CHRONIQUES TRÉPIDANTES DES TRIBULATIONS
D’EUPHROSINE
Euphrosine était une jeune brebis de race mérinos qui vivait chez des humains Atacama, dans un village chilien perdu entre deux canyons tous proches du volcan Licancabur, au beau milieu de la Cordillère des Andes. Comme tout bon mérinos qui se respecte, Euphrosine allait faire ses besoins deux fois par jour, et pendant ce temps (la réputation des mérinos étant ce qu’elle est), elle en profitait pour réfléchir à sa vie. Un beau matin, pendant sa défécation bi-journalière, elle eut un éclair de lucidité, et se rendit à l’évidence : elle s’emmerdait ferme dans ce patelin isolé, ce qu’on pouvait aisément comprendre. En effet, il n’y avait pas de télévision, ni Internet, et encore moins de centre commercial… Décidant qu’elle avait suffisamment perdu son temps à ne rien faire de très enthousiasmant, elle prit sa seule possession, à savoir un manteau en laine longue et fine, qui procurait une chaleur douce. Ainsi équipée pour affronter le froid piquant d’altitude, elle profita d’un moment d’inattention des humains pour filer à l’anglaise et partit à l’aventure.
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Mais étant donné que j’ai autant d’inspiration que Bernard Minet pour les paroles de génériques des dessins animés japonais sous le règne de Dorothée, je vais faire une petite pause. Allez, un petit café pour la dame ! Voilà, ça va mieux !
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Alors, où est-ce que j’en étais ? Ah, voilà ! Donc, Euphrosine partit dans le froid, à la recherche de la vie, la vraie. Elle crapahuta ainsi plusieurs heures sur des sentiers poussiéreux, et lorsque le soleil fut au zénith, elle aperçut le hameau de Rio Puritama, qui se composait de trois maisonnettes délabrées et une auberge à l’aspect miteux, nichée au creux d’une falaise abrupte : La Taberna del Perro que Tiene Flatulencias, autrement dit La Taverne du Chien qui Pète.
Elle s’approcha, jeta un coup d’œil par la fenêtre pour vérifier si cet établissement était fréquenté. Comme elle était fugitive, elle ne voulait pas se faire repérer et courir le risque de devoir retourner dans son village aussi vite, c’eut été dommage de ne pas profiter de sa liberté fraîchement acquise. Rassurée par le fait qu’il n’y avait que deux paysans à l’air inoffensif, le reste de la clientèle étant surtout composée d’ovins divers, Euphrosine récupéra son œil, et décida d’entrer. Après tout, elle avait bien mérité une petite pause après cette longue marche, et avait besoin de se restaurer un peu.
L’intérieur de la taverne fleurait bon le foin propre, c’était déjà ça, pensa la brebis. L’aubergiste était un homme ventripotent, sans âge, au teint buriné par le soleil d’altitude. Son visage rocailleux était si ridé et tanné par le soleil qu’il ressemblait à la voix de Ray Charles. De plus, sa pilosité était presque aussi abondante que celle d’Euphrosine. En somme il n’était pas très distingué, mais dégageait un sentiment de sympathie et de bonhomie.
Le tenancier salua chaleureusement la brebis.
- Alors, mademoiselle, qu’est qu’on vous sert ?
Il aimait parler de lui comme s’il était plusieurs personnes, et vu sa corpulence, ça paraissait tout à fait logique. Euphrosine lui répondit :
- Eh bien j’hésite, je prendrais bien une Bloody-Mary. Vous auriez ça ?
Le patron lui répondit tout aussi aimablement :
- Oh oui ma p’tite dame, vous z’inquiétez pas ! Et une Bloody-Mary pour la jeune fille !
Le patron s’exécuta, pendant qu’elle s’attablait dans un coin sombre au fond de l’établissement, pour s’isoler du reste de la clientèle plutôt jovialement bruyante, ou l’inverse.
L’un des clients, Euphrosine ne put distinguer tout de suite s’il s’agissait d’un homme ou d’un ovin, bêlait telle une chamelle colito-néphréticaire ayant ses chaleurs bi-mensuelles, tellement il était ivre. Il s’écria à la cantonade, sans raison apparente.
- Je m’en tamponne la coquillette avec une ventouse ! Et pis, postillonna-t-il en direction d’Euphrosine, Allez vous faire empapaouter chez les Grecs !
Sur ces bonnes paroles, il tituba et dégobilla sur les chaussures du patron de l’auberge, qui était la seconde précédente, occupé à apporter le cocktail qu’avait commandé notre héroïne…
- Ah, tiens, le voilà le Baklava ! s’écria le voisin de table de l’individu saoul, qui était un peu moins atteint, reluquant les rejets gastriques de son compère.
Pendant ce temps, l’aubergiste concentrait très fort ses chakras pour ne pas exploser son acrimonie à la face lunaire du client gerbeur, qui, en définitive, s’avérait être un homme : les ovins tiennent beaucoup mieux l’alcool, c’est bien connu…
Devant une halitose aussi prononcée, autrement dit l’autre pochard avait une telle haleine de chacal, Euphrosine préféra la fuite à la bagarre générale qu’il avait engendrée contre l’aubergiste, mais prit tout de même le temps de saisir sa Bloody-Mary qu’elle n’avait pas encore siroté : sa maman lui a toujours dit qu’il ne fallait pas gâcher. Et elle sortit en vitesse de l’auberge.
Pendant qu’elle se remettait de ses émotions, Euphrosine tira les conclusions de cette mésaventure : il n’y avait en réalité aucun chien dans cette auberge, et encore moins de chien atteint de météorisme ; et justement, cette réflexion lui remémora que c’était le moment de sa défécation bi-journalière. Alors elle s’éloigna de la taverne, alla à quelques dizaines de mètres de là, où se trouvait un bosquet bucolique. Comme Euphrosine était pudique, quand même, elle se cacha derrière un imposant liquidambar, s’affaira à creuser un trou peu profond, s’accroupit et sirota tranquillement sa Bloody-Mary en attendant que ça vienne. Après une pétarade gastrique endiablée, elle reprit son chemin.
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La route était sinueuse et promettait un voyage tout sauf monotone. Euphrosine croisa pas mal de monde : des hommes tirant une charrette de chevaux - elle se demanda quel était ce peuple qui ne s’était pas soumis à l’humain - et des troupeaux d’ovins menés par des hommes.
Plus loin, elle évita de justesse une zone de sables mouvants grâce à l’intervention inopinée de poules auto-bloquantes sauvages qui passaient par là. Par chance pour notre héroïne, ces insolites gallinacés se déplacent exclusivement en groupes de treize. Elles se posèrent de manière tout à fait spontanée tout près de Euphrosine, accolées les unes aux autres. Les poules formèrent ainsi une sorte de petite allée qui permit à la brebis de s’extirper du piège des sables mouvants. Décidément, ces gallinacés étaient plein de ressources. Euphrosine s’éloigna rapidement de cette zone, et se dit que, bon sang, il y avait quand même du passage sur cette route, et que les services départementaux devraient signaler ce danger correctement, sinon d’autres se feraient piéger comme elle et n’auraient pas forcément la chance de tomber sur un groupe de poules auto-bloquantes !
Après toutes ces émotions, notre brebis préférée décida qu’après une telle journée, il était temps de se dégotter un abri où elle pourrait reprendre des forces. La nuit tomba sur la Cordillère des Andes, très abruptement, toutefois sans faire aucun bruit.
À quelques enjambées de là s’ouvrait une vaste grotte à flanc de falaise. Après avoir effectué une vérification oculaire, la cavité naturelle se trouvait être vacante, et la brebis se dit que ça ferait bien l’affaire ; elle allait enfin pouvoir se reposer et se remettre de cette première journée de indépendance. Euphrosine pensa à toutes les péripéties qu’elle venait de vivre aujourd’hui, et se fit une réflexion tout à fait péremptoire : elle venait de vivre bien plus de choses en une seule journée que pendant toute sa jeune vie chez les humains Atacama, ce qui n’est pas peu dire.
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Dans un recoin de la large caverne, Euphrosine aménagea une couchette formée d’un matelas de feuilles, de mousse et d’herbes sèches glanées aux alentours, qui, détail pratique, pouvait aussi éventuellement lui servir d’en-cas pour fringale nocturne. La jeune brebis était éreintée, et ne prit même pas le temps d’admirer les œuvres d’art pariétal inestimables ainsi que les magnifiques gravures précolombiennes dont les murs étaient ornés. Elle tourna trois fois sur elle-même, se cala et se coucha, les papattes recroquevillées sous elle.
Allez, bonne nuit.
- Bonne nuit à toi aussi ! lui répondit-on. Euphrosine bondit de surprise. Mais qui pouvait bien être entré là sans qu’elle ne s’en aperçoive ? Dans la pénombre, elle écarquilla les yeux, et distingua, après un moment de flou, un énorme animal dont elle n’arrivait pas à reconnaître l’aspect.
- J’espère que je ne te gène pas, dit l’animal. Je ne tiens pas à dormir dehors, à découvert, par ici c’est infesté de poules auto-bloquantes et j’ai une sainte horreur de ces bestioles-là, elles sont vraiment trop bizarres et elles n’ont pas de mains…
Euphrosine resta sans voix quelques instants et reprit ses esprits.
- Bon sang de bois, mais qui êtes vous, et comment se fait-il que je ne vous ai pas entendu passer à côté de moi ?
- Elle n’en croyait pas ses yeux aux pupilles rectangulaires, tenta de se frotter les paupières, mais comme elle n’avait pas de mains et des pattes avant peu souples, elle abandonna l’idée.
- Eh bien, je me présente, dit l’autre, je m’appelle Rico et je suis le plus gros cochon d’Inde du monde.
C’était peu dire. A lui tout seul, Rico remplissait amplement les deux tiers de la grotte, et pourtant, c’était incontestablement une grande grotte, du moins, du point de vue d’Euphrosine ! En tous cas, le cochon d’Inde n’avait pas été surpris par la présence de la brebis dans l’abri gagné par l’obscure nuit, puisqu’il était nyctalope. Évidemment, il pouvait faire le malin, pensa Euphrosine.
Un peu réticente au départ, la brebis accepta finalement d’avoir un colocataire pour la nuit. Et à la rigueur, elle préférait nettement ne pas être toute seule, après réflexion : c’était toujours plus rassurant pour une demoiselle d’avoir une présence masculine, surtout qu’elle ne connaissait pas du tout la région, qui était à coup sûr peuplé d’animaux sauvages et par extension, dangereux pour une jeune brebis sans défense.
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Alors pour passer le temps ils firent connaissance, puisqu’il fallait qu’ils partagent le même refuge. Rico lui raconta son histoire : il s’était échappé de chez des humains, tout comme Euphrosine, mais ils n’avaient pas vécu la même vie. Elle s’était ennuyé ferme à produire du lait et de la laine, ce qui n’avait nécessité aucun effort de sa part ; tandis que Rico avait été retenu prisonnier et exploité comme bête de foire dans un cirque sordide, grâce ou à cause de ses mensurations peu habituelles, ce qui est un euphémisme.
Le paternel de Rico, tout comme son propre père, et le propre père de celui-ci, avait un temps été couvreur dans sa jeunesse, ce qui signifie qu’il vendait des alibis. Un beau jour, il décida de prendre sa vie en main, reprit des études et embrassa une carrière de scientifique ; tandis que sa chère maman, elle aussi attirée par les sciences dès le plus jeune âge, était une tortue géante. C’est assurément de là que lui venaient ses dimensions improbables.
Ses parents s’étaient rencontrés à Prairie du Chien Town, une sympathique bourgade du Wisconsin (U.S.A.), alors qu’ils fréquentaient le même lycée. Ils avaient eu immédiatement le coup de foudre l’un pour l’autre, malgré leurs différences sociales mais pas seulement. Alors un beau jour ils décidèrent de quitter le cocon familial pour convoler en justes noces, qui furent célébrées dans une des nombreuses chapelles drive-in de Las Vegas, par un prêtre déguisé en Capitaine Kirk et en présence d’un danseur transsexuel qui avait un faux-air de Kirk Douglas, et d’une jeune touriste indienne en guise de témoins. La fête fut accompagnée par un groupe de trompettistes Mariachis qui jouèrent « Should I stay or should I go » des Clash (le tube de cette année, 1982) pour l’occasion. Ce fut une cérémonie très émouvante et originale.
Ils partirent en voyage de noces au Chili immédiatement après la célébration, au volant d’une DeLorean flambant neuve, mais les amants eurent un accident causé par une marmotte suicidaire qui s’était jetée du haut d’une falaise qui donnait, par un hasard fabuleux sur la route qu’ils empruntaient. Comme leur véhicule était hors d’état de nuire, ils décidèrent de continuer à pied jusqu’à Santiago de Chili - ce qui leur prit deux cents trente six jours et dix sept heures - où il s’installèrent. Quelques mois plus tard, de leur belle union naquit Rico. Tous trois vivaient heureux dans leur yourte à Santiago de Chili, mais c’était avant le drame…
Un beau matin, à la veille de leur départ pour l’Alaska où ils devaient participer à une obscure expédition scientifique, les parents de Rico tentèrent pour la dixième fois l’expérience inédite de la sublimation d’une pomme de terre de type Binche, c’est à dire de faire passer le tubercule d’un état solide à gazeux. Cet essai, s’il avait réussi, leur aurait permis d’obtenir des publications dans les plus prestigieuses revues scientifiques du monde, et les aurait mené à une carrière internationale. Même si l’expérience en elle-même semblait tout à fait sans intérêt médical, ni alimentaire au commun des mortels.
Par malheur la volatilisation du tubercule tourna à la catastrophe et ils furent, ainsi que leur maison et tout ce qui se trouvait dans un rayon d’une centaine de mètres, atomisés aux quatre vents. Rico était parti chez un camarade de classe afin de réviser son examen de littérature précolombienne qui comptait triple pour son examen final, et échappa heureusement à ce malencontreux accident.
Effondré, bouleversé, le jeune cochon d’Inde décida d’abandonner ses études secondaires et de quitter sa ville natale pour partir à la découverte du continent sud-américain. Mais la tragédie de la disparition de ses parents l’avait affaibli mentalement, et il fut enrôlé de force dans un cirque miteux tenu par un escroc notoire, accro aux sardines à l’huile, ce qui aurait dû tout de même lui mettre la puce à l’oreille. Finalement, grâce à l’aide précieuse d’un de ses compagnons d’infortune, un lanceur de poignard dénommé Tito, Rico et cet homme avaient réussi à s’échapper du cirque au bout de quelques semaines.
Euphrosine resta sans voix pour la deuxième fois de l’histoire. Elle était très impressionnée et troublée par la biographie de Rico ; en effet, sa propre histoire était nettement moins dramatique et palpitante.
Sa mère était crémière et troquait avec les humains du village ses fromages produits par son propre lait, ainsi que sa laine. En retour elle était nourrie, logée, blanchie, ce qui était un échange de bons procédés, au final. Euphrosine n’avait toutefois jamais connu son paternel : d’après sa mère, quelques années auparavant il l’avait lâchement laissée s’occuper seule de la petite agnelle qui n’était alors qu’un nourrisson, pendant qu’il sillonnait le monde pour pratiquer son métier de taxidermiste, c’est à dire dermatologue ambulant.
Il avait décidé d’émigrer pour exercer sur le vieux continent, car les perspectives de carrière n’étaient pas réjouissantes en Amérique. Il faut dire que l’annonce de sa paternité avait un peu précipité sa décision de s’expatrier. Un beau jour où il officiait en Pologne, il fut arrêté par la Police du pays pour « exercice illégal de la médecine et défaut de permis de conduire ». On l’enferma dans une prison lugubre au fin fond de la campagne polonaise en attendant qu’il soit jugé, chose qui n’était pas prête d’arriver puisque ce pays était contrôlé par la mafia, laquelle était depuis bien longtemps fermement infiltrée dans la société et les institutions politiques polonaises. D’ailleurs, il y a des chances pour qu’il croupisse encore, au moment où l’on parle, des jours heureux dans une geôle infâme d’Europe de l’Est.
Elle ne pouvait donc pas concurrencer Rico. Après s’être raconté leurs vies respectives, le cochon d’Inde se plongea dans la lecture de son bouquin favori Le mystère des poissons fumeurs, avant de s'assoupir, tandis qu’Euphrosine se concentrait sur l’observation de l’intérieur de ses paupières. La nuit était paisible, on entendait seulement quelques spermophiles mélancoliques qui poussaient vers la Lune leur note brève et roucoulante.
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Après une bonne nuit de repos, Euphrosine se réveilla tranquillement. Au bout d’un instant, elle se rendit compte qu’elle n’avait pas rêvé : elle était bel et bien dans une grotte, bien loin de son village natal. Cependant, il manquait quelque chose. Ou plutôt quelqu’un : Rico n’était plus là… La brebis pensa qu’il était parti poursuivre son périple exploratoire, mais une dizaine de minutes plus tard, il réapparut, la bouche en cœur et la mine radieuse. « Bonjour beauté divine ! » dit-il à Euphrosine qui se retourna, pensant qu’il parlait à une autre personne. « Je suis parti chercher les croissants et le journal ! » Euphrosine avait compris qu’il s’adressait bien à elle, mais se demanda quelle mouche avait piqué Rico. La jeune brebis saisit un croissant qu’elle mangea de bon cœur, ouvrit le journal et parcourut la Une : elle allait enfin savoir ce qu’il pouvait bien se passer dans ce vaste monde ! Voici ce qu’annonçaient les gros titres :
- Au Congo, une femme trouve normal d’héberger un rhinocéros dans son appartement deux pièces : " il est propre et sage " ; en Angleterre, un homme qui aimait éperdument lécher les timbres a fait don de sa langue à la science ; en France, les biscuits au brocolis ne connaissent pas le succès escompté ; la ville de Yamoussoukro détient le record de consommation de sandwiches au yack et aux concombres ; les lapins sont redoutés à cause de leur agressivité, mais ce sont aussi de grands philosophes ; sur la station orbitale Mir 4, un astronaute perd sa caisse à outils lors d’une sortie sur la carlingue ; en Inde, une femme est tuée par le cercueil de son mari, lors du trajet vers le cimetière, l’entrepreneur de pompes funèbres a bien gagné sa journée ; en Belgique, lors d’un accident de la circulation causé par la chute d’une caisse à outils, un caniche est percuté mais reste coincé sur le pare-chocs pendant vingt-quatre kilomètres : il est indemne mais n’a désormais plus besoin d’aller chez le toiletteur !; en France, une épidémie de moustache a touché 6000 jeunes femmes : les victimes sont contraintes de se raser tous les jours comme des hommes, mais les chercheurs ont bon espoir de trouver un vaccin pour vaincre cette affreuse maladie.
Après avoir lu toutes ces dépêches réjouissantes, Euphrosine sortit de la grotte pour, bien entendu, sa défécation bi-journalière. Hors de la cachette qui affleurait la falaise, elle repéra un bosquet de rafflesias, de grosses fleurs qui pèsent environ sept kilogrammes et mesurent un mètre. Comme notre amie Euphrosine est futée, elle savait que cette plante étrange possède une caractéristique étonnante : elle dégage à des mètres à la ronde une odeur absolument immonde, qui rappelle le doux fumet des rues engorgées d’ordures de Naples. Donc ces fleurs camoufleraient parfaitement ses activités bi-journalières et par extension, certaines odeurs sternatoirement nauséabondes.
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Un moment plus tard, Euphrosine revint vers l’abri. Rico l’attendait de patte ferme avec un petit déjeuner complet : café, lait, croissants, jus d’orange pressé frais de ce matin, œufs sur le plat, tartines beurrées… Après avoir posé le plateau, le cochon d’Inde saisit fermement Euphrosine par la taille, la fit pivoter et tomber habilement à la renverse comme l’aurait fait un danseur de tango, et lui donna un baiser enflammé. Rico lui jeta une œillade langoureuse et très torride, si « calliente » qu’il aurait pu à lui tout seul causer le réchauffement de la planète et la disparition des ornithorynques de Patagonie. Le jeune amoureux lui susurra dans le creux de l’oreille :
- Alors, mi amor, heureuse ?
Euphrosine était restée bouche bée depuis son réveil. Que s’était-il passé cette nuit-là, pour que Rico soit dans un tel état d’excitation ? Qu’avait-elle effacé de sa mémoire ? La brebis était très inquiète de n’avoir aucun souvenir de ces dernières heures. Un médecin aurait probablement diagnostiqué une amnésie post-traumatique avec une possibilité de formation d’un œdème cérébral, mais elle n’en savait rien. Cela la laissait tout de même perplexe, et Euphrosine vint même à se demander si elle n’était pas tombée cette nuit-là dans une faille spacio-temporelle dans laquelle il se serait passé des choses plus que bizarres.
Pendant ce temps, Rico, qui la voyait avec les yeux de l’amour, ne soupçonnait pas l’intense questionnement qui tourmentait la jeune brebis. Il passa donc logiquement du coq à l’âne et lui proposa du porridge pour compléter son petit déjeuner, ce qu’elle refusa poliment en expliquant qu’elle avait déjà des flatulences.
Dans l’esprit d’Euphrosine se bousculaient des idées plus ou moins plausibles et convaincantes pour prendre la poudre d’escampette. Cet ersatz de pseudo-relation allait bien trop vite pour elle, Rico semblait s’attacher à Euphrosine, et la brebis ne souhaitait pas vivre de relation durable : elle était trop jeune pour faire la même erreur que sa mère. Et de toute manière, ce qu’elle souhaitait, c’était découvrir le monde sans s’encombrer de « bagages ».
Alors elle décida de jouer carte sur table et de dire à Rico les choses en face :
- Ecoute, Rico, tu sais que je t’apprécies vraiment beaucoup, mais…
Et c’est alors que le cochon d’Inde l’interrompit brutalement :
- Laisse tomber ! Je sais ce que tu vas me dire...
Il avait l’air blasé.
- De toute façon, elles disent toutes la même chose, j’aurais dû m’en douter ! Quel idiot ! Que je suis naïf ! Il continua :
- Bon, puisque c’est comme ça, j’me casse ! Va te faire voir, pouffiasse !
Euphrosine n’en croyait pas ses oreilles, non seulement il s’était imaginé immédiatement qu’il pouvait l’intéresser, mais en plus il prenait Euphrosine pour une allumeuse, une croqueuse d’hommes ! Incroyable, tout de même ! Elle lui répondit :
- Non ! Toi, va te faire voir ! Tu n’es qu’un abominable érotomane atrabilaire ! T’as vraiment des chambres à louer dans ta tête, espèce de pauvre… type !
Elle empoigna alors son manteau de laine et un dernier croissant. D’un geste théâtral, elle se retourna vers le cochon d’Inde, fit un « han ! » quelque peu hautain, voulut claquer la porte, se rappela qu’il n’y en avait pas puisqu’on était dans une grotte. Elle se contenta donc de sortir la tête haute, d’un pas assuré tout en marmonnant des insultes gauloises.
Après quelques centaines de mètres, elle s’arrêta un instant pour prendre conscience de la situation à laquelle elle venait d’échapper. Euphrosine se dit qu’en définitive, en lui coupant la parole, Rico lui avait enlevé une fière chandelle du pied. Ainsi elle n’avait pas eu à imaginer un stratagème méphistophélique pour déguerpir ; et comme dit la chanson de la célèbre et belle icône sud-américaine des années soixante Bibi, elle n’avait « besoin de personne (…en Massey Fergusson) ».
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C’était donc reparti pour de nouvelles aventures.
Alors notre héroïne reprit la route de plus belle, bien décidée à faire de nouvelles rencontres et de nombreuses découvertes. Sur les chemins escarpés, elle croisa de nombreux animaux inconnus : mis à part les animaux de basse-cour, le bétail et les humains, la brebis était une parfaite néophyte en matière d’entomologie, et moi aussi d’ailleurs ! La faune et flore étaient variées, et l’agnelle s’émerveillait à chaque instant : là une meute de loups-phoques à gros nez, ici un bosquet d’arbres-bouteille. Un peu plus loin une petite colonie sédentaire de coprolithes ainsi que d’étranges lignes tracées au sol, un immense géoglyphe anthropomorphique plus connu sous le nom de Géant d’Atacama, véritables curiosités locales si l’on en croit la file d’attente à l’entrée du lieu. On y voyait essentiellement des humains en tenue de travail, munis d’appareils photographiques et d’outils de fouille, à quatre pattes dans la poussière. Quelques autres semblaient être de simples touristes. Euphrosine n’était nullement branchée « excréments fossilisés » et autres parcs d’attractions, alors elle décida de passer son chemin et poursuivre tranquillement sa route vers l’ouest.
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Par delà le désert d’Atacama, le plus aride du monde car il y pleut moins d’un millimètre par an en moyenne, la brebis finit par atteindre une zone quelque peu habitée : une petite bourgade à priori sympathique nommée Huara, logée dans un étroit ravin. Les parois de celui-ci constituaient les façades des habitations et commerces. Cette petite cité, faute d’être reliée au reste du monde par le réseau routier, aérien et téléphonique, avait un air de village-vacances vertical au charme plus que douteux, ce qui plût immédiatement à notre héroïne qui décida d’y faire étape au moins pour la fin de la journée et la nuit.
Partout, des échoppes un tantinet poussiéreuses essayaient d’attirer tant bien que mal l’œil du badaud égaré, grâce à un innovant mécanisme de petits tubes de verre contenant un filament de tungstène, s’allumant alternativement de différentes couleurs. Euphrosine resta les yeux grands ouverts un bon moment, tant pour elle c’était un spectacle de toute beauté, si bien qu’on pouvait croire qu’elle était temporairement atteinte d’exophtalmie.
D’un côté de l’unique rue étroite, une mercerie dont la vendeuse était consciencieusement en train de tricoter sa propre chevelure ; de l’autre, une austère façade de style latin dont l’enseigne, qui prenait environ un quart de la hauteur de l’édifice, annonçait : La Très Sainte Communauté de l’Ultime Atome, de manière très pompeuse, si vous voulez mon avis. Plus loin, de part et d’autre, divers commerces aux devantures ternes et couvertes de résidus de cactus calciné, alternant avec des immeubles d’habitation étriqués, vu la configuration particulière des lieux, se succédaient jusqu’à ce que cet étroit passage s’élargisse pour rattraper la plaine désertique.
Mais pour le moment, Euphrosine était tout à fait concentrée sur la contemplation des vitrines des échoppes. La jeune brebis était ravie d’avoir atteint un ersatz de civilisation moderne, elle comptait bien s’amuser un peu et profiter de la vie. Devant elle se présentait une petite boutique, une sorte de bazar qui vendait toutes sortes d’objets plus ou moins inutiles selon la situation : trusquin à roulettes, mini-tornade en bouteille, lemniscate lumineuse (12 coloris disponibles), barbe automatique (20 % de remise sur les barbes rousses, seulement pendant trois jours), pagure portatif, etc. La profusion de couleurs et de formes paraissait être irrésistible pour notre héroïne : si on faisait abstraction de la forme de ses pupilles, elle avait des yeux d’enfant face à ce spectacle bigarré, et Euphrosine se voyait déjà faire un défilé dans les cabines d’essayage, sortir des boutiques les bras chargés de sacs.
Elle retourna à l’entrée du village, observer la mercière pendant un moment : Euphrosine était perplexe devant cette petite femme âgée à la peau tannée. D’ailleurs, elle-même regardait fixement la brebis, maintenant !
- Quelle étrange personne, pensa-t-elle, mais pourquoi me regarde-t-elle ainsi ? Ai-je quelque chose de coincé entre les dents ?
Ce regard fixé sur elle la rendit très vite mal à l’aise, alors Euphrosine baissa rapidement les yeux et s’empressa de continuer son exploration du hameau.
Plus loin, elle trouva un petit magasin de style asiatique. Curieuse, la brebis entra et fut accueillie non pas par un carillon, chose habituelle dans les magasins, mais par un ‘pouêt’ qui lui fit penser au cri d’un palmipède qu’on aurait confondu avec une cornemuse.
Plusieurs étagères s’alignaient jusqu’au fond de la pièce où l’on pouvait trouver un modeste bureau et une chaise en bois brut. Sur cette chaise était posté le commerçant qui avait l’air d’un champion Nord-Coréen de ping-pong, doublé d’un serial killer. Un quoi ? Un tueur en série...
- Eh bien, pensa Euphrosine, il n’a pas l’air commode celui-là ! De toute manière pour m’éviter tout problème, je ne vais rien acheter. De toute façon, j’ai tout juste assez d’argent pour vivre jusqu’à ce soir à 18h20. Et vu son air aimable, à ce gars-là, je ne vais rien toucher non plus !
Elle se contenta de murmurer un « bonjour » timide, et examina les rayons.
Devant elle, dans ce qui ressemblait à des bocaux à cornichons ou à cerises à l’eau de vie, on pouvait trouver des bestioles suffisamment effrayantes pour ne pas attarder son regard, même si l’on sait que ces choses sont bien décédées. Immergées dans du formol, on pouvait trouver différentes espèces de grenouilles (à priori mutantes, vu le nombre de pattes et/ou d’yeux), une demi-tête d’autruche : Euphrosine se rendit compte alors que l’oiseau possédait une cervelle qui faisait la même taille que son globe oculaire. De ces rayonnages remplis de créatures monstrueusement abominables et de plein d’autres trucs vraiment dégueulasses se dégageait une odeur assez indescriptible, la seule expression qui vint à l’esprit de la jeune brebis était « vomi de chat malade ». Brusquement, la pauvre tomba inconsciente, comme foudroyée.
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Euphrosine ouvrit un œil, puis l’autre. Sa vue était trouble et elle avait affreusement mal au crâne, comme au lendemain d’une cuite. On était le matin, à en juger par la luminosité de la pièce dans laquelle on l’avait allongée. La brebis tenta de se lever, mais la tête lui tourna et elle eut une bonne nausée, alors elle n’insista pas et rallongea. Quand elle eut retrouvé tous ses esprits, Euphrosine se posa plein de questions : où était-elle, quand était-on, et que lui était-il arrivé ? La pièce, une chambre à coucher minimaliste, était beige et presque dénuée de meubles : mis à part le lit, il n’y avait qu’un tabouret et une table basse.
La porte près du lit s’ouvrit doucement : la tête du coréen de la boutique de curiosités apparut dans l’entrebâillement. Il fit une grimace que la brebis prit pour un demi-sourire et lui dit :
- Je vous ai crue morte !
Et elle de répondre :
- On dirait que je vais mieux !
Il tenait un verre d’eau fraîche qu’il porta jusqu’au lit, actionna un bouton au niveau de la tête de lit et un gadget en sortit, se déplia.
- Oh ! J’adore les porte-gobelets ! s’écria Euphrosine, qui se contracta à cause d’une douleur au bas-ventre qui la surprit. Dites moi ce qu’il m’est arrivé ? Je me souviens être entrée dans votre boutique et avoir senti une odeur assez immonde, puis… plus rien.
L’homme fronça les sourcils et eut l’air encore plus sévère, sans doute à cause de ce qu’Euphrosine venait de dire concernant l’odeur du magasin, mais la seconde d’après il se détendit et sourit pour de bon.
- Il s’est passé deux jours depuis votre malaise, et je vous ai soigné moi-même grâce à différents ingrédients venant de mon magasin.
Comme Euphrosine eut un mouvement de recul et l’air dégoûté en se remémorant les spécimens de grenouilles mutantes, il précisa :
- Je suis homme-médecine depuis vingt ans, et aucun de mes patients n’est mort par mes soins, pour le moment. Du moins, que je sache !
Très rassurant. En même temps, Euphrosine se dit qu’elle avait une chance de savoir de quoi elle souffrait, si tant-est qu’il soit un bon médecin.
- Docteur, je suppose que j’ai attrapé une bonne turista, avec ce mal de ventre et ces nausées, n’est-ce pas ? demanda-t-elle, assez peu inquiète. Et c’est sans doute pour cela que les odeurs de votre magasin m’ont un peu retournée… N’est-ce pas ?
L’homme, qui rangeait distraitement des fioles aux couleurs phosphorescentes, lui répondit simplement :
- Non, vous êtes juste enceinte !
Brusquement, la pauvre brebis tomba inconsciente, comme foudroyée.
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Euphrosine ouvrit un œil, puis l’autre. Sa vue était trouble et elle avait affreusement mal au crâne, comme le lendemain d’une cuite. On était le matin, à en juger par la luminosité de la pièce dans laquelle elle se trouvait allongée, et cette chambre avait comme un air de déjà-vu…
La brebis garda un instant les yeux grands ouverts, immobile, pour être sûre qu’elle n’allait pas - encore - avoir des nausées. Puis, avec autant de calme que possible, elle se redressa sur son lit et s’adossa. L’homme médecin était toujours là, assis sur un tabouret, et la regardait d’un air débonnaire. Il semblait guetter la réaction d’Euphrosine, et la sachant quelque peu émotive il préférait prévoir le coup.
- Comme ça, je suis enceinte ??? Déjà ??? Je subodorais bien qu’il s’était passé quelque chose durant la nuit que j’ai passée avec ce foutu cochon d’Inde, mais quand même !!! s’écria-t-elle.
Le marchand asiatique, qui semblait penser que ça faisait beaucoup de ponctuation en seulement deux phrases, lui répondit :
- Vous savez, il n’y a rien d’étonnant à cela, car les spermatozoïdes se déplacent à une vitesse de 45 km/h. Maintenant, et durant toute la durée de votre gestation, vous devriez éviter la nourriture asiatique ainsi que l’énervement, à moins que vous ne vouliez vivre dangereusement. D’après ce que j’ai compris, vous semblez être assez en colère envers votre ex-compagnon, mais il faudra apprendre à se calmer et se contrôler, mademoiselle Euphrosine.
Elle le regarda froidement et lui répondit avec ironie :
- Ha ! Premièrement, on n’était même pas ensemble, et il a profité de moi pendant mon sommeil, cette espèce de gros pervers. Deuxièmement, si Rico était un de vos heu… « remèdes », ce serait un laxatif ou un vomitif.
Le coréen eut un temps d’arrêt, puis lui répondit que cette jolie comparaison permettait d’imaginer à quel genre d’énergumène elle avait eu affaire.
Le choc dû à cette nouvelle inattendue tomba sur Euphrosine, qui sentait qu’un débordement lacrymal était plus qu’imminent. Alors elle se mit à bêler plus que chanter sa chanson favorite Femmes de Jean-Luc Lahaye, très en vogue dans les années 80. Cela donnait quelque chose de très peu différent de la chanson originale, en fait. Quoi qu’il en soit, cette chanson lui rappelait sa tendre enfance, les jours heureux passés auprès de sa chère maman. Elle aussi à l’époque, adorait cet air : lorsque le géniteur d’Euphrosine abandonna le foyer, c’est ce que la mère de la brebis écoutait pour se remonter le moral, aller de l’avant.
Après ce moment emprunt de nostalgie, Euphrosine souffla un bon coup, et décida de faire face à cette situation inattendue. Advienne que pourra, après tout, pensa-t-elle.
- Je dois prendre ma vie en main, et je vais le garder, ce petit brebiton, dit-elle d’un ton décidé. Il s’appellera Jean-Luc, en hommage à mon chanteur préféré.
Puis elle expliqua au pharmacien :
- Vous savez, j’ai longtemps cru que je souffrais de mononucléose. Mais le matin où je me suis décidée à partir à l’aventure, j’ai réalisé que c’était seulement de l’ennui profond. Et cette gestation, en y réfléchissant, je crois que ça fait partie de cette épopée. Mais maintenant, parlez-moi un peu de vous. Vous vivez dans cette… ville depuis longtemps ?
L’homme sourit du coin de l’œil, puis comme il avait compris que notre héroïne avait besoin de parler d’autre chose que Rico et cette gestation, et surtout se détendre, il lui raconta son histoire.
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Malgré les apparences, le coréen ne l’était pas : il était arménien d’origine : surprenant, non ? L’homme avait quitté son village natal après avoir raté son baccalauréat du premier coup, pour s’installer dans l’archipel du Svalbard, le plus au nord de l’hémisphère nord, afin d’ouvrir un kébab. Mais, étonnamment, comme son entreprise s’était retrouvée en redressement puis liquidation judiciaire en à peine plus d’un an d’activité, il avait préféré arrêter les frais et quitter cette contrée lointaine en compagnie d’un ami norvégien rencontré là-bas. Tous deux s’étaient alors associés pour créer une petite compagnie maritime de pinardiers sur l’Ile de Pâques.
Malheureusement, ils s’embarquèrent dans un plan foireux de trafic de duvet d’eider transgénique et de surcroît de contrebande, qui était censé permettre aux deux acolytes de faire fortune. La précieuse cargaison devait être acheminée grâce à d’astucieuses cachettes aménagées dans le fond des tonneaux de vin, puis arrivés à bon port, revendue à prix d’or notamment en Arabie Saoudite. Mais puisque tout ne pouvait pas marcher comme sur des roulettes, les deux amis furent arrêtés par les douanes lors d’un contrôle inopiné, et inculpés pour ‘recel de marchandises illicites, escroquerie et association de malfaiteurs’. Fort heureusement pour eux, face à la finesse extrême de leur dossier et au manque flagrant de preuves, ils furent relaxés, et le binôme retourna sur l’Ile de Pâques. Mais la turbidité de cette intrigue judiciaire poussa l’Arménien à se séparer de son associé norvégien, qui semblait lui attirer un peu trop de problèmes à son goût. Puis il se rendit au Chili tout proche - tout est relatif - et décida de reprendre la petite boutique apothicaire familiale qu’il venait de recevoir en héritage d’un de ses oncles globe-trotter venu se perdre dans cette petite localité une quarantaine d’annnées auparavant, alors qu’il était parti à la recherche des fameuses cités d’Or... qui semblait être une quête désespérément asymptotique.
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- Au fait, Peniyamïn Berberian est mon nom. Voilà pour la petite histoire, rien de très passionnant, en somme. Vous avez faim ? J’ai préparé une tarte au sucre, avec quelques tartines de pain perdu au miel tout à l’heure, c’est encore tiède ! Vous allez voir, c’est un régal, ça va vous ravigoter.
La protagoniste de notre histoire se dit que vraiment, ça avait l’air fort goûtu, mais peut être un peu trop glucosé, ce n’était peut être pas bon pour son futur diabète.
Peniyamïn était très attentionné avec notre camarade, il lui avait proposé de l’eau ou du bouillon, des oreillers supplémentaires pour son confort dorsal, et même un peu de lecture. Ce qu’il ignorait, c’est qu’Euphrosine n’avait appris à lire et écrire que très tardivement, parce que quand elle était petite, on lui a toujours dit que c’était un truc d’humain et que donc, elle n'était pas très à l'aise avec cette activité. Mais trêve de bavardages.
- Tiens, vous avez des animaux domestiques ? dit-elle en regardant en direction de la fenêtre au travers de laquelle on pouvait apercevoir un charmant jardinet fleuri, doté d’une terrasse et d’une large mare. Sur sa rive, un paisible petit groupe d’animaux à l'aspect curieux se dorait la pilule au soleil qui, dès le matin, procurait une chaleur caniculaire.
- Oui, ici j’élève quelques périophtalmes, surnommés poissons-grenouilles. C’est comme des parterres de tulipes, mais en plus distrayant. Ils sont capables de vivre hors de l’eau, comme vous pouvez le constater. Ainsi ça m’évite de devoir penser à remplir la mare quand elle s’évapore de trop à cause du soleil. Ça a besoin de peu d’entretien, c’est très commode.
Un peu plus loin déambulait un animal pour le moins banal, ce qui changeait de toutes ces bestioles étranges qu’Euphrosine avait rencontré depuis le début de ses péripéties : un chien. Le canidé au museau écrasé avait une drôle de trogne et ressemblait à s’y méprendre à Alfred Hitchcock, vieux. Mais, très loin de ces préoccupations superficielles, le brave chien était pleinement concentré sur un exercice physique très complexe et typique des bouledogues : la génuflexion des maxillaires...
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Pendant ce temps, à environ 350 kilomètres de là, dans le village natal d’Euphrosine, au fin fond de la Cordillère des Andes...
- Oh ! Par tous les dieux des sommets du volcan Licancabur, c’est effroyable, c’est abominable, c’est épouvantable, une brebis a disparu ! Nous allons tous mourir !
Le berger responsable du troupeau dont faisait partie Euphrosine claironna la funeste dépêche dans tout le village, aussi vite que lui permettait ses courtes jambes.
En effet, d’après la légende inca, si une brebis de moins de trois paires d’incisives était portée disparue, c’était un signe accablant d’une disette sans précédent pour les trois années qui suivraient. Par ailleurs, si l’animal n’était pas retrouvé sous douze jours et sept heures, alors seule une paire de pattes arrière de gigogne mâle immolé, enduit de sauce Dallas (mayonnaise, Ketchup et poivre), que les villageois doivent jeter dans le cratère du volcan Licancabur, pourrait calmer l’ire des dieux Inti (le soleil), Mama Quila (la Lune), et Illapa (la foudre et le tonnerre) causée par la disparition de l’animal. Cela se manifesterait par une terrible éruption volcanique dévastatrice, l’explosion simultanée d’une poche souterraine de gaz méthane ainsi que le passage du ‘Paris Dakar’ dans le désert de l’Atacama. Autant dire que ces évènements de natures diverses augureraient de bien mauvaises choses pour ce paisible village.
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Note à benêt : Il est important de noter que les fermiers ont tout de même mis trois jours pour se rendre compte de l’absence suspecte de notre héroïne.
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Il était donc plus que temps pour nos villageois de s’inquiéter de la supposée disparition d’Euphrosine et surtout, se remuer et mettre en œuvre un plan d’action. Ils se réunirent donc au grand complet sur l’unique place du bourg, autour de la cabane de l’antique Vieille Baderne. Cette hutte était perchée au sommet d’un tronc d’arbre massif, ce qui ressemblait à un belvédère qui dominait tout le village, et d’où on avait une vue imprenable de la vallée.
Un brave paysan à l’allure robuste et l’air décidé prit la parole.
- Mes compagnons, vous connaissez tous cette légende ancestrale. Autant dire tout de suite que nous sommes vraiment dans la mouise, et les deux pieds dedans. Je suggère un plan : formons un groupe de recherche, composé de valeureux hommes pour retrouver la brebis.
La foule alors s’agita, tout le monde débattait avec son voisin sur cette idée. Après quelques minutes, un autre homme se démarqua de la foule, fit face à ses camarades et lança :
- Mais le temps de retrouver cette fichue bestiole, la prophétie aura lieu ! Autant chercher une anguille dans une meute de chiens... Il vaut mieux préparer immédiatement les rituels pour apaiser le courroux des divinités du Licancabur ! Nous savons tous ce que nous encourons si l’animal n’est pas retrouvé... Il faut donc s’occuper dès maintenant du cortège sacré et de la cérémonie des sacrifiés.
Alors la foule reprit les tractations, en prenant en compte ce qui venait d’être déclaré par le deuxième homme.
A ce moment précis, l’antique Vieille Baderne, qui avait observé la scène silencieusement, eut un accès de narcolepsie : il s’endormit brutalement et s’écroula sur lui-même, ce qui par conséquent le réveilla aussitôt à cause de la douleur due à sa chute.
- Bon, heu... Si personne n’est d’accord, dit-il d’un air concerné, tout en frottant sa cheville gauche endolorie, on mourra tous dans d’atroces souffrances et on retrouvera cette bestiole à la saint Glinglin, le saint patron des retardataires ! Donc je vais trancher, puisque c’est mon boulot de doyen du village et d’antique Vieille Baderne. Je décide que la cérémonie doit se tenir, il faut donc fabriquer le char de cortège ainsi que toutes les fanfreluches qui vont avec. Je choisirais la gigogne mâle en temps voulu...
L’homme qui avait proposé cette idée sauta de joie, tapa dans la main de son voisin, ravi d’avoir les faveurs de l’antique Vieille Baderne. Ça fait toujours plaisir d’être dans les petits papiers d’une personne importante. La rumeur dans l’assemblée reprit de plus belle : les partisans de la cérémonie se réjouissaient du choix du doyen du village, mais le reste de la petite cité était dubitatif. D’après bon nombre d’entre eux, l’idée du groupe de recherche n’était pas mauvaise et surtout était moins pessimiste, puisque cela signifiait qu’ils avaient l’espoir de retrouver Euphrosine et d’éviter le cataclysme qui signerait la fin de leur civilisation.
L’antique Vieille Baderne considéra avec patience la foule agitée, et après un moment parfaitement étudié pour ménager l’effet de suspense, il reprit la parole.
- ...Et je décide qu’une compagnie de braves hommes soit constituée pour partir à la recherche de la brebis égarée. Ils devront au moins être cinq : par exemple un homme entraîné au combat rapproché, un autre au combat à distance, un guérisseur thaumaturge, un jeteur de sorts ayant éventuellement une ou plusieurs spécialités telles que la nécromancie, ou la capnomancie par exemple, et une autre personne qui sache se débrouiller et permettre à la compagnie de survivre en pleine nature. Tout volontaire est le bienvenu pour accomplir cette quête. Le recrutement durera deux jours à partir de maintenant, veuillez vous présenter devant ma hutte. Je serais assisté de deux conseillers municipaux pour choisir les candidats : heu toi ! Et... toi ! Les postulants devront nous expliquer en quoi leur candidature est intéressante.
Les deux hommes nommés par l’antique Vieille Baderne pour faire office d’adjoints se regardèrent l’un l’autre, se tapèrent dans la main, étonnés et en même temps très soulagés d’être du coté des recruteurs et non des potentiels aventuriers, car ils étaient vraiment des poules mouillées. Par ailleurs cette mission inattendue constituait un bon moyen de développer leur complexe de supériorité et de se défouler en rabaissant des gens moins puissants.
La population s’agita, et la rumeur reprit de plus belle. Entre ceux, qui, trop peureux, regardaient ailleurs l’air de rien tout en s’éloignant de la hutte du vieil homme ; ceux, qui, trop enthousiastes, aiguisaient déjà leur arme et préparaient leur paquetage, la quête n’était semble-t-il pas gagnée d’avance. Le défilé des prétendants dura toute la soirée, puis toute la journée qui suivit.
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Voici donc un échantillon du meilleur des individus qui se présentèrent : un très jeune homme à la motivation sans faille mais qui avait l’air d’un grand écureuil émotif sous LSD ; deux chèvres pleines de confiance ; un homme avec d’énormes rouflaquettes qui exerçait la profession de sage-femme ; un homme de très petite taille avec une carrure de bodybuilder ; une femme homme-grenouille munie de tout son matériel dans un état neuf et qui n’avait visiblement rien à faire ici ; une fillette de huit ans dont le quotient intellectuel semblant frôler l’exosphère; un routard étranger qui s’était égaré ici la veille : celui-ci avait pour passe-temps favori de relever les heures palindromiques et pour principal défaut une énurésie très tardive ; un vieillard asséché dont la turpitude de l’âme n’avait d’égale que la blancheur de sa longue barbe.
Mais comme tous ne pouvaient pas être sélectionnés, l’antique Vieille Baderne et surtout ses collaborateurs durent choisir la crème de la crème, les as des as, the top of the Pops, en bref les meilleurs des meilleurs, avec mention, et ce choix se fit grâce à une audition durant laquelle les candidats devaient faire montre de leurs talents.
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Et les heureux lauréats de ce concours de circonstance furent les suivants : une jeune femme bien bâtie, connue dans le village pour avoir un sacré caractère et être un cordon bleu, elle excellait dans la confection des lasagnes à la bolognaise et du hachis Parmentier : au moins la compagnie mangerait convenablement. Elle pratiquait également le vol à la tire et l’aleuromancie - la divination par la farine de froment - ce qui s’accordait plutôt bien avec ses talents culinaires.
Ensuite, un homme d’environ quarante ans dont la profession première était intermittent du spectacle : bellâtre, les cheveux gominés lissés en arrière, et un bronzage artificiel plutôt superfétatoire en ces latitudes où le soleil brille en moyenne 363 jours par an. C’était le style d’individu tiré à quatre épingles qu’on imaginait vendeur de sacs à main en ville plutôt que membre d’une compagnie d’aventuriers. Toutefois, il maniait les poignards, et avait été pendant quelques mois lanceur dans un cirque sordide tenu par un escroc notoire accro aux sardines à l’huile, ce qui aurait dû tout de même lui mettre la puce à l’oreille. Dégouté par la malveillance du patron qui l’avait arnaqué concernant les cachets qu’il aurait dû toucher à la fin d’une session de spectacles, et par la maltraitance que la crapule exerçait sur les animaux du cirque, il avait décidé de démissionner. Il avait réussi à embarquer un ce ces animaux avec lui, les deux compagnons d’infortune firent un bout de chemin avant de se séparer, pour cause d’incompatibilité d’humeur. Le bellâtre s’était retrouvé ici tout à fait par hasard après quelques semaines d’errance.
Le troisième luron était le vieillard à longue barbe blanche dont on a parlé plus haut : il arborait en permanence un sourire inquiétant, et ne savait hausser qu’un sourcil, le gauche. Il s’avérait posséder un master en sciences occultes, ainsi qu’un doctorat en psychopathologie psychanalytique. Son arme préférée était la vaporisation instantanée de fromage rassis en un nuage blanchâtre opaque, une ruse astucieuse, qui si elle était utilisée au moment opportun, permettait de déguerpir en toute sécurité et de semer les éventuels assaillants, ce dont les jurés purent témoigner après la démonstration. Par ailleurs, le vieillard était déjà décédé pas moins de trois fois, et de trois manières plus inédites les unes que les autres. Il succomba tout d’abord de la gangrène à la suite d’une méchante blessure à l’auriculaire qu’il s’était infligée avec un couteau en plastique à bout arrondi en allant cueillir du penicillium camembertii pour une potion. La nécrose avait gagné tout le bras qui finit par tomber. L’infection se généralisa, causa une septicémie puis le trépas après des semaines d’atroces souffrances. Quelques mois plus tard il fut piétiné à mort par un troupeau de zobos enragés (un hybride entre le yack et le zébu). Enfin, sa dernière mort officielle, et pour le moins spectaculaire, intervint à la suite d’une chute de poney Shetland lors du Derby d’Irlande de 1926, où il expulsa sa cervelle par les narines et les oreilles. Mais le vétéran avait finalement ressuscité à toutes ces mésaventures, et semblait plus robuste que jamais. De plus, ses poils de nez étaient encore plus répugnants que la plupart des poils de nez de vieillards, ce qui le rendait particulièrement effrayant.
Puis vint le tour des deux chèvres pleines de confiance. Lors de l’audition du binôme, le jury fut stupéfait par leur démonstration : il s’agissait en réalité de jeunes femmes anglaises, des sœurs jumelles très complices. Elles avaient pour particularité de se métamorphoser à volonté mais seulement soixante minutes toutes les douze heures, donc une aptitude à utiliser avec parcimonie. L’une était blonde et l’autre aussi, d’ailleurs. Descendantes d’un couple d’intellectuels soixante-huitards, elles avaient récemment fondé le S.A.D.I.C.C., le Syndicat des Accros du Développement de l'Insolite Cocasse et Capillotracté, dont l’acronyme seul avait vite attiré une foultitude de nouveaux partisans hétéroclites. La première jumelle portait un t-shirt rose fuchsia moulant affichant un faciès façon Linceul de Turin, mais avec le visage très reconnaissable de Paul McCartney. Miss Beatles pratiquait la photographie et le jiu-jitsu, un art martial qu’elle avait appris lors d’une retraite spirituelle sur une des 6852 îles du Japon. La deuxième jumelle était moins provocatrice dans son apparence, et plus cartésienne : elle avait en effet publié une thèse sur « l’importance de la distinction entre les chiens de prairie du Colorado, les marmottes des Alpes et les taupes-turbos à cul violet du Péloponnèse, en milieu hostile », et avait été tromboniste dans la fanfare de son lycée. Mais beaucoup de personnes dans l’assistance se demandaient en quoi elles seraient utile pour retrouver Euphrosine...
Le dernier à joindre la compagnie était un homme : comme ça au moins, la parité était respectée. L’aventurier était suisse, la cinquantaine florissante, mesurait plus de deux mètres, vénérait Led Zeppelin et Kiss. Fervent adepte de la théorie de la conspiration en toutes circonstances, il était convaincu que la disparition d’Euphrosine était encore un coup de ces satanés nihilistes de Californie dont la presse spécialisée (en conspiration) avait fait écho récemment, et tentait de convaincre les villageois de la véracité de cette hypothèse. A côté de cela, il souffrait de naupathie alors qu’on se trouvait en haute montagne, ce qui montrait bien là son esprit de contradiction très développé, bien au contraire. De temps à autre il pratiquait également la somniloquie polyglotte. Tout ceci promettait des aventures captivantes et pleines de rebondissements.
Au terme des deux jours de sélection, L’antique Vieille Baderne laissa à ses deux adjoints le plaisir d’expliquer aux aventuriers néophytes en quoi consistait leur mission, ce qui procurerait assurément un sentiment intense de supériorité aux deux collaborateurs, tandis qu’il annonçait à la population la suite des évènements.
- Désormais la compagnie de recherche est constituée et se prépare à partir, nous devons par précaution organiser la cérémonie sacrificielle dans la mesure où la réussite de l’équipage n’est pas certaine...
Puis l’antique vieille Baderne eut à nouveau une poussée de narcolepsie, donc son discours fut coupé abruptement pendant quelques minutes au cours desquelles les membres de l’équipe de choc en profitèrent pour se présenter brièvement les uns aux autres. La cuisinière chevronnée se nommait Regina, l’habile lanceur de poignards Tito, l’ignoble mage Suileabhan (qui signifie ‘au regard noir’ en celte, ce qui collait plutôt bien avec le personnage), les jumelles psychédéliques Blythe et Lucy, et l’helvète Urs, grand (dans tous les sens du terme) comploteur devant l’Eternel.
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Pendant que l’Antique vieille Baderne émergeait et que les valeureux aspirants-aventuriers préparaient leur sac puis faisaient une dernière bise à leur maman avant leur départ, Euphrosine passait un bon moment en compagnie de Peniyamïn.
- Alors comme ça, vous avez finalement repris le commerce de votre aïeul après tant de péripéties ?... Surprenante destinée que voilà ! Pour ma part, j’ai eu une existence plutôt tranquille jusqu’à il y a très peu de temps où j’en ai eu réellement assez. Maintenant j’ai un but dans la vie ! Explorer le monde, vivre des aventures palpitantes et je ne suis pas déçue ! Pour le moment c’est assez réussi : j’ai échappé à une bagarre générale dans une taverne, et à des sables mouvants grâce à des poules auto-bloquantes sauvages ; j’ai été abusée sexuellement par un cochon d’Inde géant qui m’a mise enceinte, pris un authentique petit-déjeuner anglais complet, découvert la faune et la flore atypiques de la région, et atterri dans cette ville insolite peuplée de gens bizarres. C’est déjà bien en seulement deux jours, non ?
En effet, le quidam quelconque pouvait affirmer que cela faisait beaucoup pour une seule personne en si peu de temps, sans se voir répondre qu’il n’était pas objectif dans son jugement.
- C’est pas faux. Peniyamïn avait l’air perplexe. Bon, dit-il, si nous allions nous balader ? Je vais vous faire la visite guidée de notre charmante petite localité.
Alors il s’improvisa guide touristique et lui présenta le petit village de 314 âmes, animaux domestiques tous genres confondus inclus.
Les devantures étaient toujours éclairées de loupiottes multicolores, ce qui donnait un air de fête de Noël au bourg, bien que dans cette province perdue, personne n’avait jamais entendu parler de Jésus, Marie, Joseph, ni d’Adam ou Eve, encore moins du Vieux Barbu. Ceci n’empêchait pas que les quelques jeunes habitants avaient tout de même entendu parler des Rolling Stones. Peniyamïn montra à Euphrosine la fameuse mercerie et sa vendeuse quelque peu originale. Plusieurs rumeurs couraient à son sujet : on disait qu’elle pouvait prouver que le dictateur Hitler n’avait qu’un seul testicule ; il se racontait aussi que les divers volatiles qu’elle élevait pondaient des œufs cubiques à la nouvelle Lune ; la vieille femme aurait également réussi, d’après certains, à s’ouvrir l’arcade sourcilière en jouant au bilboquet, ce qui n’est pas peu dire. Mais à côté de cela, en tant que commerçante elle était plutôt appréciée et sa boutique fournissait tout ce dont pouvait rêver la femme au foyer désespérée modèle, en matière de couture et de fanfreluches. Ils passèrent devant la petite échoppe et à ce moment précis la mercière vint sur le pallier, apostropha Euphrosine en la regardant toujours droit dans les yeux.
Cette fois-ci, pas de vitrine entre elles, et la brebis n’arriva pas à dévier son regard : elle était comme aimantée. Les yeux dans les yeux, elles restèrent ainsi debout, immobiles, et ce qui se passa en un instant eut l’air de durer de longues minutes pour la jeune brebis. La vieille femme la scruta intensément, de manière hypnotique, et Euphrosine eut la sensation qu’une connexion spirituelle s’opérait entre elles. Tout à coup elle eut une fulguration et entra dans une sorte de transe. Des dizaines d’images se bousculèrent dans son esprit... D’abord des couleurs très diffuses et pastel, des formes indéfinies accompagnées d’un murmure, tout ceci sur un fond de Pink Floyd ‘The Great Gig in the sky’. Puis les couleurs devinrent de plus en plus prononcées et flashy, les contours du décor de plus en plus précis et le chuchotis devint une voix plus claire. Une étrange chaleur se diffusa partout dans le corps de la brebis, de ses oreilles au bout de ses sabots.
Soudain, la voix douce et chuchotante qu’elle entendait depuis quelques instants se fit plus puissante.
- Euphrosine. Je suis ta conscience, alors écoute-moi attentivement.
La brebis fut alors comme propulsée dans une dimension parallèle. Elle se retrouva soudain dans un pâturage verdoyant et ensoleillé, parsemé de pâquerettes et de coquelicots, dans lequel elle cabriolait gaiement, telle une jouvencelle tout droit sortie d’une série télévisée des années soixante-dix, en compagnie de dizaines de papillons, des chevreaux, des ânons, et quelques blaireautins aussi. Tous gambadaient gracieusement ensemble dans l’herbe haute sur un fond sonore des Pink Floyd, presque au ralenti, ce qui faisait irrémédiablement penser à ce sitcom hollywoodien avec des jeunes femmes exubérantes portant des maillots de bain rouge vif qui courraient au ralenti sur une plage.
Puis la voix reprit la parole, si je puis dire.
- Euphrosine, je suis ta con...
La brebis la coupa sèchement :
- Oui hé bien j’ai compris, ça va ! Qu’est ce que c’est que ce délire psychédélique ? Et que viennent faire des satanés blaireautins et des papillons dans l’histoire ? Allez, la petite voix, abrège !
La fameuse voix reprit finalement, après quelques secondes d’un suspense insoutenable.
- Alors, sans te commander, très chère Euphrosine, veux-tu bien m’écouter ? Il se trouve que tu as quitté inopinément ton village pour parcourir le monde, mais ce que tu ignores, c’est que ton départ improvisé risque de mener le monde à sa perte. Non pas parce qu’une obscure légende menace de s’exécuter en faisant exploser le Licancabur, mais plutôt car une équipe de bras-cassés a été recrutée par l’Antique vieille Baderne et deux sous-fifres pour partir à ta recherche, puisqu’ils sont persuadés que ta disparition causera la fin du monde dans un immense feu d’artifice volcanique. Et vu ce que j’ai pu voir, ça va être beau ! Ils sont tellement adroits qu’ils détruiront tout sur leur passage. Alors, soit tu profites de la vue, tu bronzes un peu, t’achètes deux cartes postales, une glace à l’italienne, et tu prends la tangente ; soit tu aides gentiment Obdulia la vieille frappadingue à tricoter ta propre laine (puisque c’est ça qui l’intéresse, d’après ce que j’ai compris : il faut dire que la laine mérinos se revend à un très bon prix) en attendant que cet équipage arrive jusqu’ici pour te ramener chez toi, ce qui, à mon humble avis, prendra tout de même un certain temps.
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Pendant ce temps, notre petit groupe d’aventuriers qui avaient maintenant fait connaissance, préparaient leur départ et finissaient d’empaqueter leurs slips et autres accessoires de toilette.
D’ailleurs, les caleçons de Tito étaient d’un blanc si étincelant, presque aveuglant, qu’on aurait dit qu’ils avaient été confectionnés par des vers à soie gavés au peroxyde d’hydrogène. Suileabhan, en grand mogul, tassait avec sa maigre garde-robe une dizaine de volumes ésotériques dans son bagage, en espérant que tout tienne et qu’il ne devrait pas en retirer un seul. Parmi ces ouvrages mystérieux, un essai traitant des astro-particules, un autre s’intitulant « Hérode et Hérodote : l’un radote et l’autre s’érode - comparaison de deux personnages n’ayant rien en commun », écrit tout à fait abscons que seul un érudit comme le mage noir pouvait décrypter.
Puis ils partirent en direction du soleil couchant, le cœur vaillant. Certains se demandaient s’ils rentreraient vivants et entiers de ce périple, d’autres misaient plutôt sur les chances de survie des adversaires potentiels qui croiseraient leur route.
Après avoir fait un bout de chemin, ils décidèrent qu’il était temps de monter un bivouac pour la nuit. Ce qu’il faut préciser, c’est que cette bande d’amateurs étaient à tout juste un kilomètre et demi du village, et que de là où se tenant l’Antique vieille Baderne, il les voyait très nettement, et les observa un moment : les uns en train de se battre avec la tente (dont la notice, écrite en tout petit, précisait : « montage ultra facile et rapide, spécial campeurs débutants »), les autres également en train de se battre, mais avec les quelques bouts de bois dont le désert disposait, et l’unique boîte d’allumettes de la troupe afin de faire un feu.
Après quatre tentatives infructueuses, et être - enfin - parvenu à allumer un feu de camp digne de ce nom, le petit groupe allait pouvoir se rassasier avec le délicieux mets préparé par Regina. Elle seule semblait savoir plus ou moins ce qu’elle faisait, en l’occurrence un bon petit plat qui ravigote - même si la compagnie n’avait pas encore fourni d’efforts surhumains - un bœuf mironton. En effet, l’Antique vieille Baderne avait une excellente vue, malgré son grand âge. Et un odorat très fin : le bœuf mironton était presque prêt, il ne manquait que cinq petites minutes de cuisson et une pincée de sel. Il pouvait également dire qu’Urs avait les pieds qui sentaient le roquefort, bien qu’il fût Suisse... L’Antique vieille Baderne rit dans sa moustache qu’il venait de faire pousser.
- Hé, hé ! Voyons comment ce ramassis d’abrutis se débrouille ! Je sens qu’on va bien rire...
Et il s’en retourna dans sa hutte, préparer trois petites truites crues pour son dîner, ainsi que ces fameux saucissons de sanglier à six pesos.
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Le dîner ragaillardissant terminé, les aventuriers vaquèrent à leurs occupations, tout en restant autour du chaleureux foyer. Blythe et sa sœur jumelle Lucy entreprirent de mettre de l’ambiance pour finir la soirée : Lucy entonna une chanson, tandis que Blythe était aux percussions et tapotait les divers ustensiles disséminés sur le site de leur halte, en quête de sons intéressants. Cela leur rappelait avec bonheur les nombreuses veillées auxquelles elles avaient participé lors de rassemblements hippies avec leurs parents.
Cependant, certains membres de la compagnie n’avaient semble-t-il pas les mêmes goûts musicaux. Tito était de ceux-là : au bout de quelques instants, il se leva brusquement et s’exclama avec fougue :
- Mais qu’on lui fasse une ligature des cordes vocales à celle-là ! J’ignorais que tu connaissais la technique du cri qui tue, et que tu voulais la tester sur nous !
En pure britannique qu’elle était, Lucy conserva son calme face à cette agression verbale, et prit son temps pour répondre à l’hidalgo de pacotille :
- Darling, vous ne valez pas la paire de gifles que l’on a envie de vous donner, ou de coups de pied dans le postérieur, j’hésite.
Sur ce, elle retourna auprès de sa sœur, et les deux jeunes femmes poursuivirent leur tintamarre de plus belle, tout en ignorant avec soin un Tito médusé.
De leur côté, loin de se laisser abattre, Urs, Suileabhan et Regina portaient un toast à Saint Kro, saint patron des buveurs de bière et de la synchronisation, et s’en payèrent une aussi fraîche que ce que le climat local permettait. Comme le crépuscule tombait et qu’il commençait à faire aussi sombre que dans un trou sans fond, Suileabhan alla attraper, à l’aide d’une épuisette, quelques lampyres - plus connus sous le nom de vers luisants « qui ne sont absolument pas des vers, soit-dit en passant », développa le mage à ses comparses totalement absorbés par ses explications, « mais des coléoptères, au même titre que les coccinelles et les scarabées » - qui voletaient aux alentours, afin de s’en servir comme lanterne, même s’il aurait pu user d’un sort d’éclairage mineur. La manœuvre ne lui prit guère plus de dix minutes, il semblait rompu à cet exercice. Ainsi, il économisait ses pouvoirs infernaux en vue de les utiliser de manière optimale ultérieurement, car le mage était d’un naturel prévoyant.
Puis comme le stock de bières et de chansons venait à s’épuiser, chacun alla se coucher. La nuit étoilée était des plus paisibles, on entendait seulement quelques spermophiles mélancoliques qui poussaient vers la Lune leur note brève et roucoulante.
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Après une bonne nuit de sommeil, à peine troublée par le passage de quelques petits animaux tels des octodons degus, un chat des pampas, plus tard une famille de colo colos et une petite meute de nandous venus grappiller les miettes et reliefs du repas de nos aventuriers, ceux-ci se réveillèrent de bon matin. Ils prirent un petit-déjeuner frugal, et se remirent en route.
L’astre doré était déjà bien haut dans le ciel quand l’équipée arriva sans le savoir tout près de la première étape de notre héroïne : les alentours de l’auberge du Chien qui Pète. C’est alors que Tito, Lucy et Blythe demandèrent en chœur :
- Quand est-ce qu’on s’arrête ?
Et pêle-mêle :
- j’ai mal aux pieds !
Ou encore :
- j’ai envie de faire pipi !
Mais aussi :
- quand est-ce qu’on mange ?
La température au sol indiquait qu’il était largement temps de faire une pause. Ainsi nos camarades s’arrêtèrent à l’ombre d’un bosquet. La gent féminine manifesta à nouveau le mécontentement pédestre dont elles souffraient, donc Urs décida exceptionnellement d’être gentil et fabriqua grâce à un tronc d’arbre un banc, et avec quelques végétaux il élabora une sorte de coussin confortable sur lequel les demoiselles purent s’installer.
Après quelques ablutions et s’être réhydratés, les six compagnons d’aventure repartirent vaillamment. Ils marchèrent longtemps, très longtemps dans le désert. Si longtemps qu’ils perdirent la notion du temps. Pendant ce qui sembla durer deux jours, ils ne virent que quelques motards égarés, ou occupés à réparer leur engin, et ils se demandèrent ce qui avait pu les amener dans ces territoires isolés. Les bivouacs de notre compagnie furent assez rudes mais Regina réussit malgré les conditions difficiles, le vent violent et la chaleur écrasante, à concocter de bons repas à ses équipiers, ce qui leur remonta le moral puisqu’ils avaient la vague impression de tourner en rond depuis au moins une journée. Une de leurs haltes s’improvisa quand le groupe arriva à la hauteur du magnifique site archéologique du Géant d’Atacama, ou el Gigante de Atacama en espagnol. Toutefois, de leur point de vue ces lignes tracées sur le sol aride paraissaient assez abstraites. Seul Urs, le géant des Alpes, pouvait prétendre voir que les formes ancestrales formaient un homme immense.
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A ce moment précis de l’aventure, nos compères ignorent totalement qu’ils se trouvent à environ quinze kilomètres au nord-est de la petite cité de Huara, localité dans laquelle notre héroïne Euphrosine demeure, en compagnie de Peniyamïn. Autrement dit, le but de leur mission est à portée de main, mais ça serait trop facile, ça ne peut pas se passer ainsi !
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Le club des six n’avait pas le moindre indice qui aurait pu les aider dans leur périple, alors ils continuèrent vers l’ouest pendant un bon moment. Ils croisèrent un groupe de neuf personnes, elles aussi semblaient être chargées d’une mission, car ces individus étaient équipés de lourds sacs à dos et tous semblaient assez désespérés et extrêmement fatigués. Ils s’arrêtèrent un moment, firent connaissance, passèrent finalement la fin de la journée et le bivouac avec ces aventuriers. Il s’avéra que cette compagnie, qui se faisait connaître sous l’étrange appellation d’Abdomens sur Fémurs, était à la recherche du fameux Peuchen, une terrifiante créature mythique. Quand les jumelles psychédéliques demandèrent à celui qui semblait être le meneur de ce groupe, ce qu’était le Peuchen, il leur narra la légende immémoriale qui parcourt le Chili.
Cette créature était un animal métamorphe, qui avait le pouvoir de se transformer à volonté ; il était redoutable car il pétrifiait ses victimes d’un simple regard, avant de leur sucer le sang jusqu’à la dernière goutte et que mort s’ensuive. Il avait déjà décimé des troupeaux entiers, et tué des dizaines d’hommes vaillants qui s’étaient risqué à l’affronter ; personne à ce jour n’avait pu le vaincre. Ce récit assez angoissant n’annonçait rien de rassurant pour les nouveaux camarades de notre compagnie. Après que Philibert-Arthus, le meneur des Abdomens sur Fémurs, eut terminé son récit, Suileabhan pris la lumineuse initiative de parler de leur mission aux Abdomens sur Fémurs, afin de glaner peut être quelques renseignements.
Philibert-Arthus était en réalité un noble : Duc de Rampaincourt de Courtechiquette ; le gentilhomme s’était engagé dans l’armée de sa royale Majesté pour s’émanciper de ses parents par trop protecteurs et étouffants. Après deux ans de bons et loyaux sévices, ce jeune homme aventurier, qui avait toujours rêvé d’apprendre à jouer du soubassophone et de visiter l’état de l’Oregon, quitta les British Armed Forces. Il s’envola alors pour Portland – point culminant de sa visite de l’état, avec ses nombreux jardins de roses, la vallée de la Willamette et ses fameuses chutes – et s’y installa quelques mois. Mais la fièvre aventurière le repris très vite... Il décida donc de changer d’air et partit en Amérique du Sud où il se retrouva malencontreusement impliqué dans cette histoire de Peuchen, suite à un pari stupide pris après une belle série de verres de tequila dans un bar à tapas miteux et Portoricain. Le Duc expliqua à Suileabhan qu’en effet il avait peut être quelques indications intéressantes à lui fournir...
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Le charmant Duc Philibert-Arthus et sa compagnie avaient effectivement croisé Euphrosine peu de temps auparavant. D’après ce qu’il se paraissait se souvenir, ils l’avaient aperçue deux jours avant, au détour d’un bosquet d’énormes cactus qui camouflait une des plus grandes taupinières au monde. En effet d’après la taille de celle-ci, environ deux mètres cinquante, on pouvait en déduire qu’elle abritait une colonie de taupes-turbo à cul violet, une espèce cosmopolite que l’on trouve d'ailleurs en France, notamment dans la charmante et champêtre région Centre. Ces mammifères diurnes fouisseurs mesurent environ soixante centimètres et se démarquent grandement de leurs cousines communes qui ne dépassent pas le quart de mètre. Ces charmants animaux se reproduisent une seule fois par an et ont entre quatre et six petits...
Bon, c’est bien beau, mais ces informations, somme toute fort intéressantes dans un autre contexte, n’aidaient pas tellement nos aventuriers en quête de gloire éternelle et de brebis égarée... Suileabhan et les autres insistèrent longuement auprès du Duc Philibert-Arthus afin qu’il recouvre sa mémoire défaillante et qu’il cesse ses soliloques interminables, en usant de stratagèmes divers et variés, tels qu’un couteau sous la gorge, une fournée de cup cakes tous chauds, préparés par Regina – une ruse vraiment fourbe ; une chanson de Bob Dylan massacrée par Blythe et Lucy, ce qui fut un calvaire pour les tympans de tout le monde ; ou encore le regard foudroyant et donc très persuasif d’Urs...
C’est ce moment que choisit un des comparses du Duc, Olaf Petersen, à première vue d’origine gnome ascendant Troll, pour prendre le relais. Il avait l’air de penser que le prétendu chef des Abdomens sur Fémurs n’en menait pas large, et ne pourrait faire face aux situations d’urgence et à ces inconnus à l’apparence amicale certes, mais qui pouvaient devenir potentiellement hostiles. Il était donc temps d’agir, et le fait de leur donner un coup de pouce mettraient ces inconnus dans des dispositions favorables. Ils seraient donc moins agressifs le cas échéant. Ceci n’était que de la stratégie, après tout.
- Je me rappelle parfaitement l’avoir vue, auprès de cette grande taupinière où elle se reposait. C’était il y a exactement quatre jours, à proximité de la petite cité de Huara vers laquelle elle semblait se diriger. Je me suis même demandé ce qu’une brebis seule pouvait bien faire dans la région, sachant qu’il n’y a vraiment rien à faire par là, c’est un trou désertique.
Puis Olaf montra à Suileabhan et ses compagnons dans quelle zone il l’avait remarquée.
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Récapitulons, voulez-vous ? Quatre jours avaient donc passés depuis qu’Euphrosine avait débarqué à Huara. Certes, en arrivant là-bas elle avait commencé à visiter le village, mais les deux jours suivants elle avait été dans un quasi-coma. Elle n’avait donc pas encore pu profiter pleinement de son séjour, qu’elle s’était faite alpaguer par une vieille femme un tantinet déséquilibrée et plutôt angoissante, qui lui avait promis par l’intermédiaire d’une petite voix, la fin du monde si elle refusait de renoncer à sa liberté fraîchement acquise. Maintenant que cette prophétie lui avait été dévoilée, Euphrosine avait deux options : partir vite d’ici et vivre sa vie comme elle l’entendait, ou rester à Huara, joli port de pêche en attendant qu’un groupe de bras-cassés, dixit la mercière, viennent la récupérer et la ramener au bercail. Un dilemme se présenta donc à elle : en brave mouton bête, discipliné et bien dressé, elle était forcément tentée de rester dans la petite bourgade en attendant la rescousse, et en même temps... Euphrosine eut une forte envie de tout envoyer bouler et de continuer son petit mouton de chemin.
Elle envoya donc paître les blaireautins et le reste de la ménagerie, alors le décor psychédélique ainsi que la musique s’arrêtèrent brusquement, comme dans un film dans lequel la bobine saute...
Dès que la vieille Obdulia voulut bien dégripper ses mains décharnées et rêches du col d’Euphrosine, celle-ci s’éloigna prestement en attirant son nouvel ami Peniyamïn à elle. D’ailleurs, celui-ci était resté coi et n’avait pas bougé d’un millimètre au moment où la grand-mère s’était adressé à Euphrosine. Quand celle-ci le pris par le bras pour mettre autant de distance possible entre eux et la mamie, cela sembla le faire sortir d’une étrange torpeur. La jeune brebis se retourna brièvement vers la gâteuse, sourit de manière honteusement forcée et bredouilla ces quelques paroles :
- Heu, merci pour cette plaisante... discussion, Madame! Très heureuse de vous avoir connue, et désolée de vous quitter de manière si... impromptue ! C'est-à-dire que j’ai un rendez-vous, je vais être sacrément en retard ! Au revoir !
Et ils partirent bras dessus, bras dessous, au trot, en direction du refuge providentiel que procurait l’officine de Peniyamïn. Immobile, Obdulia les regarda s’éloigner, l’oeil toujours fixe, jusqu’à ce qu’ils deviennent aussi petits qu’un dé à coudre et qu’ils disparaissent de son champ de vision. Elle murmura, au bout d’une minute, le sourire aux lèvres :
- Tu ne crois pas si bien dire, ma belle. Tu as en effet un rendez-vous, et avec ton destin. Tôt ou tard.
Arrivés dans la boutique de Peniyamïn, ce dernier lui lança un regard interrogateur. Euphrosine repris son souffle - ce qui prit bien deux ou trois minutes, puis elle put expliquer à son acolyte ce qu’elle avait vu dans l’espèce de rêve éveillé, sans toutefois évoquer le vert pâturage et les petits animaux. Elle expliqua à son acolyte qu’elle n’avait pas des tonnes d’alternatives : soit elle restait ici et Obdulia risquait de la réduire en esclavage d’une façon ou d’une autre, soit elle prenait la poudre d’escampette au risque d’être poursuivie un bon moment par une troupe d’humains irresponsables, et de provoquer pas mal de dégâts à cause d’eux. Etant donné que niveau servitude elle avait déjà suffisamment donné, elle opta pour le plan B. Son compère apothicaire l’interpella :
- Mais je ne peux vous laisser partir seule ainsi, n’oubliez pas que vous êtes enceinte et que vous aurez donc besoin de soins, d’attention. Je vous propose donc de vous accompagner dans votre aventure, si vous êtes d’accord bien sur. Sachez, chère Euphrosine, que je souhaite avant tout vous aider et non vous importuner. Et puis, je m’ennuie depuis trop longtemps dans ce village perdu, j’ai grand besoin de faire un peu d’exercice ! Vous m’apportez une très bonne excuse pour mettre la clé sous la porte et quitter ce canton oublié.
Comme c’était la première fois depuis... jamais qu’on lui demandait son avis, la jeune brebis accepta volontiers la proposition de Peniyamïn. Après tout, autant être à deux dans ce périple, c’est plus agréable et aussi sécurisant pour Euphrosine. D’autant plus que l’Arménien n’était pas entreprenant, du moins de prime abord, ni trop attentionné ou collant comme avait pu l’être un certain Rico, ce qui, du coup, rassura immédiatement notre héroïne.
A toute vitesse, Peniyamïn alla baisser les stores de l’officine et tourna le panonceau « fermé » sur la porte. Il se précipita ensuite dans sa chambre pour entasser quelques affaires, une mallette des médicaments les plus courants et quelques vivres dans un vieux sac de voyage. Puisque Euphrosine n’avait pour ainsi dire rien à se mettre, elle était déjà prête à partir, chose assez rare pour une personne de sexe féminin pour qu’on le mentionne.
- Allons, s’écria-t-elle, il ne faut pas tarder !
- Oui ma chère, j’arrive tout de suite, mais je ne peux partir sans mon fidèle compagnon Arsenic. Sans moi, il se laisserait mourir. Les autres animaux, mes périophtalmes, sont autonomes et vont retourner à la vie sauvage très vite, je ne m’inquiète pas pour eux. Arsenic ! Viens ici mon chien !
Le canidé déboula de derrière la maison, aussi vite que le permettait ses courtes pattes, et sauta dans les bras de son maître. Puis le trio repartit aussitôt. Peniyamïn semblait avoir une idée assez claire de ce qu’il allait faire :
- Euphrosine, j’ai un bon ami à l’autre bout du village qui est toujours prêt à me rendre service. Il possède un side-car, nous allons lui... emprunter.
- Euh..., bredouilla la brebis, d’accord !
Le trio était à mi-chemin désormais. Ils étaient bien lancés, le terrain était dégagé et le vent était favorable. La maison du bout du bourg s’approchait de plus en plus. Encore deux cents mètres.
Ils s’approchaient de la mercerie : Obdulia était toujours postée sur le pas de porte. Son regard inquiétant était fixé sur eux, et lorsqu’il passèrent devant elle, la vieille murmura à nouveau :
- Tu as rendez-vous avec ton destin, ma belle. Tôt ou tard.
- Allez, Euphrosine, continuez, ignorez-la ! Ne ralentissez pas, nous n’avons pas de temps à perdre !
- Grrr ! confirma Arsenic.
Leur course effrénée reprit de plus belle. Il leur restait environ cent cinquante mètres, et la liberté était à leur portée.
- Pauvres païens, rejoignez-nous !
Deux hommes tout de blanc vêtus leur barraient la route, à quelques mètres d’eux.
- L’Apocalypse approche, et pour le salut de vos âmes, la Très Sainte Communauté de l’Ultime Atome vous accueillera à bras ouverts ! Oui mes chers frères je vous le dis, le salut est en l’adhésion à notre Très Sainte Communauté de l’Ultime Atome, pour la modique somme de...
- Mais cassez-vous, cons de... ! s’écria Euphrosine.
- Economisez votre salive ! ajouta Peniyamïn.
- Grrrrrr ! compléta Arsenic en montrant des crocs luisants et pointus.
- Rejoignez-nous, nous avons des gâteaux ! argumenta précipitamment l’un des hommes tout en se rapprochant de son camarade.
- Vous croyez qu’il y a des gens suffisamment naïfs pour se faire prendre à leur piège ? demanda Peniyamïn.
Celui-ci écarta alors les deux hommes par un puissant coup d’épaule asséné à pleine vitesse, et les deux adeptes s’envolèrent dans le décor, dans un mouvement très dynamique.
- Hé bien, Peniyamïn, c’était très esthétique, cette scène ! le félicita Euphrosine.
- Merci ! En réalité, je n’ai aucun mérite, j’avais vu cet enchaînement dans un film d’arts martiaux chinois.
- Mon ami, vous êtes trop modeste ! le flatta la brebis.
Ils touchaient presque à leur but, la grange de l’ami du pharmacien était à quelques enjambées désormais. Il était temps, d’ailleurs, car Euphrosine commençait à avoir un point de côté.
- Allez, Euphrosine, encore un petit effort, nous y sommes presque ! l’encouragea le pharmacien.
La pauvre était à bout de force et commençait à voir des étoiles devant ses yeux. Il était temps que cette course prenne fin, faute de quoi elle ferait un malaise rapidement, et ce n’était vraiment pas le moment.
Enfin, ils étaient sur le point d’atteindre cette foutue grange. Mais ce fut sans compter sur l’intervention inattendue d’une vaste réunion de clowns fraîchement parachutés qui, sous les yeux médusés des rares passants, de nos trois acolytes et de l’angoissante Obdulia, envahirent le village en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Au nombre d’environ deux cents, ils s’étaient donné rendez-vous dans le petit village via les réseaux sociaux de la toile, afin de partir tous ensemble à la 13ème Convention Internationale des Clowns de tous styles. Cette réunion, prévue quelques jours plus tard, devait avoir lieu à Santiago de Chili cette année.
Nos trois amis s’en trouvèrent bien ralentis, mais pensèrent toutefois que cette diversion tombée du ciel, au sens propre, était parfaite pour échapper aux adeptes de la Très Sainte Communauté de l’Ultime Atome, et d’Obdulia la Terrible. Ils purent donc atteindre la fameuse bâtisse plus tranquillement, car le footing n’était de toute façon pas une activité qu’ils affectionnaient. Le trio en profita même pour regarder les différents styles de clowns qui se trouvaient là : du bouffon gentillet ressemblant à s’y méprendre au symbole de la restauration rapide occidentale, au clown burlesque façon Jango Edwards, en passant par le clown sombre, sadique et terrifiant, doté d’un sourire carnassier.
Finalement, ils entrèrent dans cette grange si convoitée. Comme la foule en masquait l’entrée, ils purent se reposer un moment, reprendre leur souffle avant de partir pour de nouvelles aventures.
Dans l’obscurité du bâtiment en bois, les trois compagnons n’y voyaient pas grand chose et se rassemblèrent prudemment. Des rais de lumière filtraient entre les planches de bois grossièrement taillées, et on pouvait distinguer la poussière voltiger doucement dans l’air. Dissimulée en partie sous une bâche poussiéreuse, une masse métallique d’une forme étrange était au milieu d’un vaste capharnaüm digne d’une boutique de marchand de vieilleries. Une rutilante Dnepr 750 side-car de 1989, excellent millésime s’il en est (chute du mur de Berlin, naufrage de l’Exxon Valdez, présidence de George Bush père, premier épisode des Simpson, survol de Neptune par la sonde Voyager 2, naissance de Sheryfa Luna et de Joe Jonas, vous rendez-vous compte ?), et son attelage de marque allemande semblaient attendre notre trio hétéroclite depuis un moment.
Peniyamïn s’approcha doucement du bolide, comme s’il craignait qu’il bondisse ou se carapate dans un recoin de la grange, tel un fauve farouche ou une grosse araignée timide. D’une main, il frôla la tôle pendant un instant de quasi-recueillement, saisit la bâche protectrice, la retira avec douceur. L’engin était dévoilé : la peinture était écaillée par endroit, le métal quelque peu rouillé, mais dans l’ensemble il avait l’air en bon état.
- Bon, fini de rêvasser, Peniyamïn ! allons-y !
- Heu, oui, dit-il en attachant son bagage derrière lui. Allez Arsenic, installe toi avec Euphrosine dans l’attelage. Le temps de laisser un mot à mon ami, et je prends les commandes. Accrochez vous les amis, c’est parti !
Un bout de papier griffonné et presque illisible plus tard, la machine pétaradante démarrait en trombe avec à son bord un équipage à deux tiers animal. Tous s’étaient équipés de lunettes Aviator, parce que ça faisait vraiment chic, et surtout ça évitait de pleurer à cause du vent, de la poussière et des insectes.
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Pendant ce temps, nos aventuriers débutants étaient repartis après un bivouac riche en rebondissements, cette fois-ci dans la bonne direction, grâce aux indications d’un groupe tout aussi hétéroclite qu’eux. Restait maintenant à espérer qu’ils n’allaient pas continuer à tourner en rond, et qu’ils allaient vite trouver la trace de la brebis. La ville de Huara, qu’Olaf des Abdomens sur Fémurs avait indiqué à nos amis aventuriers, se trouvait par un hasard heureux à une distance relativement courte de leur bivouac, au sud-ouest. Et si la chance continuait à leur sourire, ils tomberaient peut être directement sur l’animal au détour d’une colline désertique.
Mais comme la naïveté de ce groupe n’avait d’égal que la désorganisation dont il faisait régulièrement la démonstration, il y avait une très faible probabilité pour que cela arrive.
Et, on the route encore, le groupe crapahuta en file andine pendant une matinée sans rencontrer d’obstacle majeur. Comme il commençait à faire vraiment chaud et sec, tout le monde tomba d’accord pour faire une pause.
- Oh non, ma gourde est presque vide, soupira Blythe.
- C’est ce que je pense depuis le début ! s’exclama Tito dans un ricanement méchant.
- C’est toi qui me traite de gourde ?
S’ensuivit une longue litanie d'impolitesses que le reste du groupe, concentré, observa silencieusement, regardant à droite (côté de Blythe), à gauche (côté de Tito), tel un public de tournoi de tennis lors d’un échange particulièrement serré et disputé. Pêle-mêle, ils assistèrent à des « alpha mâle bête », « sac à glace », et autre « bourrin bigrement brindezingue ».
Quand cet intermède fut terminé, Lucy brisa le silence électrique avec flegme, comme si rien ne s’était passé ces quinze dernières minutes.
- Euh, Suileabhan, auriez-vous à tout hasard une potion à me donner pour soulager ma gorge ? l’air est si sec que j’ai l’impression d’avoir du papier de verre dans le gosier, c’est assez peu agréable, je dois avouer.
- Cela est certainement dû à la poussière du désert soulevée par le vent, elle est très fine et s’infiltre facilement dans les voies respiratoires. Etant donné que nous devons voyager léger, je n’ai pas pu prendre beaucoup d’ingrédients avec moi. Mais vous avez de la chance, Lucy, j’ai un sirop pour matou qui devrait apaiser ceci...
Après s’être tous désaltérés, Regina concocta des casse-croûtes puisqu’il était aux alentours de midi. En début d’après-midi, les six équipiers repartirent dans la direction du sud-ouest et marchèrent longtemps dans le silence du désert. De temps à autre, ils apercevaient quelques animaux sauvages ; mais après un moment, Regina s’aperçut que beaucoup d’entre eux avaient une allure peu conventionnelle. Elle vit même un scorpion qui possédait une pince beaucoup plus grosse que l’autre, et surtout qui était bleue...
Ils continuèrent à marcher une bonne heure, jusqu’à ce qu’ils aperçoivent un grand bâtiment en béton, duquel ils furent rapidement séparés par une haute clôture. Un large panneau métallique, attaqué par la rouille, indiquait une tête de mort qui saignait du nez et qui avait quelques dents en moins, entourée d’éclairs. En dessous, on pouvait lire l’indication suivante, traduite en plusieurs langues : « les contrevenants seront sévèrement fusillés tous les matins jusqu’à ce que mort s’ensuive », « the contraveners will severely be shot every morning until dead follows », « die übertreter werden streng alle Morgen geschossen, bis tot sich ergibt », « se tirará severamente a los contraventores todas las mañanas hasta que muerto se sigue », etc...
Plaisante entrée en matière, me direz-vous, qui marquait l’entrée hautement surveillée par des groupes de gardes et des miradors, d’une vaste zone minée. Ce terrain piégé en entourait un autre, sur lequel étaient implantés plusieurs bâtiments du même genre que le premier qu’ils avaient pu voir de loin. Il s’agissait probablement d’une base militaire secrète, ou encore un site nucléaire quelconque. Comme les aventuriers avaient pu voir quelques animaux et plantes à l’aspect mutant (couleurs et taille inhabituelles, membres absents ou surnuméraires), ils optèrent pour la seconde explication. Le groupe longea prudemment l’ensemble pendant quelques dizaines de mètres, sous l’œil aiguisé et soupçonneux des soldats.
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Mais étant donné que j’ai autant d’inspiration que Régina Zilberberg Choukroun (merci Jean-Jacques W. aussi connu sous le surnom d’encyclopédie universelle) lorsqu’elle a décidé de massacrer, plus que faire un remake de I will survive, je vais faire une petite pause. Allez, un petit café pour la dame ! Voilà, ça va mieux !
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A quelques kilomètres de là, un trio peu commun démarra sur les chapeaux de roues sans se préoccuper de ce qui pouvait rester au milieu de leur route. Bilan : trois clowns bousculés (200 points chaque), un délit de fuite (800 points), deux poules d’Obdulia attrapées au vol (600 points car elles pouvaient faire de beaux œufs cubiques, voire même un petit barbecue), une petite botte de foin qu’un paysan avait posé devant chez lui probablement en attendant de l’entreposer dans sa grange (200 points), que Penyïamin saisit et donna à Euphrosine : elle aussi avait droit à son en-cas. Total des hostilités : 2200 points, ce qui est bien, mais peut mieux faire.
Et ils partirent à toute berzingue vers le nord-est, les cheveux/poils dans le vent. La Dnepr 750 side-car de 1989 roula sur les pistes poussiéreuses pendant longtemps sans croiser âme qui vive....









