Le Chemin des Demoiselles (L'ELYSEE)

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On était en 1905, et, prendre le train à cette époque relevait encore de l'expédition et quand ce train vous emmenait à Paris et qui plus est à l'Elysée, il y avait de quoi enfiévrer l'imagination d'une petite fille.
Là-bas son parrain, cousin germain de paul les attendait, occupant dans les bâtiments réservés au personnel un appartement de fonction. Il était responsable des portes et se promenait en permanence avec un énorme trousseau de clés qu'il portait en sautoir, et qui accompagnait ses pas en tintinnabulant.
Avant de se coucher, pour la énième fois, Philomène vérifia si tout était fin prêt pour le départ. Dans un panier fermé par un couvercle, bien roulés dans un grand torchon blanc, elle avait serré un gros pain de campagne, des tranches de jambon cru, des oeufs durs et du fromage.
A côté, se tenait une valise en vannerie, cadeau de ses parents qui avait contenu les pièces les plus fines de son trousseau de jeune mariée. Posée dessus, la poupée chiffon de Marie-Louise attendait, elle aussi le départ, car sa jeune maman ne se séparait jamais d'elle.
Au petit matin, Paul attela Lisette leur jument pommelée folette et peureuse qui serait confiée ensuite à Albert, le cantonnier qui l'attelait régulièrement pour emmener les détritus hors du village dont Paul était le maire.
Ils pârtirent enfin à la gare distante de trois kilomètres. Pour ce grand évènement, toute la famille s'était endimanchée, aussi les recommandations pleuvaient-elles sur Marie-Louise, car il fallait faire honneur à parrain qui côtoyait tant de personnes élégantes. Mais c'était compter sans les aléas du voyage.
Sur le quai de la gare, l'excitation de Marie-Louise fut à son comble quand à l'horizon un point noir apparut, il grossit rapidement et l'enfant apeuré se réfugia entre les plis de la robe de sa mère, le sifflet de la machine retentit et le train freina dans un grand chuintement de vapeur.
Vite, ils s'engouffrérent dans un wagon de troisième classe et eurent la chance de trouver un compartiment vide. Assise sur la banquette inconfortable, Marie-Louise regardait défiler le paysage bouche bée, car elle ne connaissait que l'environnement de son village natal. A chaque arrêt, elle demandait qu'on lui ouvrit la fenêtre pour admirer le chef de gare avec sa casquette galonnée et son drapeau rouge, qui annonçait le nom du bourg avec un accent de terroir, et ce train s'arrêtait très souvent.
Chaque départ la faisait se cramponner à la fenêtre et au fil des kilomètres, le minois de la petite se maculait de poussière de charbon. Ses parents la laissaient faire, enclins à l'indulgence, étant eux-mêmes enchantés par le voyage. Bref ! un climat d'euphorie régna dans le compartiment tout au long du parcours. Seule, une escarbille intempestive dans l'oeil de l'enfant incita celle-ci à rester plus sagement assise et bientôt, bercée par le roulement du train et malgré le bruit infernal de ses boogies, elle s'endormit allongée sur la banquette, la tête posée sur les genoux de sa mère
-Marie-Louise, réveille-toi nous arrivons !
Emergeant lentement de son profond sommeil, elle aperçut un réseau de rails d'acier qui s'enchevêtraient et semblaient ne mener nulle part. Dans un grand fracs, le train en croisa un autre et la fit se rejeter en arrière dans un mouvement de peur. Au bord des larmes, elle découvrait un monde hostile. Le train ralentissait et s'engageait entre deux murs gris surmontés de hautes maisons lépreuses dont les fenêtres ouvertes laissaient apercevoir des femmes s'activant au ménage et des enfants au visage pale.
La petite campagnarde qu'était Marie-Louise, bien plantée sur ses jambes dodues et aux joues de pomme d'api, les trouva laids et espiègle, sortit en leur direction une langue rose en louchant abominablement. L'arrêt brutal du train la surprit et la déséquilibra.

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Mis à jour ( Mercredi, 17 Février 2010 13:35 )  
Auteur de cet article : roudoudou