Il était sur la chemin du retour, du retour aux sources, du retour à la vie. La vraie vie , celle dont rêve tout le monde, enfin... la vie dont parle les magazines. Celle dont parlent les écrivains dans le vent. Cette vie remplie de coke et femmes vénales.
Mais avant ça il était sur le chemin du retour chez lui, dans un vieil appartement de la banlieue sud de Paris. Comme souvent ces temps ci, il était plus de 4 heures du matin, et il titubait dans les petites rues éclairées par un lampadaire sur 2. Il n'y avait personne dans les rues bien sur. A cette heure les âmes errantes sont seulement ceux qui n'ont plus rien: plus leur lucidité en tout cas, ou plus d'alcool, ou peut être des 2. Il rentrait donc chez lui, d'une soirée comme il en a passé tant: à boire du whisky comme on boit de l'eau, et de la bière pour se rafraîchir le gosier.
Bref il sortait de chez Gil, qui habitait lui aussi un box dans l'une des cages à poules qui parsèment la banlieue française. La banlieue est un endroit qui nous poussent à y rester. Je m'explique, vous pouvez faire vos courses dans le Franprix d'en bas, acheter: cigarettes, loto ou jeux à gratter dans le tabac situé face au Franprix, acheter votre pain tout à coté dans la boulangerie qui vient d'ouvrir: propriété d'un couple de maghrébins, qui vous propose d'acheter du Mecka Cola. Vous n'avez donc aucune raison de la quitter cette citée. Vous pouvez aller voir le dealer de votre cage d'escalier pour à peu près tout ce qui existe. Il paraît qu'un jour un homme est venu voir l'un de ces « donneurs » pour lui demander s'il n'avait pas des battons de dynamite qui seraient tombés du camion comme il est bon de dire quand quelque chose est volé. Et bien croyez le ou non mais peu de temps après une supérette était cambriolée et les vandales se sont introduisent grâce a de la dynamites...
Gil était français issu de la diversité, entendez par là qui avait des parents guyanais. Ce qui théoriquement parlant ne posait aucun problème! Théoriquement seulement car pour un employeur, un propriétaire ou simplement un agent assermenté il était potentiellement un bandit qui ne payerait pas son loyer ,abandonnerait son poste au premier conflit ou n'aurait pas validé son titre de transport. Bon d'accord il avait déjà fait tout ça mais ce n'est pas pour autant qu'il fallait le mettre dans cette case. Gentil par nature il s'était fait avoir plus d'une fois, par un peu tout le monde, mais ce n'était que vengeance car son passe temps favoris était d'avoir plus en faisant moins. Il aimait, ou en tout cas le faisait souvent, avoir plus que les autres même si pour cela il faillait arnaquer quelqu'un. Normalement quelqu'un comme lui dans une cité ne fait pas long feu, mais par chance il n'arnaquait jamais les dangereux. Il avait travaillé pour une boite de prothèse auditive; le patron voulu le lorsqu'il découvrit que Gil téléchargeait illégalement des oeuves protégées, à tout va avec le matériel de l'entreprise. Ni une ni deux Gil pris ses clics et ses clacs et disparut de la vie du patron. Tout cela pour dire qu'il lui est arrivé pas mal de galères. Mais le temps viendra ou l'on fera plus ample connaissance avec Gil.
Pascal, lui aussi était issue de la diversité, mais lui ses parents étaient nés sur l'île de la Réunion. Un endroit comme il en existe peu, où les gens d'horizons différents cohabitaient bien plus que dans beaucoup d'endroits et ce depuis longtemps. Il n'y avait jamais de problèmes ethniques comme en métropole, jamais d'enlèvements a relents antisémites. Il y avait juste des problèmes avec des gens cons, normal puisqu'il y a proportion égale des cons partout. La Réunion est une île située dans l'océan Indien, au sud est de Madagascar, et proche de l'île soeur: l'île Maurice. Dans les villes on entendait aussi bien les cloches des églises que les appels à la prière, ou encore les tamtams en l'honneur de Shiva, sans que cela pose le moindre problème aux riverains.
Pascal rentrait donc chez lui bourré comme souvent , mais ce soir avec une meilleure raison que d'habitude. Il venait de recevoir une réponse enfin positive à ces tentatives désespérées d'être publié. Pascal était l'un de ces nouveaux grattes papier d'Internet, il pensait que parce que son blog était lu par environ 100 personnes par jour, translater vers une version papier ses névroses serait chose facile, mais c'était totalement faux. Il avait envoyé 45 copies, autant d'accusés de réception et autant en équivalents timbres à tout ce que Paris contenait d'éditeur, de journaleux ou encore de gens qui connaissait quelqu'un qui connaîtrait quelqu'un qui pourrait en parler à un éditeur, sans que personne ne lui réponde même pas une lettre type genre « Nous avons prêté une grande attention a votre manuscrit, Monsieur/ Madame, mais nous sommes dans le regret de vous faire savoir que vous ne correspondez pas à la politique de notre ligne éditoriale ».
Aujourd'hui donc, en fait tout commença 6 mois plutôt, lors d'une soirée. Pascal discutait le bout de gras avec une fille qu' il aurait bien voulut se faire ce soir. Donc il sortait l'artillerie, il lui disait tout ce qu'elle voulait entendre.
Lorsqu' à un moment de la discussion/ monologue, une autre jeune femme lui dit: « Je t'entend parler depuis tout à l'heure, tu ne serais pas écrivain, ou un truc comme ça? » « parce que ce que tu dis depuis tout a l'heure c'est exactement le genre de chose que mon chef rédac recherche ».
Ce genre de soirée saoulait Pascal dans tous le sens du terme. Tout d'abord l'hôte de la soirée l'énervait au plus au point mais comme dans beaucoup de soirée on ne voit l'hôte que très peu de temps, il s'en accommodait bien. Et puis il s'imbibait d'assez de vapeur éthylique pour qu'il ne se souvienne plus de rien le lendemain. Il s'alcoolisait si bien lors de ces soirées que certaines personnes avaient peur de l'inviter pour ne pas qu'il fasse honte à leur soirée « si réussie ». Non pas que Pascal avait l'alcool mauvais, il ne se battait jamais, ne frappait jamais personne mais il avait une gestion gastrique plus que douteuse. On pouvait dire qu'il tenait l'alcool mais pas longtemps. Il avait la fâcheuse tendance à trop s'impatienter avant ces soirées et donc commençais à boire trop tôt et surtout ne mangeait pas assez.
Beaucoup de personnes en banlieue, surtout celles qui n'ont pas les problèmes inhérents aux citées dortoirs; pensent qu'ils sont au dessus de tout cela. Mais tout le monde est dans la même merde. Que l'on ait des parents cadres ou chômeurs une fois qu'on habite à Créteil ou a Villiers-le-bel on est tous dans la même merde car ce qui fait les gens ce n'est pas la couleur ou la catégorie socio- ethnologique mais c'est ce qu'on a dans la tête. Et la plupart des gens qui vivent dans ces banlieues ont le même béton dans la tête. Parce qu'ils ne vomissent pas après voir bu , ils pensent qu'ils tiennent l'alcool mais Pascal lui savait que ce n'était pas seulement une logique de renvoie, mais plutôt un cas de légitime défense. En fait le corps réagit plutôt bien à l'absorption d'élément extérieur, lorsque l'organisme rencontre l'éthanol contenu dans le whisky, il le combat en faisant tourner la tête du propriétaire. Le béton contenu dans la volonté de se défoncer était proportionnelle aux nombres d'années passées dans le béton.
Pascal avait attendu ces mots depuis longtemps, trop longtemps. Il regarda la jeune femme qui venait vers lui et en oublia presque celle avec qui il discutait encore trente secondes auparavant. « Tu ne sais certainement pas à qui tu dis ça? A un écrivain raté! A un mec qui veut réussir mais qui ne s'en donne pas les moyens » « Mais c'est justement pour ça que je te dis ça , donne moi ton numéro et je le transmet à Dieudonné: c'est le rédac chef. » « Les écrivains ratés font de très bon bloggueur ». Cette jeune femme transpirait le charisme. Elle avait cette laideur qu'on ne voit pas, un visage imposant mais surtout qui en imposait. Elle avait voyagé dans des pays qu'aucun guide ne décrivait . Elle avait étudié des sujets auxquels personne ne s'intéressait, et écrivait pour un site que personne ne lisait. Le problème avec les articles 2.0 ce sont les gens qui les écrivent, car tout le monde peut les écrire, et personne ne peut vraiment les critiquer. Le seul intérêt qu'on peut vraiment leur trouver c'est de rassembler les courants de pensés. Les gens pour et les gens contre.
Mais ce qu'elle lui disait là, c'était une porte vers le monde où il voulait vivre. Une porte vers un monde, ou il serait enfin à sa place. Mais il fallait bien sur qu'il fasse ses preuves, qu'il montre qu'il était capable de retenir l'attention du surfeur lambda, submergé par un flot ininterrompu d'informations et d'articles plus affolants les uns que les autres. Et tout ça ne serait pas chose facile car il fallait sortir de l'ordinaire sans faire dans le hors norme.









