CHAPITRE III
Une entente entre la Noblesse et le Tiers-État
La semaine passa, fatigante et monotone puis vint le dimanche, jour exceptionnel et calme, moment béni où les Desplanques se rendent à l'office. En cette journée du Seigneur, sous un ciel clair et dégagé,dans une atmosphère sereine et radieuse au parfum enchanteur des plus belles fleurs, rayonnait la douce et délicieuse Claire.
Habillée de sa plus jolie toilette, elle se dressait dehors face à Jean prête à partir pour l'église.
Le soleil à l'éclat doré et la lumière ardente luisaient sur sa chevelure. Elle portait une longue et sublime robe bleue reflétant avec ses yeux. Lorsque Desplanques sortît du logis vêtu lui aussi de beaux habits, on partit pour la messe.
Après plusieurs minutes, traversant la bourgade au son mélodieux des cloches, ils arrivèrent à la maison de Dieu. Là, sur la place, toute la communauté était présente. Il y avait les artisans, les paysans et même le seigneur, monsieur du Sous-bois avec son fils.
Quand ils s'avancèrent au devant de l'église, à l'entrée où le prêtre salue chaleureusement ses frères et sœurs, Desplanques l'interpella :
« - Mon père ! Je vous présente Jean ! Il est nouveau et vit chez nous depuis plusieurs jours.
- Bienvenu à toi mon fils ! Je suis heureux de te recevoir dans la demeure de Dieu. Je te présenterai à toute la congrégation au début du serment.
- Je vous remercie ! » S'exprima Jean.
Et ils rentrèrent.
L'église était grande, d'une hauteur élevée et d'une largeur ample. De magnifiques et glorieux vitraux, d'illustres et d'élégantes statues de saints ornaient les murs de pierres blanches.
Au devant, l'autel éclairé par la lumière divine resplendissait. Ayant perçu la demeure céleste dans toute sa splendeur, Jean suivit les Desplanques et s'installa avec eux.
En attendant que la cérémonie ne commençât, il observa la population présente. Il demanda à Claire présente à ses côtés de lui dévoiler le nom ainsi que le statut de certaines personnes. Il en apprit celui de nombreux ouvriers, de nombreuses amies de Claire prêtes à faire sa connaissance puis là, sans qu'il ne s'en aperçoive, Antoine du Sous-bois s'approcha d'eux et coupa leur conversation.
« - Bonjour Claire ! J'espère ne pas vous déranger ? »
Et observant Jean, lui dit :
« - Monsieur, je me présente, je suis Antoine du Sous-bois, fils du seigneur. Claire m'a parlé de vous et j'étais impatient de faire votre rencontre.
- Monsieur, j'ai ouï dire de vous que vous étiez attaché à sortir du piège dans lequel nous nous trouvons et que vos pensées toutes comme les miennes étaient honorables à faire disparaître l'absolutisme. Ai-je raison ?
- Oui… Oui… Je rêve d'une France meilleure, d'un pays qui demeure en paix ; je désire que les valeurs de l'Ancien-Régime s'effondrent.
- Mon cher Antoine, voyez-vous j’ai pour fâcheuse habitude d’abhorrer les nobles mais je m’aperçois en vous écoutant que vous êtes différent de tous ces riches avec qui j’ai pu m’entretenir. Je crois qu'ensemble, nous sommes fin prêt à agir contre le despotisme. Il serait propice que nous puissions conserver de nos choix.
- J'en serais fort aise Jean... Vous permettez que je vous nomme Jean ou préférez-vous « Merveilleux » ? Ajouta-t-il d'un air malicieux.
« - Ah ! Quel doux nom ! Mais pourquoi me surnommez-vous ainsi ? Questionna Jean.
- Vous n'avez qu'à interroger Claire. Elle… Elle le sait ! Répondit Antoine.
- Vous ! Oh ! Comme c'est flatteur !
- J'espère que ce nom ne vous offense pas ? Demanda Claire.
- Non… Il me plait d'ailleurs beaucoup. Acceptez que je vous baptise la marquise !
- Oh ! Jean ! Cessons cela.
- Je pense que l'idéal serait que nous nous entrevoyions certain dimanche du mois. Qu'en dites-vous ? C'est le seul jour où nous sommes en mesure de discuter ! Répliqua Antoine.
- Oui, c'est très bien à une chose près : Cette après-midi, je ne peux pas ; nous recevons la visite du frère de Claire et je m'impatient à l'idée de le rencontrer. Disons le dimanche suivant, vous viendrez au logis et nous irons parlementer au cours de ballades dans les bois.
- Comme vous le désirez... Tenez, le serment va commencer ! Levons-nous. Chère Claire, je vous laisse ! Jeune homme, je vous salue. » Dit Antoine.
Le prêtre prit parole :
« - Mes frères, je suis heureux de vous accueillir en ce jour béni dans la maison de Dieu notre père, créateur des hommes et de l'univers. Aujourd'hui j'ai l'honneur et le privilège de vous présenter un nouveau membre de notre communauté. Je vais lui demander de bien vouloir venir se présenter à nous. »
Et là, Jean se leva, marchant vers l'autel. Il se mit à côte du prêtre et commença à parler, il conta son histoire et exprima sa joie de vivre dans cette citadelle.
Son discours achevé, il retourna s'asseoir. Le prêtre dit :
« - Merci à toi mon fils. Eh oui ! Quel malheur cette sécheresse ! Nous débuterons l'office par une prière afin de supplier notre Dieu de bien vouloir nous aider. »
La messe dura assez longtemps. Dès qu'elle fut terminée, sous la chaleur ardente du soleil de midi, chacun, sur le parvis de l'église alla retrouver ses amis. Claire, tenant le bras de Jean, le fit amener à ses amies. Les jeunes femmes encore imprégnées du discours de Claire reconnurent qu'il était admirablement beau et séduisant.
Elles causèrent avec lui, lui demandant pour certaines d'accepter qu'il les accompagne à une promenade dans les bois. Jean leur répondit que ce n'était pas possible, qu'il devait faire la connaissance du frère de Claire.
Sur le chemin du retour, sous la puissance de l'Astre Céleste, notre famille rentrait dignement à sa demeure, discutant de sujets bienheureux. L'été naissant, les amours fusaient. Le pouvoir de l'affection croissait, le destin voilé s'éclipsait.
L'après-midi arriva. Se reposant à l'abri de la puissance des rayons, conversant de la vie et d'autres sujets, la famille Desplanques attendait la venue de Pierre et de son épouse.
Lorsque ceux-ci arrivèrent, Claire, alors avec Jean, le quitta brutalement et se précipita dans les bras de son frère pour l'embrasser. Le père suivit derrière.
« - Comme je suis content de vous voir ! » S'exclama Desplanques.
Claire, tenant les bras de son frère et d'Anne, les conduisit vers Jean.
« - Je vous présente Jean, un ami qui vit chez nous depuis peu.
- Enchanté ! Dit Jean.
- Nous sommes aussi ravis de vous rencontrer !
- Et si nous nous asseyions ? Vous devez mourir de chaud par ce temps... Claire ! Va chercher un rafraîchissement ! » Demanda Desplanques.
Tous s'installèrent autour de la table.
« - Alors, les jeunes mariés, vous vivez heureux ? Interrogea Desplanques.
- Oui.
- Et ta récolte résiste t-elle toujours ?
- Oui, on peut encore en faire quelque chose cependant il faudrait que la sécheresse cesse et qu'il pleuve car bientôt tout sera détruit.
- Eh oui ! Pierre, sais-tu pourquoi ce jeune homme est ici ?
- Non.
- Il a subi comme toi tu endures une mauvaise récolte et il a dû fuir son pays champenois pour trouver du travail. Heureusement, sa route a croisé la mienne. Pauvre gamin !
- Sans vous, mes amis, je ne serais plus rien, jamais je ne pourrai oublier votre gratitude et votre sagesse. Pierre, votre famille m'a accueilli les bras ouverts, moi qui n'avais rien, aucun sou, aucun lieu pour me loger ; elle a fait confiance à un misérable. Cet acte de bonté, jamais je ne lui porterai atteinte. Dit Jean.
- Cessons de parler de mauvaises choses et intéressons-nous à votre vie mes enfants. L'amour vous donne-t-il toujours des ailes ? Répliqua Desplanques.
- Oui et chaque jour que dieu crée, il s'accroît. Anne, mon divin ange m'offre aujourd'hui le plus beau cadeau que l'on puisse désirer. Un merveilleux présent qui se construit jour après jour. Anne, annonce notre joie à ma famille. »
Le regard enchanté, le sourire étincelant, elle annonça :
« - Moi et Pierre attendons un heureux événement : Je suis enceinte.
- C'est magnifique ! Mon fils… Je suis si ravi de cette nouvelle !
- Toutes mes félicitations ! Répondit Jean.
- Et quand va naître cet enfant ? Demanda Claire.
- Il devrait voir le jour pour février de l'année prochaine. Nous vous convierons à venir admirer ce précieux trésor.
- Et toi… Claire… Quand aurons-nous le privilège de te voir avec un enfant ? Questionna Anne.
- J'y songe.
- Es-tu amoureuse ?
- Peut-être... Mon cœur a ses secrets, je n'ai pas encore choisi l'homme qui sera ce créateur de bonheur. Je suis indécise. »
Ces paroles qu'eut Claire mirent en éveil chez Jean comme des pressentiments. Serait-ce lui, le père de cet enfant ? Ce qu'il sait c'est que depuis son arrivée, il ressent en lui quelque chose d'inhabituel, son cœur s'enflamme d'une passion chaleureuse encore amicale. Est-ce la naissance d'un attachement mutuel qui voit le jour ? Que sais-je, vous l'ignorez, nous le découvrirons ensemble.
Toute l'après-midi fut moment de joie, on ne pouvait s’empêcher de parler du bébé qui viendrait au monde, le plaisir qu’il apporterait à la famille. La journée se prolongea tard dans la soirée, ils partirent à l'heure où la nature encore vivante s'endort, bercée par les chauds rayons du soleil reflétant sur le feuillage emmêlé du bois.
A cette rencontre, Jean avait découvert l'enchantement de devenir père, il espérait maintenant que son avenir serait aussi florissant que celui de Anne et de Pierre.
Qui sait, à chaque jour suffit sa peine.









