Chapitre V
Vers une nouvelle vie
Une après-midi merveilleuse et agréable
Le mois de juillet se prolongea doucement, les jours étaient longs et fatigants. La tempête de grêle qui avait dévasté le pays vit réapparaître derrière elle la sécheresse encore plus meurtrière.
Les feuillages des arbres et les fleurs fanaient. La hausse du pain et celle des impôts aggrava la situation. Une journée de travail ne suffisait plus pour pouvoir s'acheter de la nourriture.
On se privait mais il fallait survivre.
La fin de l'été approcha, les semaines et les journées s'écoulaient doucement.
Las et harassé de son métier de layetier, Jean souhaitait regagner sa région mais son attachement pour Claire le contraignait à ne pas fuir. En effet, il vit fleurir en lui un amour passionnel, il avait le cœur atteint d'une flamme ardente. Claire, c'était sa lueur d’espoir son rayon de soleil, sa perle de l'Orient, une étoile à l'éclat rare et unique. Comment pourrait-il partir pris au piège de celle qui l'aime ? Non, non ! Il faut que l'histoire continue. Jean, ne la quitte pas, tu le regretterais et je serais malheureux de ne point achever mon oeuvre.
Elle est belle et délicieuse, sa douce volupté t'a ensorcelée. Il n'y a aucun jour, aucune nuit sans que tu ne penses à elle alors ne gâche pas tout. Si tu pars, des éternels esprits, anges vengeurs de la nuit te rappelleront ton amour et te rendront malheureux. Jean, reste parmi nous, dure ton histoire : On ne vit qu'une fois.
Finalement après maintes réflexions, il prit l'initiative de demeurer et de vivre aux côtés de sa bien-aimée. Il décida que le temps était parvenu à ses faits et que la vérité devait éclater au grand jour.
Il profita d'une belle et agréable journée pour parvenir à ses fins, une après-midi de septembre à l'aube de la saison nouvelle.
Là, il emmena Claire dans les bois puis la chaleur encore pesante, il la conduisit au lac.
Ils s'assirent sous un arbre, au bord de cette grande étendue d'eau sous un somptueux saule dont les branches forment autour d'eux une chambre verte, les isolant de toute vue.
Là, le regard fervent, Jean contemplait sa divine Nixe, nymphe des eaux à la chevelure longue et dorée. Elle était habillée de sa plus jolie toilette, le corps affiné de sa longue et sublime robe bleue elle trempait ses élégants et gracieux pieds de déesse dans l'eau fraîche. Le visage heureux, elle lui souriait puis Jean s'approchant de Vénus lui prit sa main, la baisa tendrement et la lui caressa chaleureusement. A ces instants de joie, Jean prit parole et dit :
" - Belle Claire aux yeux pleins de pierreries
Perles de mille éclats dorés et adorés
Mon cœur artiste de la joaillerie
Mon cœur sur tes chaînes dorées
Implore ton nom
Ton sourire Claire sublime et charmant
Bijoux scintillants et pleins de majesté
Mon regard sur tes diamants
Mon regard artiste de beauté
Flambe à ta vue
Sublime et gracieuse diadème de beauté
Claire jolie joyau de la lumière
Ton corps oeuvre de bonté
Ton corps a mon regard fier
S'émerveille
Claire déesse puissance divine
Vénus des temps anciens admirée
Ma voix poète à heures aimées
Ma voix à ton oreille
Te dit ces mots
Claire je t'aime.
A ces vers, doux et délicats, ces paroles charmantes, il n'y eut pas d'hésitation. Jean portant ses doigts sur le visage de Claire, lui caressant ses cheveux, les yeux dans les yeux, le premier baiser se fit, un délicieux et long baiser sincère suivi d'autres gestes tendres.
« - Jean ! Lui murmura-t-elle.
Je n'ai jamais aimé personne avant toi. Tu es mon prince, tu m'as réveillée de mon sommeil.
- Claire, ma belle Claire, je t'aime depuis le premier jour.
- Moi aussi, ta rencontre a changé ma vie.
- Sans toi, je n'aurai plus de raison de vivre, tu es mon étoile rare et unique. Une beauté comme la tienne il n'en existe pas d'autres. Claire, je veux t'épouser. Me veux-tu comme mari ?
- Oui, je le consens car je t'aime.
- Claire ?
- Oui.
- Embrasse-moi encore. »
Ils restèrent à cet endroit toute l'après-midi, s'endormant ensemble enlacé l'un contre l'autre.
Ce n'est que lorsque l'astre céleste commença à se dissiper derrière les arbres et se reflétant sur le lac que nos amoureux se réveillèrent. Ils partirent le cœur heureux l'espérance dominante.
Enfin, en cette journée, un destin voilé venait de disparaître laissant place à un nouvel avenir.
Tout est bien qui finit bien.
Quand ils arrivèrent au logis en fin de soirée, la main dans la main, on n'attendait plus qu'eux pour le dîner. Desplanques sur le devant de la maison, les voyant arriver au loin attendît qu'ils s'approchassent et leur dit :
« - Que faisiez-vous ? Il commence à se faire tard, j'étais inquiet.
- Nous sommes désolés de notre retard, nous n'avons pas vu le temps passer ! Répondit Jean.
- Nous étions ailleurs, bercés dans une douce atmosphère de bien être ! Répliqua Claire.
- Comment ? » Répondit Desplanques ne comprenant pas ce qu'elle lui disait
« - Bon… Allons… Il est tard ! Vous m'expliquerez cela à l'intérieur ! » Rajouta t-il.
Et ils rentrèrent.
« - C'est ma faute monsieur ! Pardonnez-moi ! Claire n'y est pour rien.
- Je ne suis pas fâché !
- Et c'est normal pour un père de craindre le pire pour sa fille surtout quand celle-ci se trouve avec un jeune homme dont vous ne connaissez pas encore tout le caractère. Je comprends votre réaction. Les enfants que nous procréons sont les plus adorables choses que nous puissions faire. Ce sont des bijoux chers et précieux, on les aime, les chérit et les protège de toute atteinte. Sans eux, nous n'aurions pas la force de survivre, ce sont nos espérances, nos désirs et si jamais malheur leur arrivaient, nous mourrions de chagrin et de peine. Sans eux, la vie n'a aucun sens, ils représentent ce qu'il y de plus grand dans notre monde. Et même quand ils grandissent et atteignent l'âge de raison, nous nous soucions toujours d'eux et ils nous le rendent bien. Monsieur, je m'excuse encore et promets de ne plus recommencer.
- Jean, je te pardonne.
- Merci. »
Le repas prêt, chacun alla s'asseoir autour de la table. Là, Jean prit parole :
« - J'ai une importante chose à vous communiquer.
- Oui ! Vas-y, je t'écoute ! Répondit Desplanques.
- Je ne sais comment l'annoncer mais il faut que la vérité éclate au grand jour.
- As-tu des problèmes Jean ? Es-tu malheureux ? Il faut me le dire !
- Oh ! Non… Ce n’est pas cela… C’est à propos de…
- De ?
- De mes amours.
- Ah ! Nous y arrivons enfin. Tu as rencontré une femme dont tu es tombé amoureux.
- Oui… J'aime une jeune fille et elle m'aime aussi. Nous nous aimons et voulons nous unir. Je dois demander à son père sa main.
- Qui est-ce ? Présente-la-nous !
- Vous la connaissez déjà.
- Ah ! Ce doit être une amie de Claire.
- Non, ce n'est pas ça.
- Ah ! Alors là, je ne sais pas. Jean, qui est-ce ? Demanda Desplanques.
- C'est...
- Qui ?
- C'est votre fille, monsieur. »
A cet instant, Desplanques le regarda, lui souriant. Il s'approcha de Jean, s'assit à côté de lui et dit :
« - Pourquoi ne pas avoir mentionné son nom plutôt ?
- J'avais peur de votre réaction.
- Oh ! Mon ami, voyons ! Je suis ravi de cette nouvelle ! Ma fille qui a trouvé l'amour, c'est merveilleux ! C'est divin ! Oh ! Claire, ma chérie, tu as choisi un bel homme, un travailleur et un philosophe aux idées certaines. Jean, je t'admire pour tes concepts et tes qualités. Tu es le fiancé idéal que puisse rêver une demoiselle. Comme je suis heureux pour vous !
- Vous êtes bon. Ces compliments m'émeuvent. Acceptez-vous monsieur que j'épouse votre fille ? » Et là, Desplanques reprit parole :
« - Claire, aimes-tu Jean au point de t'engager dans le mariage ? Sache que c'est un choix décisif.
- Oui, papa, mon cœur lui est tout dédié, je l'aime, je suis tombée amoureuse dès son premier regard, dès ses premiers mots aimables et tendres. Il m'acclame et me chante de doux poèmes. Celui de cette après-midi était sublime et merveilleux. Aucune femme ne peut rester indifférente face à ces marques d'attention.
- Mes enfants, le mariage est une grande étape dans la vie, il ne faut pas la négliger. Bon, je n'aurais qu'une parole à vous communiquer : c'est avec grand plaisir que je te donne ma fille pour épouse mais avant toute chose.
- Merci, papa !
- Merci à vous monsieur ! »
Et ils s'embrassèrent.
« - Jamais je n'aurais pensé que ce jeune homme serait un jour mon gendre... » Pensa Desplanques.
« - Il faudra annoncer cet heureux événement à Pierre, j'espère qu'il sera favorable à notre engagement ! Dit Claire.
- Je crois qu'il le sera ! » Répondit Jean.
Toute la soirée fut moment de joie, on ne put s'empêcher de converser du mariage puis quand la lune fut haute dans le ciel chacun alla se coucher. Jean et Claire, nos amants du jour s'endormirent paisiblement l'un contre l'autre, bercés par la douce atmosphère de la nuit. Oh Dieu ! Comme ils sont beaux ! Quel charmant spectacle... Nous pourrions les observer jusqu'au matin mais laissons les vivre leur amour charnel et éclipsons-nous.
Il est tard, allons nous reposer aussi.
Comme je suis enchanté que tout se passe pour le mieux ! Jean tu es brave, tu as réussi à déclarer ta flamme et je t'en remercie car je peux continuer mon oeuvre.
Chapitre VI
La venue de Pierre et Anne
Le Mariage de Jean et Claire
Le dimanche suivant arriva, calme et exceptionnel. C'était le jour où Desplanques invita Pierre et Anne à prendre part du dessein de Jean et Claire. N'ayant rien annoncé au préalable, on leur prépara la surprise. Lorsqu'ils arrivèrent en début d'après-midi on les attendait avec impatience.
« - Bonjour tout le monde ! S’exclamèrent Pierre et Anne en entrant.
- Mon frère ! Comme je suis heureuse de te voir de nouveau ! » Dit Claire.
Et elle alla l'embrasser, lui ainsi que sa belle sœur.
Jean suivit Claire et fit de même ; il discuta quelques instants avec son futur beau-frère.
« - Ah, ma belle-fille ! » S'exclama Desplanques en allant vers elle.
« - Comme je suis content de te voir ! Et toi, mon fils ! » Ajouta-t-il.
Claire, impatiente d'annoncer le grand événement, interrompit cet instant de bonheur :
« - Allons-y papa ! Asseyons-nous !
- Oui ! Nous allons le faire. Ne sois pas si pressée, il n'y a pas le feu au lac ! Répondit Desplanques.
- Pourquoi cet empressement Claire ? Demanda Pierre, maintenant à son aise.
- Rien, rien...
- Ta sœur doit t'annoncer un grand événement, répliqua Desplanques. Conte à ton frère ton aventure.
- Oui, raconte-nous ce qui a pu t'arriver depuis notre dernière rencontre. Nous t'écoutons.
- J'ai une importante nouvelle à vous communiquer. C'est à propos de ma vie sentimentale. J'ai croisé un homme dont je suis tombée amoureuse et qui m'aime. Nous nous sommes d'abord cachés notre amour mais un beau jour lors d'une promenade au lac, il m'a déclaré sa flamme. Éprise de lui, je lui répondis par un doux baiser. Ensuite, son corps contre mon cœur, il me demanda de devenir sa femme. J'ai accepté et ai annoncé mon choix d'être une femme mariée à papa qui approuva ma décision. »
Pierre, le regard heureux, dit à sa sœur :
« - C'est merveilleux ! Je suis ravi de cette nouvelle. Présente-nous ton fiancé que nous fassions connaissance.
- Tu le connais déjà.
- Ah ! Ce doit être un habitant de la ville.
- Oui… Si l'on veut.
- Est-il plus âgé que toi ?
- Oui, il a la majorité.
- Ne serait ce pas Antoine du Sous-bois ?
- Non, ce n'est pas lui.
- Je suis désolé, je ne vois pas de qui il s'agit.
- Très bien, dans ce cas, il va venir te voir.
- Bonne chose ; j'ai hâte d’apercevoir cet homme que je suis censé connaître ! »
Et là, Jean regarda Claire, se leva, prit parole et annonça :
« - C'est moi ! »
A cela Pierre se leva également, s'approcha de Jean, le fixa, lui sourit et d'un geste hardi le serra dans ces bras.
« - Jean, c'est avec grand plaisir que j'accepte de devenir ton beau-frère. Comme je suis enchanté d'une telle visite !
- Ah ! Claire, tu as choisi un bel époux comme tu es merveilleuse !
- Oui, comme la vie est magnifique !
- Oui, elle l'est. L'amour est la plus grande puissance de notre monde mais... J’y songe, où allez-vous demeurer ? Vous n'avez pas encore les moyens de vous bâtir un logis ? Répliqua Pierre.
- Le problème est résolu, ton père s'est porté généreux en acceptant notre compagnie le temps nécessaire. Ne t'inquiète pas, nous économisons chaque jour un peu d'argent pour que plus tard nous puissions vivre dans notre propre nid douillet, répondit Jean.
- Il ne vous reste plus qu'attendre le jour de votre mariage. Avez-vous prévu la date ?
- Oui, ce sera le dimanche 4 octobre, nous comptons sur votre présence.
- Nous serons là.
La journée se termina à la lueur de la bougie. Quand la lune fut haute dans le ciel, que les étoiles emprises de la nuit se mirent à scintiller de mille éclats, Pierre et Anne partirent. Ils rentrèrent sain et sauf chez eux puis tout comme moi tout vous, ils s'endorment, le cœur emplis de bonheur.
Le dimanche suivant vint. Le temps était clément, le ciel clair et dégagé. Aucun nuage ne se profilait à l'horizon. La nature encore animée d'une douceur de vie exhalait un délicat parfum de bien-être.
Installés dans l'église, le prêtre se prépare à célébrer le mariage.
En ce jour exceptionnel on a convié la famille ainsi que des amis. Parmi eux, Joseph et Etienne puis les deux témoins du futur époux Jacques et François.
Jean, dressé droit face à l'autel, éclairé par la lumière céleste, attend patiemment la venue de sa marquise. Dans son bel habit de noce noir, confectionné par madame Boullenois, il s'adresse à ses hôtes leur témoignant son bonheur de vivre, sa joie de s'unir avec Claire.
Enfin, après quelques minutes de retard, la mariée arrive. Accompagnée de son père, elle avance d'un pas résolu. Vêtue d'une robe azur, longue et sublime, son corps de déesse, fin et délicat illuminé par le reflet du soleil sur les vitraux, s'ouvre sur de belles perspectives.
Elle continue son cheminement puis attend son bien-aimé.
Là, Desplanques se retire et la cérémonie débute.
« - Mes frères, nous sommes réunis en ce jour pour célébrer l'union de deux êtres, deux créatures de notre père, architecte de l'Univers.
Jean, Claire, c'est aujourd'hui dans sa maison que le Seigneur vous accueille ; pour bénir votre volonté, vous qui par le sacrement du mariage avez décidé de vous donner corps et âmes l'un à l'autre. Prions le Seigneur.
Dieu de puissance et de bonté, assiste-nous : Tout ce que nous faisons en célébrant ce sacrement veuille toi-même l'accomplir et le bénir. Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. Amen.
Remercions le Créateur, qui source de toute lumière et d'amour a permis la rencontre de ces deux enfants, remercions-le de sa sagesse.
Maintenant, avant de procéder à la consécration du mariage, nous allons lire un extrait de l'épître de Saint-Paul aux Éphésiens afin de vous initier aux commandements du Christ. »
« Frères ! Que les femmes soient soumises à leur mari comme au Seigneur car le mari est la tête de la femme comme le Christ est à la tête de l'Église lui qui est le sauveur du corps. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église, vous devez aimer vos femmes comme votre propre corps. Aimer sa femme, c'est s'aimer soi-même. Aucun homme n'a jamais haï sa propre chair ; au contraire, il la nourrit et il la soigne, comme fait le Christ pour l'Église car nous sommes membres de son corps, nous sommes de sa chair et de ses os. L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair. En ce qui vous concerne que chacun de vous aime sa femme comme lui-même et que la femme respecte son mari. »
Un chant suivit, chacun se leva et entonna.
« - Ton épouse sera comme une vigne généreuse au cœur de ta maison et tes enfants comme de jeunes pousses d'oliviers autour de ta table. Alléluia, Alléluia, Alléluia... »
« -Que de son sanctuaire le Seigneur vous envoie son secours et du haut du ciel qu'il vous protège ! Alléluia, Alléluia, Alléluia... »
« - Mes frères, passons désormais à l'engagement sacramentel du mariage. »
Et là se tournant vers Jean, lui demanda :
« - Jean Thibault, voulez-vous prendre pour légitime épouse Claire Desplanques ici présente, de l'aimer, de la chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
- Oui, je le veux.
Et vous, Claire Desplanques, voulez-vous prendre pour légitime époux Jean Thibault ici présent, de l'aimer, le chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
- Oui, je le veux. »
Pendant que les nouveaux époux se tiennent la main droite, le prêtre intervient et dit :
« - Et moi, je vous déclare unis en mariage. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen.
Je vais maintenant afin d'achever l'ouvrage du mariage, procéder à la bénédiction des anneaux nuptiaux. Je vais demander aux témoins de se rapprocher et de me remettre ces anneaux. »
Pierre et Jacques s'approchent et déposent les alliances sur l'autel puis se positionnent à côté des mariés. Le prêtre les remercie puis reprend la cérémonie.
« - Très bien, allons-y. Prions le Seigneur. Daigne Seigneur bénir ces anneaux que nous bénissons en ton nom. Fais que ceux qui le porteront garderont fidélité parfaite qu'ils demeureront dans ta paix et ton obéissance et qu'ils vivent toujours dans l'amour mutuel.
Par le Christ, notre Seigneur. Amen. »
Le prêtre asperge les anneaux d'eau bénite puis les tend vers les époux. Chacun leur tour, ils se passent les alliances à l'annuaire gauche. Le prêtre dit :
« - Au nom du père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen. »
Le mariage se poursuivit encore durant un bon moment, il y eut une prière pour les époux puis des chants. Enfin, quand le soleil fut haut dans le ciel, qu'il brillait de tout son éclat, on vit paraître au devant de l'église le nouveau couple, qui, se tenant la main, s'embrassait tendrement, adoucit par la mélodie des cloches clamant leur consentement d'union. Là, dans une joie immense, on entendit s'écrier la famille, elle acclamait la douceur et le plaisir du jour.
Quel délice de voir enfin le bonheur de ces deux jeunes gens !
C'est avec ravissement et jouissance que je conte cette histoire ! Cette volupté de bien-être, se prolongea tard dans la nuit, on célébra dignement, autour d'un repas de fête, la naissance de ce couple on dansa et s'amusa des heures durant, sans songer au lendemain.
Chapitre VII
Un pas vers la Liberté
Le temps passe, l'automne, saison admirable par son éclat de couleurs, saison d'adoration, se poursuit sans aucune infortune. Les arbres qui se dévêtissent lentement et silencieusement de leur voile, les fruits dorés que l'on cueille et savoure avec délicatesse, tout cela est magnifique.
Et les amours de Jean et Claire, comment se déroulent-elles ? Merveilleusement, vous dirais-je ! Ce sont deux enfants qui, depuis leur union, vivent dans la plus grande harmonie qu'il soit. Chaque jour que Dieu fasse, ils s'apprécient davantage, se découvrent des liens communs et entreprennent les mêmes choix, les mêmes résolutions de la vie conjugale. Il ne leur reste plus désormais qu'à acheter ou bâtir une maison.
Les jours et les semaines s'écoulèrent. La ville eut le malheureux privilège de voir s'effacer au sein de la communauté le seigneur Alfred, comte du Sous-bois, le père d'Antoine. C'est au cours de la nuit du 2 au 3 novembre qu'il s'est éteint, âgé de cinquante-cinq ans. C'est avec désarroi, selon le testament de son feu père, qu'Antoine eut à lui succéder. Sa mère décédée il y a cinq ans, il se retrouvait seul, dans sa grande demeure, sans femme ni enfant. La tristesse l'envahit, aussi, soutenu par son ami Jean, il décida de mener à bien ses fonctions.
Une après-midi (Le dimanche suivant l'enterrement) il invita Jean et Claire.
Lorsqu'ils arrivèrent, accueillis par leur ami, ils furent installés au salon. Un salon d'une taille étendue, au raffinement et au luxe le plus souverain qu'il soit. Aménagé dans la plus noble tradition du dix-huitième siècle, on trouvait de larges et somptueux fauteuils, canapés d'un tissu cossu, brodés ici et là de fins éclats d'or ; une table d'ébène, une bibliothèque aux rayons emplis de livres philosophiques, telles les plus grandes oeuvres de Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, oeuvres princières dignes d'être lues et étudiées.
Plus loin encore dans la magnificence, une horloge haute et robuste incrustée de richesse mais aussi des tapisseries aux scènes champêtres et partout des meubles, des objets dont la beauté émerveille au premier instant mais lasse au bout d'un certain temps. Ce n'est là qu'une brève description, tentez d'imaginer l’opulence qui règne dans cette pièce !
Assis confortablement dans les canapés, Jean et Claire ayant observés ce lieu des plus divins, attendait qu'Antoine débute la conversation. Enfin, après quelques instants de silence, il prit parole et dit : « - Vous vous demandez quelle est la raison de votre venue ? N'est-ce pas ?
- Oui, nous ne savons encore quelle nouvelle vous vous apprêtez à annoncer.
- Claire, Jean, mes amis, vous savez mes désirs et mon dessein, c'est donc pour cela que je vous ai réunis. La mort de mon père m'est certes très triste cependant elle m'ouvre de nouveaux horizons. Je ne subi plus sa puissance ni tous ses projets qu’il avait prémédité pour m’offrir un avenir tout tracé. Je suis libre, libre de vivre et plus personne n'est là pour me diriger et me promettre une vie que je ne souhaitais pas. C'est pour cela que malgré la peine que j'ai du décès de mon père, je respire à plein nez cette délivrance. Mais venons au fait, je vous prie. Si je vous ai convié aujourd'hui, c'est que j'ai pris une décision importante, un choix qui pourrait nuire à ma personne si l'état l'apprenait. C'est un moment crucial. Jean, vous qui rêvez d'Égalité, je vous donne en ce jour l'occasion de découvrir les prémices de ce droit.
J'ai décidé et cela en ayant calculé le pour et le contre, d’abolir toutes traites pouvant me revenir. En terme simple, je romps l'image du seigneur en refusant les impôts que chacun des paysans me doit.
- Comment ? S'étonna Jean. Vous dites vrai ?
- Oui, c'est décision prise.
- Antoine, vous ne pouvez faire cela... Et si on l'apprenait, ce serait un risque énorme ! Répliqua Claire.
- Je le sais et vous remercie de vous soucier de moi.
- Ami, je vous félicite, c'est un choix hardi que vous avez entrepris là. Vous nous débarrassez enfin d'un poids qui depuis plusieurs siècles nous emprisonne ; vous êtes le créateur d'une vision nouvelle inspirée de la littérature, vous n'avez pas seulement pensé mais vous avez agi en véritable héros. Oui, c'est difficile de s'écarter d'un monde qu'on a toujours connu. Tout comme les philosophes, vous, riche, noble et seigneur, vous vous êtes unis à nos contraintes, nos désespoirs et c'est beau d'agir comme vous le faites.
- Jean, il faut cesser ce discours, je ne suis qu'un être humain et non un dieu descendu du ciel.
J'ai agi selon mon cœur qui différent des autres préfère vivre dans un état de Liberté et d'Égalité, c'est tout.
- C'est un très bon geste de votre part, dit Claire.
- Oui, j'aimerais que vous gardiez encore le secret et vous, Jean, faites dire aux paysans et seulement aux paysans que le seigneur se rendra à la grande salle de la ville pour leur faire part de ses ambitions, demain soir vers vingt-deux heures.
- Oui, je les informerai.
- Que cette décision n'atteigne pas les oreilles du Clergé car bien que seigneur, je n'ai aucune autorité sur eux. Malgré ma bienveillance, vous serez toujours contraints de leur payer des impôts. C'est une situation dangereuse que je prends là.
- Vous êtes l'homme le plus brave que j'ai rencontré.
- Merci, ami. Et vos amours ? Vivez-vous toujours heureux ensemble ?
- Oui, jamais je n'aurais cru que d'aimer était aussi formidable.
Vivre et demeurer auprès de celle qu'on affectionne, c'est grande joie. S'éveiller le matin, découvrir l'être chéri, observer sa beauté, sa grâce, se dire qu'on est aimé, c'est merveilleux.
Notre union nous a été bénéfique, nous avons consenti à nous aimer jusqu'à ce que la mort daigne apparaître.
- A tes paroles, je conçois que le mariage est fort important et fort délectable à ceux qui s'y engagent.
- Oui.
- Vous habitez toujours chez monsieur Desplanques ?
- Oui.
- C'est fort bien. Quand emménagerez-vous ? Quand quitterez-vous votre famille ?
- Vu l'argent que nous possédons et la hausse excessive des matériaux, je pense pouvoir affirmer que nous serions prêts à quitter André d'ici décembre mais cela est une prévision.
- Très bien, j'ai quelque chose à vous proposer. J'ai décidé de vous aider à vous installer, aussi, afin d'y parvenir, je vous prie d'accepter l'argent qu'il vous manque pour la construction de votre maison.
- Mais… Voyons… Antoine… Il ne faut pas ! Dit Claire.
- Elle a raison : Nous ne demandons pas que l'on nous offre...
- Ce présent me fait plaisir. Vous êtes mes amis, vous êtes jeunes et maintenant mariés, il vous faut donc une demeure. Approuvez mon choix, votre bonheur fera ma joie. J'ai de l'argent dont jamais je ne me servirai, j'ai le confort et le luxe. Que devrais-je demander de plus ? Moi, rien.
Je ne suis pas malade comme le sont les nobles et les aristocrates pour l'argent, l'or est certes précieux mais vivre toujours avec et s'enrichir pour ensuite devenir avare, je dis non.
Harpagon serait furieux de m'entendre dire que trop d'argent nuit au bonheur ! Daignez prendre ce cadeau, je vous prie.
- Je suis embarrassé face à ce choix... Cela m'enchante mais comment pouvoir remercier une telle attitude ?
- Je ne demande aucun remerciement, j'agis avec mon cœur.
Alors, vous êtes d'accord ?
- Jean ! Qu'en penses-tu ? Demanda Claire.
- Je suis comme toi mais je crois que face à lui, nous n'avons aucune chance de dire non. C'est oui.
- Ah ! Merveilleux !S'exclama Antoine. Je m'en vais chercher la somme qu'il vous faut.
- Antoine, merci.
- C'est tout naturel. »
Qui aurait pu un jour imaginer qu’un noble agirait de telle manière ? Personne mais c'est un livre et l'imagination dépasse le réel.
Le lendemain arriva. Tous les braves paysans du bourg soucieux des projets de leur seigneur se rendirent au lieu-dit. C'était une salle ample et vaste d'une hauteur démesurée, le tout bâti en pierre, solide et robuste. L'intérieur était aménagé de bancs de bois, de chaises, pouvant accueillir toute la citadelle. Une grande cheminée et des tapisseries ornées la pièce. Lorsque tout le monde fut présent (Jean étant de la partie) Antoine vint face au peuple et débuta la séance.
« - Messieurs, je vous ai invité en cette soirée pour vous faire part d'une grande décision.
Je ne pense rien vous apprendre en vous disant que notre royaume souffre de la misère et que la noblesse depuis fort longtemps vous enchaîne en vous obligeant à payer des traites et des impôts. Le but de ces redevances n'est d'engraisser davantage cette volaille qui sévit. Bien que je sois seigneur, branche noble appartenant à ces ignares animaux qui nous gouvernent et qui se croient supérieurs à nous, moi, Antoine du Sous-bois, différent de cette société, j'ai pris la décision et cela en subissant les conséquences de ce choix que désormais notre petite ville ne paiera plus aucun impôt à son seigneur. J'abolis toute somme d'argent devant me revenir. »
Là, à ce discours, le public resta bouche bée quelques instants puis les paroles intervinrent :
« - Comment ? Monsieur, cessez cette plaisanterie ! Répliqua l'un des paysans.
- Ce n'est point farce de ma part de vous annoncer que je n'accepte plus aucun impôt, plus de champart, de corvée, de banalités.
C'est du passé, projetons-nous vers l'avenir, c'est là notre dessein : Demeurer libre et être égaux. Il faut attendre que survienne dans notre royaume des réformes mettant en place un système monétaire de taxes selon votre niveau social et votre niveau de vie. Saisissez ce présent, songez à mes paroles. »
Et là, Jean se leva, alla vers Antoine et prit parole :
« - Il dit vrai, je me suis entretenu hier avec lui et il m'a exprimé sa volonté de briser l'image du seigneur. C'est un homme brave, vaillant ; il a compris le désarroi de son peuple, il a suivi les idées écrites des philosophes de notre siècle, il a capté leurs messages et les a mis en place.
Ne craigniez pas de lui qu'il vous piège, il n'est pas corrompu par la société d'ordre qui règne sur notre pays. Il est différent. C'est à vous messieurs, maintenant de juger si son action vous convient. »
Des paroles fusèrent de tous les coins. Certains exprimèrent une grande joie, d'autres se montrèrent plus réservés.
« - Et si le roi et la Cour apprennent cela, que deviendrons-nous ? Nous serons traités de complices dans votre affaire et nous mourrons tous.
- Oui, aussi je demande que personne ne dise mot de ce choix, surtout au Clergé à qui vous devrez encore des impôts. Maintenant, c'est à vous de décider, nous allons voter. Que ceux qui sont pour, lève la main ? »
Les votes s'avérèrent catégoriques, la majorité prit tête au rang de l'Égalité.
Dans la salle, la joie se fit entendre, les paysans, heureux félicitèrent leur seigneur le remerciant.
« - Ce n'est rien, votre bonheur est ma joie de vivre, je jouis de voir naître enfin L'Égalité. »
C'est à ces paroles, cet acte de bonté, de sagesse et de vaillance, qu'un destin nouveau est apparu.
Chapitre VIII
Le bal du nouvel an
Une famille qui s’agrandit
Les jours et les semaines s'écoulent, la nature se meurt et les arbres s'endorment, l'hiver approche.
Le bonheur règne sur la ville malgré la saison qui s'annonce rude. Chacun des paysans bénéficie d'un mode de vie plus confortable et le Seigneur, le Bien-aimé comme on le surnomme est le défenseur de la ville. Il s'initie à la vie de campagne et reste à l'écoute de son peuple. Si jamais malheur arrive à qui que se soit, il se résout d’aider la personne en difficulté. Son premier acte de charité à été de faire bâtir une grange communale et d'acheter de nouveaux outils agricoles. C'est un homme bon, généreux à cela il n’y a rien à redire.
Comme toujours, à la veille de la nouvelle année, il y eut au village un bal dans la grande salle de réunion. C'était l'occasion de pouvoir côtoyer ses amis, de s'amuser et de danser avec son être aimé. Malgré le froid intense qui sévit lors de la soirée (- 15 degrés) il y eut grand monde. La famille Desplanques inscrite dans la tradition depuis plus de vingt ans était présente. Seule exception depuis ces vingt années passées, aujourd'hui la lignée Desplanques avait crû. Jean, l'admirable Jean était devenu le jeune et séduisant mari de la belle Claire. La soirée avança ; on s'entretint avec les amis, rit de leurs plaisanteries, but et mangea. Épris par l'orchestre jouant merveilleusement, on dansa, d'abord avec celui ou celle qu'on aime puis avec d'autres personnes que l'on apprécie. C'est charmant. Oh ! Combien charmant cette soirée ! On oublie tout, les tracas de la vie s'effacent en l'espace d'un soir.
Bercés par la douce atmosphère, les amoureux s'enlacent et se cajolent. Claire, la délicieuse Claire, partenaire à la grâce divine tant par ses gestes et son corps est sublime. Habillée de sa plus belle toilette, sa robe, blanche, longue est ornée de nœuds roses.
Elle ravive les regards. L'esprit serein, elle se laisse aller, attirée par le rythme impétueux de la musique puis quand celle-ci s'adoucit, elle se repose contre son époux et prenant parole, elle dit à son cavalier :
« - Jean, il faut que je t'annonce quelque chose.
- Je t'écoute ma marquise.
- Voilà, mon amour, j'ai une grande nouvelle ce soir à te déclarer.
- Ah ! Ma marquise, dis-moi vite de quoi il s’agit.
- Je te la dissimule depuis une semaine. J'ai préféré attendre cette soirée pour te l'apprendre.
- Je t'écoute...
- Jean...
- Oui...
- Je suis heureuse de...
- Oui, continue.
- Je suis heureuse de te présenter ton cadeau.
- Mon cadeau ?
- Oui, je sais que pour l'instant tu ne vois rien, c'est pour cela qu'il te faudra neuf mois avant de pouvoir l'admirer.
- Oh ! Claire, tu es...
- Oui, Jean, j'attends un enfant de toi.
- Par tous les dieux, c'est magnifique, c'est extraordinaire, c'est... »
Et, là se jetant contre elle, il la serra fort dans ses bras.
« - Ma marquise, je vais être père.
- Et moi, mère ! Oh ! Jean, c'est tellement magique. D'abord toi puis bientôt notre enfant. Jamais je n'aurais cru vivre un bonheur aussi intense... Jean je t'aime.
- Moi aussi, ma douce femme que j'admire. »
Et ils s'embrassèrent pour ensuite ne plus se quitter de la soirée.
« - Claire, as-tu dit à ton père ce grand délice que tu portes en toi ?
- Oui, il a été averti dès les premiers jours après que le médecin m'ait auscultée. »
Et là, on entendit dans la salle tout le village clamer :
« - Il est minuit, bonne et heureuse année ! »
L'orchestre démarra vigoureusement sous les cris et les applaudissements.
Ils dansèrent, entraînés par la foule qui s'élance.
Ah ! Quel enchantement, les belles nouvelles fusent et le livre devient conte de fées.
Les jours s'écoulent paisiblement, les plaines endossent leur manteau blanc. Il fait très froid. La France vit un enfer. Toutes les provinces même du Midi sont touchées par la neige. A Paris, les températures tombent jusqu'à -10 degrés le matin et le soir après le souper, le froid est encore plus meurtrier. Partout dans le pays, les fleuves, cours d'eau sont totalement envahis par les glaces. Ici sur la Seine, plus aucun navire ne circule. Ils sont paralysés sur place.
La fontaine du bourg n'est plus qu'une représentation du passé.
Sortir à l'aube, à la froideur de la nuit, parcourir des distances dans les plaines envahies par la neige, c'est une épreuve difficile digne des plus grands soldats. C'est le froid sibérien qui s'est abattu sur notre armée. Cet hiver surpasse celui de 1740. Aucun champ n'est cultivable et c'est avec amertume que Pierre ne peut agir. Il attend patiemment auprès de sa femme une amélioration. Il a sauvé une partie de sa récolte mais cela ne représente guère. Quelle triste période ! Mis à part les catastrophes de cette saison meurtrière, qui imaginerait qu'au printemps, nous serons submergés, emportés par la vague impétueuse de la Révolution ? Personne.
Les tensions s'accélèrent et la famine guette. Heureusement, les Thibault résistent et grâce au travail de chacun des membres du foyer ils peuvent acheter les provisions nécessaires à la survie. Chacun attend l'ouverture des États-Généraux, ce 5 mai 1789.
Un dimanche après-midi, le 11 janvier alors que la neige tombait abondamment, recouvrant de son voile blanc les vallées, routes et chemins, un bonheur apparut au grand jour.
Sans raison apparente, Anne contre son époux, se réchauffant près du feu de cheminée eut soudainement mal dans son corps. Souffrant des douleurs de son enfant, elle annonça :
« - Pierre, j'ai mal, couche-moi dans un lit, dépêche-toi ! »
Et il la porta au premier étage. Allongée, Anne s'essoufflait et ruisselait de tout son corps, elle avait des crampes et des maux au ventre.
« - Pierre... Le bébé... Je crois qu'il va naître...
- Il faut aller chercher un médecin, je sais où il se situe. »
Il partit, courant dans la ville à travers la neige et le froid glacial de cet hiver. Il atteint la maison du médecin, il toqua fort contre la porte et attendit qu'on la lui ouvre. Un homme sortit, lui demandant ce qui se passait.
« - Monsieur, venez vite avec moi, ma femme est en train d'accoucher.
- Très bien, je prends ma valise. Voilà, vite, allons-y ! »
Après quelque temps, ils arrivèrent au logis et le médecin monta au premier étage. Là, il vit Anne criant des douleurs que l'enfant lui produisait.
« - N'ayez crainte, madame, je suis ici. Nous allons ensemble nous unir pour faire apparaître cet enfant. Monsieur je vous demande de bien vouloir descendre s'il vous plaît.
- Bien. »
Et Pierre s'installa au rez-de-chaussée.
Assis sur un banc, il était inquiet. Il suffoquait sous le poids de l'attente et ne disait mot. Il craignait pour son épouse tant pour son enfant. Il restait immobile, le regard fixe sur le feu qui brûlait ardemment. Soudain il fut réveillé à lui-même quand il entendit pleurer ; il se leva et se dirigea vers l'escalier. Le médecin descendit et lui appris la merveilleuse nouvelle.
« - Monsieur, dit-il, j'ai l'heureux privilège de vous annoncer que vous êtes le père de deux beaux enfants.
- Mon dieu ! Deux !
- Oui, un garçon et une fille. Montez votre femme vous attend. »
Il s'écria de joie, remercia le médecin puis s'aventura à l'étage.
Il découvrit à sa plus belle vue, le trésor tant attendu, deux petits et mignons bébés.
« - Ma chérie, comme ils sont ravissants.
- Ce sont nos enfants, Pierre, ton fils et ta fille. Il s'approcha du lit, embrassa Anne et posa son regard sur les nouveau-nés. Il s'assit près d'eux, les porta chacun son tour.
- A quel prénom les prédestinons-nous ? Demanda Pierre
- J'y ai songé et ai décidé, si cela ne t'offense pas d'appeler notre fille Marie dit Anne en hommage à ta mère décédée.
- J'en suis enchanté. Et le garçon, répliqua t-il.
- Ce sera Louis, Louis André Desplanques et Marie Julie Desplanques.
- Ce sont des prénoms qui leur vont à ravir. »
Chapitre IX
Hiver d’enfer
Avoir des enfants, être parents, quelle allégresse et quel délice ! Pouvoir caresser, cajoler, serrer un bébé dans ses bras et se dire « Je suis son protecteur » c’est merveilleux ! Ce cycle de la vie qui se perpétue et qui naît, grandit de l’amour de deux êtres, c’est divin !
La tristesse s'oublie, les ennuis s'estompent, c'est un soleil qui brille dans le logis. Louis, Marie, ces deux petits anges ; ils font l'admiration de toute la famille.
Ce fut le dimanche suivant qu'ils furent présentés au reste de la famille ; les Thibault ainsi qu'André se rendirent à leur logis afin d'admirer ces enfants, ils furent enchantés, ravis de passer une si belle après-midi, c'était pour eux un grand jour. Jamais ils n'oublieront ces instants, ceux-là demeurent dans notre esprit.
Février, le temps s'écoule paisiblement et le froid persiste. C'est aujourd'hui toute l'Europe qui est frappée par le malheur ; les plus grands fleuves comme le Rhin, le Danube, l'Elbe sont gelés sur un large parti de leur cours. Les chalands chargés de farine ne circulent plus sur la Seine.
A ce désastre naturel survint la tragédie humaine : la maladie, la grippe. Elle afflua dans le pays immolant les pauvres êtres humains si faibles, si désemparés. Elle se fit dévastatrice tuant un nombre important de la population. Il n'existait alors aucun remède capable de soigner correctement cette affection du corps. A la ville, c'était chaque jour que les paysans pour pouvoir répondre à leurs besoins luttaient dans le froid contre cette peste.
Le sort en est tel que ce fut André Desplanques qui fut assailli le premier par la maladie puis ce fut bientôt d’autres.
Jean, s'apercevant de la destinée fatale qui attendait sûrement les malades, décida de ne plus aller travailler et cela au risque de ne plus avoir suffisamment d'argent pour vivre. Il resta au logis.
Le dimanche 24 février, Jean sentant la fin proche de Desplanques, il s'entretint avec lui. Il pria Claire au chevet de son père de descendre et de le laissez quelques instants.
« - Jean, Jean, mon fils, je me sens si faible... Ma situation est maintenant à la déchéance. Je suis sur le point de m'éteindre.
- André… Vous ne mourrez pas, votre bonté sera épargnée par le Seigneur.
- Si, seulement tu disais vrai. Jean… Fasse que Claire ne sois pas malheureuse de ma mort. Protège-la de tous les dangers, réconforte-la et lutte avec elle pour faire mon deuil. Je vais mourir, je le sais. Jean, je vais partir, ne vient plus me voir, ne viens pas admirer la disgrâce de mon corps qui s'altère, entretient l'image d'un homme au bonheur suprême. Va ! Rejoins Claire et laisse-moi m'endormir profondément. Au revoir, jamais je ne t'oublierais, tu es... »
Ne le voyant plus bouger, Jean se précipita vers lui, il le secoua, tenta de l'éveiller mais en vain, la mort l'avait pris et emmené au royaume de Dieu.
Son enterrement eut lieu le lendemain. Le temps était morose et terne, il faisait froid et la neige avait envahi le pays.
Le temps passa et la tristesse s'estompa peu à peu. Jean soutint fidèlement son épouse dans ce désarroi, il l'assista dans les moments les plus durs.
Février terminé, mars arriva. Le logis de Jean et Claire fut achevé au début du mois. C'était une maison de pierre située à l'orée du bois, à l'encontre de la ville dans un coin paisible ; une demeure arrangée merveilleusement d'une hauteur de deux toises et quatre pouces. Le bas était composé d'une pièce assez grande et le haut d'une chambre.
Afin de gracier le cadeau d'Antoine, Claire et Jean le prièrent de venir dîner le dimanche suivant en compagnie de toute la famille Desplanques et Thibault. Il accepta et on se prépara à l'accueillir comme il se doit.
Entre temps, il eut visite chez lui d'un membre de sa famille, un cousin.
C'était un mardi soir, il pleuvait des cordes. Assis dans son fauteuil, buvant un thé et se réchauffant près de la cheminée, Antoine lisait une oeuvre de Rousseau lorsqu'il entendit qu'on toquât à la porte. Surpris qu'on désira venir le rencontrer à une heure si tardive, il prit avec lui une arme, il se dirigea vers la porte d'entrée, ouvrit et aperçut dans la nuit une silhouette s'approchant de lui.
Il recula d'abord puis voyant qu'il s'agissait de son cousin, le fit entrer.
« - Guillaume ! Mon dieu ! C'est toi... Entre, je t'en prie, avec ce temps. »
Et ils se dirigèrent dans le salon. Antoine fit retirer son habit et le mit à sécher contre le feu. Il le fit asseoir et ils purent s'entretenir.
« - Guillaume ! Quel est donc le motif de ta venue ?
- J'ai... Je pâtie de mal depuis quelque temps... J’éprouve des difficultés, je... Oh ! Après tout, autant être franc avec toi... Je suis en mal d'amour. Je souffre de la maladie d'amour. Je suis seul et désemparé...
- Tu n'es plus fiancé avec la belle Aurélie ?
- Non, un jour, elle a croisé le regard d'un autre homme et ensemble ils ont...
- Je vois. Quel désespoir, toi qui en étais tellement amoureux...
- Oui, c'est pour cela que je suis malheureux... Elle m'a quitté, elle m'a annoncé qu'elle était enceinte et que je n'étais plus qu'une représentation d'un passé révolu.
- Oh Dieu ! La peste ! Elle a osé de te dire cela ! Quelle vile femme ! Tu as bien fait de venir ici.
- Oui, je n'ai plus de fonctions à remplir.
- Mon oncle ne t'a pas légué l'affaire de famille ?
- Non.
- Tu vas demeurer ici. Je te donne une chambre, tu verras, ta vie sera plus heureuse ; c'est une petite ville tranquille sans histoire.
- Merci mais je n'ai nulle attention de rester toujours ici.
- Bien sûr, tu es libre de vivre comme tu le désires. Viens, je vais te montrer ta chambre. »
En cette nuit, un homme nouveau est arrivé en ville mais qui est-t-il vraiment ? Pourquoi intervient-il deux semaines après le décès de son oncle ? Comment ce fils de noble aristocrate agira t-il face au dessein de son cousin ?
C'est dimanche, le temps est clément malgré le froid d'automne qui souffle sur les arbres. Lorsque Antoine arrive au logis de la famille Thibault, il est accompagné de Guillaume qui ne sait alors pas encore ce qu'il va découvrir à l'intérieur de cette demeure. Antoine l'a seulement informé qu'il s'agissait de ses amis.
La porte s'ouvre et l'ange apparaît.
« - Antoine, bienvenu au logis des Thibault ! S’exclama Claire.
- Je te présente mon cousin Guillaume, il est arrivé dernièrement et j'ai pensé qu'il pourrait partager notre repas.
- Bien sûr ! Quand il y en a pour six, il y en a pour sept !
Enchanté de faire votre connaissance, je me prénomme Claire. »
S'avançant vers elle, il lui prit la main, la baisa et dit :
« - Madame, c'est un immense plaisir de vous rencontrer, j'ai rarement vu femme aussi belle.
- Vous êtes galant monsieur, votre compliment me fait rougir. Allons, entrons à l'intérieur. »
Et là, dans la pièce, conduits par Claire, les hôtes avancent et saluent chaleureusement la famille qui se réchauffe autour d'un feu de cheminée.
« - Mes amis ! Annonce Antoine.
Voici mon cousin Guillaume qui vit chez moi depuis peu.
- Je suis ravi de vous connaître, j'espère qu'un invité de plus ne vous dérange pas. Je suis ici depuis mardi et Antoine m'a demandé de le suivre.
- Non, cela ne nous ne gêne pas ! Répondit Jean. Plus on est de fous plus on rit dit-on.
- C'est gentil de m'accueillir dans votre demeure.
- Ce n'est rien, allons nous asseoir, le repas va être prêt. »
Ils s'installèrent à la table située au centre de la pièce.
« - Je vous ai préparé deux poulets, les derniers qui restaient. J'y ai ajouté quelques pommes de terre, des carottes, le tout cuisiné avec une sauce, dit Claire.
- Je m'impatiente à l'idée de goûter ce festin ! S'exprima Pierre puis il s’adresse à Antoine.
- C'est grande générosité d'avoir aidé ma sœur à vivre dans cette maison, c'est un logis parfait pour un jeune couple et une famille.
- J'ai agis par bonté car j'apprécie votre sœur ainsi que Jean qui m'a secouru et soutenu depuis notre rencontre. »
Ces paroles surprirent Guillaume qui cacha son mécontentement.
"- Oui, c'est un ami fidèle. Quelle chance d'avoir un ami comme lui ! Ajouta Antoine.
- Il est serviable, bon, il a les idées claires et réfléchies, il est poli, raffiné ajouta Pierre.
- Cesse tes compliments, tu me mets mal à l'aise ! Répondit Jean.
- Tu es un époux merveilleux, un beau-frère amical.
- Toi aussi, Pierre, tu es un mari admirable, répliqua Jean.
- Oui. Tous les hommes sont délicieux et divins quand ils aiment et leurs compagnes apprécient leurs gestes tendres comme eux affectionnent nos douces paroles. L'amour, c'est la force de notre monde, c'est celle qui bouleverse tout et fait apparaître le bonheur.» Dit Claire.
Le repas fut servi, on mangea avec plaisir, on parla de la vie de Guillaume, on sympathisa avec lui, on but, rit des bonnes farces et plaisanteries de chacun. L'après-midi se termina dans la sérénité absolue, tout semble aller pour le meilleur.
Le temps passe ; les relations entre Antoine et Guillaume sont des plus honorables. Guillaume se montre charmant avec son entourage, il est aimable, doux, de nature courtoise, correct dans ses gestes et ses paroles pourtant un jour de mars, ne voyant aucune somme d'argent au foyer Guillaume s'inquiéta. Il questionna son cousin.
« - Antoine… Excuse-moi de te poser une question indiscrète mais je suis étonné de n'avoir aperçu aucun impôt te revenir ce mois-ci.
- Oui… Je vois. Les paysans n'ont pas payé de traites ? Je sais.
- Qu'attends-tu pour intervenir ?
- Rien.
- Comment ?
- Oui… Assieds-toi… Il est préférable que tu sois assis.
- Je t'écoute.
- Très bien… Tu connais la situation financière de notre royaume et la pauvreté qui y règne. Les paysans qu'on surnomme le Tiers-État souffrent de cette miséricorde et nous, nobles, riches, bourgeois, aristocrates, nous restons infidèles à leur désespoir... Tous ? Non. Moi Antoine du Sous-bois, j'ai changé cela. J'ai agis avec mon cœur car je suis bon. Seigneur de la ville, j'ai pris une décision importante qui je sais pourrait se retourner contre moi. Guillaume, ne monte pas sur tes grands chevaux, tu es membre de la noblesse, je l'admets. Voila, j'ai...
- Allez ! Dis-moi.
- J'ai peur de ta réaction.
- Non ! Je serais calme.
- Il... J'ai aboli les impôts me revenant. »
Un grand silence régna dans la pièce ; Guillaume mit quelques instants avant d'intervenir puis son souffle repris, il dit :
- Oui… Vois-tu… Je suis serein et si tu me demandes de donner mon avis sur ce choix, je t'avouerai que seul toi peux savoir si tu as pris la bonne décision. C'est ton or, c'est ta vie, tu es libre d'agir comme bon te semble.
- Oui, mais si tu avais été seigneur...
- Je ne le suis pas et je ne le serais certainement jamais.
- Oui, mais ton avis personnel sur la chose...
- Il est vrai que nous vivons dans un monde d'égoïstes mais nous, branche noble de la société, il nous faut demeurer et sans argent, comment faire ? J'aurais attendu que fût décrété la fin des privilèges car tu as agi dangereusement : Aucune information ne doit atteindre certaines oreilles. Ne t'inquiète pas, je ne dévoilerai rien, j'ai du respect pour toi.
Voilà, je t'ai dit mon point de vue.
- Je suis content que tu le prennes comme cela.
- C'est la moindre des choses. »
Et il se leva, servant deux verres d'alcool et en présentant un à son cousin, il dit :
« - A ton mérite, à tes intentions onéreuses et à notre amitié ! »









