si je l'aurais voulu de toute mon âme. Un seul ne m'ennuie pas, l'unique auquel j'aurais souhaité trouvé la fatigue : le Prince des excuses. Car chaque jour qui nous est offert je profite de son image, de ses paroles lointaines et j'espère durement une lumière affaiblie par les mensonges et le temps. Lassitude, pointeras-tu un jour le bout de ton nez ou suis-je arrivée au sommet de mes sentiments ? Que la chute se fera haute. L'atterrissage, dur.

 

Mes mensonges

Ce que j'escomptais tant, l'indifférence, devient le couteau de mon assassin. Je n'aurais jamais du la souhaiter si fort. Espérer cette arme plus forte que toutes autres finit par me détruire. Non pas l'espérance, mais l'arme. Les jours avancent et j'ai le désir de ne pas cesser l'aimer. Seulement toujours sur ma bouche le besoin d'arrêter. Cela devient une obligation, elle l'était déjà avant n'est-ce pas ? Mais pas par moi ... Mon entourage me le conseillait très fortement, j'écoutais, j'essayais mais je craquais trop vite et trop facilement. Vous voyez là, devant mon écran, sur mon clavier mes doigts se fragilisent. Au fur et à mesure que j'essais d'écrire je perds tous mes moyens. Ce n'est pas que je le veuille mais les larmes coulent toutes seules. Je sens comme un poids. Cela est presque rien, je l'aime beaucoup c'est tout. L'assumer devant lui est trop dur. L'oublier également. J'aimerais qu'il sache aujourd'hui que tous ces mots que je tape lui sont destinés. Peut-être un jour car le courage me manque énormément. Me dévoiler est trop dur pourtant j'ai essayé à maintes reprises. Je finis toujours par renoncer et à continuer à me mentir. A lui aussi. Je suis plus menteuse que j'ai cru qu'il l'a été avec moi je l'avoue. Tous ces jours où il me demandait si j'allais bien et que je répondais « oui » je mentais. J'aurais pu dire qu'il me manquait énormément. Que le simple fait de mettre un pied en dehors du lycée quand il y est encore me refroidit entièrement. Mais aussi que je m'inquiète pour lui à chaque contrôle, chaque épreuve et toutes les occasions où je ne le vois pas arriver. Je veux me sentir près de lui quand il me raconte ses petites histoires. Je souhaite le rassurer quand il devient trop réaliste. Je désire tant le faire vivre dans mon monde d'utopie quand lui s'attache trop à la réalité. Je suis donc une grande menteuse et j'ose l'accuser de ce rôle. Un mot revient toujours à mon esprit à ce moment-là : « pathétique ». Que je suis pathétique de m'inquiéter du seul qui ne s'en préoccupe pas. Je suis pathétique de vouloir son bien à chaque instant. Je me trouve pathétique. Pauvre petite fille pathétique en sucre.

Une amie arrive et vous dit : « je ne te trouve pas pathétique ». Vous lui demandez pourquoi, elle vous répond : « une personne qui s'inquiète pour une autre n'est pas pathétique. Au contraire, cela est une belle preuve d'amour. ». Mais pathétique car l'être aimée n'en a rien à « foutre » ... J'aurais beau tous faire, le plus gros mensonge que je me suis créée était que tout était de ma faute. J'y crois encore aujourd'hui seulement il n'y a personne autour pour me croire.

Où sont passés tous ces jours ? Je regrette tous ce que j'ai fait, de bien ou de mal. Toutes mes pensées, tous mes désirs et toutes mes paroles, je regrette. Je lui ai fait tant de mal, j'ai été méchante, agressive et colérique. Je l'ai traité de menteur, d'imbécile et de plein d'autres choses encore. Toujours des mensonges, des deux cotés. « Tu vois mon Prince des Excuses, nous sommes égaux maintenant. » Je regrette le temps où nous étions encore faiblement complices, assez pour se dire quelques plaisanteries. Ce temps je ne l'aperçois plus, mais où sommes-nous arriver ? Ils me manquent ces moments, ces instants. Il y en a eu des rares, des exceptionnels, des inoubliables que ce Prince a sans doute oublié depuis. Je n'ai rien oublié, j'ai tous précieusement conservé. Même un tout petit pétale de rose. Elle a un an maintenant, elle est séchée dans ma boîte et dès que je la voie de nombreux souvenirs remontent à la surface. De si bons souvenirs... Pourquoi je lui mens ? Pourquoi je ne lui avoue pas ma faiblesse ? Alors que j'ai besoin de l'entendre même pour écouter de moindres sarcasmes ou des remarques indifférentes. Je l'écouterai durement probablement, mais je l'écouterais, j'en ai besoin. C'est une punition et il me la faut...

Et il repart, « bonne soirée » me renvoie-t-il, on va essayer. Alors pourquoi inconsciemment un petit sanglot pointe à ma paupière. Il est parti. C'était comme s'il partait pour toujours, c'est ridicule. « Mais Morgane arrête de mentir, tu ne sais faire que cela ! » Toutefois ce rêve qui se métamorphose en cauchemars me pousse à dire des sornettes. C'est plus fort que moi. Ces derniers temps il ne se passent plus rien. Le Prince s'en va, je le sens et je le vois. Je ne veux pas et je voile ce semblant de vérité. Je n'en ai pas besoin et pourtant si. « Arrête de mentir Morgane et va lui dire. » Seulement peut-être que le Prince a raison quand il dit qu'il n'y a plus rien à expliquer. Seul le silence le pousse et moi ? Mensonge encore, ne me poursuit pas Mensonge ... Mon esprit tourmenté par si peu de chose. Que sera la vie si un élément comme celui-ci me bouleverse ?

 

Confiance et préoccupations...

De la joie naît un dimanche, si gaie, si heureux ce dimanche. Le lundi procéda de cette manière, ainsi que le mardi. Mais mardi soir, non, la joie n'était pas là quand les amies appellent et vous transmettent leurs tristesses. On ne peut que s'attendrir.

Je pleure, c'est tout... Le Prince n'y était pour rien cette fois. D'ailleurs il était en grande partie la cause de ma joie. C'est seulement un de ses amis. Je ne me prenais plus la tête depuis quelques jours. « En quelques minutes tu a réussi à m'énerver, tu es trop maladroite ! », c'est ce qu'il a dit. J'ai vite fait le rapprochement. Après tout c'est le meilleur ami du Prince, j'étais perdue. Je tiens trop à lui pour le laisser partir à cause de ses amis. Je préfère pleurer, pleurer tout ce que je contiens plutôt que de devoir le laisser sur une impression. Non, tous mais pas lui. Pas lui, s'il vous plait, pas lui.

Cet ami est très particulier, méchant dans l'âme, au début on croit qu'il ment quand il le dit mais en fait non il l'est vraiment. Du moins c'est assez étrange, il ne l'est peut-être pas mais l'effet qu'il a sur le prince est assez déroutant. « Tu t'en prend a lui c'est comme si tu t'en prenais à moi. », ce sont ses propres mots. Je les ai relus tant de fois sur un de ses texto que maintenant j'ai peur. Et si son ami allait dire que je suis la pire de toutes, ne me parlerait-il plus ? C'est cela que j'ai peur, cet ami a tant d'emprise sur le Prince que je ne suis qu'une miette. Je me souviens encore de ce que l'on m'a dit à ce sujet : « s'il avait à faire un choix entre toi et son ami, tu ne ferais pas le poids... ». Donc j'aurais tous fait pour rien, pour en arriver à là ? Non je ne me laisserais pas marcher sur les pieds comme cela ! J'y tiens beaucoup trop pour me laisser faire maintenant.

Ça agit comme un poignard, on ne s'y attend jamais. Pourtant ça allait si bien ces temps derniers, c'était une ambiance bonne enfant que je ne comprend pas. On avait réussi encore à rire, je n'avais plus peur de dire tout et n'importe quoi car il était là. J'avais compris pourquoi je ne devais plus me prendre la tête. Au moins pour lui. Maintenant je comprends pourquoi il faut que j'arrête, pour les autres. Encore. Il existe des rêves qui persistent, ne s'envolant jamais, s'accrochant à ma peau comme des sangsues. Derrière il y a la réalité, elle aussi s'accroche tant bien que mal, et quand vous la délaissez trop dans vos rêveries elle revient plus forte que jamais sous forme de gifle. Il n'est plus étonnant que je doive partir. Je dois m'en aller loin, loin, très loin de lui, et ne jamais revenir.

Je n'avais pas eu tort de penser qu'il allait me parler de cette affaire. À peine le lendemain venu ainsi que le temps que je vienne lui parlé qu'il commence par dire : « je suis un peu énervé. » De ce fait j'ai cru que c'était de ma faute. Pas du tout.  Durant quelques minutes il n'a jamais autant dit de choses, on voyait derrière ces mots qu'il était contrarié par la chose. Au début j'en eu peur mais finalement plus tard, après en avoir parlé avec quelques amis, je remarquais qu'il s'était seulement confier à moi. Peut-être étais-ce seulement une colère passagère, mais ce fut à moi qu'il répéta : « je suis sûr que tu sais ». Ce petit morceau de phrase peut paraître insignifiant, pourtant je m'amusais à le décortiquer et à le découvrir. Chaque mot avait son importance. Il pouvait signifier qu'il était sûr de ma pensée, comme un devin. Ou bien encore qu'il était convaincu que pour une fois j'avais le même avis que lui. Dans tous les cas il avait tort. Bien que je ne lui aie pas dit je n'étais pas tout à fait d'accord avec lui. Je restais de glace devant tant de colère mais surtout de surprise car ce fut la première fois qu'il osait m'avouer sa colère. Dire qu'il répétait sans cesse qu'il ne s'énervait jamais. J'en souris encore aujourd'hui.

Pourquoi ma mère ces temps-ci est-elle plus colérique ? Je ne comprends pas, une mère peut-elle dire de son enfant que c'est un monstre. Peut-elle le comparer à un autre de ses enfants ? Encore peut-elle prétendre le bonheur de son enfant. Je n'ai rien fait, dans tous les sens de la phrase. Je me fais crier dessus pour si peu. Crise de l'adolescence et toutefois je ne demande que la tranquillité. Je me fais crier dessus. Elle insiste encore et encore. J'ai beau pleurer, demander d'être tranquille et elle continue. Pourquoi ? Une mère se doit d'être une mère. Réconforter quand il le faut, aider s'il le faut mais enfoncer ... loin de là. Chaque jour se voir traiter d'hypocrite, de méchante et de monstre. Quoi répondre à cela ? Il ne reste que le besoin constant de vouloir partir loin de cet endroit. Loin de tous cela. Loin de ses fausses contraintes et de ses efforts qui ne paient pas. Parfois je me dis que je ne devrais rien essayer. Il y a eu des tentatives, comme la fête des mères où les cris et la colère ont remplacé les sourires et les remerciements. Alors que j'avais toujours ce bouquet de roses entre mes mains, je tremblais un peu et osais un petit « bonne fête maman ». Toutefois je ne pus m'empêcher quand je fus rentrée dans ma chambre que de fondre en larmes. Je pensais bien faire, je ne croyais pas qu'elle allait fondre sur moi comme un vautour sur sa proie. Et de suite comparer mon pauvre petit bouquet de rose aux cadeaux volumineux de mon frère. Est-ce une mère qui ferait cela ?

C'est dans ces moments-là qu'on se pose des questions sur son existence. Mais « mon dieu » si elle pensait vraiment tout cela, qu'est-ce que je fais ici ? Elle pourra toujours essayer de dire que la plus malheureuse de nous deux c'est elle, mais alors pour qui je pleure ce soir ? Comme elle le dit si bien, je reste désespérément une gamine pleurnichant car on vient de casser sa poupée préférée...

Des jours particuliers

Il fut un jour, il y a de cela un an et la décision fut prise. La décision se devait de dire ce que je pensais au très cher Prince des Excuses. Ce jour était un mardi, c'était il y a tout juste un an. Un mardi 31 Mai si je ne me trompe pas. Un an après il y a une chose qui n'a pas changée. Il y en a d'autres par contre qui ont beaucoup changé. Comme notre comportement. Maintenant on se parle un peu plus. Bon autant dire qu'on se dispute pas mal aussi. Mais on a réussi à changer, à être autrement ensembles ou séparés ça dépend des situations. Un an après je me souviens. Je me suis retrouvé dans la même salle que la dernière heure de cours. Je me suis retrouvé à la place où il était. Ce jour-là je n'écoutais pas mon professeur réciter sa leçon. Je divaguais dans mes rêves ou dans un passé. Je revoyais cette journée comme si je m'y retrouvais. Mais le moment fatidique arrivait, je me souvenais de ma silhouette qui cherchait dehors encore les mots pour lui dire. Et quand ce fut dit, sur ses lèvres il fit glisser un « désolé ». Oui je m'en souviens très bien. Puis après, je suis partie, je me suis enfuie. Très vite je l'ai vu disparaître lui aussi. La suite vous la connaissez, c'est là que tout a commencé.

Toutefois un an après je me demande ce qu'il aurait dit ensuite si j'étais restée. J'eu au moins le prestige d'être félicitée quelques temps plus tard...

Mais revenons au présent, le passé me donne le tournis. Donc en ce jour d'un an après, rien ne se passa. Et pourtant longs furent les regards et les pensées cachées. Ainsi que le soir, muets comme jamais. On se demande bien ce qui se passait de chaque coté de ces écrans. Je laissais la journée se terminer, rien ne se passa de plus, rien que des silences comme d'habitude...

Puis ce fut la fin des cours, il fallait admettre que cette année avait été riche en émotions. Je me demande ce que me réservera l'année prochaine. Tout du moins au lieu de parler de futur, restons un peu dans le présent. Je me souviens de ce dernier jour, nos deux classes avaient fini à la même heure. Quinze heures de l'après-midi. Ce jour-là il y avait un très beau soleil et j'avais envisagé avec une amie de profiter de notre après-midi en faisant du roller. Nous avions invité quelqu'un d'autre pour nous amuser encore un peu plus. Je me rappelle que j'avais eu peur dans une descente. Je me répétais que j'allais tomber mais au final je me suis rattrapée à un mur. Par la suite nous avons vu la descente qui nous attendait et nous avons préféré enlever nos rollers et remettre nos chaussures. Nous devions descendre au terrain de foot au bord de la Marne où nous y attendaient deux, trois amies. Elles devaient bien s'embêter car au terrain il n'y a que les gars qui jouent. Nous sommes donc descendus tranquillement, avec notre excellent sens de l'orientation nous nous sommes même trompés de chemin. Toutefois nous savions qu'il fallait continuer à descendre jusqu'à apercevoir la Marne, de là nous allions à droite. Nous avons un peu tourné en rond avant de trouver le bon chemin, néanmoins nous rigolions bien toutes les trois. Quelques blagues étaient racontées, ainsi que quelques anecdotes. Je me souviens aussi que nous avons longé de magnifiques jardins, dont un où les roses étaient merveilleuses. J'étais enivrée par leur beauté que je ne pus m'empêcher d'en voler une. Elle sentait bon, d'un rouge éclatant me rappelant celle du jardin du Prince... Je l'ai toujours cette rose, séchée dans une boîte d'ailleurs elle porte toujours sur elle son parfum et sa beauté.

Nous avons continué notre chemin. Au bout de dix bonnes minutes nous étions enfin arrivées au terrain. Nous avons croisé quelques gars qui allaient se rafraîchir et ils furent surpris de nous voir. Dans le groupe je pus reconnaître le Prince des Excuses mais je cachais ma surprise quant à sa présence. Ensuite nous retrouvâmes les filles qui, en effet, s'ennuyaient un peu, et décidaient de repartir avec nous. Entre-temps nous avons un peu discuté, enfin plutôt elles discutaient. Moi je regardais dans le vague l'ombre du Prince en caressant légèrement la rose sur mes lèvres. Puis je la laissais tomber sur mon cou. Je recommençais comme cela pendant un bon bout de temps et je n'ai jamais su vraiment pourquoi. Après tout c'était le dernier jour tout était permis. Je savais qu'il allait me manquer pendant ces trois longs mois alors j'en profitais autant que je le pouvais. Oui, tant que je le pouvais... Puis nous sommes partis en petit comité et derrière moi je laissais le Prince jouer avec ses amis. J'eus une certaine rancœur à le laisser, sans lui avoir dit au revoir ni même bonnes vacances. Mais voyons la réalité en face nous ne nous parlons guère quand il y a du monde autour. Non, nous n'existions pas à ce moment. Seulement mes regards, quelques désirs cachés sans aucunes paroles...

 

Les peurs et la découverte

Comme je l'ai dit précédemment, ce fut le dernier jour de l'année. Cela annonçait deux choses. La première était mon entrée en terminal, ce qui dans un sens me faisait plaisir mais dans l'autre ne m'enchantait guère. La deuxième est les révisions pour le baccalauréat, mon premier véritable examen difficile. Oui, car le brevet n'était pas forcément quelque chose de difficile quand je le regarde maintenant. Je m'attardais déjà à faire un planning de révisions pour paraître des plus sérieuses, mais sans grande stupeur je n'arrivais pas à le tenir à la lettre. Entre le stress et la certitude de tout connaître, mon cœur balançait. Je réussis tout de même à réviser. Entre-temps les choses se peaufinaient sur un autre sujet. Souvenez-vous l'histoire des deux amis. Mon amie et celui du Prince des Excuses. Encore ce soir il me fallu prendre des pinces pour cette histoire. Je dois dire que je ne porte pas du tout dans mon cœur l'ami du Prince, je l'ai d'ailleurs répété à maintes reprises. Mais mon amie l'aime énormément, je ne sais pas si c'est de l'amour ou de l'amitié seulement je trouve qu'elle a tendance à lui pardonner un peu trop facilement. Ce soir-là elle n'accepta pas que je lui dise cela, pour elle tout allait très bien. Pour elle, elle avait eu raison de lui pardonner. Je crois que je lui fais de la peine en lui dévoilant un peu ma pensée. Je sais que c'est une fille intelligente, je sais également qu'elle peut être là quand il faut et quand on a besoin d'elle. C'est quelqu'un d'exceptionnel, vraiment. Et je n'accepte pas qu'une personne comme l'ami du Prince, lui crache dessus à ce point. C'est un personnage abject qui joue avec ses sentiments, se moquant derrière son dos de ses moindres attentions à son égard. Mon amie est très gentille, elle n'est pas naïve, toutefois je dois avouer que dans cette affaire je ne la comprends pas. Il a pourtant fait des choses horribles envers elle, elle s'était cependant mise en colère et avait juré qu'elle ne lui adresserait plus la parole. Pourtant elle l'a fait... Parfois je me revois un peu en elle. Je ne veux pas qu'elle fasse les mêmes erreurs que les miennes, je tiens trop à elle pour qu'elle se laisse faire à ce point. Je voudrais qu'elle réfléchisse à tout cela, puis vive sa vie en laissant cette « ordure » dans son coin. Elle n'a pas besoin de lui, pour le peu qu'il fait pour elle il ne la mérite pas... Et pourtant ce soir-là j'ai cru comprendre qu'elle préférait le croire plutôt que de m'écouter. Elle partit dans un semblant d'au revoir. Je sentais derrière ses mots que je l'avais blessé. Je voudrais qu'elle sache que ce n'était pas mon intention, je veux son bonheur autant que le mien car elle en a tellement fait pour moi. Elle a dévoilé en moi cette facette qui se cachait depuis trop longtemps. Même si tout devient froid je ferais mon possible pour la faire sourire car elle le mérite...

Le temps passaient puis revenaient les anciens et les perdus de vues. J'eus la possibilité de parler à mon poète quelques jours puis plus rien. Il m'avait semblé étrange à ce moment, sa délicatesse devenait trop gênante que je ne savais plus où me mettre. Enfin, il est parti je ne sais où, l'affaire est close. Ensuite il y eut mon ancien petit copain, en fait peu à peu il devient un grand ami, même si parfois il dit certaine chose me choquant un peu. Un soir il fut d'une tendresse à toute épreuve, je lui pardonna sa maladresse et nous avons continué à nous parler. D'ailleurs l'année prochaine il rentre dans mon lycée, et nous nous sommes dit que nous n'allions pas nous quitter. Pour s'amuser bien sur. Quelques temps plus tard je remarquais la présence de mon reflet, je me pris à un petit jeu sympathique avec lui. Nous parlâmes en vieux français, très distingué avec des mesdemoiselles par-ci et des messieurs par-là. Je dois avouer que j'aimais parler avec lui car plus nous trouvions des mots sympathiques à nous avouer plus nous nous rapprochions. Il faut avouer qu'il n'y a rien d'aussi beau que des phrases bien tournées. Il y avait tant de métaphores, de figures dans ce que nous disions que je me croyais dans un rêve éveillé. Une réalité parallèle avec seulement des mots tous cela ajouté à la nuit. Il était tard, je ne voulais pas dormir et lui ne voulais pas me quitter. J'étais heureuse, j'étais joyeuse de lire chaque mot qu'il tapait pour moi. La soirée continuait encore et encore. Même au moment où je tape je me crois encore près de lui à raconter en vers des journées entre nous... Il me ressemble dans tous ce que nous disons et m'apaise quand je ne vais pas bien. C'est un être exceptionnel, je ne remercierai jamais assez la personne qui nous a permis de nous rencontrer. Vraiment cet homme-là c'est une perle, une crème, un tendre à l'état pur, connaissant vraiment la valeur de chaque mot. S'en servant merveilleusement bien et me révélant quelques sourires quand je peux lire que pour lui même mes mensonges sont beau car ils sortent de ma bouche...

Mais il reste quelqu'un, bien sur, je laisse le meilleur pour la fin. Enfin le meilleur c'est très vite dit, seulement j'ai des choses à dires c'est tout. Le cher Prince des Excuses. Je ne me lasserai pas de l'appeler de cette sorte. Il porte si bien ce surnom même si maintenant j'apprends à mieux le connaître. Ami maintenant ? Cela ne m'empêche pas de découvrir quelques nouvelles facettes de sa personnalité. Je ne sais pas s'il a mûri depuis les deux ans que l'on se connaît. Probablement que dans sa tête les choses sont différentes toutefois je dois admettre certaines choses. Ce cher Prince se voile un petit peu voir beaucoup devant les autres. Il cache ses émotions ou alors montre un quart de ce qu'elles sont. Quand il est en colère il fait sa zen attitude. Quand il est triste ou déçue il ne montre rien. Quand c'est de la joie ou du bonheur il le montre à petite dose. Ce n'est pas un excessif seulement ces derniers temps il a apprit à se dévoiler un peu plus que d'habitude. Je ne sais pas par quel hasard et ce n'est sans doute pas seulement avec moi, enfin je n'en ai aucune idée. Toutefois il me dit plus facilement ce qui ne lui plaît pas, ce qui lui arrive, ce qu'il aime et tout ce qui s'en suit. Parfois aussi il s'inquiète enfin pas vraiment toujours à petite dose. Il donne l'impression que je veuille m'intéresser à sa vie, me la raconte quand il est de bonne humeur. Quelquefois il me dit même pourquoi il ne parle pas beaucoup, parce qu'il est contrarié ou qu'il est occupé. Et comme tout Prince des Excuses se respectant il trouve toujours une excuse à ce qui ne va pas. Je le taquine sur cela car je sais qu'il se cherche des raisons et il est mignon quand il fait l'enfant. Et maintenant quand je lui dit que j'ai une question à lui poser il ne me dit plus « non » comme avant. Il me laisse la poser et il répond, s'il le veut bien sur. Il reste un tant soi peu sincère avec moi et n'essaie pas de m'embrouiller enfin je ne crois pas. Il y a eu des moments où je me suis dise qu'il n'en faisait rien de moi mais on m'a vite fait changé d'avis en me répliquant : « il ne te répondrai pas s'il n'en avait rien à faire ». Cela lui était arrivé il y a de cela quelques semaines, il partait sans dire au revoir. Maintenant il s'excuse quand il doit s'absenter, cela lui arrive de s'expliquer. Toutefois il n'a pas laissé tomber sa façon de partir.

Peut-être pourriez-vous prendre cela pour de la paranoïa ou alors tout simplement de la naïveté. J'aime seulement l'idée que tout deux, en cette année, nous avons beaucoup changé...

Une fille en sucre ?

Maintenant se pose à moi la question : suis-je vraiment faite de sucre ? Après tout je pense que toutes les filles le sont mais à leurs manières. Il y a des sucres doux et parfois même des sucres amers. Mais qu'est-ce vraiment une fille en sucre ? C'est une fille un peu naïve, selon son degré elle l'est plus ou moins. Une fille qui découvre ses erreurs, les réitèrent mais les reconnaît. Elle apprend à connaître son adversaire avant de partir en courant. C'est aussi une fille pleine d'espoirs et de volontés qui sont les moteurs de la vie. Elle rit comme elle le peut, pleure à ses émotions qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Car les larmes ne s'assignent ni à la tristesse ni à la joie, c'est une façon différente de présenter son cœur autrement qu'avec des mots. Elle vit au jour le jour car une fille en sucre à peur du temps, elle ne veut pas grandir, elle veut vivre aujourd'hui sans penser à demain. Elle est triste, souvent, selon ses histoires. Joyeuses près de ses amies parce qu'elle préfère les voir rire autour d'elle plutôt que préoccuper par ses problèmes. Voila une fille en sucre c'est toutes les filles à la fois. Ce sont toutes les adolescentes qui lieront ces lignes, car chacune d'elles, peu importe le passage, elles se retrouveront. La fille en sucre, c'est la fille universelle. Ce n'est pas seulement moi, c'est toutes ses amoureuses qui attendent des réponses. Ce sont toutes ces solitaires n'en pouvant plus d'êtres seules. Ces meneuses de bandes riant à gorge déployée et sachant que la vie est courte et qu'il faut en profiter.

Quoique la fille en sucre que je vous ai parlé ici est devenue au fil du temps un caramel. Tout le monde change. Et le sucre quand on le tient trop devient caramel, c'est tout aussi meilleur. Ce sont tous ces personnages qui l'ont transformé en cette gourmandise, toute seule elle ne serait peut-être rien devenue ...

 

Deux ans plus tard, les langues ont parlées. Enfin surtout celle du Prince. « J'ai en horreur de cette fille, elle m'a toujours fait pitié ». Ainsi je ne saurais dire si ce fût par jalousie ou par vanité, car aujourd'hui je ne suis plus si seule et perdue. Merci à vous.


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Mis à jour ( Mercredi, 24 Février 2010 22:23 )  

Alice Killy a rejoint la communauté des auteurs de jesuisecrivain.com le Dimanche, 21 Février 2010.