Ces derniers temps, Mélanie avait vraiment l’impression que les éléments faisaient tout pour contredire les prévisions météorologiques. Les savants qui apparaissaient dans de plus en plus d’émissions avouaient ne rien comprendre aux catastrophes naturelles qui se produisaient sans crier gare.
Il neigeait. Un flocon blanc tomba avec douceur sur la joue de Mélanie. Elle se rappelait qu’avant, quand Maria savait encore se mouvoir et qu’elles allaient promener toutes les deux, elles s’amusaient à essayer d’éviter les innombrables et inévitables flocons qui tombaient doucement sur elles.
Maria était la grand-mère de Mélanie. C’était elle qui l’avait éduquée depuis sa plus jeune enfance. Mélanie n’avait donc pas connu ses parents. Elle ignorait tout d’eux. Et ça ne la dérangeait absolument pas. Ils n’avaient jamais fait partie de ses pensées.
Mélanie rentrait de l’école.
Elle imaginait ce qu’elle dirait à Maria.
Elle ne lui dirait pas qu’ils s’étaient à nouveau moqués de ses habits achetés en seconde main.
Elle ne lui dirait pas qu’ils l’avaient amenée dans un coin et qu’elle avait défendu sa virginité à coups de points et de pieds.
Elle dirait simplement que tout s’était bien passé, qu’elle avait réussit son test de géographie et qu’elle était tombée dans la cours.
C’était tout.
Elle aurait tant voulu dire la vérité à Maria. Se confier à elle.
Seulement le médecin avait dit : « Pas de sensations forte, une petite routine bien agréable et c’est tout. Sinon elle risque de refaire une crise. »
Maria était cardiaque. Cela faisait désormais deux ans qu’elle avait eu sa première attaque et qu’on avait dû l’amener d’urgence à l’hôpital en ambulance. Deux ans qu’elle n’était plus sortie.
Cette femme active qui, auparavant, riait énormément et ne faisait pas son âge était maintenant une vieille femme que les épreuves de la vie ont détruite assise toute la journée dans un fauteuil devant ARTE sans dire autre chose qu’un vague « ‘jour » à sa petite fille quand celle-ci rentrait de l’école. »
Mélanie était triste, au début. Mais elle s’était vite reprise et se notes qui avaient un peu baissés étaient redevenues les meilleurs de la classe.
On la détestait. Elle le savait parfaitement. Peu lui importait qu’elle n’eût pas d’amis. Elle n’aurait de toute façon pas eu de temps à leur consacrer si elle en avait eu. Elle passait l’essentiel de ses journées à l’école ou au chevet de sa grand-mère. Et le temps qui lui restait, elle l’utilisait pour faire ses devoirs.
Elle n’avait pas non plus d’animaux de compagnie. S’occuper d’une seule personne était déjà suffisant. Mélanie n’était pas fainéante, mais elle ne comprenait pas tous ces gens qui s’attachaient à des animaux. Il y avait assez d’êtres humains sur terre, non ?
Elle poussa la porte d’entrée aux charnières rouillées et grinçantes. Elle monta les marches menant à l’étage loué par les propriétaires s’étant installés dans une maison neuve quelque part au bord de la mer.
Poussant la porte entrouverte du salon, elle s’approcha de la forme tassée sur elle-même et au visage vieilli par les rides survenues récemment.
-‘jour…bougonna Maria.
-Bonjour, grand-mère. Aujourd’hui, on a fait un test, et j’ai réussi…
Elle avait pensé en dire quand même plus, mais Maria n’avait même pas tourné la tête vers elle et semblait plongée dans un documentaire sur la soie.
Mélanie resta juste un moment là, à fixer le téléviseur en pensant que, cette fois, elle obtiendrait une réaction de la part de sa grand-mère .Mais, quand, après dix minutes, la tête de Maria n’avait toujours pas bougé, elle abandonna. Elle se dirigea vers sa chambre, petite pièce au grenier qu’elle avait aménagée elle-même, l’étage ne fournissant pas assez de pièces pour mettre deux chambres.
Et Mélanie se refusait à utiliser celle de Maria, au cas où celle-ci décidait de retourner un jour de s’y coucher.
Mélanie était persuadée que rien ne changerait plus, mais au fond d’elle-même, elle conservait encore quelques espoirs.
Elle ouvrit la trappe grinçante servant de porte et se hissa dans le petit espace composé d’un lit, d’une lampe posée sur une table de nuit et d’une vieille armoire grinçante.
Elle sortit ses devoirs et se mit au travail.
Au loin, une ombre se glissa dans le village et disparut dans l’ombre croissante de la nuit…









