CHAPITRE II
Prémices d’une nouvelle destinée
Au retour, sous l'azur peint de diverses couleurs sublimes et chaleureuses l'astre céleste tirait sa révérence, il saluait majestueusement son public puis s'évanouissait derrière le feuillage doré du bois.
La nature encore vivante, ivre de la lumière du jour s'endormait sous l'emprise de la nuit. Lentement et pleinement, elle revêtait son habit noir étoilé.
Lorsque Jean et Desplanques arrivèrent au logis, il se trouvait sur le devant de la maison une femme, une belle et séduisante créature.
Sublimé de cette personne, Jean demanda à Desplanques :
« - Qui est-ce ? Votre femme ?
- Non… Mon épouse est morte il y a plus de cinq ans. Il s'agit de ma fille… Claire ! Viens voir notre hôte ! Il se nomme Jean Thibault. »
Et elle arriva, se tournant vers Jean le salua :
« - Monsieur, bonsoir. »
Elle lui sourit. Jean prit sa main et la baisa.
« - Mademoiselle, bonsoir... Je suis Jean Thibault ! Comme vous êtes ravissante !
- Oh ! Cessez ! Vous allez me faire rougir ! »
Et il retira sa bouche.
Là, Desplanques, le regard sur elle s'exclama :
« - Ah ! Vois-tu ! Je ne suis pas le seul à avouer que tu es belle !
- Vous êtes même élégante et subtile ! Répliqua Jean.
- Oh ! Vous êtes trop bon ! Veuillez cesser ces douces paroles !
- Comme vous voudrez mais sachez que je n'en pense pas moins ! »
Ces compliments que Jean adressait à la jeune femme étaient inégalables à sa beauté. Bien qu'elle fût paysanne, fille d'ouvrier, elle semblait incarner le charme et la magnificence absolue.
Sa taille, port de déesse, sa chevelure longue et démêlée de boucles d'or, son blond éclat de richesse doux et délicat envoûtaient les regards charnels.
Ses mains, ses jolies mains, fines et sensuelles, ses traits exquis et affinés, ses yeux perles de l'Orient, perles de mille éclats dorés enchantaient et exaltaient toute vue.
Sa bouche, pulpeuse et voluptueuse, son sourire, bijou scintillant plein de majesté faisaient opprobre à la lumière du jour.
Sa grâce divine, Vénus des temps anciens séduit tout corps.
Ô ciel ! Face à une telle oeuvre, nous n'osons y paraître !
Seule sa robe blanche, usée par le temps laissait percevoir sa distinction sociale mais qu’importe…
Ils pénétrèrent dans la maisonnette et là s'installèrent.
Quand le repas eut fini de cuire, lorsque la soupe eut été servie dans les bols, on s'assit à table. On pria Dieu et le remercia de ce dîner.
Face à Jean se trouvait Claire qui l'observait et lui souriait tendrement. Épris de bien-être et de complaisances, elle prit parole et dit :
« - Monsieur… Puis-je savoir pourquoi vous trouvez vous ici ?
- Bien sûr... Vous permettez que je vous nomme Claire ?
- Oui... Oui !
- Voyez-vous Claire, je viens d'un petit village champenois, un village dont la sécheresse m'obligea à partir.
- J'en suis navrée.
- Oui ! N'ayant trouvé aucun travail dans ma région, je me suis dirigé à Paris.
- Et alors ?
- Et j'ai rencontré ce matin votre père qui par sa générosité m'a permis de trouver un métier. De même, il me proposa de demeurer ici le temps nécessaire. C'est une nouvelle destinée qui s'ouvre à moi !
- Oh ! Comme c'est merveilleux ! Je reconnais là l'âme de mon père, si charmante et si charitable !
- Ma fille, tu vas me faire rougir et toi aussi Jean.
- C'est normal... Ce que je dis, je le pense ! Répondit Jean.
- Sache mon ami que j'apprécie ta compagnie ! Affirma Desplanques.
- Je vous remercie monsieur ou devrais-je dire mon ami ?
- Tu peux le dire ! Oui je te considère comme mon ami !
- Comme j'aime voir mon père heureux... Jean vous êtes un don de la providence ! »
La conversation continua dans la chaleur propice de l'affection humaine ; Jean questionna Claire sur sa situation et lui demanda de conter ses journées.
« - Mes journées ! Affirma-elle… Je les passe ici dans notre jolie bourgade, je travaille à la ferme, je m'en vais au lavoir, fais les travaux ménagers et vends quelquefois des poulets en ville.
- Vous ne sortez jamais de la paroisse alors ?
- Si, parfois le dimanche, je me promène dans les bois. »
Quand ils eurent achevé leur discussion et que le repas fut terminé, Desplanques se leva et annonça :
« - Viens Jean, nous allons aller à la taverne du centre.
- Ne rentrez pas ivres noyés dans l'alcool ! Papa ne va pas rendre fou ce remarquable jeune homme ! Répondit Claire.
- Ne t'inquiète pas, je n'ai nulle attention de le faire boire, je veux juste le présenter à la communauté.
- Bon... D'accord, je te fais confiance. »
Dès qu'ils furent sortis, Claire, le regard ébloui par la prestance de Jean resta assise, pensive et rêveuse puis la fatigue l'envahissant, elle alla se coucher.
Il faisait sombre et funèbre dans la citadelle encore vivante. Dans les rues pavées de la bourgade, ici et là se trouvaient fixées aux murs des maisons des lanternes. Elles éclairaient le chemin de passants intrépides à l'objectif déterminé.
Sur la route menant à la taverne, tout en dialoguant avec Desplanques, Jean aperçut, située sur une colline avoisinante du centre, une demeure haute et imposante. Il s'approcha de Desplanques et demanda :
« - Quelle est donc cette habitation culminant nos maisons ?
- C'est le foyer de notre seigneur, monsieur du Sous-bois, il réside ici avec son fils.
- Encore un ignoble bonhomme qui nous vole et nous engraisse ! Un malhonnête individu qui vit selon nos propres dépend ! Un homme qui comme tous ces mécréants de bourgeois est impropre à la justice humaine. Oui, je connais ces gens et je les méprise.
- Tu as raison ! C'est un gars comme toi qu'il nous faut ! Tu es sensible aux vertus humaines, tu vis au désespoir des autres et les aides à combattre le malheur qui les entoure. »
Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent enfin à la taverne ; ils entrèrent à l'intérieur.
Une centaine de personnes s'y trouvait, assises au comptoir ou dans la salle autour d'une bonne boisson réconfortante.
Desplanques conduisit Jean à une table.
Là, s'asseyant face à des hommes buvant et se divertissant Desplanques prit parole et dit :
« - Mes amis ! Je vous présente Jean, je l'ai rencontré ce matin et il s'est installé chez moi.
- Bonsoir ! Répondirent-ils.
- Jean ! Voici Jacques et François… Agriculteurs.
- Je suis enchanté de faire votre connaissance. Je suis Layetier et je travaille avec André. »
Les deux individus, n'ayant jamais vu Jean et désirant le connaître lui demandèrent de quelle contrée il venait. Jean cherchant à se lier d'amitié avec eux, se montra affable et leur conta son histoire.
Une fois le récit terminé, François répliqua :
« - Quelle misère cette sécheresse ! Nous en serons bientôt tous victimes aussi.
- S'il n'y avait que cela ! Soupira Jean.
- Que voulez vous dire par là ? Demanda Jacques.
- Oh rien ! Si ce n'est que nous avons le malheureux privilège d'être exploités pour pourvoir les riches.
- C'est vrai ! Mais nous ne pouvons rien faire contre.
- Si nous étions tous unis dans le même combat nous pourrions les vaincre. Cela fait trop longtemps que nous subissons leurs volontés.
Nous sommes la proie des plus grands prédateurs et nous nous laissons dévorer nos biens sans agir. Jadis, j'ai refusé de payer la taille ; j'ai été châtié par le seigneur et depuis je rêve de vengeance. J'aimerais que l'Égalité des droits soit établie. J'ai lu les lettres et les pensées philosophiques de Voltaire et Diderot... Oui… Je sais ce sont des oeuvres de luxe ! Elles idéalisent et louent le régime de l'Angleterre. Seuls des êtres souffrant de la misère peuvent comprendre la lutte acharnée de ces auteurs qui agissaient en notre faveur.
- Cela veut-il dire que vous n'acceptez pas la Monarchie ?
- La royauté, je ne la dénigre pas, ce que je condamne, c'est le plein pouvoir. Notre roi descendant du Soleil n'a aucune qualité de dirigeant ni même de passion pour le pouvoir.
Il n'a eu aucune instruction le prédestinant à régner, il a été jeté dans le moule sans aucune conviction. Il est cultivé, très pieux mais s'est laissé manipuler par la cour qui a corrompu ses qualités, il est candide, sensible, craintif. C'est un roi sans divertissement, infortuné dans sa situation qui souhaiterait fuir les responsabilités du pouvoir pour pouvoir vivre libre.
Non, je ne suis pas contre la Monarchie, je suis contre ceux qui nous gouvernent et qui ne nous ont pas encore compris. Le Soleil, certes a cessé d'être mais son emprise sur le peuple fut tellement décisive que même décédé, son concept, sa pensée demeure, nous sommes hantés par l'esprit démoniaque de ce tyran. Je veux fuir ce personnage.
- Tu es visionnaire, Jean, cela fait plusieurs siècles que la situation se stagne ! Répliqua Desplanques.
- Oui… Peut-être ! Mais nous avons eu derrière nous un despote qui a déclaré que « L’État c'est moi » demain, nous dirons
« L’État c'est nous. »
Vous verrez, il faudra que tout cela change.
- En attendant, je te félicite pour ta bravoure, tu n'as pas froid aux yeux, tu es courageux dans tes paroles et tes actes.
- Buvons à ta santé et à celle de la Révolution qui va naître !
- J'accepte et vous Desplanques ?
- Bien que Claire ne veuille pas, je ne dis pas non.
- Allez mes amis ! C'est moi qui paye, annonça François. »
Et quand ils eurent leurs boissons, Etienne déclara :
« - A votre santé Jean et à vos ambitions !
- A votre santé et que Dieu nous protège ! »
Lorsque la fatigue envahit les corps, lorsqu'ils eurent fini de se désaltérer, Desplanques et Jean saluèrent leurs compagnons.
Jean, enchanté de cette rencontre, annonça :
« - Je suis heureux d'avoir discuté avec vous ! J'espère vous revoir bientôt. Bonne nuit !
- Bonne nuit ! » Répondirent Jacques et François puis Desplanques et Jean sortirent.
Dehors, il faisait encore une chaleur extrême, pas un souffle de vent. Jean et Desplanques étaient épuisés, ils ne parlaient pas.
Au logis des Desplanques, il n'y avait aucun bruit ni même aucune lumière. Ils entrèrent puis là doucement, ils allumèrent des bougies.
Desplanques dit à voix basse :
« - Il est temps de se coucher, tu vas dormir ici au premier. J'ai le lit de mon fils, maintenant qu'il est parti, ce sera le tien.
- Merci, je n'en attendais pas autant…
- C'est normal... Allez viens ! Monte et surtout, tache de ne pas la réveiller. Ta couche se situe au fond de la pièce, à côté de celle de Claire. Prends cette chandelle pour demain. »
Arrivé à l'étage, Jean découvrit la pièce, partagée en deux chambres la première étant celle de Desplanques, la deuxième celle de Claire.
Il y entra, éclairé et aperçut la belle au bois dormant.
Elle était... Oh ! Magnifique. Son corps de déesse admirable posait nu dans sa blanche robe longue et sublime, ses mains fines d'ange contre son corps frémissaient sous le souffle perpétuel de la vie, ses cheveux démêlés tissaient la toile qui la protège. Avons-nous le droit d'observer cette femme ? Princesse du jour, reine de la nuit ? Que les dieux nous pardonnent cette offense !
Jean, épris de cette beauté se coucha le corps fortuné et l'esprit serein, il s'endormit vite, épuisé de sa journée et de ses émotions.
Le lendemain, au chant du coq après une brève nuit de sommeil Jean se réveilla. Il faisait encore sombre. Il se leva. Claire dormait encore ; il s'approcha d'elle et l'observa. Par un geste insoucieux, il lui prit sa main, la caressa et la baisa puis se retira silencieusement sans faire de bruit.
Il descendit au rez-de-chaussée où il vit assis à la table Desplanques. Il s'installa face à lui.
« - Bonjour mon ami ! As-tu passé une bonne nuit ? Demanda Desplanques.
- Oui, malgré la chaleur.
- C'est vrai, il fait très chaud et il est difficile de s'endormir.
Eh ! Que fait ma fille ?
- Elle se repose encore.
- Désires-tu manger un petit quelque chose avant de partir ?
- Volontiers !
- Je vais te le chercher ! » Déclara Desplanques.
Il se dirigea vers la cheminée.
« - Tiens ! Voici tout ce que je puis t'offrir.
- Merci. C'est déjà suffisant ! »
Là, à peine eut-il commencé à se rassasier qu'il entendît des bruits de pas. C'était la belle Claire ressuscitée de son profond sommeil. Elle s'avança près de la table puis salua tout le monde et finalement s'assit à côté de Jean.
Tout surpris mais tout heureux, il apprécia sa charmante compagnie. Il se tourna vers elle et lui dit :
« - Comme je vous admire ! Cette nuit vous fûtes certainement la plus belle créature que l'on pût voir, vous dormiez profondément exaltant tout regard... J'espère ne pas vous avoir dérangée ?
- Jean vous me flattez ! Sachez que votre présence ne m'a pas gênée au contraire : Cela me rappelle ma vie lorsque mon frère vivait encore ici.
- Oui, j'ai appris que vous n'étiez pas fille unique. Comment s'appelle-t-il ?
- Il se prénomme Pierre ! Vous le verrez sûrement dimanche, il vient nous rendre visite régulièrement lui et son épouse.
- Très bien... Il est plus âgé que vous ?
- Oui, nous avons deux ans d'écart. Je suis la cadette.
- Et vous Jean ? Avez-vous de la famille ?
- Oui, j'avais une sœur Madeleine, elle vivait avec son mari à Commercy. Elle était mon aînée de quatre ans.
- Mais Jean, elle est...
- Oui, elle est morte, elle et son mari brûlés il y a un mois.
- Pardonnez-moi, si j'avais su... Je n'aurais jamais dû... Que suis-je sotte !
- Mes amis, il faut m'excuser de ces larmes qui jaillissent mais ma sœur et moi étions très proches. J'avais projet de la rejoindre le mois prochain pour lui souhaiter son anniversaire ; elle aurait eu vingt-neuf ans. C'est cette maudite chaleur qui les a tués et qui ensuite s'est acharnée contre moi. Leurs récoltes ont été incendiées et le feu a tout détruit emportant la maison et ses occupants. Heureusement grâce à vous je revis peu à peu de ces malheurs.
- Je suis affligée de ma conduite.
- Ne soyez pas fautive, les sentiments que l'on porte à quelqu'un sont plus forts que tout. »
Quatre heures. Jean et Desplanques partent travailler. Ils sortent dans les prémices du jour au moment où les premiers rayons d'or percent l'atmosphère encore morne. Sur le seuil de la porte Claire les saluent.
Le regard penchant sur l'horizon voilé, Claire observe Jean, elle le contemple de loin et elle pense à sa pauvre situation. Désemparée par la peine de Jean, elle se sentait responsable du chagrin qu'elle avait provoqué.
La matinée bien avancée, elle s'en alla au lavoir, un panier de linge sous le bras. A son arrivée, ses amies étaient là, regroupées qui tout en frottant et lavant les habits, discutaient. Claire s'installa près d’eux et se mit au travail puis face aux conversations de ces demoiselles prit parole et annonça :
« - Savez-vous qui j'ai rencontré ?
- Non ! Dis-nous ! Répliqua l'une d'elle.
- Eh bien ! Mon destin a croisé celui d'un prince charmant.
- Un prince charmant ! S’exclamèrent-elles.
- Oui.
- Qui est-ce ?
- Il se prénomme Jean, il est nouveau. Il est arrivé hier et vit chez nous, il travaille avec mon père.
- Comment est-il ? Demanda l'une des filles.
- C'est un homme d'une grande taille au corps audacieux et affiné à la chevelure blonde et fine, au visage exquis et charnel, au regard de séduction, aux doux yeux bleu ensorcelants.
- Cette personne dont tu nous fais la description paraît être la plus admirable qu'il soit !
- Il n'est pas seulement saisissant et rare, il est aussi noble dans ses paroles et ses gestes, attentionné et aimable, poli et décent. Il porte aux choses de la vie une admiration dévouée. Il est « Merveilleux » »
Et là, sans qu'elles ne s'en aperçoivent, un individu s'approche et interrompant la discussion, s'exclame :
« - Qui est merveilleux ? Serait-ce de moi mesdemoiselles dont vous parlez ?
- Oh ! Antoine, vous me fîtes peur ! Que venez-vous donc faire ici ?
- Rien, je passais dans le coin et j'ai alors voulu venir contempler votre beauté qui comme vous le savez me charme énormément.
- Oui… Je le sais mais… Voyez-vous, nous sommes occupées.
- Oui… En effet, veuillez m'excuser ! Je vais vous laisser.
- Oh non ! Je ne disais pas cela pour vous chasser ! Restez !
- Très bien comme vous le désirez ! Je me plis à votre volonté.
- Comment allez-vous Antoine ?
- Comme d'habitude je tente de m'exiler le plus loin possible de chez moi et de m'adonner à la nature et à la joie de vivre.
- Vous ne changez pas mon pauvre ami... Vous qui êtes riche, vous rêvez d'être comme nous autres et nous qui sommes démunis, nous songeons à être comme vous. Avouez que le monde est curieux !
- Oui… Cela peut paraître étrange mais je déteste ma vie. Cela, personne ne peut le comprendre.
- Si, moi je le peux. Je ne veux point être noble ni même fille de seigneur car je sais que votre vie est un océan de désespoir et ce désespoir bien qu'il ne nous apparaisse pas toujours est présent à l'intérieur de votre âme. Certes vous vivez dans l'aisance mais vos choix, vos objectifs sont toujours établis au préalable et jamais on ne vous demandera si vous approuvez la décision prise par les vôtres. N'ai-je pas raison Antoine ?
- Si, vous jugez bien notre destinée. J'envie le jour où chacun sera libre de vivre comme il le souhaite et que l'on admette enfin que nous devons être égaux quelles que soient nos distinctions sociales. Si nous nous haïssons aujourd'hui peut-être que demain nous nous aimerons. Si nous sommes à ce jour si peu rapprochés, il est possible que cela change et nous demeurerons unis.
Il n'y aura plus aucun conflit, aucune guerre, aucune autorité politique absolue. Nous vivrons dans la paix et serons heureux. Ah ! Que ne dis-je point là ! Ma vision est utopique et elle n'est que l'image d'un idéal qui me fait illusion. Il faut s'attacher à la raison.
- Protégez vos idées ! Vos pensées ! Elles sont bénéfiques et qui sait vous serez éventuellement créateur d'un nouvel ordre qui ne nuirait à personne ? Demeurez ce que vous êtes et restez sincère avec vous-même.
- Merci Claire, vous m'êtes fidèle.
- Vous devriez rencontrer Jean, sa raison philosophique est égale à la vôtre et je me persuade que vous serez attaché à lui.
- Qui est-ce ? »
Et Claire lui conta toute l'histoire. A la fin, Antoine s'exprima :
« - C'est une belle chose d'avoir accueilli ce jeune homme.
- Oui… De plus il est très beau et... Oh ! Antoine, ne croyez pas que vous n'êtes pas vous non plus point élégant et admirable. C'est...
- Je comprends maintenant qui est ce «
Merveilleux »
Claire, je serais ravi de pouvoir faire sa connaissance.
- Certes ! Vous le verrez dimanche lors de l'office. Cela vous satisfait-il ?
- Oui, c'est très bien. Je vous laisse et vous remercie pour votre sympathie, elle m’est toujours de bon réconfort. Au revoir.
- Au revoir.
- Claire, lui dit une de ses amies, tu as été bienveillante avec lui, tu attaches une grande importance à son désarroi, j'admire ta sagesse d'écouter et d'aider autrui.
- Merci… Mais vois-tu, je connais Antoine depuis toujours et à cela nous sommes liés l’un à l’autre comme un frère et une sœur. La seule chose qui nous a nuit et qui nous nuit encore, ce sont nos distinctions sociales : La société n'admet pas qu'une fille de paysan côtoie le fils d'un seigneur. Que faire à cela ?
- Attendre.
- C'est l'unique réponse. »
La matinée s'écoula doucement puis l'heure du déjeuner approchant Claire repartit, son linge propre et nettoyé dans son panier.
L'après-midi, sous la terrible chaleur du jour, elle nettoya l'étable, fit de la couture et dépluma un poulet pour le souper.
Le crépuscule du jour apparaissant, la nuit se profilant à l'horizon elle se mit au devant la porte et attendit que son père et Jean arrivent.
Dès qu'ils furent à proximité du lieu, elle alla vers eux, elle embrassa d'abord son père puis prit ensuite le bras de Jean et elle lui demanda.
« - Avez-vous passé une bonne journée ? »
Jean lui souriant lui répondit :
« - Oui. Et vous ?
- Oui, venez. Ce soir et spécialement pour vous j'ai préparé un poulet.
- Je vous remercie. »
Et ils entrèrent dans la maison.









